Monsieur le préformateur,
Cher Elio,

J’espère que vous êtes conscient de la nature et de la portée véritables de la mission qui vous est confiée.

On ne vous demande pas de trouver un accord sur BHV qui satisfasse Flamands et francophones. Dans la configuration actuelle, vous n’y arriveriez pas.

On ne vous demande pas de déterminer quelques compétences fédérales à transférer aux régions ou aux communautés. Ce n’est pas la question.

On ne vous demande pas de faire nommer des bourgmestres dans la périphérie bruxelloise. Cela ne ressortit pas aux compétences fédérales.

On ne vous demande pas d’agrandir le territoire de la région de Bruxelles-Capitale, c’est politiquement exclu.

On ne vous demande pas tout ça.

On vous demande bien plus.

On vous demande, en plus de la constitution d’un gouvernement capable de gérer la boutique au quotidien, dans ces moments difficiles, de repenser à neuf l’organisation politique d’un territoire de 30.000 kilomètres carrés sur lequel vivent 10 millions de personnes, dont vous et moi.

Refusez donc la salopette et la clé à molette que mettent à votre disposition les générations de plombiers qui vous ont précédé au chevet de la vieille dame, depuis 1970.

Enfilez plutôt la blouse blanche que je vous avais prêtée pour visiter les laboratoires high-tech que je dirigeais, il y a quelques années. Et asseyez-vous à la table à dessin de l’ingénieur-architecte.

Vous avez évidemment les capacités intellectuelles requises à cet effet, nous le savons tous. Il ne vous reste qu’à prouver que vous avez aussi le courage  politique nécessaire à cette fin.

Il vous faut du courage parce que vous allez devoir prendre le risque de sortir de la confortable routine du débat communautaire à l’ancienne. Et donc de déplaire à certains, au nombre desquels vous avez très probablement des électeurs.

Ayez d’abord le courage de reconnaître que si nous poursuivons sur la route que nous avons empruntée en 1970, celle des petites et grandes réformes dont la succession n’a jamais pu faire plus que rendre nécessaire la suivante, vous n’obtiendrez rien de mieux qu’un échec éventuellement honorable, parce que « les autres » n’auront pas voulu des solutions que vous préconisiez.

Ayez ensuite le courage de dire à nos concitoyens que le problème n’est pas, n’est plus, n’a même jamais été de se battre pour des symboles déguisés en principes, mais de gouverner dix millions de personnes de manière efficace et efficiente, et que tout doit être subordonné à cet objectif.

Vous aurez ainsi le courage de dire à nos concitoyens, que l’Etat n’est pas une fin en soi, mais un moyen au service d’une fin.

Vous ferez le constat que faisait déjà Gaston Eyskens en 1970. L’Etat belge, dans sa forme actuelle, est dépassé par les faits.

Vous direz alors que la question première est de savoir s’il faut conserver un Etat belge, ou s’il faut le supprimer hic et nunc. En 2010, un large consensus existe encore au sein de la représentation politique, même chez les Flamands le plus pointus, pour considérer que, oui, un Etat belge reste nécessaire et le restera tant que ne s’y substituera pas une construction bien plus vaste et plus ambitieuse, les Etats-Unis d’Europe.

Partant de là, vous pourrez poser que si nombreux sont encore ceux qui restent attachés à l’idée de la Belgique – j’en suis et je l’assume –, il n’en reste pas moins que, politiquement, il n’y a plus de nation belge, que le siège de la souveraineté s’est déplacé vers ses composantes. Que la question est dès lors de savoir ce que ces mêmes composantes souhaitent encore faire ensemble.

Les sceptiques vous diront : « rien ». Ils se tromperont car, si la réponse était vraiment « rien », on en reviendrait à la question précédente et on contredirait la décision qui a été de maintenir une structure belge, serait-ce seulement dans l’attente des Etats-Unis d’Europe.

Vous inviterez alors la constituante à déterminer ce champ de compétences qui resteront communes. Vous disposez d’ores et déjà de l’outil approprié pour ce faire : l’article 35 de la Constitution qui invite à déterminer les compétences de l’Etat fédéral.

Quand vous aurez dressé cette liste de matières qui resteront fédérales – ou confédérales si cette petite concession à la symbolique doit s’avérer opportune –,
vous n’aurez pas encore achevé votre travail. Vous devrez encore dire comment les gérer, et avec quels moyens financiers.

Comment les gérer ?

