Mise à jour 26/5/2010: Je constate avec plaisir que Le Soir semble avoir entendu le point de vue développé ci-dessous. Ce midi en effet, BIS publie un billet d’Olivier Baum en renvoyant vers le blog-source. Comme quoi le dialogue a ses vertus. Et Le Soir des oreilles!

Notre bon vieux Soir a lancé un nouveau blog. Il y avait déjà Saga Belgica, le blog jusqu’ici fort discret de la rédaction politique qui a probablement mieux à faire, avec ses maigres effectifs surbookés, que de baguenauder sur le web. Il y a maintenant Saga Belgica BIS (un lien, on dit merci, monsieur Rossel!). BIS pour « blog des internautes du Soir ». Joli…

On y trouve déjà un francophonissime déjanté, qui dévore un Flamand du VMO à chaque repas – avec ses bottes cloutées et son coup de poing américain – et, plus sérieusement, des gens sympas comme Pamina et Alexandre Plennevaux. Et peut-être moi.

Ils m’ont demandé. J’ai dit « oui », pour autant que ça se fasse de manière équitable. C’est-à-dire avec un lien vers l’URL de l’article reproduit et aucune équivoque sur le fait qu’il s’agit d’un article de mon blog. Et depuis, au moment de publier ce billet en tout cas, je n’ai pas de nouvelles.

Enfin si. J’en ai une. C’est Alexandre qui a bondi en voyant son premier article republié. Voyez ici (un deuxième lien, monsieur Rossel). Vous pouvez deviner qu’il s’agit d’un article de son blog et pas un guest post, vous?

Ce n’est pas une ficelle, c’est un câble en acier.

Le grand problème de la presse en ligne, c’est le contenu. Comme d’une part elle est gratuite pour le lecteur, et que d’autre part le rendement publicitaire est faible, il est impératif que ce contenu soit bon marché. Ce qui peut s’obtenir, soit avec le recyclage d’infos standardisées et déjà connues de tout le monde, type dépêches d’agences, soit avec la republication d’articles parus dans le journal.

Les premières étant déjà partout – en ce compris sur le premier blog venu -, elles font de la plupart des sites de presse des copies conformes l’un de l’autre, si ce n’est la mise en page. Quant aux seconds – les articles du journal imprimé -, ils tendent à cannibaliser le pauvre canard: pourquoi acheter chez le libraire ce qui est disponible gratuitement sur le web?

Et donc: razzia sur les contenus de tiers.

Des vidéastes (comme zoomin.tv) y ont vu un filon. Ils donnent leurs contenus aux journaux, avec la pub qui y est accrochée et qui les finance. Ce qui serait théoriquement un bon deal, pour autant que les vidéos vaillent le coup… et qu’elles ne soient pas noyées sous les spots indigestes qu’on impose de longues minutes durant à l’internaute pressé avant d’en venir à l’essentiel.

J’ai comme un doute.

Pourtant le principe est bon. Il repose sur le concept de reverse syndication, cher à Jeff Jarvis.

La syndication, souvenez-vous, ce sont des auteurs associés qui constituent un pool d’articles que l’organisation se charge de vendre aux journaux, contre monnaie sonnante et trébuchante. Cela existe depuis des lustres et permet aux canards de province comme aux grands quotidiens de s’offrir des signatures prestigieuses.

Comme son nom l’indique, la reverse syndication fonctionne dans l’autre sens. Les contenus sont donnés aux journaux. Gratos. Mais ils sont financés par de la pub collectée par le syndicat, qui en rétrocède même éventuellement une partie au journal.

Et tout le monde y gagne. Au lieu de faire payer directement ses articles par les consommateur intermédiaire – le journal -, le syndicat achète en somme à celui-ci l’audience qui lui permet de vendre ses annonces. Et le journal y trouve les contenus à très faibles coûts de production dont il a besoin pour ses éditions online. C’est win-win, comme on dit.

Retour chez Rossel.

Avec Saga Belgica bis, on offre évidemment de la visibilité aux blogueurs invités en échange de leur production. Mais dans la formule telle qu’elle est actuellement conçue, c’est un pacte très léonin. Et qui peut même être très désavantageux pour le blogueur: les quelques lecteurs éventuellement gagnés par un lien vers leur home page risquent bien d’être compensés, et au-delà, par les pertes subies du côté des moteurs de recherche.

Pourquoi?

Tout simplement parce que Google n’aime pas les contenus dupliqués. Et si le robot trouve deux articles identiques dans deux publications différentes, il va référencer la plus « crédible » des deux selons ses critères. Et là, entre Le Soir et votre blog, les amis, y’a pas photo…

Moralité: vos articles republiés dans le grand journal – dont on peut supposer qu’ils sont les meilleurs et les plus intelligents, votre flagship content – ne se retrouveront pas dans Google sous votre bannière, mais sous celle du Swâr.

Caramba!

Ce qui est drôle, quand on y songe, c’est qu’à une échelle considérablement plus réduite évidemment, Le Soir fait ici aux blogueurs exactement ce qu’il reproche à Google de lui faire à lui: piller leur contenu pour s’assurer du trafic… et pouvoir augmenter – ou maintenir, en ces temps de disette – son CPM!

Mais bon, c’est quand même un premier petit pas dans la bonne direction. Ils ont déjà compris qu’il pouvait y avoir autre chose que de pures élucubrations sans intérêt, sur le Net citoyen. Encore un petit effort, et ils nous accepteront peut-être comme partenaires dignes d’un minimum d’égards. Pas comme un self-service sans caisses enregistreuses à la sortie. Ou comme une mine à ciel ouvert et sans gardiens.

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31 Réponses to “Le Soir aime ses internautes”

  1. pamina dit :

    Analyse pertinente -of course. La candide idéaliste que je suis pèse le désavantage (pour mon blog) et l’avantage global: une « percolation » plus large dans l’opinion publique de positions « alternatives ». Quoique j’émets quelques doute à ce sujet, quand à la possibilité de publier des contenus disons « non-conformes ». J’ai de ce côté une cruelle expérience avec La Libre Belgique ;0)

  2. Politiclub dit :

    Alexandre a bien donné, tout comme vous-même, son accord écrit pour la reprise de cet article et ce n’est qu’après coup qu’il est revenu sur sa décision. Nous avons discuté avec lui et nous avons mis à jour une incompréhension entre nous. Il s’attendait à la simple publication d’un lien et non à la reprise complète de son article.
    Ce malentendu est à présent dissipé. L’article reste en ligne mais Alexandre ne souhaite pas que nous en reprenions (éventuellement) d’autres depuis son blog.
    La démarche ici est bien de valoriser des opinions d’internaute sur le fond et non de jouer avec du page rank ou du positionnement sur d’éventuels moteurs de recherche. L’intérêt est avant tout de fournir aux lecteurs un panel d’avis autres que ceux des journalistes ou des candidats. Il n’y a pas d’autre calcul !

