Nous sommes rentrés hier soir de notre escapade en Ardèche. La route en une seule étape, il fallait bien: ce dimanche, les chemises vertes montent la garde aux entrées de la ville, entourée de chevaux de frise et de barrières Nadar. Bas de foitures, streng verboten sans ausweis de la Kommandantur. Alors, pour ne pas devoir abandonner la bagnole dans la forêt de Soignes et rejoindre notre logis à pied avec nos valises et nos cartons de pinard, nous sommes rentrés plus tôt. Nous avons bouffé 950 kilomètres d’une seule traite, sur autoroute, en ne nous arrêtant que pour faire pipi et avaler les sandwiches de merde qu’on trouve dans les Autogrill. C’était plus amusant à l’aller. Nous nous étions arrêtés dans le Beaujolais, vers la côte de Brouilly. Bien mangé, bien dormi et les départementales en flânant. Mais au retour c’était interdit. Nous ne serions pas arrivés à temps pour franchir les octrois.

On a expliqué ça au propriétaire de notre gîte, à Aubenas. Un profil de demi de mêlée du XV de France, l’humour en plus. Il s’est marré quand on lui a dit que pour fêter la semaine de la Mobilité, avec un grand M bien majuscule, nos gouvernants d’affaires courantes assignaient toute une villle d’un million d’habitants à résidence: « Vous êtes vraiment dingues, en Belgique! » Ce n’est pourtant pas un fana des chevaux vapeur, monsieur C. C’est même tout le contraire. Il est paysagiste. Son petit domaine avec ses trois gîtes, c’est sa carte de visite. Ses maisons, il les chauffe par géothermie, en hiver. La piscine à la disposition des locataires est « naturelle », c’est-à-dire qu’elle ressemble à une mare ou à un étang. Elle est entourée de plantes aquatiques qui purifient l’eau sans chlore ni désinfectants qui tueraient les petit poissons en compagnie desquels j’ai nagé et qui s’agglutinaient autour de mes pieds dès que je les laissais suffisamment immobiles. Il y avait un joli nénuphar dans un coin. Et des grenouilles qui coassaient. La prairie, à côté, était tondue par des ânes gourmands. Et c’était même pas cher, en septembre. Il fallait la voiture pour aller au marché, d’accord, mais à celui d’Aubenas, le samedi, vous la laissez gratuitement près de la gare et une navette tout aussi gratuite vous emmène au centre. Si vous voulez. Il n’y a pas d’obligation. Le journal local, c’est le Dauphiné Libéré. Référence à mai 45. L’Ardéchois est un maquisard compulsif.

Le Bruxellois d’aujourd’hui, lui, il patine en cadence dans les tunnels un dimanche sur cinquante-deux. Ou il fait du vélo rue de la Loi. Il s’émerveille de pouvoir marcher au milieu de l’avenue Louise. Il croit avoir ainsi fait « quelque chose pour l’environnement », comme il se donne bonne conscience en lâchant cinq centimes au SDF qui lui tend son gobelet en carton. Il paraît que ça doit le conscientiser, le faire réfléchir à une autre façon de se déplacer. Mon cul! Moi, les dimanches sans voiture, ça me donnerait plutôt envie de polluer. Rien que pour emmerder  les cagots, les politiciens qui croient justifier leur existence par des coup de com’ liberticides.

Je râle, oui. Je n’aime pas marcher au pas, surtout celui de l’oie. Je rêve pourtant aussi d’un monde meilleur, re-civilisé. Je pense par exemple que ce serait bien, comme à Nantes, en Loire Atlantique, de mettre en place les vrais moyens de réduire considérablement la circulation automobile à Bruxelles, de multiplier les rues piétonnes, même la mienne, ça ne me dérange pas de marcher et de prendre le tram ou le métro. Mais pas au prix de ma liberté de choisir mon emploi du temps, de bosser quand les autres s’amusent et de m’amuser quand ils travaillent et aussi, si ça se trouve, de rester chez moi à lire un bon livre tandis que les autres défilent à la Fête de la Communauté organisée par le Pouvoir Orwellien. Je suis un peau-rouge qui déteste les files indiennes. Je hais les dimanches sans voitures. Le dire est ma contribution à la Grande Réflexion engagée sur la Mobilité.