Il faut rester logique jusqu’au bout. Ces matières (con)fédérales doivent être gérées démocratiquement à un échelon (con)fédéral, par une structure (con)fédérale. Cela veut dire à la fois :

  • Que les mandataires qui les géreront doivent être choisis par tous les Belges, et qu’ils doivent être responsables devant tous les Belges : ce sera une forme ou l’autre de circonscription fédérale, que ce soit pour le choix de l’exécutif ou pour celui de la représentation parlementaire ;
  • Qu’il n’y a plus aucune raison de déroger, pour la gestion de ces compétences, à la règle de la majorité (con)fédérale : plus de sonnette d’alarme, plus de parité au conseil des ministres.

Les Flamands sont plus nombreux ? Oui, et alors ? S’il leur prend l’envie de décider seuls de tout, gauche et droite unies contre les francophones, le système explosera et on en reviendra, une fois de plus à la première question : l’Etat belge disparaîtra.

Comment les financer ?

C’est assez simple en son principe. L’Etat fédéral disposera des recettes indissolublement liées à ses compétences et sera financé pour le surplus par les régions, à concurrence de leur capacité contributive. On bâtira, dans ce système, un mécanisme de péréquation financière organisant entre les entités fédérées la solidarité dont le principe n’est remis en cause par personne, pourvu qu’elle soit transparente et réversible.

Dans ce système, les régions seront donc compétentes pour tout, sauf pour les matières qui auront été déléguées à l’autorité (con)fédérale.

Même pour la détermination de la règle de droit ? Oui. Sauf pour les matières (con)fédérales définies de commun accord.

Même pour le statut des personnes, pour la législation linguistique, pour les « facilités », pour le mode de nomination des bourgmestres, pour le découpage des circonscriptions électorales et des arrondissements judiciaires ? Oui. Sauf qu’au niveau (con)fédéral, on aura déterminé le socle de droits individuels reconnus à tous les Belges, où qu’ils se trouvent dans le pays. Le Canada y est bien arrivé – les francophones ont des droits à Vancouver –, pourquoi pas la Belgique ne reconnaîtrait-elle pas des droits pour les Flamands à Arlon et pour les francophones à Oostende ?

Et Bruxelles ?

C’est une ville-région. Et la capitale. En tant que région, elle sera gérée par des mandataires élus par ses habitants. Comme capitale, elle devra contractuellement rendre des comptes à ses « clients » que sont les entités fédérées et se soumettre à leur contrôle.

* * *

Ce ne sont bien sûr que des principes généraux. Leur application vous procurera sans doute quelques cheveux blancs. Mais je crois qu’il y a un avantage certain à les énoncer : on dispose ainsi d’un étalon de mesure pour toutes les décisions qui seront prises à tel ou tel niveau de pouvoir. On appelle ça une Constitution. Je crois sincèrement que c’est par là qu’il faut commencer, Monsieur le préformateur, cher Elio.

Et je suis certain que sur cette base, avec des nuances à apporter çà et là, sans doute, il y a moyen d’emporter l’adhésion d’une majorité des deux tiers du parlement. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est juste, cohérent, logique. Parce que tout citoyen de bonne foi doit accepter un système dans lequel n’importe quel humain de bonne foi peut avoir confiance et se sentir raisonnablement bien.

Il y aura bien sûr toujours des mécontents. Des gens qui estimeront qu’ils doivent pouvoir profiter du travail ou de la bonne fortune de leurs voisins. D’autres qui se jugeront fondés à exiger qu’on les serve partout dans leur langue. Ou qui refuseront de s’incliner devant des décisions prises de façon démocratiques par les autorités compétentes.

Mais vous savez, quand des principes équitables auront été établis pour tout le monde, on pourra dire à tous ces râleurs d’aller se faire foutre.

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36 Réponses to “Lettre ouverte à Elio Di Rupo, préformateur”

  1. waldorf_be dit :

    Sauf erreur de ma part, l’art. 35 n’est pas sur la liste des articles à révision, on ne peut donc pas y toucher…

  2. Renaud dit :

    Ton meilleur billet depuis des mois. Brillant même !
    J’ai des timbres dans ma poche pour la lettre si tu veux….

  3. Hughes Capet dit :

    Très fine et très bonne analyse. Je n’ajouterais qu’une chose (pour pinailler) : dans les électeurs bruxellois, il faudra un jour ou l’autre inclure les « européens’ » (je n’aime pas le terme eurocrate) qui qu’on le veuille ou non sont bien présents et non représentés actuellement.

  4. Francois dit :

    @ Waldorf

    Pas besoin d’y toucher. Il prévoit déjà le principe des compétences résiduelles au niveau des entités fédérées, et des compétences explicitement attribuées à l’Etat fédéral.

    Simplement, cet article est un jeu de dupe. Son entrée en vigueur est soumise à l’adoption d’une loi à majorité spéciale, dont il était entendu depuis le départ que les francophones y feraient obstruction, empêchant ainsi cet article de produire ses pleins effets.