    • Charles Bricman dit :

      @Politiclub: Dont acte. Ma critique est constructive. Mais vous savez quand même que sur le Net, il est d’usage, quand on cite des sources externes, de ne publier sur sa page qu’une amorce (chapo de l’article ou résumé) et d’envoyer le lecteur sur la spurce d’origine, non? C’est ce que font la plupart des journaux et des blogueurs. Je ne me suis jamais permis de faire autrement avec les articles que je cite. Comme Le Soir n’a que de bonnes intentions – je n’en doutais pas – je suppose qu’il ne devrait pas y avoir d’objection à ce qu’il opère de la sorte? Dans l’intérêt bien compris de tout le monde et pour que chacun puisse retirer un profit équitable de cette louable démarche.

  3. M a n u dit :

    @ Charles.

    Merci pour le lien http://blogs.lesoir.be/sagabelgicabis/ que je ne connaissais pas.

    De plus l’article d’Alexandre Plenneveaux « BHV aura-t-il raison de l’Europe? » est très bon.

  4. Marcel Sel dit :

    Beste Charles, merci pour le lien vers mon blog. J’ai toutefois l’une ou l’autre remarque.

    1. Vous dites que je suis un «francophonissime déjanté» ? Francophonissime, déjà, me paraît très exagéré : tout d’abord, je suis parmi les rares blogueurs politiques qui dialoguent en néerlandais et qui accueillent sur leur site des commentateurs néerlandophones réguliers de tous les horizons politiques (y compris du Vlaams Belang et du Taal Aktie Komitee). Ensuite, je suis sans arrêt à prôner un État non-linguistique, à l’opposé des RWF mais aussi de bien des Wallons ou Francophones de Bruxelles qui voudraient, en cas de séparation, bouter le Flamand hors de la ville. Ik ben geen fransdolle extremist, j’en suis exactement l’inverse. Mais la Flandre est nationaliste (je l’ai écrit en 2007 et on m’a ri au nez, aujourd’hui, même Fabrice Grosfiley a assimilé cette base fondamentale pour comprendre la politique flamande. Et vous ?) Et cela implique qu’il faudra se battre pour nos droits. Observer la Belgique avec bonhomie comme vous le faites, mettre un fédéraliste démocrate comme Maingain sur pied d’égalité avec un nationaliste ethnocentrique comme De Wever (qui exige Bruxelles, en dépit de la volonté de plus d’un million d’habitants, ce qui montre qu’il ne comprend pas le mot « démocratie »), c’est un faute journalistique. Mais c’est vrai, beaucoup de journaux la commettent, et du coup, moi, (et quelques autres), je passe pour un extra-terrestre..

    2. Déjanté ? Moins sérieux ? D’accord, j’ai écrit des satires pour mon Lamy André. D’accord, j’ai la plume caustique, décalée. Mais Charles, donnez-moi vos coordonnées et je demande à mon éditeur de vous envoyer mon roman Walen Buiten, qui n’a eu jusqu’ici que de bonnes critiques. Je ne crois à la satire que pour autant qu’elle soit justifiée, juste. Mes constats sont faux ? En 2008, j’ai écrit ce fameux Walen Buiten, que j’ai très peu modifié ensuite, et qui prévoyait la crise actuelle. En 2010, Philippe Walkowiak en recommandait la lecture pour « comprendre ». Vous croyez que je ne suis pas sérieux ?

    3, «Qui dévore un Flamand du TAK à chaque repas» : tout d’abord, je la trouve flétrie, cette Belgique de papa qui a sur toutes choses un regard mou, consensuel, et permet, par son déni total de la situation politique dramatique, à l’extrême droite et au nationalisme de gambader dans ses polders comme s’il s’agissait de gentilles promenades de petits marrants du dimanche. Le Gordel ? Un fête familiale. L’ijzerbedevaart ? Un chouette messe et un bon moment de détente. L’ijzerwake, le droit à chacun de manifester, fût-ce sous le regard de nazis patentés !

    C’est vous qui n’êtes pas sérieux ! Les liens entre, d’une part, les groupes flamingants qui se revendiquent de la pire idéologie jamais imaginée, et d’autre part, la NVA, le Vlaams Belang, le CD&V et même le SP-A ou l’Open VLD seraient objet de scandales quotidiens en France, en Allemagne, en Hollande. La Flandre libérale s’est voilée la face, la Wallonie et Bruxelles plus encore : il y a un ver dans le fruit politique flamand et il permet d’expliquer tout ce qui se passe dans ce pays depuis 1999. Ce ver, c’est la tolérance anormale à l’extrême droite. Vous pouvez l’ignorer et prétendre, comme le font les médias flamands, que finalement, les commémos nazies, c’est pô grâve. C’est du folklore flamand, après tout. Eh bien non. Le folklore flamand, c’est Wannes Van de Velde, c’est Gaston en Leo, c’est Tante Siska, c’est Brel quand il est au plat pays. Mais ça n’est pas la commémo nazie présentée par la télévision comme une fête scout un peu hard, mais « sans conséquences » bien sûr ! Les néo-nazis occupent notre parlement, Filip Dewinter tend le bras à la Chambre, appelle « les guerriers » à défendre Anvers contre des « aliens » musulmans qui « veulent la fin de la civilisation européenne ». Mais oui, évidemment, c’est bien plus confortable, sympathique, de ne pas regarder à ce moment-là et d’aboyer : « Marcel Sel est un Francophonissime déjanté ».

