Le pilonnage médiatique, spécialistes et politologues affiliés entendus, a commencé très tôt: la note De Wever, en français, c’est du « caca ». Disent-ils. Le jugement a été prononcé si tôt après qu’elle ait été communiquée qu’on peut raisonnablement penser qu’il avait déjà été décidé auparavant. Le soldat De Wever doit être troué de balles francophones.

Ce qui reste mystérieux, c’est le plan stratégique qu’il y a là derrière. S’il y en a un autre que l’impossibilité radicale qu’il y avait, pour l’Olivier rose, de reconnaître implicitement mais sûrement qu’il s’était planté en merdoyant dans le vague depuis près de quatre mois.

Je n’aime pas cette note De Wever, même si je reste admiratif devant l’habileté manœuvrière de son auteur. Je pense qu’elle ne préconise qu’un avatar, probablement ultime, un dernier sursaut des méthodes Eyskens (Gaston), Tindemans, Martens, Dehaene, Verhofstadt, de réformer l’Etat belge.  J’étais néanmoins disposé à m’y résigner, pour ce que j’ai à en dire et dont les princes qui nous gouvernent se fichent éperdument, au nom de la politique considérée comme l’art de ce qui est possible. Je ne devrai peut-être ou probablement pas m’imposer cette peine. La loi immuable de la politique considérée comme une gesticulation partisane me l’épargnera.

Quant à savoir ce qui en sortira…

De Wever était au service, Di Rupo a effectué un retour lifté avec le soutien résolu du fidèle cdH, c’est maintenant aux trois autres partis flamands de renvoyer la balle jaune. Et ce sera intéressant. Il y a peu de chances que le CD&V se distancie maintenant de la N-VA. C’est au sp.a et à Groen! qu’il appartient de choisir entre la solidarité flamande et la solidarité « de gauche ».

Car c’est bien de ça qu’il s’agit.

Pour s’en convaincre, il faut regarder les annexes de la note, ce qui n’a pas encore été fait par les medias francophones, télévisés ou en ligne. Le Soir observe correctement que c’est la proposition de réforme de la loi de financement surtout qui fait problème. Et pour cause: dans le nouveau système proposé par De Wever, une responsabilisation construite sur l’IPP et assortie d’un Finanzausgleich pour conserver une solidarité interrégionale, il y a un gagnant, Bruxelles (+ 80 millions), et un perdant, Wallonie (- 91 millions). La Flandre n’y gagne que 5 millions. L’Etat fédéral, le solde, car nous sommes ici dans un jeu à somme nulle.

C’est assez modeste mais symboliquement, ça veut dire beaucoup, si c’est exact (ce qui reste bien sûr à vérifier).

Cela veut dire que par rapport à un système de financement que la Flandre jugerait équitable, les transferts à éliminer par la refonte du système de financement ne vont pas tant de la Flandre que de Bruxelles vers la Wallonie.

On retombe alors sur le très vieux débat: la Wallonie est-elle très malchanceuse (et doit-elle ainsi être aidée), ou particulièrement mal gérée (et doit-elle être incitée à entamer des réformes de… structure)? Notez d’ailleurs que dans sa magnanimité, De Wever ne compte pas priver les Wallons de 90 millions la semaine prochaine. Non, ça se ferait en onze ans, par étapes.

N’empêche. Les partis francophones n’aiment pas ça. C’est une attaque directe contre le concept de « fédération Wallonie-Bruxelles », une façon de demander aux Bruxellois s’ils sont bien sûrs de vouloir financer presque tout seuls le « boulet wallon » – c’est une façon de parler, bien entendu.

Ces 80 millions, à terme, ce n’est bien sûr q’un peu plus de 16% de ce que les Bruxellois disent avoir besoin, mais si on les ajoute aux 300 millions fédéraux prévus en 3e année et aux 50 millions promis en « récompense » de réorganisation de l’ensemble région – communes, on arrive à 430, pas tellement loin des 500 réclamés.

C’est donc bien un affrontement « gauche – droite », aussi bien que « Flamands – francophones », étant entendu que « gauche », ici, s’entend plutôt: « Etat PS ». C’est intéressant. Je suis curieux de voir où vont se situer les socialistes et les écologistes flamands.

