Eh bien non, cette fois je n’ai pas voté. Ce n’est pas tout à fait la première fois. Il m’est déjà arrivé, lors de certaines élections, de déposer dans l’urne un bulletin blanc. Mais j’avais toujours, jusqu’ici, répondu aux convocations. Pas cette fois. Pourquoi?
Ce n’est bien évidemment pas de la paresse, ni du je m’en foutisme. C’est un geste citoyen, en partie pulsionnel, sans doute, mais faites moi la grâce de considérer qu’à mon âge et avec ma petite expérience, j’ai appris à canaliser et, dans la plupart des cas, à soumettre mes émotions à ce que commande la Raison. Et j’ai donc jugé raisonnable, cette fois, de soutenir la « liste des pêcheurs à la ligne ».
J’ai des amis que ça heurte. Je les comprends. J’aimerais qu’ils comprennent à leur tour qu’on puisse considérer que ce peut être un choix démocratique, non d’enfreindre la loi – qui n’en est plus vraiment une depuis que la ministre de la Justice a promis de ne pas sanctionner les infractions -, mais de manquer délibérément à ce que je considère encore comme une obligation morale, comme une marque de solidarité avec la collectivité dont on est membre.
Ce qui m’a décidé, c’est quelque part un constat tout simple: si j’avais été voter, j’aurais choisi de donner ma voix à un(e) ami(e) comme j’en avais sur pratiquement toutes les listes. Ce qui eût été, me semble-t-il, une injure plus grave encore au civisme électoral et à l’amitié – pourquoi celui-ci plutôt que telle autre? – que l’abstention pure et simple.
Mais il y avait plus.
Il y avait la conviction que mon vote aurait été strictement inutile.


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