    Francophonissime ? Mais non. Moi, ce que je défends, c’est que la Flandre, c’est tout à fait autre chose que cet extrémisme, ces Bart de Wever, ces Valkeniers. Reste à expliquer pourquoi cette Flandre-ci vote pour cette Flandre-là. Et là, je m’attaque aux médias flamands qui, avec le monde politique, constituent une machine de guerre diablement efficace pour créer l’inconscient nationaliste. Drapeau, hymne, mythes, martyrs, la Flandre a tout ce qu’un état doit avoir pour exister. Elle est un état. Tout le reste est accessoire et devra entrer dans l’ordre des choses selon les souhaits du gouvernement flamand qui, ne vous en déplaise, représente 6 millions de personnes. Un gouvernement danois déclarant un blocus contre sa capitale, ça ferait quoi dans la presse internationale à votre avis ?

    Dans ce projet, Bruxelles sera en Flandre, évidemment, puisqu’elle est la capitale éternelle de la nation flamande. Regardez ailleurs, si vous le préférez. Essayez d’analyser ça sous un angle politique lissé, policé. Vous n’y parviendrez pas. Expliquez que le nationalisme est un ethnocentrisme, sinon un racisme, et tout devient beaucoup plus clair. Mais ça impose évidemment de dire à notre patrie flamande : je bent een extremist.

    Je bouffe du TAK ? Même pas : si le dialogue est quasi-impossible avec le Taal Aktie Komitee, si je n’admets pas les innombrables violations à l’état de droit en Flandre périphérique, je crois être le seul blogueur francophone a avoir ouvert un dialogue (difficile, dur, probablement vain) avec le Taal Aktie Komitee, puisque Jan Neukermans, son porte-parole est venu discuter sur mon site avant d’inviter les membres de l’OVV à venir « commenter » mes textes « impérialistes-rattachistes ». Vous voyez, le TAK aussi se méprend sur mon compte. Il me croit rattachiste !

    Il va falloir ouvrir les yeux sur une réalité bien occultée : en 2004, 3000 personnes on commémoré un personnage qui n’a rien à envier à Degrelle, Pétain ou Himmler, Il s’appelait Staf De Clercq, Leider du VNV, nazi convaincu, antisémite qui a prôné la disparition des Juifs pour une question de « santé publique ». Cette commémoration fut publique, massive, et en partie redifusée par la télévision flamande. Aucun journal flamand ne s’en est offusqué (à part une manchette dans De Morgen). Aucun journal francophone ne s’est intéressé à cet événement pourtant majeur : la première commémoration publique et massive d’un nazi en fonction depuis la seconde guerre. C’était chez nous, ça, Charles, pas en Autriche ni en Estonie. Pas en Russie délabrée ou chez les rares nostalgiques croates de l’oustachisme. Mais en bonne et brâve Belgique, devant des membres, notamment, de la majorité gouvernementale flamande (Mark Demesmaeker, en l’occurrence) et devant les TAK, Voorpost, Vlaamse Volksbeweging (soutenu officiellement par le Gouvernement flamand) et les scouts du VNJ (qui est dirigé par des « gouwleider » et compte 2500 jeunes formés à l’indépendance de l’état supérieur flamand qui ont de 6 à 18 ans). Oui, mon cher Charles, il y a en Flandre une fabrique de flamingants. Alors, pour le dire, parfois, l’humour est la seule manière de tempérer la dureté du message.

    Si vous pensez qu’il n’y a aucun lien entre cette tolérance à l’extrême-droite et la situation actuelle de fuite en avant nationaliste, c’est bien entendu votre opinion et elle est certainement aussi valable que la mienne. Mais de là à me classer parmi les « Francophonissimes déjantés » (même si en effet, j’ai un faible pour les textes déjantés), en faisant apparemment la différence entre moi et « plus sérieusement, des gens sympas comme… », ce que je comprends par « il n’est ni sérieux, ni sympa »…

    Je ne demande pas à ce qu’on me trouve sympa. Mais j’insiste sur le fait que l’on ne me fasse pas de mauvais procès. En deux mots « francophonissime, déjanté », et deux insinuations « pas sérieux, pas sympa », vous n’avez fait preuve, à votre tour, ni de sérieux, ni de sympathie. Je vous invite donc en toute amitié à parcourir les articles plus foncièrement politiques de mon blog et à vous demander s’il n’est pas temps de bouffer un peu de TAK pour comprendre ce qui nous attend.

    Vous savez, entre 1939 et 1945, bouffer du nationaliste, ça se serait appelé « de la résistance ». Qu’en 2010, vous trouviez ça « déjanté » ou « pas sérieux » dit beaucoup de l’oubli qui mine nos mémoires, parce que, c’est vrai, penser que tout va s’arranger par soi-même, jeter des ponts avec des gens qui n’en veulent pas, c’est tellement plus confortable !

    Mais nous sommes tous au pied du mur. Le 13, soit l’électeur flamand double le score de l’Open VLD, booste Groen! et plébiscite la SP-A, soit le pays éclatera dans les cinq ans, et il y a peu de chances pour que cela se fasse sans violence, parce que pour la Flandre, Bruxelles est « inabandonnable », et que pour Bruxelles, la Flandre n’est pas une option. Vous n’avez pas compris encore ? C’est le confédéralisme (soit l’indépendance) ou rien pour la Flandre. C’est le fédéralisme (soit la solidarité) ou rien pour la Wallonie ou Bruxelles. Allez chercher des points de convergence ! Pendant ce temps, moi le francophonissime, moi le déjanté, je lis les lois, les programmes et les articles de la Vlaamse Natie, chaque jour, et j’essaye de comprendre ce que les promesses exorbitantes des partis du Nord vont laisser comme possibilités de survie à notre pays.

    Cher Charles, je ne suis pas déjante, voyez-vous. Mes textes ne sont que l’image de ce pays. Lui, il est déjanté. Mais pour le voir, il faut peut-être appliquer à la Belgique les principes universels du droit. Et vu sous cet angle, la Flandre est en infraction grave, quotidiennement, volontairement, brutalement. Evidemment, on peut préférer ne pas le dire. Parce que ça fait plus sympa.

    Sans rancune.
    Marcel Sel.

    • Charles Bricman dit :

      @Marcel Sel:

      Je me réjouis, cher Marcel, que vous n’ayez que « l’une ou l’autre remarque » à me proposer: si vous en aviez eu plus, mon serveur aurait immanquablement succombé! Mais bienvenue ici quand même.

      Si je vous ai blessé avec l’une ou l’autre formulation, veuillez m’en excuser. Je combats certaines idées, je respecte toujours les personnes. Il peut arriver qu’on dérape mais je crois être resté ici dans les limites de la satire acceptable.

