Quelques considérations personnelles et un peu décousues, à chaud, sur la crise politique avant que les éditorialistes se déchaînent pour vous expliquer ce que vous devez en penser (vous penserez ce que voudrez mais ne le dites pas aux éditorialistes, ça les déprime un peu):

  1. Je ne suis pas surpris. Je l’aurais même parié. Depuis dimanche sûrement, avec le communiqué de la N-VA, mais bien avant déjà.
    Pas parce que c’était « mission impossible » et que la tâche était « titanesque » de concilier les points de vue des quatre partis flamands et des trois francophones, mais parce qu’on était reparti sur les traces hautement improbables d’un de ces fameux « compromis à la belge » qui jalonnent notre histoire politique (« je te passe deux cartaches contre un lard et deux mellow-cakes » ou « un terminal de containers à Zeebrugge contre un bout d’autoroute entre Pecq et Armentières »).
  2. Elio Di Rupo a ainsi laissé passer une formidable occasion d’y entrer, dans l’Histoire. Il a raté son examen de premier chef de gouvernement socialiste et francophone depuis Leburton. Pas parce que De Wever lui a coupé méchamment le courant, mais surtout parce qu’il a manqué d’audace et de vision, il a joué « petit bras » dans son cocon francophone, il n’a pas osé se poser en leader charismatique et capable de prendre des risques. En plus, en refusant de consigner quoi que ce soit par écrit, il a suscité la méfiance des Flamands sur la volonté réelle des francophones d’entrer dans une logique de réformes.
    Il pourra peut-être se représenter en seconde sess’. La fraîcheur en moins.
  3. Sur le plan personnel, Bart De Wever a presque fait un sans faute. Les historiens diront s’il a merdouillé au début, en prenant vis-à-vis d’Elio des engagements qu’il n’aura pas tenus mais, depuis dimanche, il s’affiche impeccable dans le rôle de l’homme d’Etat qui reste disponible, si on le juge utile, pour tout reprendre à zéro, sans vilipender les francophones à qui il reproche seulement de n’avoir pas su maîtriser leurs angoisses. Lisez attentivement son communiqué, partiellement bilingue bien qu’il émane du parti. C’est un modèle du genre.
  4. Le président de la N-VA n’en a pas moins pris un gros risque. Si son coup réussit, si ça peut repartir, avec les mêmes ou avec d’autres, et si ça aboutit, il sera peut-être le Washington de la Flandre et… le sauveur du royaume qui restera avant de s’évaporer dans l’Europe. Ou pas. Mais si ça foire, vae victis, et ça ne dépend pas de lui seul: son sort est lié à la bonne volonté des francophones, mais aussi à l’appui du CD&V qui s’accroche à lui comme à une bouée de sauvetage tout en polissant ses rancunes. C’est pas gai de se faire chiper la vedette par un « parvenu » à qui tout sourit si bien. Jusqu’ici.
  5. La radicale étrangeté du pari de Bart, c’est que tous les équilibres belges reposaient jusqu’ici sur le modèle dit « de pacification » (consociational democracy) qui consiste en compromis conclus à huis-clos entre chefs de partis chrétien, soc ialiste, libéral. Au niveau belge, ça ne fonctionne plus car il n’y a plus de « piliers » nationaux. Il n’y a même pratiquement plus de piliers du tout, ils se sont considérablement affaiblis. Mais tous les appareils administratifs sont encore aux mains des créatures de ces « mondes » au sein desquels la N-VA est un jeune corps étranger et sans racines. Si elle accepte de prendre l’initiative, elle aura la vie dure. Très dure. On l’attendra à tous les tournants.
  6. En principe, on devrait maintenant recommencer tout le cycle: consultations royales, désignation d’un ou plusieurs informateurs – quel que soit le dossard qu’on leur colle: démineurs, médiateurs, facilitateurs, explorateurs, temporisateurs ou zwanzeurs… -, puis d’un formateur et enfin nomination d’un premier ministre. Sire, il leur faudra encore bien cent jours. D’ici là, il faudra sans doute rafistoler un peu Leterme II pour pouvoir faire face aux urgences. La N-VA fera preuve de bonne volonté pour rendre tout ça possible. Mais ce sera acrobatique.
  7. Moi, je vois bien maintenant les bleus prendre l’initiative. Côté francophone en tout cas, ils sont dans les starting-blocks. Intéressant de voir Didier Reynders, sur Daily Motion, reformuler sa (et ma) proposition de partir de ce que l’on veut encore faire ensemble. Comment les autres vont-ils gérer cette intrusion?

L’air de rien, nous nous retrouvons dans une situation totalement inédite. Et quand on sait combien il est devenu difficile de gérer celles qu’on connaît… Allons, messieurs – dames, c’est le moment de prendre rendez-vous avec l’Histoire. Des amateurs?

