Deux savants, éminents comme ils le sont tous, ont disparu du côté de Groningue, aux Pays-Bas, où ils étaient les hôtes du vieux comte van Dijkstra. Un Français et un Anglais. Deux limiers, fins comme ils le sont évidemment tous aussi, enquêtent sur les lieux, dans un minuscule hameau de Frise pétrifié par le gel. Les héros sont jeunes et fringants. Il y a du suspense et de l’action, on entend claquer des coups de feu et le flic franchouillard se fait même enfermer dans un cul-de-basse-fosse d’où l’extraira son collègue british. C’est un thriller, quoi. Un vieux, composé en 1929 et publié pour la première fois en 1933. Je ne l’aurais sûrement jamais lu si, à Liège, je n’avais fait l’emplette d’un volume de la série « Simenon avant Simenon » (chez Omnibus) repéré dans les rayons de la FNAC.
Quel intérêt, demanderez-vous? Ça dépend de strictement de vous. Comme il n’a dépendu que de moi de consacrer deux heures – d’ailleurs agréables, bien au chaud – à la lecture de ce roman populaire signé Georges Sim, Le chateau des Sables rouges. Pierre Assouline n’en dit pas un mot et ce n’est même pas une lacune dans la monumentale biographie qu’il a consacrée à l’auteur. Ce n’est pas une œuvre majeure, loin de là. Il m’en reste de bien plus importantes à découvrir et, sous cet angle, j’ai peut-être gaspillé un peu de mon temps. Mais ce n’est qu’un point de vue. Il y en a d’autres.
Francis Lacassin explique en effet pour sa part que ce roman a son importance dans le travail de Simenon qui l’a lui-même confirmée, parce qu’il s’agissait d’un « livre-palier », un de ceux qui lui ont permis de franchir une étape dans sa carrière d’auteur, « un essai – inattendu dans un roman populaire, et très réussi – de la fameuse atmosphère simenonienne ».
C’est dit: la lecture d’un tel recueil – Les exploits de l’inspecteur Sancette, par Georges Sim – intéressera surtout, sinon seulement, les amateurs « avancés » de Simenon. Et puis après? Cela vaut-il qu’on en parle en dehors des revues spécialisées? J’ai entamé ce billet à l’aveugle, sans trop savoir où il allait me conduire, sur la seule impression que j’avais envie de dire quelque chose. Mais quoi?
Je commence à mieux le voir maintenant, c’est le découragement qui me saisit tous les ans fin septembre, début octobre, quand Le Monde des Livres, Le Magazine Littéraire, Lire, etc. me submergent de notices et de critiques sur ce qu’il faut avoir lu pour être dans le coup de la rentrée. Mission impossible si l’on n’en fait pas un métier à temps plus que plein. Et encore… Mais quoi? Pourquoi lit-on? Pour être à la page? Pour briller dans les conversations?
Je vais vous dire: je rêve d’une revue littéraire inactuelle. Elle ne parlerait pas des livres qui viennent de sortir ou des auteurs qui en sortent justement un, pas seulement en tout cas car il ne faut pas non plus les exclure, mais elle se ficherait éperdument de l’actualité éditoriale pour ne parler que de ce qui lui plaît à des lecteurs qui ont les mêmes goûts. Et tant pis s’il ne s’agit que d’un livre épuisé qu’on ne trouve plus qu’en occasion, chez le bouquiniste ou sur Amazon.
Je ne lis pas pour être à la mode ou pour avoir de la conversation, mais pour trouver des réponses à des questions que je me pose, et c’est aussi pourquoi j’écris et je parle. Il n’y a aucune raison de penser que ces réponses figurent en plus grand nombre dans les cinq ou six mille livres qui paraissent tous les mois que dans les millions qui ont été édités depuis Gutenberg. Il y a seulement, mais on parle alors d’autre chose, que les éditeurs ont besoin de vous les vendre, tous ces nouveaux livres, s’ils veulent continuer à en éditer. Est-ce qu’on n’a pas merdé quelque part, quand on a fait de l’édition l’industrie qu’elle est devenue?
Avec ce livre que j’ai acheté à la FNAC, oublié sur un rayon car cette compilation date de 1999 et ce volume a été réimprimé en avril 2008, je cherchais à affûter mes connaissances sur un de mes auteurs favoris. Voilà que j’en sors avec d’autres questions qu’il a réveillées. On ne lit pas seulement pour trouver des réponses. Mais aussi pour se poser des questions.

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Merci, cher monsieur, pour l’accès plus facile à vos réflexions. Tous mes voeux. Merci en particulier pour vos écrits sur l’avenir de notre pays et pour votre récit sur le capitalisme des enfants à la mer et la découverte qu’il ne menait nulle part.