      Il n’empêche que je vous trouve en de nombreuses occasions franchement excessif, et même parfois franchement insupportable dans ce que je qualifierais de goût quasi-obsessionnel pour la « reductio ad hitlerum », qui est une façon comme une autre de rendre tout débat impossible, sans se priver pour autant d’un flot de paroles confinant parfois à la logorrhée.

      Il y a des fachos en Flandre? Je le sais, figurez-vous. J’en ai affronté à Stekene, dans ma folle jeunesse, quand nous protestions avec le BSP local contre l’érection d’une pelouse d’honneur aux anciens combattants du front de l’est. Bagarre jusque dans l’église avec les crapules du VMO.

      Mais à la même époque, j’ai également couru aussi vite que je le pouvais pour ne pas tâter de la barre de fer de C.V., un « démocrate » francophone qui ne supportait que l’amarante sur les affiches électorales…

      La connerie est universelle, mon cher Marcel, et largement partagée entre les primates humains au front bas. Ils ne parlent pas tous la langue de Vondel, loin de là, et ils insupportent bien des Flamands aussi, je vous assure. Même beaucoup de ceux qui se disent « nationalistes ». Je ne suis pas nationaliste moi non plus, je suis même à l’opposé sur cet axe, mais je ne me juge pas fondé à disqualifier tout nationalisme, dès lors qu’il s’exprime dans le cadre légal du débat démocratique.

      J’en reste là parce que je ne vous convaincrai pas. Je condamne autant que vous certains faits que vous énoncez, mais je ne partage pas beaucoup des conclusions que vous en tirez.

      Et surtout, j’ai une méfiance viscérale pour ceux qui invoquent à tout bout de champ « les principes universels du droit », qui ne sont généralement jamais que les principes qui leur conviennent dans l’arsenal. Je suis juriste, voyez-vous, formé dans l’université du libre-examen, et de mon vieux maître Hermann Bekaert – qui était certes un Flamand enseignant à l’ULB -, j’ai retenu en résumé que le droit n’était jamais beaucoup plus que la manifestation de la conscience sociale à un moment et en un lieu donnés.

      Les principes « universels » sur lesquels nous nous appuyons sont avant tout les postulats dont on ne peut se passer pour construire un système logiquement cohérent et intellectuellement satisfaisant. Sachant cela, il me paraît indispensable de les limiter au strict nécessaire, au sein duquel j’accorde une place éminente au respect de l’autre et de ses opinions. Fût-il Flamand.

      Bien à vous,

      Charles

  5. Marcel Sel dit :

    Cher Charles, tout d’abord, les « principes universels du droit », tout comme le Librex, sont des principes, et non des doctrines, à savoir les valeurs auxquelles adhèrent aujourd’hui les États membres de l’UE, mais aussi les États-Unis, et l’ONU. Bien entendu, aucun pays ne les applique totalement. Mais tous expriment l’intention de le faire. Sauf, évidemment, la Flandre, qui énonce refuser catégoriquement d’appliquer l’un des principes de base du traité de Lisbonne, à savoir le droit des minorités. Elle le fait par écrit. Par ailleurs, dans les actes, elles discrimine à tire-larigot et assume pleinement son droit à discriminer.

    Je défends pour ma part un droit qui me semble naturel, à savoir l’égalité. Ce que j’appelle aussi l’universalisme, l’humanisme, la démocratie, etc. : les règles qui valent pour un être humain dans un contexte donné valent pour tous dans le même contexte, partout dans l’UE. Nous avons un Traité qui dit cela, et des chartes qui le confirment. Ceci revient à dire que si un Hongrois de Slovaquie qui représente 1% de la population a droit à un enseignement dans sa langue, un Flamand de Wallonie y a droit aussi, et évidemment un Francophone de Flandre.

    Parce que le nationalisme prône le contraire, il est antidémocrate. Vous préférez une approche de déni : « Je ne suis pas nationaliste moi non plus, je suis même à l’opposé sur cet axe, mais je ne me juge pas fondé à disqualifier tout nationalisme, dès lors qu’il s’exprime dans le cadre légal du débat démocratique. » Si vous voulez bien, j’attends des exemples. Quel nationalisme a bien pu s’exprimer dans un cadre légal ? Fonder une nation sur l’appartenance linguistique, religieuse, ethnique, c’est toujours une source d’oppression.

    Citez-moi un nationalisme qui pourrait s’inscrire dans le cadre de l’UE ? Tous les pays qui avaient une dose de nationalisme DOIVENT s’en départir pour entrer dans l’Union : Croatie, Serbie, Turquie… La Flandre nationaliste est de toute évidence hostile à l’approche démocratique (quand un gouvernement — flamand — soutient des pratiques antidémocratiques de la part de ses bourgmestres, nous ne sommes plus dans un débat démocratique). Pourquoi la Flandre est-elle hostile à cette notion d’égalité ? Parce que « nous » sommes une tache d’huile avec un général en chef qui nous amène à exproprier la périphérie ? Un Francophone a-t-il un jour occupé une terre de Brabant sans la payer ou la louer à un… Flamand ? Pour une question d’histoire ? Mais alors, jusqu’où on remonter ? Parce que les Francophones n’apprennent pas le néerlandais ? Mais les études disent le contraire ! Quoi encore comme « explication » ? Le fait même qu’aucun Européen non-flamand ne comprenne pourquoi la notion de protection des minorités historiques est inacceptable en Flandre montre bien que nous avons affaire à une série de mythologies soigneusement mises en place et travaillées. Bruxelles flamande ? En 1846, un tiers de ses habitants étaient francophones — pas que des bourgeois, donc ; Ixelles était half en half.

    Les nations construisent toutes des mythologies, mais elles sont généralement inclusives, à savoir qu’elles servent à réunir les citoyens autour de valeurs ou de héros. J’appelle ça le « ‘nationisme » qui devient ensuite du « patriotisme ». Ça n’empêche pas la démocratie. En Flandre, point de nationisme, mais une doctrine exclusive, à savoir le nationalisme, qui exclut les citoyens considérés comme n’appartenant pas à la nation. Comment ? Ici, par un droit du sol lié au droit de la langue qui ne peut en aucune manière faire oublier qu’il y a, à l’origine de ce flamingantisme-là la doctrine nationale-socialiste, au risque de commettre à la fois une faute historique et de tomber dans une imprudence dangereuse.

