La sixième réforme de l’Etat qui vient – si elle vient! – risque fort d’être une fois de plus bancale si elle est conçue selon les schémas actuellement en discussion. Et elle ne sera pas la dernière. Si elle arrive seulement à se concrétiser.
Je suis abrupt et je prends des risques, j’avoue: de ce qui se discute dans le groupe des Sept, on ne sait finalement pas grand-chose, sinon des bribes et morceaux qui suggèrent que ce pauvre Copernic n’est pas à la table de la négociation.
Tout indique en effet que dans ses propositions, Elio Di Rupo reste strictement dans la continuité de ce qui se fait depuis 1970. Il a fait un gros effort, c’est vrai, pour briser quelques-uns des tabous francophones qui ont fait de la législature 2007-2010 un cauchemar absolu. Il a réussi à faire admettre par ses alliés francophones le principe de transferts imposants de compétences et de masses budgétaires, jusque dans des secteurs sensibles comme la politique de l’emploi, les allocations familiales et même les soins de santé.
Mais on reste là dans l’ordre du politique, je veux dire du symbolique. Et le plus grave est que tout ça risque de se révéler impraticable ou sans grande portée pratique. Parce qu’on va buter, on bute déjà sur le nerf de la guerre: le fric.
C’est un mécanisme qui reste obscur aux yeux du plus grand nombre mais qui se comprend aisément quand on limite l’explication à son principe.
Supposons une compétence, n’importe laquelle, que l’on transfère aux régions ou aux communautés. Il faut à celles-ci les moyens de l’exercer. Disons que pour l’année où s’opère le transfert, ils sont de deux milliards, actuellement dépensés par le budget fédéral. Comment va-t-on les répartir entre les régions ou les communautés?
La première approche, celle de la réforme de 1980, était principalement celle de la dotation. On mélangeait les critères objectifs (superficie, population, contribution à la création de richesse) pour arriver à une clé de répartition permanente d’une « allocation » indexée. Les Flamands n’en ont plus voulu car il était purement statique et avait pour effet de garantir leurs recettes aux régions et communautés, libres de dépenser à leur guise les moyens alloués par l’Etat central.
En 1988, on a modifié le mécanisme en le déplaçant vers un système de ressources propres. Des impôts furent complètement régionalisés (les droits de succession, la redevance radio-TV, le précompte immobilier, la taxe sur les jeux et paris…) d’autres devinrent des impôts partagés (IPP et TVA). Ce qui veut dire qu’au terme du calcul opéré sur des bases compliquées, les régions et les communautés reçoivent chacune un pourcentage de l’impôt fédéral.
Mais c’est là que les choses se compliquent. Voyons ça très simplement.
Un système pervers
Dans mon exemple d’un transfert de compétences représentant deux milliards de dépenses fédérales (le montant lui-même n’a aucune importance, ce n’est qu’un exemple), on constate qu’il représente x% des recettes perçues au titre de l’impôt. Et, partant, que chaque région aurait alors droit à x% de l’impôt perçu sur son territoire.
Oui, mais…
L’IPP a actuellement un meilleur rendement en Flandre qu’en Wallonie. Et une région, par sa nature ou son état de prospérité, peut avoir à faire face, pour exercer cette compétence, à une dépense très largement supérieure (ou inférieure) que les autres régions. Prenez la politique portuaire par exemple et pour bien comprendre: Anvers et Zeebrugge sont en Flandre et la Wallonie n’a que des ports fluviaux, qui pèsent bien moins sur le budget. Ou à l’inverse, la réhabilitation des friches industrielles.
On a donc tenté de globaliser, pour lisser les différences. En combinant les transferts de compétences pour arriver à un ensemble que couvriraient à peu près les recettes allouées à chaque entité fédérée. Le « hic », c’est qu’on s’est trompé. Ou qu’on a un peu « chipoté ». Un négociateur flamand me l’avait soufflé à l’époque: la Communauté française notamment, allait crouler sous le poids de son enseignement. Et ça n’a pas raté. On a compensé ça avec les accords du Lambermont. Aujourd’hui, c’est Bruxelles qui souffre et réclame ce qu’elle estime être son dû.
Mais ne nous perdons pas dans les détails, si préoccupants soient-ils. C’est le système qui est pervers. Il peut sans doute fonctionner à la marge, pour de relativement faibles montants, quand l’essentiel des compétences restent fédérales. Il se heurte à des problèmes majeurs dès lors qu’on veut « déplacer le centre de gravité de l’Etat fédéral vers les entités fédérées ».
Et c’est là qu’on se situe aujourd’hui. On y est depuis 1988, et ça risque de s’aggraver considérablement. Au détriment de qui?
La composante « Flandre » est relativement à l’aise. Elle a même des surplus dont elle a bénéficié grâce à la nécessité de ne pas étrangler complètement la Wallonie et la Communauté française. Et c’est forcé: avec sa part de tel impôt pour couvrir ses dépenses, fixée à ce niveau pour permettre aux francophones et aux Wallons de couvrir tout juste les leurs, elle peut se permettre des largesses.
L’Etat fédéral, par contre, est exsangue. Pour un peu, il concèderait plus de moyens aux entités fédérées qu’il n’en dépenserait s’il conservait les compétences pour lui. Et c’est parfaitement irrationnel. Comme est parfaitement irrationnelle une répartition des compétences qui n’est pas conçue pour régionaliser ce qui se trouverait mieux de l’être, dans l’intérêt de tout le monde, mais pour trouver un équilibre entre les dépenses des entités fédérées et leurs capacités financières. Un tel système ne peut que bénéficier à la région la plus forte.
Au nom de quoi alors la Flandre en demande-t-elle plus encore, me direz-vous? Tout simplement parce qu’elle a compris que ce système, à terme, n’est pas viable et qu’elle finira par en souffrir gravement. Moins peut-être que les Wallons, mais cela ne la console pas vraiment, figurez-vous.