Post scriptum: Les trois partis francophones engagés dans le processus de « préformation avortée » ont évidemment publié un long communiqué bilingue dans lequel ils parachèvent et saluent la grande victoire qu’ils ont remportée par abandon dans la palpitante partie de zwartepiet engagée avec De Wever qui s’en fout. Le seul intérêt de la chose est de voir quel sera le camp que choisiront les trois autres partis flamands, le sp.a, Groen! et, surtout, le CD&V.

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19 Réponses to “Qui veut un rendez-vous avec l’Histoire?”

  1. M a n u dit :

    - Reacties. ‘Stop met stratego spelen’ in De Standaard http://bit.ly/anuIYZ
    - Hoe moet het nu verder ? ook in De Standaard http://bit.ly/bvmmX3

  2. Alain Bruxelles dit :

    Evidemment il est beaucoup plus facile d’arriver à un accord à partir du moment où l’on accepte d’office le programme de l’autre et de renoncer à ses propres revendications.

    En théorie il est effectivement plus positif de parler de ce que l’on veut faire ensemble plutôt que ce que l’on ne veut plus faire. mais à partir du moment où la partie adverse ne veut pratiquement plus rien faire – le programme de la NVA est clair, ne subsiste que le strict nécessaire au maintien de la fiction d’un état belge ainsi que des solidarités favorables à la Flandre (les pensions par exemple), comment comptez vous porter votre propre programme?

    Et ne parlons pas de l’abandon pur et simple de Bruxelles grâce à la communautarisation qui attirera les allochtones vers la communauté flamande (50% de la population). Donc non seulement Bruxelles ne sera pas étendue (et pourtant Reynders prétend qu’il a les mêmes objectifs que Maingain) mais elle sera à terme flamandisée.

  3. eric dit :

    Je ne suis pas du tout d’accord avec votre vision: vous partez du postulat que bart de wever est un homme politique ordinaire, mais ça n’en est pas un! C’est un populiste dangereux, à l’époque un certain Degrelle était prêt à tout pour encore augmenter son score après avoir remporté un succès électoral inespéré, exactement comme les 30% de la NVA!

  4. Guillaume dit :

    On revote et la Flandre se déclare indépendante et tout ce que nous méritons c’est l’exclusion de l’UE tous Flamands comme francophones.

  5. M a n u dit :


    Bart De Wever a appuyé sur la zappette. Le genre de geste qu’on ne pose qu’une fois, au risque un jour de se faire zapper par les autres.

    Johanne Montay pour RTBF info
    http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/bart-de-wever-et-la-table-rase-261235

  6. kermit dit :

    Après Lady Gaga dans « Gaga oulala »,
    Mister Gaga dans « Je l’avais pas dit mais je le pensais très fort » !!!

  7. hansen dit :

    vous allez vraiment demander à Bart ce qu’il veut encore faire avec nous? comme si vous ne connaissiez pas déjà sa réponse!

  8. 2B dit :

    Vous minimisez et oubliez aveuglément toujours la même chose capitale de billets en billets:
    la confiance (entre négociateurs).
    Et son corollaire dans toute négociation: un but commun.
    La com. , les postures des uns et des autres, c’est du vent dont personne n’est dupe.
    A force de louanger la com. de la N-VA vous semblez oublier leur but premier: diviser, paralyser et affaiblir l’État Fédéral ( je rajoute: au seul profit de la Flandre).

    Si vous ou Didier Reynders espérez faire sortir du bois la N-VA avec un « que veut-on faire encore ensemble ? », vous feignez de ne pas connaître la réponse qui claque depuis des mois dans la bouche de leurs ténors:
    « Rien sauf ce qui est encore bon pour la Flandre »

  9. Guillaume dit :

    Pour repartir sur l’article 35, il faudrait déjà qu’il soit soumis à révision, il faut donc obligatoirement revoter … Donc ok faisons table rase de l’état fédéral actuel mais dans cette législature, on ne peut pas le faire.

    • Charles Bricman dit :

      Non, Guillaume: il n’y a pas une lettre à changer ni une virgule à ajouter à l’article 35. Il « suffit » de le rendre opérationnel en votant la loi spéciale qui détermine les compétences de l’Etat fédéral. Aucun besoin de déclaration de révision pour ça, qui peut être fait dès demain.

  10. hansen dit :

    Que voulez-vous encore faire avec nous? c’est la question que vous posent les flamands, mr Reynders, eux, ils ont déjà répondu, mais vous jamais et on ne sait toujours pas officiellement ce que veulent les bruxellois et les wallons, à part « qu’on n’est demandeur de rien »; c’est un peu court, on reste sur sa

  11. M a n u dit :

    Bart De Wever, andermaal [L’édito de Walter Pauli - De Morgen]

    Noem het ongelukkig toeval. Een dik uur nadat bekend raakte dat Opel Antwerpen definitief de deuren sluit wegens geen overnemer en de laatste 1.200 werknemers hun job kwijt zijn, waren alle ogen gericht op de persconferentie van N-VA-voorzitter Bart De Wever. Zowel VRT als RTBF zorgden voor een liveopname van ‘het evenement’: niet Opel maar N-VA.