    Alors, je dénonce toute cette machinerie, tout ce fil historique qui est assumé publiquement par le Vlaams Belang, le TAK, Voorpost, NSV, VNJ, NSJV, et une partie de la N-VA. Parce que le Vlaams Belang, qui est un parti néo-nazi, et qui éduque ses jeunes membres à la différence génétique entre Flamands et Francophones, est proche, dans ses manifestations publiques, de la N-VA. Si je le dénonce, c’est aussi parce que le flamingantisme, à savoir le mouvement d’émancipation flamand, qui est un mouvement parfaitement légitime et honorable, souffre de ce rappel permanent et cohérent.

    Si l’extrême droite n’est, comme vous avez l’air de le penser, pas l’activateur d’une vision nationaliste radicale en Flandre, comment expliquez-vous que dans un pays d’Europe avec nos traditions de démocratie, un ministre (Bourgeois) puisse, sans sourciller, annoncer à son Parlement qu’il adopte deux poids et deux mesures, l’un pour les bourgmestres francophones qu’il qualifie de bandits, l’autre pour les bourgmestres flamands dont il salue l’incivisme ? Cette différence est une forme de racisme, non ? Mais alors, quoi ? Le gouvernement flamand est raciste ? Donc, les Flamands sont racistes ?

    Eh bien non, ça, je ne l’admets pas. Je ne peux donc tirer qu’une conclusion : tous les points de vue et les actes antidémocratiques du gouvernement, et du parlement flamands, proviennent du fait que la Flandre ne s’est pas correctement « lavée » de sa collaboration (la Wallonie a collaboré aussi, mais l’épuration y a « réussi » si l’on peut dire), et des pans d’idéologie nazie continuent à traîner au Nord, au point de permettre des commémorations de nazis épouvantablement antisémites. 70 ans après, c’est quand même dingue que personne ne dénonce cet Ijzerwake 2004 ! Dingue que Mark Demesmaeker, qui y était, passe régulièrement à la VRT ! Dingue que Frans Crols, rédac-chef de Trends, ait co-écrit In de Warande avec un ex-patron de la KBC, et le président du Vlaams Belang !

    Et, oui, dingue que je doive convaincre un juriste, journaliste, démocrate, convaincu de l’État de droit qu’on ne peut pas laisser faire.

    Mais vous devez avoir raison : ne parlons pas de toutes ces relations. Ne lisons pas l’interview de Geluck dans Moustique cette semaine. Laissons faire le gouvernement Flamand. Soumettons-nous à sa vision. Abandonnons les écoles francophones en périphérie. Laissons-le diriger Bruxelles. Qu’il continue à renvoyer des instituteurs francophones parce que pas assez bons en néerlandais et à interdire qu’un bourgmestre francophone d’une commune à majorité francophone adresse un mot en français à une institutrice francophone de l’école francophone.

    Vous me reprochez de reduire tout « ad Hitlerum ». C’est au contraire avec beaucoup de prudence que je rapproche les pensées et les actes du nazisme. Et c’est ça qui est dérangeant : quand le président du parlement flamand Jan Peumans traite les résistants de « crapules de rues », j’écris, je râle, je lance mes flèches. Et je pourrais trouver matière pratiquement tous les jours. J’essaye de trier, de filtrer. Et j’ai des visiteurs flamands qui me suivent et qui comprennent très bien ce que j’évoque.

    Vous, en revanche, devant ce genre de nouvelles, faites comme tout bon journaliste belge « modéré ». Vous regardez ailleurs en murmurant : « surtout ne pas en parler, parce qu’on va s’approcher du point Godwin, et ça, ce n’est pas bien. Qu’auriez-vous écrit en Tchéquie, en 1938 ? Que les Sudètes avaient bien le droit de se rattacher à l’Allemagne ? Ach, pardon, là, j’ai en effet fait une réduction ad Hitlerum. Pourtant, objectivement, si la Flandre a droit à son nationalisme, je ne vois pas en quoi les Sudètes ne l’avaient pas. Ou les Alsaciens. Ou les Eupenois.

    Vous rejetez ma critique en effet acerbe, mais toujours justifiée, toujours argumentée, basée sur l’idée d’une égalité de traitement de tous et d’un état de droit, parce que vous trouvez que trop critiquer le nationalisme, c’est pas sympa pour les Flamands d’aujourd’hui. Je pense le contraire. Critiquer le nationalisme flamand, c’est au contraire rendre hommage à tous les Flamands, et ils furent nombreux, qui se sont battus contre l’oppression.

    Voyez-vous, ce n’est pas moi qui ai écrit que la logique extrême du nationalisme, c’était Auschwitz. C’est Guy Verhofstadt, et je signe ses deux billets (sur la dérive française et sur la dérive flamande) des deux mains. Si cela fait de moi un « extrémiste » ou quelqu’un de louche, ou si vous trouvez que Guy Verhofstadt a eu tort, vous pourrez au moins vous targuer d’avoir cette opinion en commun avec Bart De Wever.

    Met vriendelijke groeten.

  6. Olivier Baum dit :

    Notez cher Marcel Sel que si vous bâtissez vos convictions aussi rapidement que vous ne m’ayez catalogué ‘d’obscur » voilà un an sur votre blog. Je ne peux que comprendre Charles lorsqu’il navigue entre doute et stupéfaction vous concernant.

    Ce que je veux dire par là , c’est que votre avis et votre prose traduit votre perception, elle n’en est pas pour autant une vérité établie.

    Pardonnez moi pour l’intrusion dans cet intéressant débat et félicitations pour les plumes de qualités de ce billet et commentaires.

    Cher Charles, on parlait Ego tantôt sur Twitter, vous constaterez peut-être que mis à part ma compote et mon boudin, je n’ai peut-être pas totalement tort ;-)

  7. kermit dit :

    @ Charles

    « La connerie est universelle, mon cher Marcel, et largement partagée entre les primates humains au front bas »

    Force est de constater que parfois il y a de la concentration de connerie dans l’air et qu’en flandre ca tourne aujourd’hui à la paranoia, comme ca a tounré autrefois à la paranoia …. mais tuuut on ne peut pas dire cela, la connerie est universelle, la concentration n’a jamais existé et il parait que pas plus en Flandre aujourd’hui qu’ailleurs autrefois il n’y en eut localement de concentrée.