La Flandre, par exemple, sait bien qu’elle vieillit et que, si relativement prospère qu’elle soit dans le contexte belge et même européen, son économie reste fragile, dépendant pour une part de centres de décision qu’elle ne contrôle pas, voyez Opel Anvers. Or, s’agissant du vieillissement (vergrijzing), l’Etat fédéral l’inquiète. Et quand Daerden annonce que le paiement des pensions est assuré jusqu’en 2015, elle n’y voit pas une bonne nouvelle, se demandant surtout ce qui se passera dans cinq ans, après 2015…
La Flandre, en fait, désespère de pouvoir infléchir la route du bateau Belgique pour le mettre sur un cap tribord qu’à tort ou à raison, elle juge plus sûr que celui qu’il doit suivre après arbitrage avec des francophones qui penchent à babord.
D’où l’impasse actuelle. Et son obsession de prendre en mains les leviers de son avenir. Le pouvoir de décider.
Autre chose
Comme je le répète depuis des mois, je ne crois pas qu’une sixième réforme de l’Etat puisse nous apporter quelque chose de vraiment positif – hormis, peut-être, un gouvernement – si elle s’inscrit dans le cadre de ce qu’on est occupé à faire depuis quarante ans. Or, il apparaît de plus en plus clairement que c’est ce que propose Elio Di Rupo, dont la principale excuse est peut-être qu’il ne trouverait pas de partenaire francophone pour faire autre chose.
Autre chose?
Oui.
Il n’y a pas d’issue, je le crois sincèrement et attends qu’on me démontre le contraire avec des arguments rationnels, dans un « approfondissement » des réformes de 1970, 1980, 1988 et 1993 qui montrent aujourd’hui leurs limites. Il n’y a pas d’issue non plus dans un retour à 1970: l’Etat unitaire est encore plus dépassé par les faits qu’il ne l’était déjà à l’époque, selon le mot fameux de Gaston Eyskens, à la tribune de la Chambre. Et la séparation complète n’est pas non plus une option, je veux être clair à ce propos.
La seule issue est de reconstruire une Belgique nouvelle à partir de ses régions qui doivent maintenant assumer qu’elles en seront le moteur. Et le centre de gravité, si l’on veut. Il faut qu’on détermine à partir de là ce qui sera préférablement géré en commun, dans l’intérêt commun. Il faut redessiner un Etat fédéral ou une confédération d’Etats, je n’ai pas le fétichisme des mots, probablement à partir de l’article 35 de la Constitution qui engage à énoncer les compétences de la (con)fédération, le pouvoir résiduel appartenant aux régions.
Vous devez abandonner la salopette de plombier que vous ont léguée vos prédécesseurs, monsieur le préformateur. Elle ne vous convient d’ailleurs pas du tout, c’est un très mauvais déguisement. La blouse immaculée de l’architecte ou de l’ingénieur penché sur sa table à dessin vous ira beaucoup mieux. Et vous serez acclamé à la fin du spectacle, au lieu d’avoir à quitter tristement la scène par le côté cour, votre sacoche de plombier sur l’épaule.
Lire aussi: Towards a more efficient and fair funding of Belgium’s Regions? sur le financement des régions et communautés, le très intéressant (et tout chaud) e-book de Re-Bel Initiative, sous la direction de Paul de Grauwe (KUL) et Mathias Dewatripont (ULB) (en anglais, abstract en français).

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Je partage tout à fait votre opinion selon laquelle il faut redessiner la Belgique et en faire un état fédéral mature au sein duquel les régions prennent le rôle de moteur. Mais dans ce contexte je suis plutôt découragé par l’apparent front NVA-CD&V qui semblent nier le concept « Région Bruxelloise » (du moins sur base de ce que j’ai lu sur les sites du Soir et de La Libre). Si cette résistance aux régions existe réellement chez ces partis qui dominent le débat en Flandre, y-a-t’il vraiment espoir selon vous qu’un tel état fédéral basé sur les régions puisse voir le jour?
Ce n’est pas parce que le cartel veut une Belgique à 2 qu’il ne faut pas se battre pour une Belgique à 3 (ou 4) qui est actuellement reconnue. Ce débat-là me paraît bien plus important que la langue des convocations électorales dans la périphérie bruxelloise… Il n’est pas perdu d’avance pourvu que les Bruxellois aient l’intelligence de se profiler en go-between entre les deux grandes régions, plutôt qu’en alliés de l’une contre l’autre. La formulation est sommaire mais j’y reviendrai probablement un de ces jours dans un billet. Merci pour votre commentaire.
Merci pour votre réponse.
Ce débat régions vs communautés, avec à la clé la question du statut de Bruxelles, me semble aussi être de loin le plus important à régler.
À ce sujet je rajouterais trois points:
1) je trouve que les partis francophones, qui semblent se profiler dans ces négociations comme pourfendeurs des communautés et défenseurs des régions, ne sont pas très consistants au vu de leur organisation sur base communautaire. Aucun parti francophone ne se présente en branches régionales indépendantes à Bruxelles et en Wallonie.
2) le modèle État Belge défendu par la NVA et qui consiste en deux communautés qui co-gèrent Bruxelles me semble a priori extrêmement inefficace et donc voué à nouvelles réformes à plus ou moins court terme si il devait être adopté: par exemple j’imagine mal deux systèmes judiciaires différents dans la même ville selon le régime linguistique auquel on décide de souscrire.
3) Un système où la communauté linguistique prévaut quand on habite Bruxelles et où elle ne prévaut pas quand on habite Rhodes ne me semble pas très lisible. Il y a clairement deux poids deux mesures dans cette logique.
Une fois encore, je ne peux que me ranger à cet avis lumineux. Et j’ai bien peur que nul n’ait la carrure pour réformer ce qui se doit: l’Etat, la politique et les gens qui la font.
On assiste à un partage de billes, chacun dans sa moitié de cours de récréation. C’est insuffisant.
Excellent billet, une fois de plus. Clair, précis et pédagogue… Une question me brûle les lèvres: pourquoi ce type d’opinion ne paraît ou n’est pas défendue dans la presse francophone ? Plutôt que les cartes blanches rattachistes, séparatistes ou autre qui envahissent les quotidiens francophones sans que cela n’apporte le moindre éclairage sur la situation actuelle… Merci donc, cher Charles!