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21 Réponses to “Je hais les dimanches sans voitures”

  1. xaviereco dit :

    Tout à fait d’accord.
    Et pourtant j’essaye aussi d’utiliser le plus possible les transports en commun.

    J’apprends de plus que cela coûte 1 million d’euros, sans compter tous les frais cachés.

    Vraiment, la Région bruxelloise a-t-elle tellement d’argent pour le dépenser de cette manière?

  2. Jean-louis dit :

    Moi j’aime beaucoup, je flâne en vélo sur des avenues avec femmes et enfants. Des avenues que je me garderais bien d’emprunter un autre week-end avec eux. On profite des diverses activités disséminées partout dans la ville et on se moque des grincheux qui hurlent au scandale liberticide pour bien peu ;o)

    • Charles Bricman dit :

      Moi, Jean-Louis, je voudrais que vous disposiez toute l’année (et moi aussi) d’avenues pour flâner en vélo ou à pied et profiter avec femme et enfants des « diverses activités disséminées dans la ville ». Ici, on vous anesthésie en vous imposant un dimanche à Luna Park pour vous faire oublier ce qu’elles sont les 51 autres dimanches de l’année. Dans cette affaire, vous êtes tout aussi cocu que les « grincheux » dont je suis, la seule différence étant que vous, vous paraissez en être content! :-)

      • Jean-Louis dit :

        Mais non, je n’en suis pas plus content que cela, je vous titille parce que je vous aime bien. Comment pourrais-t’on pas aimer quelqu’un qui m’a fait découvrir la maison des vin :-)
        Et si j’apprécie cette journée, c’est juste que je ne la prends pas pour plus que ce qu’elle n’est.
        Nous habitons à moins d’un kilomètre de l’école fréquentée par mes enfants, distance qui voudrait que le vélo s’impose comme une évidence pour leurs trajets.
        Las, prendre la rue Van Horenbeeck à Auderghem en vélo aux heures de pointe relève de la tentative de suicide..

        Bonne journée

        • Charles Bricman dit :

          Vous savez, nous sommes bien d’accord qu’il n’y a pas mort d’homme… Ce n’est qu’une petite chose. J’aime bien parler des petites choses en forçant le trait, ça débouche souvent sur des grandes discussions! Bonne journée à vous aussi.

  3. Mais oú est ce paradis perdu?
    J’irai au prochain we pour pietons d’un jour

  4. Pascal dit :

    Je trouve que les bruxellois devraient être remboursé de 1/365ème de leur taxe de circulation annuelle…

  5. Quisquater dit :

    Franchement, c’est du grand n’importe quoi! En quoi la journée sans voitures empêche quelqu’un de revenir d’Ardèche ? On ouvrait les barrages à 19h ! Quand je suis allé dans le Gard cet été, à 20 km des gorges de l’Ardèche, je suis rentré à 20 h chez moi en quittant le Gard le matin, sans me presser et en évitant de toucher aux sandwiches autoroutiers ! Si ça avait été la journée sans voitures, je ne l’aurais même pas remarqué !!! Je peux comprendre qu’on n’aime pas cette journée, mais il faut utiliser des arguments crédibles !

  6. Ced dit :

    Je trouve ça quand même affolant qu’un dimanche par an sans voiture dérange tant les Bruxellois. On le sait longtemps à l’avance. Il y a moyen de s’organiser.

    Tout le monde est soi-disant désireux de circuler autrement, d’avoir des rues piétonnes à gogo etc … mais déjà changer l’habitude d’un seul jour par an pose déjà un souci.

    Donc ça prouve bien qu’une journée sans voiture se fait poser des questions aux gens.