  8. Charles Bricman dit :

    Marcel… Vous êtes extraordinaire! Vous me faites penser à ma mère quand elle formule une opinion et me harcèle en me sommant de confirmer qu’elle a raison. Avec elle et parce que c’est ma maman, je fais généralement mine de céder, pour avoir la paix, pour lui faire plaisir et parce que ça ne prête pas à conséquence. Mais avec vous, non! Vous n’êtes pas ma mère! Aux dieux ne plaise… :-)

    Première règle de survie avec vous: ne jamais entrer dans les sinueux méandres de vos raisonnements. Confusion assurée. Vous mélangez tellement les concepts que vous assaisonnez d’apparent bon sens quasi prudhommesque qu’un juriste n’y retrouverait pas ses codes.

    Exemple: vous assénez des énoncés péremptoires sur de prétendus « principes universels du droit » qui, en réalité n’existent pas en tant que source du droit des gens (de gens, gentes, càd « peuples », et non pas « individus » comme le serinent encore tant de cuistres qui ne savent pas non plus que « droit des gens » n’est pas du tout en concurrence avec le « droit du sol » (jus soli), principe appliqué par la majorité des démocraties et qui ne signifie rien d’autre que la reconnaissance de la citoyenneté à tout individu né sur le territoire, par opposition au « droit du sang »).

    Il y a des traités et instruments internationaux relatifs aux droits humains d’une part, et des « principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées » (art. 38 CIJ) de l’autre. Malheureusement pour vous, ce ne sont que des principes très généraux généralement issus du droit romain et formulés en latin, sans aucune application directe au principal objet de vos préoccupations: non bis in idem, par exemple.

    Je me réfère donc à ma première réponse. Votre réplique n’apporte aucun élément nouveau si ce n’est, ici ou là, quelques travestissements plus ou moins subtils de mes propos.

    Je vous souhaite une bonne soirée et vous recommande une bonne lecture bien distrayante dans un bon fauteuil, faute de quoi vous risquez de nous faire quelque ulcère. Outre que je ne vous le souhaite absolument pas, je frémis à l’idée que cela puisse assombrir un peu plus vos humeurs et vous conduire à de nouveaux excès scripturaux!

    Vous voyez: j’ai autant de bienveillante tolérance pour vous que pour Bart De Wever!

    :-)

  9. Charles Bricman dit :

    @ Olivier Baum: ;-)

  10. hansen joseph dit :

    je n’ai pas tout lu (c’était trop long), mais ne vous semble-t-il pas que Bart De Wever exprime surtout le refus de la solidarité entre les belges et reflète la tendance de repli des plus favorisés sur eux-mêmes pour ne plus soutenir les moins défavorisés; on dit que charité bien ordonnée commence par soi-même, mais cela veut dire qu’on ne peut aider ses frères si on est soi-même dans le désordre le plus total, cela ne veut pas dire qu’il faut oublier la charité, vertu dépassée dans le monde actuel semble-t-il, alors si la Wallonie ne représente pas un plus pour la Flandre, la logique d’un tel raisonnement est de la larguer; on verra si les Christen Democraten en Vlaams ont encore quelque chose de Christen et si les wallons ont encore la volonté de s’en sortir sans l’aide de la Flandre, ou s’ils persisteront à frapper à la porte de la France pour tomber dans la gueule du loup, quant aux bruxellois et aux eupenois, ils en vu d’autres!

  11. Marcel Sel dit :

    @Olivier Baum : Une chose est sûre, obscure, votre mémoire ne l’est pas. (Si vous permettez, Charles, l’article en question, où je qualifiais le Comité de Vigilance Citoyen, et non Olivier Baum d’obscur : http://blog.marcelsel.com/archive/2009/06/22/le-voile-la-loi-la-plainte.html). Mais Olivier, que je possède la vérité ou non, vous qui portez plainte pour négationisme sur base d’un mot (Manihur aurait parlé de « prétendu » génocide arménien), j’imagine à quel point vous devez être scandalisé quotidiennement par ce qui se passe au Nord de ce pays.

  12. Politiclub dit :

    Bel échange en tout cas. Je compte les points !

    [Ah on me dit dans l'oreillette qu'en fait il n'y a rien à gagner, juste à s'écouter !].

    Note de l’auteur du blog:Oui, et en fin de compte, c’est au Pliticlub que nous devons ce bel évhange qui, sans lui, n’aurait pas eu lieu! ;-)

  13. Olivier Baum dit :

    @ Marcel Sel ce qui me scandalise se sont les hystériques communautaires (BdW, Milquet, Maingain, JMDD, le VB, le TAK, le RWF, vous ?, etc)

    Il y a pléthore de flamands, de francophones et de Bruxellois qui n’en ont rien à cirer de ces questions de politiciens sensationnalistes.

    Ca ce n’est que mon opinion bien entendu ;-)

    Concernant Ozdemir, étant donné que vous ne vous êtes pas donné la peine d’en savoir un peu plus avant d’en tirer conclusion, je ne pense pas utile de vous répondre. Allez demander aux 10000 arméniens qui vivent en Belgique.

    Vous auriez pu aussi vous intéresser au colloque ou j’étais invité au Parlement européen comme orateur, en octobre 2009 sur le thème du négationnisme et de la démocratie. (Elmar Brook et JM Cavada) Mais je ne crains que cela vous amuse moins que le communautaire, notez la presse aussi s’en foutait.

    Cordialement,

    Olivier Baum

  14. Marcel Sel dit :

    Evidemment, si je vous fais penser à votre mère, je comprends mieux que vous jugiez mes écrits un peu à l’emporte-pièce. Vous éludez toute réponse, quittez le débat avant d’y être entré, faites mine de ne pas comprendre que je n’ai parlé ni du droit du sol ni du droit du sang, mais du principe de Blut und Bodem, soit le droit du sol lié au sang, énoncé par un dictateur teuton dont je n’ose plus prononcer le nom en votre présence de peur de faire l’objet d’un procès en Godwinisme.

    Je crains que nous n’ayons pas la moindre chance de tomber d’accord. Le point principal que je soulevais était le danger du nationalisme. Vous l’emballez dans du papier journal et vous jetez le tout dans la corbeille à papier, puis vous me brandissez l’article 38 de la CIJ ! Quand je vous parlais plus précisément du Traité de Lisbonne et de la Convention-cadre « des minorités » du Conseil de l’Europe. Enfin ! Pauvre Montesquieu qui aura gesticulé pour rien !