A vrai dire, en ce qui me concerne, je préfère pour le moment publier sur mon blog qui est le centre de mon activité éditoriale et qui me permet d’être réactif. Je prépare un livre aussi, pour début 2011 sans doute. Cela dit, si un journal me demandait une carte blanche, je ne refuserais probablement pas.
Repartir d’une feuille blanche est mieux car au moins on pourra vraiment voir ce que la politique flamande veut encore faire en commun avec le reste du pays c’est-à-dire pas grand chose, même pas la solidarité ou alors une solidarité de controle. Je paye, vous exécutez.
Robert Deschamps (FNDP) estime que le fédéralisme à la Belge ne responsabilise pas assez les régions. Il propose plus d’autonomie fiscale.
Robert Deschamps est sans doute le professeur d’université émérite le plus actif de Wallonie. Alors que le monde politique négocie dans la douleur une nouvelle réforme de l’Etat, il continue, lui, inlassablement, à réfléchir à la meilleure façon de renforcer la Belgique fédérale. L’économiste des Facultés de Namur juge, comme un grand nombre de Flamands, que les Régions devraient être davantage responsabilisées. Mais, pour lui, cela ne peut se faire que si, dans le même temps, on renforce les mécanismes de coopération.
Entretien dans LLB du 17/08/2010 http://bit.ly/c5632t
ne pourrait-on pas s’inspirer de la Suisse confédération de cantons et pas « bi-communautarisée »? je suppose que dans un canton, tous les suisses du canton ont les mêmes droits qu’ils soient germano, romano ou italophones? finalement la Suisse serait plus la préfiguration de l’Union européenne que la Belgique qui n’en est pas à une contradiction près…
« Et la séparation complète n’est pas non plus une option, je veux être clair à ce propos. »
Vous voudriez être clair à ce propos, Charles, que vous nous expliqueriez pourquoi, vous ne le faites pas et vous nous gâvez d’authorité de votre point de vue sans juger bon d’argumenter. C’est juste l’argument de ceux qui s’attachent à la Belgique parce qu’enviseager autre chose simplement les dépasse, est hors de leur entendement.
La solution que vous décrivez pourtant n’est rien d’autre qu’une scission pur et simple en gardant le logo pour pas devoir changer le papier à lettre. Imaginer que pour la Flandre il y ait encore des choses enviseageables en commun c’est naif, « ce qui sera préférablement géré en commun » pour la Flandre ca ne sera jamais que ce qui peut rapporter à la Flandre et jamais plus dans son esprit ce qui est d’intérêt commun.
Alors croire que garder le logo donnera à la Flandre le sens du ‘commun’ c’est un peu utopique, la seule chose que ca lui donnera encore c’est une fausse bonne raison pour expliquer ses malheurs, un bouc-émissaire.
Je ne peux m’empêcher de songer au retournement de veste de Mevrouw Nee!
Je me réjouis d’entendre Sarah Turine lui demander lors des prochains débats: « A quoi n’avez vous pas dit oui en 2010, alors que vous aviez dit non en 2007? » Ce serait un bon moment de télé ou de radio! Jean-Mi, si tu nous lis…
Ce qui est paradoxal dans votre réflexion depuis pas mal de billets, c’est de fustiger (sans doute à raison) les négociations à l’ancienne tout en pensant que les négociateurs actuels soient encore aussi bien « intentionnés » (ou sincères) que ceux que vous avez croisés ou connus.
Vous semblez partir d’un postulat qui voudrait que tous les mécanos actuels aient un but commun. Ce qui était peut-être le cas à une certaine époque mais ne l’est certainement plus maintenant.
Pour reprendre votre image architecte vs. plomberie, je dirais que c’est toujours plus séduisant intellectuellement de repartir à zéro d’une belle nouvelle feuille vierge excel en changeant toutes les formules, en ré-actualisant toutes les données; mais l’architecte-comptable sera quand même contraint, in fine, de le faire tourner sur un vieux PC avec Windows 95 qui bugge sans arrêt à cause d’un conflit IRQ entre la carte son et la carte modem, impossible à résoudre sauf à changer la carte-mère.
Bien sûr, le débat région vs. communautés est bien plus important que de recevoir sa convoc. en fr/nl mais esquiver toutes ces « péripéties », c’est se voiler la face.
Les architectes sont en général appelés pour (re)construire et non pour détruire. Or ici, au moins un membre du bureau veut clairement détruire le projet.
Dans n’importe quel projet, il est primordial de jauger la sincérité des adversaires, sans cela, tout est toujours à recommencer.
J’aime bcp votre 2e paragraphe: belle métaphore. Et j’embraie en vous disant que là-dessus, je suis d’accord: ce que je propose, c’est bien de changer la carte-mère!
Je suis plus réservé sur le reste. Vous me reprochez en fait mes prémisses (il y a moyen de discuter honnêtement avec BDW) en invoquant les vôtres. Nous sommes au mieux à égalité: je ne vois pas pourquoi vos postulats seraient a priori meilleurs que les miens (et vice-versa d’ailleurs).
Mais j’essaie d’être logique: si j’acceptais vos prémisses (ces gens « veulent détruire le projet »), cela ne vaudrait pas la peine de négocier, ni même de discuter, il faudrait décréter la mobilisation générale et ressusciter le général Lee… Il n’y a pas de négociation possible si on diabolise l’adversaire comme vous le faites, au moins implicitement.
Mon postulat se base uniquement sur les déclarations officielles et les faits:
- La NVA a dit clairement vouloir à terme l’indépendance de la Flandre dans l’Europe.
- La NVA veut clairement la fin de la RBC.
- La NVA est le parti qui a « la main ».
Alors, si pour vous, sachant cela, il y a moyen de discuter d’une reconstruction de la Belgique avec eux, je crains que vous ne soyez victime du syndrome de Chamberlain, de plus en plus répandu ces derniers temps.