    • Thierry Schollier dit :

      Eh bien, figurez-vous que j’habite à trois kilomètres du centre-ville et que j’ai l’habitude de descendre à pied les dimanches de beau temps pour profiter de la terrasse de mon stamcafé de la place de Broukère, SAUF le dimanche sans voiture parce que c’est le seul des 365 jours de l’année où le clampin de piéton risque sa vie sur les trottoirs envahis par des hordes de barbares pour qui le code de la route semble aboli.
      Notons par ailleurs que les rares cyclistes qui ne roulent pas sur les trottoirs brûlent les feux rouges.

  7. Philippe dit :

    C’est vrai, que vaut la quiétude, l’amusement et le dépaysement de plusieurs dizaines de milliers de participants face au dérangement d’une famille… Perso j’aurai exigé 100.000 lettres d’excuses.

  8. Jean-Philippe dit :

    Je suis d’accord de pointer du doigt les problèmes de mobilité à Bruxelles les 364 autres jours de l’année. Je pense qu’effectivement, pour certains (et certains seulement), cette journée est une merveilleuse occasion de se payer une bonne conscience tout en continuant d’utiliser exagérément son 4 roues toute l’année.

    Mais franchement, vous ne vous sentez pas un tantinet ridicule de vous plaindre d’un événement festif, populaire et tourné vers la mobilité… parce qu’il a l’outrecuidance de gêner votre retour de vacances? Je ne vous demande même pas pourquoi vous n’en avez pas profité pour passer une journée de relaxation dans le Beaujolais afin d’arriver le soir à la levée des « barrières de la Kommandantur » tant il est évident que votre billet se veut plus polémique qu’argumenté.

    A moins que tout ceci relève du second degré? (rassurez-moi) Car j’ai du mal à croire qu’on puisse associer cette journée à des mesures liberticides, qu’on invoque jusqu’à Orwell en passant par des sous-entendus d’occupation… Perso, j’ai horreur de la foire du midi qui fait du bruit pendant un mois près de chez moi, mais il ne me viendrait pas à l’esprit de marquer un point Godwin pour cette petite raison égoïste.

    Très cordialement,
    Jean-Philippe
    Un grand fan de la journée sans voiture, utilisateur journalier des transports en commun

    • Charles Bricman dit :

      Mais non, Jean-Philippe, ce n’est pas mon retour de vacances qui est en cause, je râle tous les ans sur la journée sans voitures à la bruxelloise, cette prétention à mes yeux insupportable à vouloir que le Bruxellois fasse de la marche ou du roller quand ses maitres l’ont décidé, parce que « c’est bon pour lui ». Je suis pour une société dans laquelle chacun fait ce qu’il veut, quand il le veut, pourvu que ça ne gêne personne. A supposer même que 100.000 personnes aient participé au dimanche sans voiture d’hier, grand bien leur fasse, faut-il vraiment empêcher les 900.000 autres de se déplacer en voiture? C’est une question de proportionnalité. Moi qui rentre de vacances, ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres, pour faire saisir que nous vivons de plus en plus dans une société qui veut nous faire marcher au pas de la bien-pensance majoritaire et je n’aime pas ça. C’est mon droit, non? Ah non, justement, il semble qu’on veuille me le retirer… Bien à vous,

      • Marcin dit :

        tout à fait d’accord avec charles, à mort le dimanche sans voiture : j’ajouterais (et peut-être que charles me critiquera sur ce point) que les vélos me gênent (personnellement) beaucoup plus que les camions. Cette p*%ain de petite reine entrave carrément ma liberté! :( si si. Etant moi-même détenteur d’une SUV, j’ai tendance (j’avoue) à les trouver peu visibles, petits, faibles, dangereux et inconscients (c’est une question de perspective, c’est comme ça). Eux vous dirons bien sûr que c’est moi qui suis gros et encombrant (au volant de ma voiture). Je respecte leur point de vue … il n’empêche qu’à mes yeux… leur « pouvoir de faire ce qu’ils veulent quand ils veulent » sensiblement plus gênant que le mien.