Les autres, ils s’amuseront avec BHV et la communautarisation de la Justice. Ce sont d’excellents dérivatifs pour distraire l’opinion publique.

Mais je n’aime quand même pas le plan De Wever. Parce qu’il n’a rien de copernicien et qu’il ne nous avance guère sur la route d’une autre réforme de l’Etat, à partir d’une page blanche et des seules réalités concrètes et territoriales qu’il renferme: les quatre régions linguistiques, deux grandes et deux petites, trois unilingues et une bilingue.  C’est une réforme à la petite semaine. Une de plus. Une de celles auxquelles on se résignerait pour qu’un gouvernement puisse être mis en place. Mais qu’il faudra oublier. Cela ne gêne pas De Wever. Il a démontré sa capacité de proposer des compromis. Ce sont les autres qui n’en veulent pas. Ce bidule est ingouvernable.

Lire aussi: l’analyse de Johanne Montay (RTBF)

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23 Réponses to “Pourquoi l’Olivier « tire la prise »”

  1. 7. dit :

    Quand allez-vous réaliser que BdW ne veut absolument pas d’une réforme « ambitieuse » qui consoliderait l’Etat Belgique qu’il veut dépeçer…? Il n’est habile que pour semer la zizanie entre ceux qui veulent de cette évolution copernicienne et les francophones… et je pense que vous tomber dans le panneau également.

      • hansen dit :

        n’empêche que le bruxellois que je suis n’a jamais compris pourquoi Charles Picqué a choisi Wallonie-Bruxelles plutôt que Flandre-Bruxelles? la seule réponse que je devine c’est qu’il s’est rallié à la direction de son parti qu’on entend surtout s’exprimer par des voix « wallones » qui ne nous représentent pas (Elio, Rudy et consorts), Bruxelles est la capitale de la Belgique et de la Flandre, pas de la Wallonie

    • Charles Bricman dit :

      Quand allez-vous réaliser, vous, que nous ne sommes plus en 1830, qu’il y a aussi des Flamands en Belgique, qu’ils sont même la majorité et qu’ils ont aussi quelque chose à dire sur la structure de l’Etat? Wake up!

      • 7. dit :

        Vous ne répondez pas à mon propos. Je parle de BdW et dit que lui ne veut pas avoir à dire sur la structure de l’Etat. Mais bon… cessons ce dialogue de sourds. C’est sans doute moi qui ne m’exprime pas clairement. Quoi d’autre?

  2. DonBlacksad dit :

    Les Bruxellois ne lacheront pas les Wallons, c est ca le message a faire passer a bonaBart nooitgenoeg et a la serpilliere europeenne, ce que vous avez bien resume dans ce billet, merci.

  3. Excellent coup de gueule, du pur jus comme je les aime. Aux dernières nouvelles, le spA et Groen ont choisi. La rupture nord/sud est totale et ‘ »l’empressement » des sudistes à dire ‘niet’ (à la russe) n’a fait qu’agraver leur image de marque. La presse flamande l’a très bien compris ce matin.

    • Charles Bricman dit :

      Nous avons élu des losers compulsifs. Enfin, « nous »… Moi, j’ai voté autrement, je n’ai aucune responsabilité dans l’élection de ces pignoufs.

      • 2B dit :

        Allez…Tous des pignoufs ! une petite couche de poujadisme à l’heure du pousse-café ! (sauf pour les élus flamands et éventuellement libéraux, si je lis bien entre les lignes, mais je penche plus pour ‘élus flamands’)
        Bah…c’est votre droit le plus strict évidemment. Et un vote bruxellois fr. pour un élu flamand a pu avoir toute sa logique pour contrer le VB par exemple. Mais vu la force centripète qui agit déjà sur les autres partis autour de la N-VA, votre vote risque de finir inexorablement par glisser vers cette même N-VA (si ce n’était pas déjà le cas). C’est la rançon du nationalisme qui a toujours agit dans l’Histoire comme un aimant.
        Et j’ai beau parcourir votre blog, aucune solution pour Bruxelles n’est donnée si ce n’est la solution flamande (N-VA + CD&V) de la co-gestion dans laquelle Bruxelles est réduite à comptoir de ses 2 clients (Fl+W).