Pour reprendre ma métaphore informatique, ok, on change la carte-mère mais elle contiendra 2, 3 ou 4 processeurs de puissances totalement inégales, ne sachant même pas puiser dans une mémoire commune et ne sachant même pas communiquer entre eux. Résultat: un PC pourri qui n’avancera plus.
Votre postulat « il y a moyen de discuter honnêtement avec BDW » demande des preuves. Je n’en connais aucune. Vous bien ? Ca m’intéresse.
C’est forcément, c’est toujours un pari. Tenez: vous. A oriori je vous tiens pour quelqu’un qui est de bonne foi et avec qui ça vaut la peine d’échanger, sinon je ne vous répondrais pas. Mais qui êtes-vous derrière votre pseudo? Je n’ai pas la preuve que vous n’êtes pas un troll particulièrement adroit. Ou un mllitant du Vlaams Belang un peu retors et bon bilingue. Ou le (petit-)fils naturel de Léon Degrelle avec un faux nez… Mais je prends le risque.
Avec BDW, c’est la même chose. Moi, je fais le pari qu’il est sincère quand il dit qu’il n’est pas révolutionnaire, qu’il veut faire évoluer l’Etat pour qu’il fonctionne au bénéfice des citoyens, avant de « s’évaporer » dans les Etats-Unis d’Europe, ce qui ne dérangera personne. Et mon point est de sortir de cette négo en le satisfaisant sur l’autonomie de la Flandre, mais dans un cadre régional à 3 ou à 4, étant entendu qu’on laisse alors tomber les fadaises de type « Wallobrux » au profit d’une région capitale accueillante à toutes les autres régions, sans privilégier l’une par rapport à l’autre.
On peut refuser de faire ce pari. Mais alors il ne faut pas négocier avec lui. Ce qui revient à tout bloquer jusqu’à ce que ça pète. Ce qui est la solution inverse de celle qu’on recherche.
C’est pourquoi je pense que si je veux rester cohérent, je ne peux pas ne pas faire le pari que je propose… et que je fais sans arrière-pensée.
Ce que je crois, c’est que la Flandre en votant pour Bart, a voté pour le séparatisme et Bart est bien décidé à exercer ce mandat donné par l’électeur. Certains commentateurs ont beau le nier, le programme de la NVA est clair. Alors certes, il existe peut-être un moyen terme pour ne pas aller à la séparation tout de suite…ce serait d’accepter de vivre dans un pays où les seules matières qui resteraient fédérales, seraient non transférables et limitées.
Très bien, si tel est le cas, comment s’opposer à la volonté flamande. La métaphore du mariage, abondamment utilisée pendant la campagne est effectivement éclairante.
Maintenant, ce qui serait une abération stratégique, ce serait pour maintenir cette coquille fédérale, presque vide, pour les francophone de renoncer s à Bruxelles, qui est une ville francophone. La NVA et les séparatistes flamands ne négocient que cela… Communautariser la sécurité sociale, par exemple ne vise qu’à coloniser la capitale, où chacun sait que beaucoup se revendiqueront flamands si ils y trouvent un avantage financier. C’est le fameux plan flamand de reconquète de Bruxelles, de Maddens notamment.
Pour moi, il s’agit de ne pas transiger sur le lien qui unit Bruxelles à la wallonie. Piloter Bruxelles au départ des deux communautés (autrement dit :tout communautariser) est un piège à c… complètement inutile. Céder sur cela, c’est céder sur l’essentiel car si Bruxelles ne pose plus de problèmes, les flamands nous quitteront demain, pas quand l’Europe le dira, pas dans 20 ans comme certains l’espèrent mais dès les prochaines échéances électorales.
L’alternative, c’est un gouvernement de salut national…qui réunirait tous les partis politiques du Nord et du Sud qui ne sont pas près à une séparation imminente, pour négocier de très larges transferts de compétences vers 3-4 régions, en revoyant si besoin la loi de financement dans les prochaines semaines et sans nouvelles élections. La dernière chance de préserver quelque chose de commun sous le vocable « Belgique ». Je ne sais pas si cela sera possible, ce que je sais aujourd’hui c’est que conclure un « accord » avec Bart, autre qu’une séparation, ne sera pas possible!
« Je n’ai pas la preuve que vous n’êtes pas…le (petit-)fils naturel de Léon Degrelle avec un faux nez… »
Vu qu’elle se termine par un smiley, je passe sur votre comparaison de la sincérité existante entre nous (qui débattons) avec la sincérité entre les négociateurs (qui négocient l’avenir de 10 millions de citoyens).
J’essaie juste de vous faire comprendre que même si votre raisonnement est tout-à-fait cohérent, logique et constructif,
il y a un énorme hic:
La NVA n’en veut pas (et les autres partis flamands se rangent +/- derrière).
La logique et la cohérence de la NVA, ce n’est pas « faire évoluer l’État pour qu’il fonctionne au bénéfice des citoyens », c’est scinder le pays au bénéfice de la seule Flandre et surtout du VOKA (http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=0F2U0QMN).
Alors, si pour vous, il faut satisfaire BDW en acceptant cela, libre à vous.
Si c’est pour tout remettre à plat pour 30 ans au moins, tel un architecte devant sa feuille blanche, pourquoi ne pas négocier directement, sans révolution, la scission définitive de la Belgique ? Au moins, on aura gagné en frais de plomberie inutiles ?
- Fumée noire pour Elio Di Rupo ?
Le préformateur se rend chez le Roi ce mercredi à 15h30. À bonnes sources, il dresserait un constat d’échec. La N-VA reste intraitable. Fumée noire définitive ? Selon De Standaard, Di Rupo pourrait demander 48h supplémentaires. Une conférence de presse est prévue après la rencontre du préformateur avec le Roi.
Le Soir 18/08/2010. http://bit.ly/bTvpu2
- Maar, de Standaard schrijft : Di Rupo krijgt nog 48 uur
De preformatie gaat diep in overtime. Elio Di Rupo vraagt opnieuw verlengingen, een akkoord is er niet.
http://bit.ly/dkmwT7
- Di Rupo refuse la stratégie de la N-V A
Elio Di Rupo a tout essayé. Mais la N-VA semble se montrer intraitable. Le préformateur pourrait ne pas souhaiter la prolongation de sa mission.