    Il est tout simplement temps, en Belgique, de prendre la Constitution au sérieux!

  5. hansen joseph dit :

    @Charles, je ne suis pas juriste et je laisserai les constitutionalistes et autres couper les cheveux en 25 s’ils le désirent, mais je vous suis entièrement quant au fonds, c’est cela et on avance ou c’est la langue de bois et on devra conclure qu’Elio n’est pas plus un homme d’Etat que les autres, pourtant à priori j’ai l’impression qu’il a des qualités suffisantes pour tenter de le devenir et je l’encourage à vous écouter; il ne suffit pas de dire que la Belgique est à un moment historique, il faut surtout ne pas rater ce rendez-vous… Didier Reynders tenait plus ou moins ce langage, sauf que c’est Elio qui est aux commandes!

  6. Francois dit :

    Par ailleurs, il aurait sans doute été bon de soumettre ce texte à publication, au Soir ou ailleurs! Il offre un très bon succédané de la pensée qui est développée ici depuis bien avant l’Orange Bleue et depuis lors…

  7. Guillaume dit :

    Très bon billet :) C’est un peu aussi ce que je rêve dans ce pays mais bon, c’est imbuvable pour les militants de la NVA sur pas mal de points et il faut l’accord des 2/3 des militants.

    De toute manière la circonscription fédérale ne verra très probablement jamais le jour plus pour des raisons politiciennes qu’idéologiques et aussi car les nationalistes n’en veulent évidemment pas. On devrait soumettre cela à un référendum mais comme c’est pas possible, je suis sûr que les citoyens seraient pour. Pour ce qui est des sonnettes d’alarme et conflits d’intérêt, ils ne servent à rien de toute manière sauf à pourrir la situation. Créer pour éviter de les utiliser, on les utilise pour ne rien résoudre au final. On donne aux Flamands la possibilité de légiférer dans tous les domaines linguistiques comme ils l’entendent (même à interdire le français en rue) et aux autres aussi. C’est quand même aberrant que la loi interdise des initiatives ailleurs qu’à Bruxelles pour le bilinguisme des services si une commune veut le faire (au niveau documents officiels).

    Y aurait comme aux USA, une cour pour chaque état fédéré et une cour suprême pour ce qui reste en commun comme principes donc pas grand chose.

    Pour la péréquation, je n’y crois pas du tout. C’est l’idéal mais dans les autres pays fédéraux, l’avantage c’est qu’il y a un nombre suffisant d’états fédérés pour que cela ne cause pas trop de soucis. Cela me parait impossible en Belgique.

    Je veux croire à ce modèle intéressant et qui résoudrait pas mal de choses mais franchement avec la configuration politique actuelle, ça me parait invraisemblable.

    Très intéressant le débat de ce matin sur La Première sur l’amnistie. Un invité pronait Di Rupo et De Wever main dans la main devant la tour de l’Yser. Pourquoi pas ? Ils n’hésitaient pas à dire que 40% des Flamands haïssaient les francophones et que l’erreur de compréhension est de penser que Wallon = francophone dans les tranchées de la guerre 14-18. Y a une profonde frustration en Flandre et toute concession éventuelle vers un résidu belge plus ou moins gros me parait difficile à trouver tant que ce problème n’est pas résolu.

  8. SB dit :

    Bonjour,
    J’aime beaucoup votre approche et je voterais sans hésitation pour une parti qui mettrait ce projet en avant lors d’élections.

    Pourquoi, dans votre analyse, ne pas faire du sénat ce qu’il devrait être? C’est à dire le lieu de représentation des entités fédérées? Le parlement représentant quand à lui le peuple. De telle manière, aucune région ne peut s’imposer sur une autre, la majorité devant être atteinte dans les deux chambres. Par exemple: 30% des sièges pour la Flandre, 30 pour les wallon, 20 pour Bxl et 10% pour les germanophones (à déterminer de manière transparente). Je crois que ce système fonctionne dans bien d’autre pays (USA ?).

    Vous parlez de voter pour l’exécutif, mais cela ne risque-t-il pas de donner un « président » flamand à chaque fois, ce qui risque de provoquer les tensions symboliques que l’on vit actuellement?

    Merci pour le billet.

    SB

  9. Charles Bricman dit :

    Merci @tous pour ces aimables commentaires à chaud. J’en prends bonne et j’y reviendrai. Je voudrais toutefois dire immédiatement à Guillaume que je ne partage pas du tout son pessimisme quant à la réaction de la N-VA à de telles propositions. Je pense au contraire avoir été fort loin dans le sens préconisé par ce parti et, pour tout dire, je craignais plutôt une volée de bois vert de la part des francophones…

    C’est sans doute le signe que les symboles cachent le fond et l’enfouissent sous les leurres.