      • 2B dit :

        Un de ces « pignoufs » (comme vous dites) vient quand-même de pondre une analyse objective sur le traitement de Bruxelles dans la note de BDW.
        http://www.doulkeridis.be/blog/2010/10/18/mon-analyse-du-chapitre-bruxellois-de-la-note-de-wever/

  4. Charles, mon avant-dernier billet est intitulé : La Belgique, un pays piégé par la médiocrité de sa classe politique…

  5. M a n u dit :

    - Tromperie.
    Il y a une semaine, Bart De Wever avait été chargé, par le Roi, d’une mission de clarification. L’échec est total. Pourquoi ?
    Francis Van de Woestyne LLB http://bit.ly/cybJ4Z

    - Totale impasse, le retour
    L’impasse. Nous y revoilà. D’un côté les francophones, de l’autre les Flamands, avec deux visions de l’avenir du pays, de son fonctionnement, son financement, sa structure, deux visions de la place de Bruxelles, de sa périphérie…
    Béatrice Delvaux Le Soir http://bit.ly/aD03w0

    - Wat schrijven de Vlaamse kranten?
    De Franstaligen hebben het wéér niet begrepen, klinkt het.
    De Standaard http://bit.ly/aFUIN0

  6. M a n u dit :

    - Louis Michel: « Tijd voor eenheid onder Franstaligen »
    MR-boegbeeld Louis Michel roept PS-voorzitter Elio Di Rupo op om de Franstalige partijen samen te roepen om een gezamenlijke strategie af te spreken voor de discussie over de staatshervorming. Michel noemde de nota van koninklijk verkenner Bart De Wever eenzijdig en een voorbereiding op het einde van België met een verarmd Brussel en Wallonië.
    De Morgen http://bit.ly/9aVZMu

  7. M a n u dit :

    « Deux pays : il avait raison, Bart De Wever. Deux opinions, deux mondes politiques. Nous y voilà. C’est très clair. Bien clarifié. » écrit à juste titre Johanne Montay

    Par contre, nettement moins d’accord avec « Un sursaut est encore possible. »
    La Belgique est morte. Il faut envisager et se préparer à un divorce à la tchécoslovaque.

    • 7. dit :

      Pas tout à fait (deux pays) à mon avis… je crois que nous avons des choses en commun… Mais là, en deux semaines, avec la sortie sur le sujet de la collaboration puis cette pseudo-proposition, notre ami Bart a fait la liste exhaustive de ce sur quoi les flamands sont tous d’accords pour ne pas l’être avec nous. L’inverse de ce à quoi on aurait pu s’attendre d’un vrai conciliateur qui cherche une solution.

      Alors oui, c’est rapé… le sursaut possible on ne voit pas très bien d’où il pourrait surgir quand même la sacro-sainte alliance Ecolo-Groen n’a pas passé la nuit.

  8. Béatrice Delvaux , avec ton édito du 19 octobre, arrête de nous gonfler avec tes “bétonnages du statut régional de Bruxelles” et tes “révisions de la loi de financement qui ne détruit pas le pays en asphyxiant financièrement le niveau fédéral et les entités wallonnes (et bruxelloises je suppose)”. Les carottes sont carbonisées. Le Pacte des Belges est mort. La Flandre a son Leider : Een volk, een Rijk, Bart de Wever ! Cessons de rabibocher l’inconciliable avec cette vision flamingante autiste, colonisatrice et kleptomaniaque ! La notion d’Intérêt général est désormais une vision de bénêt franco-belgolâtre pendant que la Flandre et ses enfants se servent joyeusement dans le garde-manger (voir SNCB, Autoroutes, Loi de financement, transferts compensatoires, Zeebrugges, pendelaars, etc etc enz…).

  9. Bouttique JJ dit :

    Il fallait etre idiot ..ou politicien pour croire que BDW engenderait le moindre compromis!Relisez SON programme! En conclusion , il sort grand gagnant.
    Le roi est ridiculisé et démontré inutile.
    Les francophones se mangent le nez, gauche/droite
    Les Bruxellois ne veulent pas des Wallons.
    Et BDW apparaît comme la victime du refus des assistés Wallons et des arrogants Bruxellois.
    Et si on revote, le fossé sera encore plus net! Plus flamand en Flandres, plus PS en Wallonie!