LLB du 18/08/2010. http://bit.ly/cbiiD9
- Et encore, à propos de cette « Fabulous Flanders Map » !
Ce serait si simple de jouer cartes sur table
Edito Le Soir. http://bit.ly/cGJcXa
Savez-vous que la Belgique à cessé d’exister quand une frontière linguistique y a été tracée au bénéfice de la flandre ? C’est un angle de vue qui relativise beaucoup les gesticulations actuelles. Nos politiciens francophones ont surtout peur d’un jour devoir se rattacher à la France et ainsi, devenir des petits riens de province, ce que beaucoup d’entre eux ont toujours été.
Je dirais plutôt, si vous le permettez, que la frontière linguistique a signé le glas de la Belgique de 1830 et que ce que nous connaissons aujourd’hui, c’est la difficulté à transformer un Etat unitaire en un Etat composite qui fonctionne. La seule manière d’y échapper aurait été une Belgique entièrement bilingue, d’Ostende à Arlon et de Comines à Fouron.Mais cela, nous, les francophones, nous n’en avons pas voulu: nous avions déjà tant de mal à admettre que l’on parlât le néerlandais en Flandre. N’oubliez cependant pas l’autre origine du contentieux communautaire: le suffrage universel, qui fit entrer des Flamands néerlandophones au parlement.
Je permets mais n’approuve pas totalement, du moins, la partie linguistique.
Avant tout quel intérêt à créer un petit pays composé de petits états en particulier au sein de l’Europe ?
Nous n’avons pas voulu du bilinguisme ?
Oui exact, mais mais ancêtres su sud ne parlaient pas français mais divers patois wallons et picards… leur imposer ce qui a l’époque n’était dans la pratique qu’un patois du hollandais n’avait pas de sens.
Bilinguisme de tout un peuple pour se parler à lui même ? Beau rêve humaniste mais absurde, l’une aurait pris le pas sur l’autre, sans doute le français. Accessoirement, tous ne sont pas doués pour les langues, certains ont déjà du mal à n’en parler qu’une un peu correctement.
Le francophone n’a pas à culpabilisé de ne pas avoir plié face à la germanisation, elle n’a été dans le sens de l’histoire qu’à deux reprises, et ce n’est pas le souvenir qui donne le plus envie
L’idée de franciser tout le pays n’était pas mauvais dans le contexte de l’époque, mais pour la pérénité du pays, il eu fallu l’imposer !
Une Belgique entièrement francophone était en effet une option en 1830 – c’était celle de Rogier et de Gendebien notamment – mais il eût fallu coupler alors une politique linguistique à une politique sociale, ce qui n’a pas été le cas, je ne dois pas vous le dire. N’oubliez pas non plus que la politique était à ce moment dominée par la fracture entre cléricaux et laiques, et que le bas clergé des Flandres a vu dans la langue un moyen de combattre la philosophie des Lumières. Je ne partage pas non plus ce qui semble être votre prévention contre la culture germanique, mais soit, c’est encore un autre débat.
Pour le reste, je ne culpabilise pas, je constate que les francophones de Belgique n’ont jamais été très cohérents dans leurs politiques et qu’aujourd’hui encore, ils ont une propension qui me paraît fâcheuse – je ne dis pas ça pour vous – à mener des combats d’arrière-garde. Une politique se mène au présent pour le futur. Sinon, ce n’est que de la nostalgie et du temps perdu…
Merci pour cet échange. Nous pensons probablement différemment mais c’est bien ce qui fait la richesse d’un débat.
Je précise que je n’ai rien contre la culture germanique, loin de là
Mais je reste peu sensible au mythe fondateurs flamingants…
Il reste qu’aujourd’hui, je suis devenu un séparatiste convaincu, qui est juste un peu effrayé par les habitudes des francophones de ce pays une fois face aux urnes… a tel point qu’un rattachement à la France encore Napoléonienne me rassurerait presque
Je ne partage pas tout mais je pense également qu’il faudrait cesser de véhiculer ce mythe flamand de la défense de la langue. Certains francophones, principalement des bruxellois sans doute culpabilisés par le fait d’habiter la Flandre sans (bien) la parler s’en font de plus en plus l’écho.
Que nos compatriotes veuillent contenir la « tache d’huile » je le comprend parfaitement. Mais il faut arrêter de pleurnicher sur le méchant français (langue) qui a menacé exterminer le gentil flamand. Comme on l’a dit plus haut le wallon originel parlait… wallon. Pas français! Et le wallon, lui, a disparu pour de bon!
Le français s’est imposé des deux cotés car langue véhiculaire des notables, des élites… (de Londres à Saint-Pétersbourg!) tout comme l’anglais aujourd’hui tend à s’imposer dans beaucoup de domaines liés aux technologies et aux affaires, et percole dans le langage courant.
Clairement le ressentiment flamand est basé sur une volonté de revanche économique et un sentiment d’avoir été méprisés. La langue n’est qu’un prétexte. Ils veulent nous imposer quelque chose, quoi que ce soit, mais par principe.
Mais allez expliquer à un Arlonais qui ne sort jamais de sa province qu’il a besoin de bien parler néerlandais pour se sentir un « bon belge »…
Bonjour Charles,
Je me joins à Monsieur Vanden Burre. Merci pour ce beau billet didactique.
Philippe
Entretien dans LLB du 19/08/2010 avec Pascal Dewit, politologue : « Pour l’heure, on est dans un blocage » . http://bit.ly/dpOE7G
… …
Stéphanie Bocart : Elio Di Rupo est invité à continuer sa mission. Un risque d’échec est-il encore possible ?