    Ce sont les nationalistes flamands, en effet, qui revendiquent d’abord la « révolution copernicienne » consistant à faire passer la souveraineté de l’Etat fédéral aux régions et à mettre enfin en vigueur l’article 35 (qu’il ne faut pas réviser, waldorf.be, comme le remarque justement François.
    La restauration du principe majoritaire au niveau fédéral amaigri, cela va plaire aux Flamands, soyez-en sûrs.
    La définition limitative des compétences fédérales aussi. Et l’autonomie constitutive, en ce compris la législation linguistique, je ne vous dis même pas…
    Il se trouve tout simplement que tout ça est parfaitement raisonnable et équitable, dès lors que:
    1. on ne supprime pas la plupart des mécanisme de transfert financier (sauf le coeur de la sécu) sans y substituer des mécanismes de solidarité globaux, transparents et réversibles qui n’auront sans doute pas le même effet mais qui seront objectifs et mesurables;
    2. on institue chacun « maître chez soi » en (presque) tout, sous la seule restriction d’avoir à respecter des droits individuels clairement définis, les mêmes pour tous, qu’on soit francophone en Flandre ou Flamand en Wallonie.

    J’ai simplement essayé de réfléchir en d’autres termes que ceux d’une négociation avec donnant-donnant: je te scinde BHV en échange d’un droit d’inscription. Non, je par seulement du principe que la Flandre édicte la législation linguistique qui lui convient sur son territoire à charge pour elle de respecter les droits individuels reconnus aux personnes, où qu’elles se trouvent sur le territoire belge. Si la Flandre veut préserver son caractère flamand, elle le peut et je vais même jusqu’à considérer que les francophones devraient l’y aider. Mais elle ne peut le faire n’importe comment, elle doit respecter les droits des individus, qui appartiennent également aux Flamands en Wallonie.

    Je crois que la clé est là: il faut cesser de raisonner en termes de moyens conçus comme des fins, et se consacrer aux fins, en mettant en oeuvre des moyens appropriés et acceptables. Prenez le cas des bourgmestres: la Flandre (comme les Pays-Bas) doit pouvoir considérer que le bourgmestre est aussi, voire surtout, un agent du pouvoir central dans la commune et en faire – mais dans toute la Flandre alors -, un « commissaire du gouvernement », comme les gouverneurs de province et comme dans les communes néerlandaises.

    Vous savez, moi je retiens cette phrase qu’on a entendue pendant la campagne: à Reynders qui s’offusquait de voir des communes flamandes collaborer avec Lille alors que d’autres refusent de le faire avec Bruxelles, il a été répondu que jusqu’à plus ample informé, la France n’avait pas de revendication territoriale en Flandre. Prenons les au mot. OK, nous ne demandons plus l’élargissement de Bruxelles. Mais nous demandons de pouvoir nous associer dans des collaborations mutuellement profitables, dans des conditions compatibles avec nos préoccupations respectives.

    @SB: sur le chef de l’exécutif élu directement, les candidats flamands auront évidemment un avantage numérique, mais remarquez qu’un candidat qui réunirait sur son nom 55% des voix flamandes n’aurait encore qu’à peu près 33% des voix fédérales, ce qui veut dire que pour être élu, il devrait encore aller chercher plus de 45% des voix francophones. A l’inverse, imaginez un 2e tour opposant un Le Pen flamand (Filip De Winter par exemple…) à Elio Di Rupo, Didier Reynders ou Louis Michel. Celui-ci passerait à mon avis sans difficulté, avec par exemple 90% des voix francophones et 25% des voix flamandes. Il serait en fait impossible de se faire élire sans obtenir un nombre substantiel de voix dans chaque communauté linguistique.

  10. Van den Meerssche Laurent dit :

    Merveilleux Monsieur Bricman… vous avez tellement raison, qu’on ne peut envisager quelle(s) réponse(s) les « râleurs », comme vous les nommez, pourraient vous apporter pour vous contredire, et mettre ce bel édifice, « juste, cohérent, logique » par terre…

    …sauf que…

    …sauf que ces « râleurs » représentent, en assemblant les trois partis flamands nationalistes, près de 50% des habitants du Nord de notre Royaume…

    …sauf que, par exemple, lorsque l’un d’entre eux, et pas le premier venu, et pas encore reparti, mais bien Jan Peumans, Président du Parlement Flamand, refuse les protocoles nationaux et/ou royaux… et qualifie au micro de la RTbF le 11 juillet de « Fête Nationale Flamande » (sic) … et relance le journaliste qui relève: « National? La Flandre est une Nation? » d’un « et alors? c’est un problème? »… je vois là plus de chemises brunes que de sens de la citoyenneté et de la démocratie…

