Archive pour la catégorie ‘Actuelles’

Léonard, superstar…

Mercredi 3 février 2010

Le président d’Ecolo avait prévenu: il est redoutable. Confirmation dans « Répondez à la question« : monseigneur Léonard a mangé tout crus les inquisiteurs qu’on lui avait dépêchés et qui, à l’exception notable de mon onctueux confrère, ex-collègue et néanmoins ami Christian Laporte, s’étaient trop légèrement armés pour poser les bonnes questions au nouvel archevêque de Malines – Bruxelles.

Je ne l’ai vu hésiter qu’une seule fois: quand Guy Gilbert, le « curé des loubards » l’a spontanément tutoyé, comme il fait avec tout le monde, puissant ou misérable, le prélat a un moment fait l’impasse en évitant de s’adresser directement à son interlocuteur et puis, brusquement, s’est lâché en passant sans façons au « Guy, tu… »

Et ça marche. L’archevêque a fait carton plein. Enjôleur mais ferme – ou ferme mais enjôleur -, il n’a pas cédé un pouce de terrain sur les principes tout en rendant ses propos audibles. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance car l’homme a un défaut, en termes de communication: il est trop subtil  pour un système qui marche aux « petites phrases » et aux sourires narquois.

Prenez son parallèle désormais fameux entre l’homosexualité et l’anorexie, qu’il considère l’un et l’autre comme des « troubles » qui, à ses yeux, ne font pas pour autant de ceux qui les connaissent des « anormaux ». Il faut une bonne dose d’empathie pour ne pas voir malice dans ce rapprochement – et non: comparaison… – qui doit passer au-dessus du casque de 99% des téléspectateurs. Et bien, il a remis ça et s’en est expliqué.

Il en a même rajouté en parlant de l’IVG et de la « pilule du lendemain », dont il a soutenu que, techniquement, son usage se traduisait par un avortement très précoce.

Il n’a pas été jusqu’à citer la nouvelle dans laquelle Léon Tolstoï situe la force du christianisme dans sa façon de placer la norme à une hauteur idéale, hors d’atteinte du pécheur lambda. Mais il aurait pu…

C’est une autre Eglise que celle à laquelle on s’est habitué par ici, bien sûr. Plus ferme, plus roide sans doute. Mais est-ce pour autant une mauvaise chose? Pour l’Eglise elle-même, je ne sais pas et c’est son problème. Mais si ça pouvait inciter la société à avoir des débats moins superficiels sur quelques problèmes qui la traversent et qui trop souvent débouchent sur une forme de bien-pensance très convenue, ce serait toujours ça de pris.

Avec lui, il va falloir réapprendre à débattre.

Quand la terre tremble et s’ouvre

Jeudi 14 janvier 2010

Une terreur primitive, foncière, originelle, a dû saisir mon frère humain de Port-au-Prince quand la terre s’est mise à trembler sous lui avec une violence inconnue dans sa mémoire. Elle s’est ouverte en déchirant les façades avant de les engloutir, ne laissant aux passants stupéfiés d’autre fuite envisageable que de tout miser, dans un instant réflexe, sur la chance inouïe que serait d’échapper par miracle à un anéantissement immédiat. La chance de survivre encore un peu, vaille que vaille, en ayant tout perdu du peu qu’ils avaient, sauf la peur désormais invincible d’une réplique.

En imposant le glaive de sa Loi immuable aux bidonvilles haïtiens comme jadis aux rues cossues d’Herculanum et de Pompéi, la Nature rappelle inlassablement qu’elle ignore la Justice dont l’idée ne vient que des hommes. La Nature ne punit ni ne gratifie, elle s’empare de toutes les causes et en tire ses effets, qui lui restent indifférents. Suivant sa route, sans égards pour ce qui s’ensuit. Elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Il lui suffit qu’elle soit. Mais nous ruserons encore avec elle quand nous ne pourrons pas la dompter. C’est dans notre nature à nous, les humains.

Liens en Haïti

Le flux Twitter du Nouvelliste, le plus ancien quotidien de Haïti.