Pour l’instant, on n’est pas dans l’échec mais dans le blocage. Il n’est pas si évident que l’on pourra en sortir. Les phases de dramatisation successives ne sont jamais très bonnes. De même, cette demande de révision de la loi de financement n’est pas facile à traiter. Un échec est donc toujours possible. Au surplus, si on se reporte aux élections fédérales de 2007, on a eu l’illustration que même s’il fallait avancer, plusieurs échecs ont été au rendez-vous depuis lors. On n’est donc pas à l’abri d’une impasse politique ni de ce que certains observateurs craignent, c’est-à-dire que dans le chef de la N-VA, il y a un agenda qui vise à faire la démonstration que l’Etat fédéral est devenu ingouvernable.
18 août 2010. Communiqué de presse du Palais royal : chaque mot est important !
« Le roi a reçu en audience cet après-midi au Château de Laeken Elio Di Rupo, préformateur, qui lui a fait rapport sur sa mission.
Il en ressort que des progrès importants ont été réalisés. Aussi le roi a-t-il demandé à monsieur Di Rupo de poursuivre sa mission à partir de ce samedi et en particulier d’approfondir les domaines suivants :
- l’autonomie et la responsabilisation des entités fédérées pour leurs nouvelles attributions afin de permettre à chaque entité de prospérer
- le financement dans la durée de l’Etat fédéral pour les compétences et obligations qu’il continuera à assumer.
Monsieur Di Rupo a accepté.
Jeudi et vendredi, le roi recevra les présidents des partis participant aux négociations. »
1. Progrès importants
C’est acté : de vraies avancées sont engrangées.
Message subliminal: on y est presque, ce serait dommage de renoncer
2. Ce samedi
Le Roi met les négociations en pause, mais annonce déjà le retour du préformateur. Comme si l’échec n’était pas une option.
3. Responsabilisation
Cette revendication chère aux partis flamands, N-VA et CD&V en tête, est acceptée jusqu’au sommet de l’Etat.
4. Chaque
Chacune des entités fédérées actuelles est concernée. La Région Bruxelloise aussi, donc. N’en déplaise à ceux qui veulent sa disparition.
5. Prospérer
Pas question que responsabilisation (financière) rime, pour quelque entité que ce soit, avec paupérisation.
6. Financement
L’autre revendication fondamentale flamande est rencontrée. Signe de bonne volonté francophone.
7. Durée
Si on veut un financement durable pour l’Etat fédéral, c’est que cet Etat est durable aussi. Il faut donc accepter la perspective d’une Belgique fédérale qui dure.
8. Recevra
Le Roi consultera pendant 2 jours.
9. Participant
Le Roi ne recevra que les présidents des 7 partis actuellement à la table des négociations. Sans ouvrir le jeu.
Le Soir du 19/08/2010 (page 4)
Excellent article en effet, merci.
Deux réflexions…
- « la séparation n’est pas une option »… je suis d’accord a priori… mais le fait qu’elle n’est pas souhaitable est-il une raison d’accepter TOUT sauf ça? Je pense qu’à un certain stade la séparation serait une catastrophe préférable. (je ne dis pas qu’on y est…) Là on serait bien forcés de « repenser » tout d’une page blanche. L’expérience slovaque tend à montrer que ce n’est peut-être pas si dramatique à long terme. Et puis je ne suis pas sûr d’avoir envie d’habiter un pays où mes enfants toucheront moins d’allocations que ceux de mes compatriotes par principe.
- Entièrement d’accord avec l’analyse globale qu’il faille reconstruire plutôt que « bidouiller » quelque chose qui porte les graines de la crise 2019… Et peut-être qu’il y a moyen de discuter honnêtement avec BDW… Mais ce qui est indiscutable est que son but à long terme est une séparation. Vous ne l’aurez pas dans un accord pour autre chose que pour « prendre » (des comptétences, des moyens, des symboles…). Et tant que c’est le cas, il fait ce qu’il a promis et reviendra plus fort pour l’hallali.
J’ai la grande naïveté de croire que votre proposition n’est possible qu’en évinçant la Nva. Et en mettant tous les autres partis autour de la table tant que c’est arithmétiquement possible si je ne m’abuse. Cela il faudrait le préparer en coulisses et attendre un réel blocage pour l’amener. L’éviction de BDW ferait un tollé en Flandre mais Di Rupo a raison en disant que l’électeur n’a pas voulu de scission. Même ceux de Bart ont voté pour un « signal » en majorité.
Si tous les partis flamands traditionnels se liguaient pour éviter un clash irréversible synonyme de fin cela passerait très bien. Et cela tombe bien… il n’y a quasi plus que la NVA qui bloque et le VLD fait des appels du pied comme quoi il est disponible pour appuyer des réformes constructives.
Si vous regardez le système suisse, ce sont en fait des cantons avec extremement de différences tant au niveau fiscal (impôts) que social (allocations) associés pour quelques compétences. Donc au fond, c’est juste notre image de ce qu’est un état qui diffère d’autres. Si on change de point de vue, tout cela n’a rien de choquant. Il faut juste accepter qu’une bonne partie de la population ne se sent plus assez proche d’une autre partie de la population pour des raisons x ou y vraies ou fausses, justifiées ou non, on s’en fout en fait.
Au Canada, l’Alberta veut profiter seule des recettes de son sable bitumineux. En Bolivie, les provinces qui ont de fortes ressources naturelles ne veulent plus partager. La Padanie ne veut plus payer pour les siciliens et autres italiens du sud. On pourrait trouver ça scandaleux mais pourquoi ? Notre monde tourne autour de l’argent donc seule la valeur ajoutée est un critère de comparaison.
Je suis déjà étonné qu’au sein de la Wallonie, le brabant wallon ne s’offusque pas des transferts vers le Hainaut et en Flandre les transferts vers le Limbourg. On peut rétrécir à l’infini. On ne le fait pas car on trouve normal pour l’instant car ces personnes sont considérées comme proches de nous. Si mentalement, des personnes nous semblent éloignées, la solidarité de fait n’a plus de sens.
Donc en fait, dans toutes ces discussions, il n’y a sur le fond rien de rationnel, juste de l’émotionnel pure teinté de faux pragmatisme. Si c’était rationnel, on refédéraliserait l’environnement … Au lieu de cela, on sort des dogmes idéologiques.