  9. Pascal dit :

    Monsieur Bricman, je suis heureux de voir qu’il existe donc des gens qui pensent comme moi : « une société dans laquelle on peut faire ce qu’on veut quand on veut sans gêner les autres ». Malheureusement, celle-ci est parfaitement utopique vous en conviendrez, car le peuple dans sa grande majorité à besoin (quand il ne le vénère pas tout simplement !) d’un maître fixant un cadre délimitant des limites, soit précisément ce qui nous insupporte…
    Je n’habite pas Bruxelles (je ne supporte pas la ville) et ne suis donc pas concerné. Je me permets juste de poster mes commentaires parce que le concept d’échanges d’idées me plaît. Cela étant, moi qui ne supporte pas les interdictions en générale, suis incapable de concevoir l’idée que l’on m’empêche d’utiliser mon véhicule (pour lequel je me suis endetté et je paie des taxes !) quand bon me semble, ne fut-ce qu’un jour par an. Franchement, où est le festif là-dedans et comment est-il possible de trouver du plaisir dans la privation ? On n’est pas loin du syndrome de Stockholm !
    D’accord aussi avec vous pour ce qui est de la « société dans laquelle on veut nous faire marcher au pas de la bien-pensance majoritaire ». J’ajouterai et du politiquement correct.
    Autant de signes qui selon certains sociologues, sont les signes d’une race en phase de régression…
    Quelque part, je me réjouis d’apprendre que dans les prochaines décennies, la majorité de la population sera concentrée dans de grandes villes. C’est autant de crétins qui ne pollueront plus la campagne…

  10. jmzed dit :

    Bonjour à tous,

    Il est navrant que « les gens » ne s’imaginent pas qu’entre une attitude écologique planifiée et un cache-sexe-écologique-d-une-journée assez emmerdant pour certains, pas du tout pour d’autres, la première proposition tombe bien plus sous le signe du bon sens.

    Il est, d’une manière raisonnée, possible d’imaginer des solutions pour TOUS via des services adaptés aux besoins de locomotion PLUS respectueux de l’environnement TOUTE L’ANNEE (y en a plein dans le billet) sans se prendre la foudre des fantassins de la tige verte lorsqu’on leur explique la bizarrerie d’une journée qui sert plus à les caresser dans le sens des poils de la tige qu’à trouver des solutions concrètes à la pollution des bagnoles.

    Mais ce qui est drôle…ou pas…c’est que la politique environnementale pour la diminution des émissions de co2 de BXL-K dépend du fonctionnement d’une autre usine à gaz, la Belgique.

    ;-)

  11. hughescapet dit :

    j’aimerai les journées sans voitures le jour où je verrai Jean-Michel Javaux faire Amay Bruxelles en vélo, avec ses dossiers sur son porte-bagages pour venir négocier les grrrraaands accords. Après tout, l’exemplle doit venri d’en haut.

  12. Pierre Verhas dit :

    Nouvelle devise révolutionnaire : il est obligatoire d’interdire !

    Les temps changent…

  13. Serge dit :

    Pas trop d’accord! Il y a un plaisir évident, peut-être un peu iconoclaste à circuler dans ces rues où, en d’autres temps on risque sa vie. (Un peu comme ces cadres japonais qui frappent de temps en temps l’effigie de leur patron). C’est un moment agréable, différent, sympathique, sportif, familial. Il nous rappelle qu’il est bon de pédaler, de bouger. On voit la ville autrement. On entend des éclats de voix au lieu du vrombissement des moteurs.

    Le problème c’est qu’évidemment, il faut interdire la voiture partout pour que le concept fonctionne.

    Ne pestez pas pour un jour par an! Faut-il interdire les brocantes qui empêchent les voitures de passer? Les manifestations? les marchés?… On pourrait pousser loin l’interdiction d’empêcher autrui de circuler librement…

  14. Marc dit :

    Il vous suffisait de rentrer le dimanche après 19h, heure à laquelle la circulation des voitures est à nouveau autorisée.

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