Le site de Haïti Press Network (Pétion-Ville).

Le site de Metropole Haïti

Le site de Radio Télévision Caraïbes.

Le site de RadioKiskeya

Le site de Signal.fm

Le site d’AlterPresse, réseau alternatif haïtien d’information.

Le site de GlobalVoices en français.

Merci @DeeJayKwak (sur Twitter) pour sa contribution à ce catalogue.

KB-Lux: Illustration de l’Etat de droit

Mercredi 9 décembre 2009

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a jugé irrecevables les poursuites entreprises il y a une quinzaine d’années à charge de diverses personnalités dans l’affaire dite KB-Lux. Une grosse affaire fiscale. Les « preuves » invoquées par l’instruction consistent en documents volés et auraient été « blanchis » au moyen d’une fausse perquisition. Au total, le tribunal énonce une vingtaine de griefs contre les poursuites.

Les réactions indignées des dames de vertu de la bien-pensance populiste seraient pittoresques si elles ne témoignaient, comme cela devient une inquiétante habitude, d’une grave inculture juridique et d’une tiédeur impudiquement assumée dans la défense des principes les plus élémentaires de l’Etat de droit.

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Dupont-Lajoie est donc Suisse…

Dimanche 29 novembre 2009

Ils ont l’air fin, ce 29 novembre, tous les naïfs qui chantent les louanges et les vertus de la démocratie directe et du referendum. C’est par une votation populaire en effet qu’à la majorité de ses électeurs et de ses cantons, la Confédération Helvétique interdit désormais la construction de clochers d’église et de minarets…

C’est la volonté du peuple suisse? Incontestablement. Mais ce n’est pas la démocratie. Depuis ce 29 novembre, la Suisse n’est plus une démocratie mais un Etat totalitaire qui fait des adeptes de la religion musulmane – dont je ne suis pas, pas plus que d’aucune autre religion – des citoyens de seconde zone. Les catholiques peuvent continuer à édifier là-bas leurs clochers, les bouddhistes leurs pagodes et les banquiers leurs gratte-ciels, mais les musulmans n’y ont plus le droit d’élever des minarets. Même tout petits. Même s’ils ne dépassent pas la taille d’une honnête cheminée…

La démocratie ne consiste pas à se plier à n’importe quelle décision de la majorité, au seul motif qu’elle est la majorité. La démocratie repose, avant cela, sur des valeurs universelles qui ont pour noms liberté, égalité et fraternité. Il peut y avoir débat sur la manière d’organiser la société à partir de ces principes. Il n’y en a pas, il ne peut y en avoir lorsqu’une discrimination est clairement et sciemment décrétée à l’encontre d’une partie de la population, à partir de quelque critère que ce soit.

Lire aussi:

Lettre ouverte au Président de France sur la tombe d’Albert Camus

Samedi 21 novembre 2009

Monsieur le Président de France,

J’étais hier chez Naly, mon bistrot thaï favori à Bruxelles. J’y déjeûnais tranquillement, dans la seule compagnie de quelques journaux, d’une de ces délicieuses soupes bien nourrissantes composées d’un bouillon, de pâtes de riz, de fines tranches de porc laqué et d’herbes odorantes. En feuilletant Libération, j’ai découvert cette rumeur selon laquelle vous penseriez à faire entrer les restes d’Albert Camus au Panthéon.

Je vous en prie, Monsieur le Président et, si besoin en est je vous en conjure : ne faites pas ça !

Sans doute mérite-t-il bien les plus grands honneurs de la République, cet immense écrivain qui reste si proche à tant d’entre nous parce qu’il nous apprit à penser. Il n’y a aucun doute qu’il tiendrait sa place, auprès de Voltaire, Rousseau, Hugo, Zola et Malraux. Mais voyez où il repose, depuis ce jour funeste de l’hiver de soixante…

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Camus est là, Monsieur le Président, il repose paisiblement auprès de sa compagne dans le petit cimetière de Lourmarin et sa matière a fécondé ce bouquet de lavande dont j’ai respiré les effluves et touché les épis, cet automne encore.