Pour l’évincement de la NVA, j’y crois peu car De Wever est un fin stratège et personne n’osera côté flamand le contredire sauf si la base de la NVA commence à causer des soucis à De Wever qui veut tout de même avancer et rentrer dans l’histoire, d’autres dans son parti attendent le clash misant sur une nouvelle victoire à des élections.
Aaah là… je crois qu’il n’y a pas à discuter, c’est idéologique, si vous pensez qu’il n’y a pas de raison d’être solidaire avec des groupes dont on ne se sent pas proche, on n’a pas grand chose à se dire.
Vous êtes de ceux, sans doute, qui trouvent normal que nos hommes d’affaires aillent construire des usines en Roumanie, mais pas que des Roms viennent s’établir en France, quelle horreur, renvoyons-les loin d’où ils viennent ces « différents »!
Je ne prends pas cet exemple parceque c’est d’actualité, mais parceque, au sein de l’Europe même, c’est un peu plus facile intellectuellement à appréhender aux esprit hermétiques au sentiment.
Et pourtant c’est la même chose globalement. Du Kurdistan au Mexique en passant par le Sahel il y a des gens qui ne sont pas des animaux qu’on peut abandonner derrière des grillages en leur criant « restez chez vous, on n’a pas envie de partager ». D’une part parceque ça n’est pas viable (pour l’argument calculateur), ils finirons toujours par passer ou par nous pirater un catamaran au passage ce qui nous étonnera beaucoup… D’autre part parceque nous sommes responsables, de les avoir et de continuer à les spolier de leurs richesses en les écrabouillant au passage. Et enfin parce que le propre de l’être humain (du moins la plupart) c’est d’éprouver de l’empathie
En ces temps où le profit est érigé en idole, vous avez raison, séparons-nous quand notre richesse est plus importante que celle de nos compatriotes, pourquoi partager? Et puis la province voisine fera de même parcequ’elle a un port et ne voit pas pourquoi elle en ferait profiter d’autres. Idem pour telle et telle ville. L’ennui c’est qu’il va falloir se fortifier pour ne pas que les va-nu-pieds voisins viennent nous voler notre pain…
C’est ça qui vous semble l’évolution normale? Le temps des chateaux-forts et des hordes de brigands affamés? (je vous conseille l’excellent « Globalia » de J-C Ruffin qui extrapole très bien cette vision là). Bien sûr c’est caricatural, mais c’est très exactement la logique prônée par ces gens… Et c’est très exactement pourquoi il faut la refuser par principe. Même si ça n’est effectivement pas grave de scinder ci ou ça, même si on pourrait très bien tout scinder en ne gardant qu’un drapeau. Contrairement à ce que vous dites nous (belges, mais aussi humains) n’avons d’avenir QUE solidaires!
« Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation COMMUNE, à laquelle chacun puisse s’identifier, soudée par les mêmes valeurs universelles, guidée par une foi puissante en l’aventure HUMAINE, et ENRICHIE de toutes nos diversités culturelles (nb: et de toutes nos richesses) ; soit nous sombrerons ensemble dans une commune barbarie. » Amin MAALOUF
Amin Maalouf est un doux rêveur, il oublie un paramètre dans ses théories, c’est l’humain, avec ses qualités et ses défauts, mais surtout ses caractéristiques primaires, qu’aucune éducation n’arrive à totalement gommer.
Vous parlez d’accueillir les populations demandeuses, non ce n’est pas naturel et ce n’est pas raisonnable non plus, je ne me sent nullement responsable de la démographie galopante de certaines contrées.
Je ne me sent pas obligé non plus de tolérer les agissements de certaines composantes de communautés à problèmes, problèmes généralement du à un manque de capacité à s’intégrer en suffisance à un modèle existant. Intégration rendue encore plus difficile par un afflux trop rapide et important.
En la matière il ne faut pas être naïf, il faut faire preuve de raison, ce n’est pas au coeur de gérer de tels problèmes.
Nos prisons en sont la preuve…
Je ne dis pas que je suis d’accord avec cette vision mais c’est la vision dominante aujourd’hui. On arrive à faire croire aux gens qu’ils sont supérieurs à d’autres, on divise les gens pour l’argent et le pouvoir.
Cher Charles,
Autant vous lire me plaît, car j’aime votre plume et la verve (souvent pimentée d’une petite pointe d’humour pas du tout désagréable) avec laquelle vous exposez vos arguments, autant je suis en désaccord avec bon nombre de vos propos.
Je ne pense pas qu’il soit encore possible de reconstruire la Belgique, ni maintenant, ni demain. Comme vous le dites dans l’une de vos réactions aux commentaires de vos autres lecteurs, la Belgique de 1830 est morte avec la fixation de la frontière linguistique. Pour ma part, la Belgique est morte lorsque de réformes en réformes, l’on a renoncé à tout espace public commun. Résultat: et là BDW a raison, nous avons affaire à « 2 démocraties » au sein d’un seul pays.
Vous déclarez, à mon sens de façon imprudemment péremptoire que le salut ne pourra pas venir d’une séparation. Au contraire, c’est selon moi le seul moyen de rebattre les cartes et de permettre aux flamands comme aux francophones de repartir de zéro et de se construire cet avenir que nul, à part les naïfs ou les doux rêveurs, ne voit encore ensemble si ce n’est (peut-être) au sein de l’union européenne.
S’il est bien un point sur lequel je partage votre vision, c’est sur le manque de cohérence de la politique et de la vision à long terme des francophones et de leurs politiciens. Ils s’accrochent à une idée de la Belgique depuis longtemps révolue et se crispent à cause de l’inévitable appauvrissement que la fin de celle-ci signifierait. Ils ne se rendent pas compte que ce dernier est de toutes façons inévitable et qu’en cédant aux exigences flamandes, comme ils se préparent une nouvelle fois à le faire, ils ne résoudront rien, bien au contraire! Ils participeront à la dissolution de la Belgique aux conditions de la Flandre.