    Verder lezen : http://bit.ly/95uWEA

    Pour « les francophones ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais » :-) , voici le texte en fr. http://bit.ly/cioez5

  12. M a n u dit :

    L’art de se faire détester
    Sur le blog de Michel GUILBERT, Moeurs et humeurs http://bit.ly/chp5l7

  13. lucske dit :

    Votre analyse est intéressante : vous pointez notamment le ridicule des négociateurs francophones… j’ajouterais que Madame Milquet atteint des summums en matière de propos grotesques mais aussi odieux. Grotesque car considérer que le seul parti francophone qui n’a pas participé aux négociations est responsable de leur échéc est incroyable. Mais aussi odieux car le climat de haine personnelle que propage Milquet (avec la complicite de Javux et Onkelinx) sur la personne de Reynders est une réminiscence de pratiques que l’on croyait oubliées en Belgique depuis la fin du Rexisme.

    Vous avez raison de dire que l’échec de Di Rupo est l’échec définitif des compromis « à la Belge », compromis boiteux dont je ne compreds toujours pas que certains pouvaient en être fiers… Di Rupo voulait, comme lui en d’ailleurs demandé ses électeurs, maintenir encore quelques années le système d’assistanat en Wallonie et ce à n’importe quel prix…. Dans quelques années, nous dirons merci à Bart De Wever.

    Que faire ? une initiative des libéraux ? Les conditions ne sont pas réunies, le climat de haine est trop fort… et puis, que pourraient-ils faire devant la bande des trois ?

    Alors des élections ? On nous dit que ce serait le pire des scénarios car cela renforcerait la NVA… et alors ?

    Je crois que les élections sont une exigence démocratique ? Avant de démembrer défintivement l’Etat belge, donnons la parole au peuple non via un référendum (quelle question poser ?) mais en donnant l’oiccasion aux citoyens d’élire leurs rep^résentants après une campagne sur ce thème.

    Et si alors, la NVA fait 40 %, les choses seront claires et on saura qu’il faut discuter le divorce. Si les flamands ne veulent pas du séparatisme, alors qu’ils votent pour le SPA, Groen ou le VLD…

    E Wallobrux, les électeurs choisiront entre le message du PS (un accord à n’importe quel prix pour maintenir le paiement des allocations de chomage par les Flamands) et le MR (comme le disait la campagne, la garantie du respect…).

    J’ajoute aussi que de nouvelles élections seraient conformes à l’esprit des constitutionnalistes de 1830 qui prévoyait, pour chaque révision de la constitution, une méthode en deux phases : une déclaration des articles soumis à révision qui entraine une dissolution automatiue des Chambres et ensuite la parole au Peuple pour élire des représentants qui décideront de cette révision…

  14. M a n u dit :

    - « C’est peut-être le pas de trop de la N-VA dans la surenchère revendicative » Vincent de Coorebyter livre son décodage des événements de lundi 4 octobre 2010 dans Le Soir
    http://bit.ly/bUCs0b

    - « Bart De Wever a repris le contrôle »
    Les négociations ont une nouvelle fois échoué. Les médiateurs se rendront chez le roi aujourd’hui pour faire le constat de leur échec. Que va-t-il se passer, quelle est la stratégie de Bart De Wever ? Le Vif.be a posé la question à Pierre Vercauteren, politologue à la Fucam de Mons.
    http://bit.ly/bujiw6

  15. M a n u dit :

    Noël Slangen : « La N-VA n’a pas de stratégie » [Article intéressant à lire dans Le Soir - page 15 - pas en ligne pour l'instant]

    C’était l’expert en com’ de Guy Verhofstadt. Elogieux sur la N-VA au moment des élections, il estime désormais que le parti de Bart De Wever navigue à vue. Et se demande : mais que veut-il ?

    Noël Slangen
    Il fut longtemps le « spindoctor » de Guy Verhofstadt, le maître d’oeuvre de la communication du VLD.
    Publicitaire très connu en Flandre, Slangen a créé le Groep C, une agence de consultance.

  16. jo moreau dit :

    @lucske : « Et si alors, la NVA fait 40 %, les choses seront claires et on saura qu’il faut discuter le divorce. Si les flamands ne veulent pas du séparatisme, alors qu’ils votent pour le SPA, Groen ou le VLD… »

    Je vous rappelle tout de même que la NVA + Vlaams Belang + Lijst De Decker font environ 50% des voix… Je ne pense pas que de nouvelles élections éclairciraient quoique ce soit.

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