L’exiler au Panthéon serait le plus maladroit des hommages. Je veux croire que pour vous, cette idée généreuse ne part que d’un bon sentiment, que peut sans doute expliquer le prochain cinquantenaire de sa disparition. Mais Camus n’a que faire des marbres polis et d’un mausolée à partager avec le petit Bonaparte. Il appartient à la terre et au soleil, et à la pierre brute, laissez-le poursuivre en paix sa méditation sur les ruines de Tipasa qu’il contemple encore, sur l’autre rive de notre commune mer nourricière.

Et tant que j’y pense, laissez aussi mon cher Chateaubriand sur son ilôt, au pied des murs de Saint Malo. C’est bien assez pour les rebelles et les Hommes Révoltés d’avoir à mourir un jour. Ne les châtrons pas en plus à titre posthume, sous les ors dont ils se moquent encore, au-delà de la tombe.

Je vous remercie de votre attention, Monsieur le Président, et vous prie de trouver ici l’assurance de mes sentiments respectueux.

Wilfried Martens explore le souk

Samedi 21 novembre 2009

Herman Van Rompuy avait prévenu: les problèmes institutionnels et communautaires peuvent à tout moment revenir au grand galop. On n’en parle pas pour ne pas réveiller trop brutalement la bête encore assoupie mais on y est. L’élément déclencheur est précisément la nécessité de remplacer le chef du gouvernement.

Et cela tout simplement parce qu’avec un Van Rompuy en fin de carrière restant à la barre jusqu’en 2011, on pouvait faire semblant de croire à la possibilité de différer encore un peu la solution du dossier BHV. L’affaire suivait son cours, anesthésiée par les procédures en conflit d’intérêts. Il y avait même moyen d »espérer pouvoir tenir comme ça jusqu’au début 2011, avec l’aide du calendrier: en juillet de l’année prochaine, la Belgique présidera l’Union européenne. On ne va quand même pas s’offrir une crise gouvernementale en plein milieu de ce glorieux happening, quand même?

Mais patatras: Herman le Dévoué s’en va. Il faut le remplacer. Par un autre démocrate-chrétien flamand. C’est lui qui devra affronter l’électeur, avec un bilan qui ne sera que très partiellement le sien. Et qui risque bien de paraître catastrophique quand on le confrontera aux promesses de 2007. Pas de grande réforme de l’Etat. Un gouvernement minoritaire dans le groupe linguistique flamand. Et le chaos à BHV. Qui peut accepter cette mission-suicide comme s’il achetait un chat dans un sac?

Un constat comme celui-là ne pouvait conduire qu’à Martens ou à un autre vieux briscard qui n’a rien à perdre. Sa mission: aller jusqu’aux lignes ennemies avec un drapeau blanc. Pour prendre la température. Et tenter de jeter les bases, sinon d’un compromis, au moins d’une méthode pour y arriver.

Allons directement à l’essentiel: mon sentiment est qu’avec Reynders et Maingain à sa tête, plus rien ne sera possible avec le MR. Dans tous les cas de figure, les élections sont trop proches. Si la tentative de putsch du groupe Renaissance avait réussi, il aurait peut-être été possible de discuter avec les Michel. Mais Reynders est déjà en campagne. Même si ça doit le conduire dans l’opposition fédérale aussi. C’est la politique. Le pouvoir, ça va, ça vient. On l’a, on le perd, on le reprend la fois suivante. En soi, ce n’est pas malsain d’ailleurs, au contraire. Mais ici, c’est délétère.

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Van Rompuy fait-il monter les enchères?

Jeudi 12 novembre 2009

Interrogé à la Chambre, cet après-midi, le Premier ministre Van Rompuy a déclaré que celui dont le nom ferait l’objet d’un consensus ne pouvait refuser la présidence du Conseil européen ou le poste de super-ministre des affaires étrangères de l’Union. Il y a toutefois deux façons de désigner le président: par consensus justement (tout le monde s’accorde sur un nom), ou par un vote à la majorité qualifiée. Mais comme Van Rompuy a également précisé qu’il ne serait pas séant pour un Premier ministre en fonction de se porter candidat, doit-on en déduire que s’il n’est pas désigné par consensus, il restera au « 16″?