    …sauf que le premier d’entre eux, Informateur jusqu’il y a peu, se donne le plaisir d’un alpha dog, de venir saluer le Roi sur le perron de son Palais, sans col, ni cravate… on ne se change pas, ne s’habille pas, pour quelqu’un qu’on ne respecte pas… on ne respecte pas qui ne partage pas les Grandes Idées de Réforme…

    Ah, que j’aimerais, Monsieur Bricman, que votre courrier parcourt nos Provinces et y allume, dans les trois langues, les feux de la justice, de la cohérence, de la logique pour que de la « base » ensuite remonte jusqu’aux PolitBuro de chaque Parti l’écho de votre sagesse…

    Utopia de Thomas More, probablement…

    …j’avais commencé ce commentaire l’esprit léger, le sourire aux lèvres… la réalité m’a emporté, et je suis triste de nous savoir trop peu nombreux… les justes, cohérents, logiques…

    Encore une belle journée,

    Laurent

    • Charles Bricman dit :

      @Laurent Van den Meersche: Je salue votre ironie, Laurent, vous la maniez avec élégance. Mais sur le fond, vous commettez, je crois, quelques petits contresens. D’abord, je ne compte pas la N-VA parmi les « râleurs » mais comme le principal partenaire avec qui réaliser mon programme. Avec ou sans cravate. Personnellement, j’en mettrais une pour rencontrer le Roi mais peu me chaut que BDW y aille le col ouvert, comme un travailliste israélien du temps jadis. A propos de vêtement, ne voyez pas non plus des chemises brunes partout où l’on pense différemment de vous, ça vous vaudrait des points Goodwin. Et si vous vous étonnez que l’on parle de « nation flamande », c’est que vous ne connaissez pas bien nos compatriotes flamands. Bien sûr que la Flandre se considère comme une nation, et alors? Lisez donc mon billet précédent et le discours de Jan Peumans que j’y ai joint. Et si moi je revendique ma belgitude, je dois bien reconnaître que de nation belge, au sens où j’entends le mot « nation », il n’y en a plus guère. Ce qui ne m’est pas spécialement gênant, je ne suis pas nationaliste, moi, adhérant sans barguigner au slogan: « Liever Belg dans nationalist ». Belle soirée à vous aussi!

  11. Guillaume dit :

    @Charles Peut-être que la grande victoire de la NVA permet plus qu’avant d’arriver à un accord car pas mal d’élus NVA sont redevables de De Wever et ne sont pas aussi radicaux que Bourgeois ou Peumans. Maintenant, je ne sais pas si la population des militants NVA a changé aussi. Dans un bureau de parti, ça passerait, devant une assemblée de militants, j’ai des doutes. Mais vous en savez plus que moi donc si vous avez des infos là-dessus :) . Comme j’entends que la NVA veut pratiquer la doctrine « Baert » consistant à aller le plus loin possible vers l’indépendance tout en refusant tout lien nouveau à créer, je vois mal la circonscription fédérale arriver car contraire à cette doctrine mais j’espère justement me tromper.

  12. Walter AGOSTI dit :

    Charles

    Que pensez vous de la récente propositition de Mark Eyskens, Sauf erreur, elle ressemble à la vôtre. et bien sur j’y souscris. Mais il faudrait quelques mois pour rédiger cela.. disposons nous de ce temps ?
    NB: Excellent billet. J’en redemande :-)

  13. Francois dit :

    @SB

    Oui, un véritable Sénat représentatif des entités autonomes – cela est indispensable dans une configuration « révolutionnée coperniciennement » telle que la préconise Charles. À son défaut ou à son complément, il y faut une circonscription fédérale pour la Chambre.

  14. SB dit :

    @François: Oui, j’a

  15. SB dit :

    Oups,

    @François: Oui, je sais qu’il y a au parlement des tas de mécanismes subtiles (et dans les SPF aussi, j’en sais quelque chose) qui protègent les intérêts des uns et des autres… mais je préfère une solution où j’ai le droit de désigner comme un grand, ceux que je souhaite voire me représenter, moi et ma région…
    Comme j’aimerais que Mr Di Rupo lise ce billet.

    nb: désolé pour l’envoi un peu trop rapide.