    Je pense qu’il ne nous reste qu’à clore le débat. Peut-être puis-je vous recommander à votre tour de prendre un bon bouquin d’aventures pour vous sortir de vos concepts juridiques rigoureusement étriqués qui permettent aux juristes chevronnés de se gausser de la cuistrerie du vulgum pecus (usant du procédé qui consiste à faire dire à l’autre ce qu’il n’a pas dit) sans pour autant donner la moindre réponse à des questions fondamentales. Je pense, et combien de fois devrai-je me répéter, que la question de la tolérance à l’extrême droite au Nord du pays méritait plus d’attention que la qualification de gens, gentes, peuples et j’arrête là tout harcèlement (marcèlement), la définition du concept de « peuple » ayant pris à Shlomo Sand la bagatelle de 80 pages (que vous avez lu, j’espère…)

    Je suis un peu déçu, j’avoue : vous n’aurez même pas reconnu que votre qualificatif de « francophonissime » (ou était-ce un substantif?) à mon égard (ou plutôt à l’égard de mon discours) n’était basé que sur un a priori ! N’oubliez pas de saluer Bartje quand vous le rencontrez. j’ai encore une photo de lui avec un nationaliste français dont je tairai le nom. Chuuut. Ne parlons pas de ces choses là. Dormons ! Dor-mons…

  15. Charles Bricman dit :

    @Marcel Sel: Bien sûr que je permets, Marcel. Un lien dans un commentaire ne me gêne pas du tout, s’il est là pour illustrer le propos du commentateur. Attention cependant, mon anti-spam traque impitoyablement les abus et juge « indésirables » les commentaires qui comprennent plus d’1 ou 2 liens, qui sont généralement des pubs pour des assurances, des pilules bleues, ou pire encore….

    Pour le reste… Faites de beaux rêves, Marcel!

  16. Olivier Baum dit :

    Par l’absurde, si le tableau était si sombre que la flandre se réveille le 14 juin nationaliste jusqu’au bout des ongles nous n’aurons pas 36000 solutions cher Marcel. Alors ma question (et la s’en est vraiment une) à quoi sert-il de crier aux loups (louves ?) maintenant ?

  17. kermit dit :

    @ Politiclub

    « Bel échange en tout cas. Je compte les points  »

    Faut il compter ???

    @ Olivier Baum

    « Il y a pléthore de flamands, … qui n’en ont rien à cirer de ces questions de politiciens sensationnalistes »

    Si on retire les 40 à 45% de flamands qui vont voter pour des partis etrémistes additionnés des 20 à 25% de flamands qui ne vont pas voter pour des partis extrémistes mais pour des partis ‘traditionnels’ parce qu’ils ont été suffisemment extrémistes pour les persuader de ne pas voter pour des partis extrémistes, oui, il reste pléthore de flamands qui n’en ont rien à cirer, c’est vrai !!!

  18. kermit dit :

    @ Olivier Baum

    « à quoi sert-il de crier aux loups »

    Ben c’est Serge Reggiani qui a si bien chanté ceux qui les trouvant loin de Paris ont réalisé un matin qu’ils l’avaient envahi ?

    Sans pousser la comparaison plus avant, qui donc affirmait que « Gouverner c’était prévoir » ?

  19. Marcel Sel dit :

    @Olivier :
    1. Milquet et Maingain dans le même sac que le TAK, eh ben ! Non, figurez-vous que ce jugement à l’emporte-pièce ne me donne pas envie de vous écouter parler du négationisme arménien. Surtout si c’est pour, ensuite, confondre démocrates et fascistes.

    2. Merci de ne pas me mettre dans le sac de ceux qui nient le génocide arménien. Je ne nie aucun génocide pour lequel on dispose de bases suffisamment solides. Contrairement à beaucoup de mes concitoyens, je ne nie pas le génocide belge au Congo et j’espère que ce pays aura un jour le courage de percer l’abcès.

    A votre vraie question (nous n’aurons pas 36000 solutions) : mais si, justement, il y a 36.000 solutions en suspens côté « Belgique résiduaire ». En Flandre, ils ont un projet très clair : si les « Francophones » refusent le confédéralisme, c’est la Flandre avec Bruxelles pour capitale. Point. Avec quelques nuances. Au Sud, et à Bruxelles, chacun y va de son projet. Autrement dit, à part une vague fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas de projet pour une Belgique sans la Flandre. C’est un de mes cris. Mais on peut évidemment aussi garder les yeux fermés jusqu’au dernier moment et ne pas se préparer…

    @Politiclub : (je compte les points) voilà ce qui arrive quand on reprend l’un de mes textes :-) )))

  20. Politiclub dit :

    Marcel : ça ne me donne pas tort d’avoir repris cet article, au contraire on est tout à fait dans la mission qui est de diffuser des opinions !

  21. Olivier Baum dit :

    Bonjour,

    @marcel sel, pardonnez-moi, mon intention n’était pas de comparer dans l’absolu le TAK, Maingain et Milquet (et même les autres) mais d’exprimer ma consternation vis à vis de personnes qui n’ont strictement rien fait pour déminer le communautaire pour les derniers et l’activisme extrémiste des premiers. Si j’en ai parlé, c’est parce que vous vous êtes empressés de citer tout ce que la flandre compte d’hystériques communautaires, alors que nous avons les nôtres aussi.

    De plus Maingain et Milquet, pas plus que le TAK, ne représentent une majorité dans leur royaume.

    Je suis nettement plus perplexe lorsque vous revenez sur ma digression ‘du génocide’, en écrivant, je vous cite : « Je ne nie aucun génocide pour lequel on dispose de bases suffisamment solides »

    1. Je ne pense pas vous avoir soupconné de négationnisme
    2. Il y a suffisamment de bases établies en ce qui concerne les arméniens, pour rappel, notre Sénat reconnaît ce génocide…
    Vos propos se rapprochent de ceux que m’a opposé le PS, voilà moins d’un mois. Je n’approfondirai pas plus ici, la digression serait trop évidente.

    Pour revenir à nos vaches et moutons communautaires, je remarque qu’il ne suffit pas de dresser le constat d’une radicalisation flamande et de son prévisible repli communautaire d’après le 13 juin. Encore faudrait-il pousser le raisonnement plus loin et expliquer pourquoi cette flandre politique ce radicalise à ce point. Il me semble que ce fait est une résultante et non la cause.