Ma petite expérience en « hermanologie » me suggère qu’avec lui, aucun mot n’est innocent et me ferait donc bien pencher pour cette hypothèse qui, à ma connaissance, n’a pas encore été envisagée par la grande presse online.

Un bon coup de pub pour Père Ubu

Lundi 9 novembre 2009

L’hebdomadaire satirique Père Ubu se vendra bien cette semaine et, à la place de John Bogaerts, son directeur, je ferais renforcer mon serveur informatique: le site internet, lui aussi, doit être en plein boum, à son niveau. Un coup de pub comme celui-là est impayable: un retrait forcé de la vente en librairie, pour un hebdo qui se vend essentiellement sur abonnement (à hauteur de quelques milliers d’exemplaires), on ne fait pas mieux…

La démarche de l’ex-mari de Laurette Onkelinx est donc étrange: en se précipitant au tribunal pour obtenir une décision de justice sur requête unilatérale, il allume lui-même les projecteurs auquel il prétend vouloir échapper, et faire échapper la fille encore mineure qu’il a eue avec la ministre et qui a récemment été interpellée par la police, apparemment en compagnie compromettante. La preuve: sans cette décision du tribunal, un blog comme celui-ci ne vous aurait jamais parlé de cette affaire privée.

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Freiheit…

Lundi 9 novembre 2009

Pour le 20e anniversaire de la libération de l’Allemagne, par effondrement du Mur de la Honte sous le poids de la volonté citoyenne (« Wir sind das Volk« , clamaient-ils à la face des vicieux vieillards qui prétendaient l’être à leur place), cet hymne emblématique de Marius Müller Westernhagen, sans autre commentaire, mais avec le frisson qu’il déclenche inévitablement chez les amoureux de la Liberté…

http://www.dailymotion.com/videox5kbfq

Pas sexy, la Flandre?

Lundi 19 octobre 2009

Ce n’est pas de la nostalgie belgicaine, mais une question que je me pose sur la hiérarchisation de l’information dans nos gazettes. Parce qu’on peut lire ça sur le site de la VRT, au lendemain de la consultation populaire anversoise sur le Lange Wapper.

In Franstalig België leeft het hele debat duidelijk niet. Le Soir en en La Libre Belgique brengen het verhaal kort in een hoekje van de binnenpagina’s. Daar hebben ze het over « le viaduc d’Anvers ». La Dernière Heure doet niet eens de moeite om over het referendum te berichten. Daar is de overwinning van Philippe Gilbert in de ronde van Lombardije het nieuws op de voorpagina.

Il ne faut pas être parfait bilingue pour comprendre que le journaliste flamand s’étonne un peu, avec une certaine ironie flegmatique, qu’on s’intéresse si peu, chez nous, à ce problème aigu que représente la mobilité dans la région d’Anvers. Parce que cette question n’intéresse pas seulement les Anversois, elle concerne aussi directement l’économie de  tout le nord-ouest de l’Europe.

A quoi s’ajoute la question de l’opportunité d’une consultation populaire à la fois très émotionnelle (nimby – not in my backyard) et hyper-technique. Et qui n’a finalement mobilisé qu’un peu plus d’un électeur sur trois.

Comprenez-moi bien: je n’ai pas d’avis sur le Lange Wapper, je ne suis ni pour, ni contre. Je constate seulement, à la lecture des commentaires des uns et des autres, que cette consultation vient compliquer la décision plus qu’elle ne l’éclaire. Et que le demi-ring d’Anvers, à 50 kilomètres de Bruxelles, n’a pas fini de « bouchonner »…

C’était ainsi un beau sujet de reportages à multiples facettes pour les journaux francophones. Aucun ne s’y est lancé. C’est pas assez sexy, quand ça se passe chez les Flamands?