  16. M a n u dit :

    Formation du Gouvernement : le tandem produit son effort
    Par Clou.

    http://galeries.lalibre.be/album/Le+Clou/clou14juillet2010.jpg/

  17. Normand Choinière dit :

    Juste une petite observation. Sur ce sujet : « Le Canada y est bien arrivé – les francophones ont des droits à Vancouver –, pourquoi pas la Belgique ne reconnaîtrait-elle pas des droits pour les Flamands à Arlon et pour les francophones à Oostende ? »

    Ce n’est pas très vrai. Les droits des francophones n’existent qu’au sein des institutions fédérales et encore. Pratiquement parlant, il n’y a qu’au Québec et dans une partie du Nouveau-Brunswick et ponctuellement à quelques endroits où des services sont réellement disponibles au Canada. La politique de bilinguisme et de reconnaissance réelle des minorités (francophones) est un échec total au Canada. Seuls les anglophones (y compris au Québec) ont accès partout à des services dans leur langue. N’allez surtout pas vous imaginer qu’on soit un exemple! Et ne partez pas avec l’idée que c’est possible. Ce n’est absolument pas réaliste. À part quelques rêveurs tant anglophones que francophones, un très petit nombre, on sait très bien que c’est impossible, que c’est une chose impraticable et de l’ordre du rêve.

  18. Sido dit :

    Mais bien sûr, on laisse Bruxelles co-gérée par 60 % de Flamands en Belgique. Ces mêmes flamands qui ont voté à plus de 40% pour des partis nationalistes et à 67% pour des partis soit nationaliste soit qui place la barre minimum des concessions à la note octopus. Même note, qui va scinder la politique de l’emploi, la sécu et qui placera les wallons en sous-citoyen de la Belgique, qui niera les droits de plus de 400 000 personnes dans un pays, dit, démocratique. Ce pays qui ne serait alors qu’une coquille vide au service des politiciens flamands où ils pourraient faire la pluie et le beau temps suivant leur humeur régional. Oubliant la région Bruxelloise et donc, piétinant la constitution du pays dont, jusqu’à preuve du contraire, ils font parties. Continuez chers Belgicains à enfumer les votres, à vous voiler la face, car c’est bien plus qu’un pays que vous risquez de perdre, ce sont tout simplement vos droits. Ne voyez-donc vous pas (http://www.francophonedebruxelles.com/) qu’une région vire vers des penchants qu’on avaient cru éteints à jamais ? Vous croyez vraiment qu’en concédant à la Flandre des choses inacceptables pour tout démocrate, vous allez les freiner ? Mais bien sûr que non, vous allez montrer que la force et les invectives triomphent, vous n’aurez alors plus qu’invectives et force…

  19. Charles Bricman dit :

    @Normand Choinière: Je n’ai pas dit que le Canada était bilingue. Je dis qu’il y a une loi sur l’égalité des langues et des droits linguistiques identiques pour tous (j’entends par « droit », ce qu’on peut invoquer devant un tribunal). Je ne suggère pas une Belgique entièrement bilingue, vous avez raison sur ce point, c’est utopique.

  20. Normand Choinière dit :

    Il est tout à fait juste que vous avez fait référence à l’existence de la Loi fédérale sur les langues au Canada pour soutenir votre thèse mais réalisez la force de votre argument sur le terrain. Il est nul! Le bilinguisme, même au seul niveau de la Loi sur les langues officielles au Canada donc au seul niveau des institutions fédérales est pratiquement INEXISTANT hors des territoires que j’ai indiqués. Présentez-vous à l’aéroport de Vancouver qui est sous juridiction fédérale et vous ne pourrez être servi en français. Présentez-vous au port pour le traversier : impossible. Prenez l’avion, allez à la banque, au bureau de poste etc…, c’est une fiction. C’est simple, si cela se passe comme au Canada, les francophones à Oostende ne verront PAS leurs droits reconnus, de facto, par les Flamands.

  21. Henri Simons dit :

    Très bon article cher Charles
    Une petite idée de plus, rappelons notre tribune commune sur la composition « à la Suisse » du gouvernement confédéral suisse.
    Et puis pour le lecteur: il ne fauit pas reviser l’article 35, il suffit d’accepter de l’utiliser.

  22. Jean Pierre Elinck dit :

    Je ne suis pas juriste, mais je trouve ce plan un très bon projet à approfondir sérieusement et si possible à réaliser pour que tous les citoyens belges aient les mêmes droits dans tout le pays. Si les régions veulent améliorer ou amender ces droits, elles le peuvent moyennant des élections dans la région. Le gouvernement fédéral éventuellement via une cour constitutionnelle, veillera à ce que les droits des autres belges ne soient pas compromis. Quatre régions jouissant d’une large autonomie. La compatibilité entre leurs législations est assurée par le gouvernement central. Il faut définir les compétences du gouvernement central en ce qui concerne l’armée, les finances fédérales, la sécurité sociale qui doit rester une et commune. Rien ne doit empêcher un bonus dans une région, pour autant qu’elle en fournisse seule, les moyens financiers.

