La pieuvre médiatico-politique est encore une fois occupée à produire du contre-sens (ou du non-sens) à plein régime avec les salaires des « grands » patrons – je place des guillemets car, comme dirait l’autre, ceux-là ne nous paraissent évidemment « grands » que parce que nous sommes à genoux. Un gros nuage de brouillard artificiel…
Pourquoi? Ce n’est pas scandaleux que Bellens ou Trucmuche gagne dix fois plus que Di Rupo et j ne sais combien de fois plus que vous et moi?
Si, sans aucun doute.
C’est indécent.
Mais qu’aura-t-on changé quand sera votée la loi interdisant au patron d’une entreprise publique de gagner plus de vingt fois le salaire moyen de ses employés? Allez, même pas besoin d’une calculette: quand on aura réduit de deux millions la rémunération du sieur Bellens, on pourra donner vingt centimes de plus à chaque Belge. Par an. Je m’engage à les poser dans la sébille de M. Bellens quand il en sera réduit à faire la manche dans le tram 94.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire. Je dis seulement que c’est cosmétique. Anecdotique. Insignifiant. De la poudre aux yeux.
De la poudre aux yeux ou des fumigènes, on lâche ça pour détourner l’attention. De quoi?
On essaie en réalité de masquer un problème bien plus vaste et plus effrayant. Tout notre système fiscal est dépassé. Aussi obsolète que la gabelle et la taxe sur les portes et fenêtres en 1789.
Notre système fiscal et parafiscal est basé sur un modèle de société industrielle dans lequel la grande majorité de gens travaillaient 45 ans sur une vie qui en durait 70. Le plus expédient était de fonder l’impôt sur les revenus du travail. La grande majorité des gens, aujourd’hui, travaille probablement moins de 40 ans sur une vie qui en dure souvent plus de 80. Etonnez vous qu’il y ait un problème.
Les gens sont-ils devenus paresseux? Que nenni. Ni plus, ni moins qu’avant. Il y a juste que (1) il y a moins de travail (la productivité a augmenté et les petits Chinois – c’est une image – sont entrés dans le système) et que (2) la vie coûte bien plus cher, ne serait-ce que par les standards ont augmenté… et parce qu’il faut soutenir la croissance dans la société de consommation.
Le problème économique de base d’une collectivité est toujours le même: il consiste toujours à produire des « richesses » par le travail (des hommes et des machines) et à les répartir entre ses membres, actifs et inactifs. Il se trouve que le système qui fonctionnait encore en 1950 est aujourd’hui grippé. Pour toutes les raisons qui précèdent et aussi parce que les revenus proviennent de plus en plus du capital et de moins en moins du travail. C’est pourtant toujours le travail qu’on taxe le plus.
Vous ne me croyez pas? Voyez les barèmes.
Pour que l’impôt redevienne juste et efficace, qu’il retrouve sa double fonction de financement des dépenses publique et de redistribution des ressources, il faut aujourd’hui avoir le courage de le repenser à zéro, comme on l’a fait aux grands tournants de l’Histoire. Ce n’est même pas une question de libéralisme, de socialisme ou d’écologisme. Ça vient après. Le système actuel ne durera plus bien longtemps.



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