    De grâce, ne m’entraînez pas dans de longues théories sur l’atavisme d’un peuple ou sur le caractère génétiquement programmé de cette radicalisation.

    Au plaisir de vous lire.

    Olivier Baum

  22. Marcel Sel dit :

    @Politiclub: en l’occurrence, je vous donnais raison, bien sûr ! Je suis trop égocentrique pour ne pas être absolument flatté qu’on me reprenne :-) ))

    @Olivier Baum : vous souffrez du syndrome de Stockholm. Quoiqu’on eût fait, la Flandre ne serait pas ailleurs que là où elle est. Le nationalisme flamand ne se nourrit que très peu du communautarisme wallon. Si José Happart a imbécilement donné beaucoup de points à la Volksunie par son obsession à refuser d’apprendre le néerlandais pour diriger une commune à 40% néerlandophone (à l’époque), pour le reste, la théorisation du flamingantisme s’est basé sur des mythes. Avec ou sans les prédécesseurs de Maingain ou de Milquet (qui sont des fédéralistes, à ne pas confondre avec des nationalistes et des séparatistes), la mythologie flamingante se serait de toutes façons mise en place. Milquet a empêché un coup d’État flamingant sur Bruxelles. le CD&V prône un apartheid fiscal et social dans notre capitale, et il faut réagir. Se flageller du mal qu’on nous fait suppose que nous pensions qu’on a forcément une responsabilité quand on est attaqué par une autre communauté. Ça s’appelle la dhimmitude. Le fait que Maingain demande « le respect du droit européen, rien de plus » et que De Wever, Kris Peeters, Pascal Smet exigent ‘qu’on ne rattifie en aucun cas la Charte des Minorités » montre que les partis flamands sont sortis du giron démocrate. C’est leur choix. Les Francophones n’en sont pas responsables.

    Sur le génocide, je dis simplement que personnellement, je (me) suis peu informé. Certains historiens neutres contestent l’utilisation du mot génocide pour les Arméniens, ce qui ne retire évidemment rien à la barbarie. La qualification de génocide est un outil sémantique, et c’est assez étonnant que le débat se soit placé sur ce plan, comme si un crime contre l’humanité ou des « épouvantables massacres de masse » avaient une « valeur insuffisante », comme s’il fallait sempiternellement se « comparer » aux génocides nazis (et je sais que c’est un point de comparaison facile — Charles me le reproche assez !). Quant à la reconnaissance du génocide arménien par le Sénat en tant que génocide, je n’y adhère pas, parce que ce n’est pas au politique d’écrire et de peser l’histoire. A politiser l’histoire, on sera bientôt passible de prison pour négationnisme du génocide Tatar par les Ouzbeks en 1526. Le Génocide nazi, en revanche, est notre mémoire commune et l’aboutissement d’un millénaire et demi d’antisémitisme organisé (depuis le concile de Nicée). Il est fondateur de l’idée d’un UE post-nationaliste et le moteur de la construction d’une Europe confédérale. Ce qui explique qu’on lui attribue, à tort ou à raison, une valeur sacrée.

    Enfin, sur la radicalisation flamande, je ne peux pas croire que vous écriviez à mon attention : « De grâce, ne m’entraînez pas dans de longues théories sur l’atavisme d’un peuple ou sur le caractère génétiquement programmé de cette radicalisation. » C’est exactement le contraire de ce que je dis. S’il y avait un atavisme flamand, j’en serais victime moi-même, ayant plus de « gènes » flamands et germaniques que wallons. Je dis justement que ce n’est forcément pas l’atavisme, ni même la culture qui fonde le succès du flamingantisme, mais bien, pour résumer, le fait que les flamingants aient réussi à se placer à un certain nombre de postes clés dans la politique, les médias, la justice (jusqu’à la présidence de la Cour Constitutionnelle). Les « Flamands de la rue », je le sais, sont encore moins branchés politique que les Wallons. Quand ils votent Bart de Wever, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils sont en train de faire. Le CSA interdit à la RTBF d’inviter le Vlaams Belang. A la VRT, le Vlaams Belang est une présence obligée, à cause d’un arrêt de la chambre flamande du Conseil d’État. Le VB est d’ailleurs bien représenté au Conseil d’administration de la chaîne flamande. C’est la différence entre la démocratie et le nationalisme

  23. Marcel Sel dit :

    @Charles, désolé d’occuper votre espace, ce n’était pas mon intention, mais vous aurez compris que j’ai du mal à répondre court :-)

  24. @Charles. C.V. à la barre de fer : voici qu’un nom sort soudain d’un recoin de ma mémoire. Abel…euh…non…Constant Verhasselt ?
    @ Marcel Sel. Je parie que Philippe Geluck a lu (comme moi)  » Walen Buiten », excellent bouquin par ailleurs, car plus réfléchi, plus posé donc plus convaincant que les textes parfois trop enflammés dans la forme de votre blog.

  25. Olivier Baum dit :

    Votre point de vue est intéressant Marcel Sel.

    Je vous remercie pour cet échange d’opinion, même si je ne partage pas votre cheminement intellectuel sur plusieurs points.

    Cordialement

    Olivier Baum

  26. Marcel Sel dit :

    @Michel Henrion : merci Michel. Re; mon blog : si vous lisez mes chroniques dans Télépro, vous verrez que j’y suis beaucoup plus « modéré » aussi que sur mon blog où je joue à fond ma carte de radical-démocrate.

    Ma vision du blog est qu’il permet — Charles me contredira-t-il — de passer outre la modération qu’impose le journalisme et même la chronique (satirique ou pas). Le blog suscite la réaction, et les commentaires (et les commentateurs) y sont aussi intéressants que le billet de l’auteur. D’ailleurs, Charles Bricman n’a pas fait dans la modération en me qualifiant de « francophonissime déjanté »… D’où le débat. Et la question du blog en tant qu’aiguillon, d’incitant au débat.

  27. Miche dit :

    Victoire de Marcel Sel ! Peu de francophones ont compris la détermination flamande… On va les avoir sur le dos !

  28. Marcel Sel dit :

    @Miche : dans ce cas, c’est à Jean Quatremer que revient le trophée : il avait trouvé avant moi :-) )

  29. Phil dit :

    Un an après, force est de reconnaitre que Marcel Sel avait raison: à moins d’un miracle, la Belgique va se vautrer au prochain virage.

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