Je ne balaierais pas non plus d’un revers de main, comme vous le faites, une fédération Wallonie-Bruxelles et la nécessaire continuité territoriale qui devra unir ces 2 entités dans un même espace. Après tout, dans la négociation qui s’éternise depuis 2007, ce sont avant tout les flamands qui sont demandeurs, non?! Alors pourquoi ne pas être plus fermes et exiger ce qui nous permettra par la suite de continuer sans la Flandre? Nous savons à présent pertinemment ce que veut BDW et les flamands qui le suivent: la séparation!
Qu’attendons-nous donc pour consommer ce divorce qui ne veut pas dire son nom?
Au contraire de ce que vous semblez espérer, je ne souhaite pas voir les négociations actuelles aboutir. De ce qui a déjà filtré, les concessions francophones sont bien trop lourdes, imbuvables, inacceptables!
A choisir, je préfère encore le clash et le chaos à:
* l’enclavement définitif de Bruxelles en Flandre, prélude à son étouffement économique et son annexion ou, au mieux, à une très problématique « cogestion ».
* la renonciation par les francophones de Flandre et en particulier de ceux de la périphérie bruxelloise à leurs droits les plus élémentaires en l’absence de la ratification de la convention cadre sur la protection des minorités nationales et la reconnaissance à ces derniers du statut de minorité nationale en Flandre.
* la révision au seul bénéfice de la Flandre de la certes très bancale loi de financement.
* etc.
Pour moi la Belgique fait déjà partie du passé, le problème est que beaucoup de francophones refusent de voir la vérité en face, de l’assumer et de se construire en conséquence un autre avenir. Si pour qu’ils ouvrent les yeux le clash avec les flamands est nécessaire, et bien, ainsi soit-il!
Les flamands ont plus à perdre que nous d’un clash, eux qui tiennent tant à leur prospérité et au classement de leur région dans le classement des plus riches régions d’Europe. Il suffirait simplement de taper d’un bon coup de poing sur la table des négociations et de le leur rappeler!
Décidément non, la Belgique actuelle n’a pas d’avenir et vouloir la rafistoler, c’est mener comme vous dites, un combat d’arrière-garde.
Demain, les francophones auront à vivre dans un pays tel la Suisse, enclavé dans le continent européen. Ils devront tisser de nouveaux liens avec leurs voisins (et pas nécessairement avec ceux qui ont amené le divorce) et se tourner davantage vers leurs principaux partenaires commerciaux que sont l’Allemagne, la France, le Grand-Duché de Luxembourg et les anciens cantons de l’Est qui pourraient fort bien eux aussi choisir la voie de l’indépendance. Développer et entretenir de bonnes relations (y compris commerciales) avec les Pays-Bas sera aussi nécessaire, histoire de maintenir la pression sur l’ancien partenaire: La Meuse débouche sur le port de Rotterdam… Nous pouvons nous passer du port d’Anvers et nous n’avons que faire de l’Ijzeren Rijn…
Ils devront surtout apprendre a faire avec leur seules ressources (IPP et ISOC perçus sur leur seul territoire).
Ils devront également apprendre à valoriser au mieux leurs atouts (forêts, 67% du territoire, eau, patrimoine culturel et touristique) et à se préparer à la nouvelle « révolution industrielle » qui se profile avec un pétrole qui se raréfie et deviendra bientôt impayable…
Ils devront pour cela sérieusement réformer leur enseignement, par trop élitiste, subdivisé en une pléthore de réseaux et bien trop couteux par rapport à ce qu’il génère comme capital intellectuel.
Le territoire francophone est relativement peu peuplé par rapport à sa taille (grosso modo 56% du territoire de l’actuelle Belgique – Bruxelles et périphérie francophone incluses – pour 45% de sa population), elle pourra donc être, quelque temps encore et à condition de correctement la gérer, une terre d’accueil et d’immigration. Il faudra cependant préserver les espaces actuellement peu peuplés et concentrer la population le long de la « dorsale wallonne » et de l’axe « Bruxelles-Luxembourg ».
Bruxelles restera si possible le pôle européen (siège du parlement et de la commission) et international (Otan, etc.) qu’elle est actuellement, mais devra se tourner bien plus vers le sud pour la poursuite de son développement urbain et économique, vers Nivelles et Wavre – Louvain-la-Neuve.
Bref, si la Belgique actuelle est bien morte, moi j’appelle de mes vœux une Belgique Romane telle qu’aurait pu la rêver Rogier…
Quant à la structure politique de cette Belgique Romane, une fusion pure et simple de ses sous-ensembles me parait la plus rationnelle, mais il me semble qu’il sera difficile de faire l’économie d’une structure fédérale.
Celle-ci pourra être à 2 (Bruxelles, ville-région – étendue à 25 communes + éventuellement qques communes du Brabant Wallon, Waterloo, La Hulpe, Braine l’Alleud, Tubize… – et la Wallonie, ou à 3, si les cantons de l’est préfèrent ne pas choisir l’indépendance pure et simple, mais une plus grande autonomie dans une Belgique remodelée.
Bien à vous,
Soltan Griss
Tiens, pour en remettre une couche, voici quelqu’un dont je partage grandement le point de vue: Damien Thiéry: http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/606346/ouvrons-les-yeux.html
J’ai repris et commenté sa carte blanche sur mon blog: http://autantenemportelevent.blogs.lalibre.be/archive/2010/09/02/ouvrons-les-yeux-la-carte-blanche-de-damien-thiery-dans-la.html#more
Bien à vous,
Soltan Griss
Lu sur le site d’Ecolo ce 9/9/10:
« Notre pays a souvent eu recours aux « plombiers ». Il a désormais besoin d’architectes pour donner une perspective durable à notre Etat.
Jean-Michel JAVAUX et Sarah TURINE
Co-présidents d’Ecolo »
On dirait du C. Bricman (TM) dans le texte…
Oui… c’est très beau mais ça me parait toujours angélique d’espérer constituer une équipe d’architectes avec un démolisseur aux commandes…
oui, du vent, c’est ce qu’écolo fait le mieux…
A quoi faites-vous référence exactement dans ce cas-ci?