  23. v w r dit :

    @ Charles : gedurfd. En overduidelijk recht uit het hart. Om elkaar te kunnen spreken, moet je de moeite doen om eerst te luisteren. En na het luisteren, moet je een inspanning doen om te verstaan. En eens je elkaar beter begrijpt, dan is het eenvoudiger om de stap te zetten naar verandering. Je hebt heel goed begrepen, wat de slogan « denken, durven, doen » betekende, of « durven veranderen ». Niet terugvallen in de oude denkbeelden, de oude slogans overboord gooien. Nieuwe denkbeelden naar voor schuiven. Ruimer denken en begrijpen wat de burger wil, wat zijn wens is, en om zo tot een nieuwe staatkundige relatie te komen zoals de burger het wil. Begrijpen dat het oude voorbij is, en de stap durven zetten naar een nieuwe toekomst, dus zich eenvoudig realiseren dat je moet durven veranderen. En die slogan was van toepassing op alle geledingen van onze maatschappij, dus hij was niet alleen bedoeld voor de Vlamingen maar evenzeer voor de Waalse of Brusselse burger. Die slogan was evenmin bedoeld voor de traditionele kiezer van de partij, maar was een oproep naar alle kiezers.

    Je hebt goed samengevat dat BDW en EDR tot elkaar veroordeeld zijn en niet anders kunnen dan elkaar vinden. En EDR staat nu voor de opgave om die grote verandering door te voeren. Een Vlaamse premier kon dat niet want dat zou de indruk wekken dat het « opgelegd » werd. Dus dat is gedoemd om te mislukken. EDR krijgt nu al het vertrouwen van heel wat Vlamingen. Heel eenvoudig omdat hij poogt Nederlands te spreken, en zo blijk geeft dat hij open staat voor verandering. Maar ook dat hij daarmee aantoont dat hij de Vlamingen respecteert.

  24. Korrigan8 dit :

    @ v w r
    Graag zou ik willen geloven dat alleen Nederlands proberen te spreken genoeg is om Vlamingen van zin zouden veranderen. Omdat het respect toont? Wat maakt u met ideën, nationalisme, tradities, mentaliteit en andere karakteristieken van beide Regio’s?
    Kwa BDW en EdR missie is het gedoemd om te mislukken, ja, zeker en vast. Wat ik er schandalig in vindt is dat deze mensen zo’n lange tijd nodig hebben om uiteindelijk hun negatief verslag te publiceren. OK, ze trachten misschien hard, maar ze weten het al, nietwaar? Wat verloren tijd voor ekonomische en sociale zaken, o.a.!

  25. Korrigan8 dit :

    @ v w r
    …om Vlamingen van zin te maken veranderen…
    Sorry!

  26. Lili dit :

    et pourquoi pas simplifier plutôt les régimes linguistiques en supprimant toutes les facilités: en Flandre on parle néerlandais, en Wallonie on parle français (et allemand dans les cantons de l’Est) et Bruxelles est bilingue. Je ne vois pas pourquoi à Liège ou à Charleroi on devrait accueillir les Flamands en néerlandais, serait-ce encore un moyen d’éliminer les wallons des postes dans les administrations locales s’ils ne parlent pas néerlandais? Idem en Flandre (y compris en périphérie), on y parle néerlandais et pour ceux qui ne sont pas contents, la Wallonie et Bruxelles ne sont pas loin et on y parle français.

  27. alouini dit :

    De retour de vacances, votre article me replonge dans la réalité amère de notre pays. Entièrement d’accord avec vous sur le fond, quant a la forme, la reforme vous parait réalisable, mais j’ai bien peur que la marge de manœuvre de Di Ruppo soit très étroite et comme vous le dites si bien il lui faut une énorme dose de courage politique, mais c’est un suicide politique que vous lui demandez pour réussir a réaliser cette reforme.
    Celle-ci va faire mal et surtout au sud du pays. Pour être sincère avec vous je vois mal les socialistes réussir les négociations avec son volet économique sauf si ils bradent la reforme de l’état au profit de l’économique et j’ose espérer qu’ils ne le feront pas.
    Conclusion: on n’est pas sortit de l’auberge, Le fruit n’est pas mûr, mais bien pourri de l’intérieur.
    et je maintien mon pari fait sur twitter…si vous vous en rappelez. ;-)

  28. Charles Bricman dit :

    @alouini: je serai direct: si je pensais, comme vous, qu’un accord institutionnel ne se conçoit pas sans un « suicide politique », je serais séparatiste ou je cesserais de m’intéresser à la politique belge.

