Un séisme politique est en cours. Son épicentre se situe à Athènes, où les deux partis dits « de gouvernement » peinent à rassembler, ensemble, un tiers des suffrages populaires. On y parle déjà de remettre ça, en somme de donner au peuple une deuxième « chance » de « bien voter ». Avant le grand retour des colonels? C’est une façon comme une autre de donner du crédit aux imprécations du philosophe Alain Badiou pour qui les élections sont des pièges à cons, comme on disait en 68, entendez par là que ce sont des rites formels que les establishments ne mettent en scène que pour autant qu’on leur réserve le fût de vin de messe.
Je ne partage pas ce point de vue extrême. La tenue d’élections libres et loyales n’est pas une condition suffisante de la démocratie mais c’est une condition nécessaire et y participer, serait-ce pour s’abstenir et déposer dans l’urne un bulletin blanc ou nul, est un devoir citoyen.
Voyez d’ailleurs les chiffres français : deux millions (5,8%) de bulletins blancs ou nuls, ce qui signifie que le président élu, à qui je souhaite sincèrement bien du courage, n’a pas non plus derrière lui une majorité du peuple de France, il ne recueille qu’une faible majorité des suffrages valablement exprimés face au plus médiocre de tous les présidents de la Ve République, piètre caricature hyperkinétique du politicien à l’ancienne, celui qui tient ses électeurs pour des cons à qui il faut arracher leur voix en disant et en faisant n’importe quoi. Cet homme était vulgaire. La petite victoire ne remet pas en cause la légitimité d François Hollande mais elle souligne l’étroitesse de la marge de manœuvre dont il dispose.
Je ne veux pas rajouter une couche aux analyses surfines de nos commentateurs patentés. Je veux seulement souligner qu’ici, en Europe, une certaine façon de concevoir la politique a atteint ses limites et touche à sa fin. Et que le risque n’est pas mince que tout ça finisse très mal. Le temps n’est plus à promettre le « changement », pitoyable ritournelle électorale jamais suivie d’effet. Il faut changer. Et voir d’abord que les peuples ne veulent plus d’une politique non seulement asservie aux intérêts particuliers d’une caste dominante – les analyses libérale et marxiste se rejoignent ici pour souligner que c’est toujours peu ou prou le cas – mais en plus conceptuellement stupide car elle conduit à la ruine et à l’effondrement du Système qu’elle prétend servir.
Il y avait un autre slogan créatif, en 68. Il disait à peu près que les peuples, c’est comme les pavés: à force de leur marcher dessus, on finit par se les prendre dans la gueule. C’est ce qui est en train de se produire. Et c’est ce que la gauche comme la droite ont à comprendre. Ce n’est pas la défense des « zakis sociaux » d’un côté, la loi du marché de l’autre. C’est d’un nouveau contrat social qu’il est question. Un New Deal adapté à un monde qui change à vive allure mais qui va exploser s’il se reconstruit au profit exclusif de certains, contre les autres.
Lire aussi: ce commentaire, qui me paraît très juste, de Philippe Cohen, dans marianne2.fr.

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Tout est là , Charles : élections libres et loyales. Et il nesuffit pas de pouvoir glisser un bulletin dans l’urne, il faut aussi pouvoir se présenter, pouvoir faire sa publicité, pouvoir avoir la possibilité d’être élu (je pense à tous les système du type « case de tête »), ne pas être discriminé à cause de son sexe, etc.
Ce quime frappe pour l’instant c’est l’obsolescence programmée de nos dirigeants / sarko a été adulé jusqu’en 2008, aujourd’hui il est zappé, tout comme Berlusconi. Rajoy est secoué après Zapatero, Cameron dégringole dans les sondages. Et regardez Papadémos après Papandréou. Bref les peuples brûlent ce qu’ils ont adoré avec une dextérité de fiers Sicambres.
Tant que les sortant se laissent sortir sans trop broncher, cela ne fait pas trop de mal. Mais dans le cas contraire…
Une même crise pour deux scrutins
Par Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherche et d’information sociopolitiques (Crisp).
- Les deux scrutins de ce dimanche ont débouché sur des résultats apparemment inverses, entre la déroute des partis de gouvernement en Grèce et l’élection de François Hollande en France.
- Le scrutin grec apparaît comme une caricature du scrutin français, comme l’expression des mêmes tendances poussées à l’extrême. La montée en puissance des partis populistes.
- Cette poussée traduit à son tour une crise profonde, dont il importe de prendre la mesure.
La suite dans Le Soir
http://www.lesoir.be/debats/chroniques/2012-05-08/une-meme-crise-pour-deux-scrutins-914439.php
Les historiens diront si la crise financière et économique était ou est si grave qu’on nous le dit.
Si c’est le cas , je me permettrai de comparer un peu Nicolas Sarkozy à Winston Churchill : après la bataille , ils ont été tous deux renvoyés par leurs peuples respectifs au profit de personnages plus » normaux » …..
Monsieur Bricman, croyez-vous aux miracles ?
Non, pourquoi?
Donc nous sommes d’accord : ce nouveau contrat social que vous appelez de vos vœux ne sera pas signé, en dépit de toutes les tentatives de Hollande (accordons-lui le bénéfice de la bonne volonté). Et dans 5 ans, ce sera un boulevard pour l’extrême-droite, en France comme ailleurs. Sauf en Belgique francophone. Je vous admire : comment faites-vous donc ?
moi je crois en mes concitoyens belges et européens et je crois que mr Hollande respecte tout le monde
Le problème n’est pas ce qu’il veut, mais ce qu’il peut.
eh bien aidez-le à pouvoir
Cela me parait impossible aussi d’avoir un nouveau contrat social car le faire impliquerait de violer les règles de l’OMC. Nous devons rester « compétitifs » face à des pays qui n’ont pas les mêmes règles sociales et des salaires bien plus bas, s’il nous est interdit de nous protéger d’une manière ou d’une autre via des taxes ou un principe de réciprocité alors qu’en face ils le peuvent puisque ce sont eux qui ont le plus de croissance (celui qui a l’argent décide cela vaut au niveau mondial et au niveau belge aussi, la démocratie n’existe plus de fait), alors je ne vois pas vraiment comment les choses pourraient s’améliorer au niveau européen.
de toute façon presser le citron pour maintenir les profits d’une minorité n’arrangera rien, en délocalisant en Chine les prix n’ont pas cessé d’augmenter ni la qualité mais cela a permis aux intermédiaires
de continuer à faire de plantureux bénéfices avec comme seul résultat d’augmenter le chômage chez nous, Sarkozy a commencé par se servir lui-même en augmentant le salaire du président, Hollande commence par diminuer de 30% le sien et celui de ses ministres… restons sereins,
une nouvelle Europe se prépare, même en temps de vaches maigres, ce qui compte c’est la solidarité, l’Afrique du Sud en a donné l’exemple
Merci pour ce billet; digeste à lire, ça me fait plaisir de me sentir moins seul
amicalement,
Geo