  10. M a n u dit :

    Pour Jacky Morael, Bart De Wever a « tout fait pour que les choses capotent et pour en faire porter la responsabilité aux francophones ».« Un peu gros comme ficelle », estime-t-il.

    Le Soir, mardi 19 octobre 2010, 14:51 http://bit.ly/8Y055n

  11. Guillaume dit :

    De Wever aurait dit à Terzake qu’il n’accepterait aucun amendement au texte c’est bien loin du discours de dimanche. Bah oui comme les partis flamands ont approuvé certains avec quelques réticences la note, les francophones n’ont plus le droit de rien dire. Mais bon de toute manière les partis francophones récoltent ce qu’ils ont semé depuis 2007, une méconnaissance totale de l’autre communauté qui a mené à la situation d’aujourd’hui. Plus les partis francophones résisteront aux revendications de la NVA plus son score augmentera et puisque tous les autres partis se sont un à un décrédibilisé, les libéraux, les socialistes, les socio-chrétiens que le VB ne sera jamais dans les négociations bah quoi qu’on fasse le mécontentement se dirigera vers la NVA, le seul parti qui respecte la majorité de ses promesses électorales encore aujourd’hui. C’est sa principale force. Car en Flandre, on préfère faire pourrir la situation parce qu’on se pense assez riche en tout cas plus riche que la Wallonie ou Bruxelles (ce qui est vrai) pour tenir jusqu’au bout même si ça prendra des mois voir des années même si la dette belge augmente (de toute manière vu la note de De Wever, ça va devenir difficile à l’état fédéral de l’assumer) sur les marchés. Même si ça mène à la scission du pays, c’est comme le vote BHV, on s’imagine maintenant en Flandre qu’on pourra imposer tout désormais du moins les partis flamands le font croire c’est pire encore. Ca radicalise la population. Mais bon franchement si on regarde avec un oeil flamand, si on essaye, comment croire aux promesses des partis francophones non écrites sans rapport officiel. Les paroles s’envolent les écrits restent. La NVA l’a prouvé. L’appauvrissement de Bruxelles et de la Wallonie est inscrite dans les astres désormais pour une bonne vingtaine d’années minimum.

    • Soltan Griss dit :

      Hmmm… ils ne faudrait tout de même pas qu’ils oublient qu’à force de vouloir à tout prix nous jeter par dessus bord ils ne finissent pas faire chavirer le rafiot…

      D’autre part, étant les « plus pauvres » et par extension les plus mal embarqués (pour rejoindre la métaphore précédente), nous avons moins à perdre qu’eux et plus à gagner d’un pourrissement…

      Alors pourrira bien qui pourrira le dernier…

  12. Soltan Griss dit :

    Ces discussions sans fin commencent à me lasser sérieusement… en d’autres temps (disons plutôt médiévaux), je trancherais volontiers… à la hache dans ce dialogue de sourds et ne croyez pas qu’il n’y en aurait que pour les flamands… mon approche serait plutôt celle de ce cher Arnaud Amaury à Béziers vers les 1204: « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens! »

    Quoi qu’il en soit, tout se passe jusqu’à présent exactement comme je le pressentais:
    http://blogs.rtlinfo.be/carnetpolitique/3-questions-pour-1-weekend/#comment-3861

    Il n’y a plus pour les francophones que 2 alternatives:
    * Céder honteusement devant les diktats flamands (70% de probabilité); vous serez content, la majorité aura enfin son mot à dire (la pauvre malheureuse qui avait jusqu’à présent eu tant à souffrir du joug francophone).
    * Passer au plan B (30%)

    Dans tous les cas nous y perdrons… dans le premier cas, cependant, nous y perdrons en plus toute dignité.

    • Soltan Griss dit :

      Précision: il est historiquement contesté que ce brave moine cistercien ait prononcé de telles paroles, mais elles illustrent bien mon état d’esprit lorsque je pense à notre classe dirigeante…

  13. M a n u dit :


    Het is afwachten welk initiatief de koning na zijn consultaties zal nemen. De Morgen schrijft vandaag alvast dat twee pistes de ronde doen: het uitsturen van een « dédramatisateur », of het benoemen van een duo verzoeners. Het is voor die laatste opdracht dat de namen van Bracke en Magnette circuleren.

    De Morgen 20/10/10 11u17 http://bit.ly/b1tr2I

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