Hier, mon billet sur la situation politique a eu l’honneur d’un lien dans un article de Claire Huysegoms, sur le site de La Libre. J’ai vu arriver de là des dizaines de nouveaux lecteurs. J’en suis évidemment ravi et  je le serai encore plus si certains d’entre eux – qui sait? – deviennent des habitués.

C’est bien comme ça que fonctionne le web. Comme un écosystème. Mais c’est encore rare, dans les medias mainstream. Il n’y a qu’un autre exemple dont je me souvienne, en ce qui me concerne: lesoir.be m’avait cité de la même façon lorsque, le premier, et par un scoop de « braconnier », j’avais annoncé que Jean-Claude Defossé serait sur la liste Ecolo aux élections régionales de 2009.

Ça commence donc à bouger mais dans la presse, où de nombreux journalistes continuent à regarder le web comme un dangereux cobra constrictor, on conserve encore largement des réflexes traditionnels. Ce qui veut dire: ne jamais envoyer un lecteur à la « concurrence »… Le garder jalousement pour soi, de peur qu’il ne revienne pas… Ne jouer avec des liens qu’en interne…

C’est complètement erroné.

Le web est un écosystème, je le répète, et l’internaute est quelqu’un qui cherche des infos et se fiche complètement de qui les lui donne, une fois vérifié que la source est fiable.

A un patron de presse qui sursautait un jour alors que je lui demandais pourquoi on trouvait si peu de liens externes dans son canard, je demandai ainsi quel était le site le plus visité dans le monde et en Belgique. Il me répondiy naturellement: « Google », bien sûr et je lui demandai alors ce qu’on y trouvait. « Des liens », me répondit-il honnêtement…

Eh bien voilà. Un site de presse, forcément, intéresse les internautes par ses articles et ses analyses maison, cela va sans dire. Mais il peut – doit – aussi être une « gare de triage », un endroit où l’on peut trouver à s’orienter dans la jungle foisonnante du web. Comme le dit Philip Meyer – cette citation est toujours en exergue sur ma page Facebook:

Now that information is so plentiful, we don’t need new information so much as help in processing what’s already available.

Les blogs, réseaux sociaux et autres ne sont pas des concurrents de la presse et les journaux ne sont même plus concurrents entre eux, en ce sens qu’un lecteur en plus pour Le Soir, Actu24, RTLInfo ou rtbf.be ne veut pas dire un lecteur en moins pour La Libre, comme c’est le cas avec le papier. Les internautes vont là où ils trouveront ce qu’ils cherchent, seraient-ce de simples passerelles pour aller ailleurs.

Si je dirigeais une rédaction web, moi, je créerais illico des pages ou un sous-domaine de liens vers le meilleur du web. Pas l’article quotidien de lalibre.be, qui n’est encore qu’une revue de presse transposée sur le web, mais une véritable centrale de liens vers tout ce qui peut intéresser mes lecteurs, dans différentes « niches » soigneusement choisies. En Belgique, cela n’existe encore que sous des formes anecdotiques, des recueils de « curiosités » amusantes ou pittoresques. Il serait temps de passer à de l’info sérieuse.

On pourra trouver alors de nouveaux business models. La faiblesse des sites, pour l’instant, c’est le contenu. Ou plutôt, la difficulté qu’il y a pour produire des contenus pertinents à faibles coûts. Il n’y a pratiquement plus de limites à la quantité d’infos qu’on peut stocker sur un site. Il y en a de plus en plus à produire soi-même, quand on est un journal, des contenus « encyclopédiques ». Cela coûte un pont en ressources humaines hautement spécialisées.

Sauf que ces ressources existent et sont opérationnelles. Si elles se professionnalisent et se mettent à produire, chacune dans leur niche, des produits structurés, les journaux pourront fonctionner comme des plate-formes. Ce seront des partenariats win-win. Nous leur fournirons les contenus, ils nous donneront accès aux lecteurs. Ce que Jeff Jarvis appelle la reverse syndication.

Voilà, il n’y a rien de très neuf dans ce billet, je le sais. Mais il y a quelque chose qu’il faut répéter inlassablement, pour que ça passe dans les moeurs: il faut in-no-ver. C’est par là que passe le salut de la presse. Et du journalisme.

[Màj 12:00:] Ouhlààà! On est vachement réactif, chez IPM! La revue du web de ce matin est une vraie, à lalibre.be comme sur Dhnet.be. On n’y cite pas seulement les confrères officiels mais on y fait une large place à d’autres sources. Persévérez les amis, c’est comme ça qu’on avance…

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2 Réponses to “Nourrir l’écosystème du web”

  1. FTh dit :

    Un exemple peut-être, des problèmes chroniques de dépendance au format papier.

    Nombre de mes collègues universitaires disposent d’un savoir intéressant, souvent ciblé, qu’ils se proposent parfois de traduire sous forme de cartes blanches.

    Au Département de science politique, par exemple, il peut s’agir de mise en perspective, inspirée des grands courants analytiques, d’un fait d’actualité.

    À mon sens, ces textes ont souvent une valeur ajoutée et permettraient au journal une collaboration « win-win ». Ces papiers sont gratuits (il est intéressant d’être publié, c’est une « rémunération » en soi), sont livrés clé-sur-porte (en principe, une qualité de fond et de forme), proposent une posture réflexive (que la précarisation du statut des journalistes rend de plus en plus difficile) et, cerise sur le gâteau, ils n’engagent même pas la rédaction.

    Seulement voilà: dans les plus grands quotidiens, les coûts de l’impression au format papier étant comprimés, les espaces dévolus à ces tribunes sont réduits, et la plupart des propositions rejetées (en vérité, souvent pas même prises en considération). Quel argument ridicule!

    On conçoit bien qu’un journal doit baliser les espaces d’expression exogènes, ne pas déstabiliser sa ligne éditoriale. Mais l’argument avancé concerne quelque chose d’aussi obsolète que l’impression « papier »…

    Il serait possible de publier ces contributions sur une plateforme telle que celle décrite dans ce billet, qui serait faite non seulement de liens mais, pourquoi pas, d’articles in extenso. La plupart des blogs proposent des textes en Creative Commons, il serait possible de les reproduire, au moins partiellement.

    Enfin, bref: il existe des poches de bonnes volontés, de collaborations potentielles, qui sont très clairement sous-exploitées et que la presse gagnerait à creuser quelque peu.

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