La plupart des éditorialistes, commentateurs et chroniqueurs politiques francophones semblent désormais prendre leurs congés payés en même temps, du 21 juillet au 15 août, avec le secteur du bâtiment. Ils sont tous, tous, tous… à Torremolinos. Ou à Bodrum, bien plus tendance que Blankenberge, par les temps qui courent. Il n’y a donc provisoirement plus que des Flamands pour s’intéresser à Elio Di Rupo et à sa mission de « préformation »: même dans Le Soir, où Véronique Lamquin monte encore la garde avec Dirk Van Overbeke, les éclairages vraiment intéressants sont fournis par Paul Huybrechts, le biographe flamand de Hugo Schiltz, et par Carl Devos, le politologue gantois.
C’est un peu dommage, me semble-t-il, parce que ce n’est quand même pas rien, ce qu’il a dit hier, don Elio. Guy Tegenbos l’a d’ailleurs remarqué, dans De Standaard, et titre son édito en français, sans la moindre ironie, avec un sincère coup de chapeau: « Il faut le faire! »
L’air de rien, ce que le préformateur a fait vendredi, en réalité, c’est rien moins que prendre et serrer la main tendue au soir du 13 juin par Bart De Wever, au nom de la plupart des partis flamands. OK, on va essayer d’y arriver; on va travailler à une grande réforme de l’Etat, à l’issue de laquelle le centre de gravité du système se sera déplacé vers les entités fédérées. C’est la « révolution copernicienne » revendiquée par Kris Peeters et le CD&V. Ce ne sont encore que des mots, mais les mots ont du poids, en politique.
Et ça, c’est du courage comme on en attend d’un leader responsable.
Car Di Rupo, sur ce coup, est maintenant debout sur le parapet de la tranchée. Exposé. Aussi exposé, sinon plus, à une balle dans le dos, venant de son propre camp, qu’à celles des lignes d’en face. Respect, monsieur le préformateur.
Le geste était nécessaire. Pour être suffisant, il doit maintenant être complété par un projet. Jusqu’ici, le « préformateur » n’a au fond guère plus été qu’un informateur classique. Di Rupo l’a reconnu implicitement dans sa conférence de presse: il a écouté et tenté de déceler les convergences imaginables dans les positions a priori inconciliables des uns et des autres… Il doit maintenant faire la synthèse – sa synthèse – et proposer quelque chose.
Il a quinze jours pour y arriver. On peut penser qu’il demande maintenant à ses futurs partenaires, notamment à la N-VA, de « se mouiller » un peu à leur tour, comme il vient de le faire.
Mais pour l’essentiel, je persiste à croire que la solution est dans la procédure. Si l’on cherche à faire la liste des compétences à transférer aux régions et communautés, avec ou sans le financement qui va avec, on va presque inévitablement au crash. La réforme de l’Etat comme on la mène depuis quarante ans aboutit à une impasse – notamment budgétaire – c’est avéré.
Il faut inverser le raisonnement, je me répète mais on ne le répétera jamais assez: il faut définir de manière exhaustive les compétences de la (con)fédération – de l’Etat belge – et lui attribuer les moyens de les financer. Et puis mettre en place un mécanisme de solidarité interrégionale transparent et réversible, sans lequel il n’y aurait aucun sens à maintenir un Etat belge.
C’est ça, ou le chaos. Zo simpel is dat.
Commentaires récents