  29. alouini dit :

    Cher Charles,
    ne faites surtout pas ça malheureux!, heureusement qu’il il y a encore des gens comme vous, qui pensent, qui croient a la Belgique et qui proposent des solutions. Je parlais seulement du cas particulier de Di Ruppo « des Socialistes » et des conditions socio-economique ayant conduit a sa victoire.
    Mais j’espère me tromper a son sujet et qu’il vous écoute, même si je n’appartiens pas a sa famille politique je lui souhaite de réussir dans ce sens et ce dans l’intérêt supérieur de notre pays.

  30. Hanocq dit :

    Cette lettre ouverte est parfaite et fait le tour des véritables problèmes qui inquiètent les Citoyens! Le problème est que le PS est un parti de l’establishment; depuis longtemps, il a renié ses classiques ( il est loin le temps du Parti Ouvrier Belge); le PS n’a plus rien d’une formation dite de « gauche ». Je ne me fais guère d’illusions. Ce qui intéresse le PS, c’est le Pouvoir pour le Pouvoir. La véritable gauche est celle qui n’est pas représentée au Parlement ( cfr PTB+, Front des Gauches etc). Voit-on en France, le PS faire alliance avec l’UMP sarkozyste? Là est toute la différence!

  31. Jm dit :

    @Hanocq: Ne soyez si pessimiste sur le PS, malgré tous leurs défauts, ils ne sont pas si hermétiques à des propositions de l’autre gauche. Faudrait juste qu’elles se fassent un peu plus entendre, c’est pt en bonne voie avec la formation du front des gauches. Pour ca la clé passe par « taper un score » aux élections, ce n’est pas un secret. Ce n’est pas en récitant les défauts d’un adversaire qu’on arrivera plus facilement à l’amener à une transition mais en se conduisant envers lui comme s’il était ce qu’il devrait être pour l’ aider à devenir ce qu’il est capable d’être.

    @CharlesBricman: C’est de la p**** de lettre ouverte ! Rénover les tuyaux et passer au-delà d’un simple « je te donne ton BHV si tu me donnes ma secu », finito les petits calculs ca semble si évident. L’intelligence d’EDP va-t-elle laisser une petite place à cette vision ? BDW et EDP voudront-ils et peuvent-ils s’acquitter du coût à payer pour passer du statut d’homme politique à celui d’homme d’État ? On l’aimerait bien, pas seulement pour la gloriole mais aussi et surtout pour le pays, notre pays, notre avenir.

  32. peio dit :

    Je partage en gros l’avis de Mr Bricman.
    J’ajoute « du passé, faisons table rase » de part et d’autre, tant du coté des flamands que des wallons; cessons de « falsifier » des pans d’histoire quand ça arrange les uns ou les autres (il y avait autant de wallons que de flamands à la bataille des éperons d’or, par exemple, et pas que des vaillants flamands, dans les tranchées, les officiers FLAMANDS se targuaient de parler le français au risque d’être incompris de la troupe et pas que les officiers francophones).
    Repartons sur une base saine : il y a TROIS regions, dont Bruxelles qu’il ne faut pas oublier, pensons à l’avenir et préparons la Belgique de demain, multiculturelle et multilingue et poussons l’enseignement en ce sens, en cessant de le démolir par d’incessantes qu’aussi vaines réformettes…

  33. Korrigan8 dit :

    Du passé faisons table rase… oui, bien sûr, j’adhère. Croyez-vous cependant que vous rencontrerez une majorité en Flandre prête à faire cela?
    Si oui, je vous envoie des chocolats!
    Esprit négatif, peut-être, réaliste, certainement.
    Bon dimanche.

  34. Hanocq dit :

    @Korrigan8 et JM: Cette lettre ouverte est en soi parfaite, excellemment réfléchie. Je ne demande qu’à voir la suite des événements. Je veux bien partager un brin de votre optimisme mais je reste sur mes gardes! Dans mon optique, il est quand même des alliances très compliquées à mettre en place et à faire durer; espérons que nous n’aurons pas un remake des négociations de 2007 où se trouvaient à la table des négociations des formations politiques défavorables à la disparition du Pays. Qui vivra verra! Un excellent dimanche. A bientôt

  35. 2B dit :

    @ Charles Bricman

    Et Bruxelles ?
    Vous ne consacrez que 3 lignes à la fin de votre exposé sur Bruxelles que vous considérez comme fournisseur à ses « clients » (sic) que sont les entités fédérées.
    C’est un peu court ça, non ?

    Des cartes blanches, des lettres ouvertes et des plans brillants sont lisibles quasi tous les deux ou trois jours dans la presse et sur les blogs mais j’ai beau scruter ceux qui donnerait une solution pour Bruxelles…quasi rien.

    Faire des plans sans parler de Bruxelles, c’est toujours intellectuellement attrayant mais c’est trop facile.

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