Entre un débat avec François Heinderyckx et des photos à prendre de Paul Van Himst ou de Ludovic Delory qui dédicaçaient leurs livres, j’ai passé une bonne demi-douzaine d’heures à la Foire du Livre aujourd’hui.
J’aime toujours bien ce rendez-vous annuel avec les bouquins qu’on ne trouve pas toujours aux étals des grandes librairies classiques. Et j’ai une sincère admiration pour ces gens courageux, auteurs et éditeurs, qui s’obstinent à augmenter de leurs contributions l’océan de tout ce qui se publie. Dans la tête, j’ai le chiffre de 30.000 nouveaux bouquins en français chaque année. Comment ne pas rater quelque chose d’important?
L’important est d’ailleurs relatif. C’est personnel. Et c’est ce qui donne son sens à une « foire », comme occasion de faire de nouvelles rencontres.
Chez Luce Wilquin, je me suis fait dédicacer son recueil de nouvelles par Aurelia Jane Lee, que je ne connaissais pas avant la soirée d’ouverture, au cours de laquelle j’ai fait sa connaissance par l’intermédiaire de Valérie Nimal. C’est donc un pari tout-à-fait aveugle que j’ai fait en me procurant son livre. Il me tarde de l’ouvrir.
Un peu plus loin, j’ai croisé Jean-Luc Outers. Il a échangé des Lettres du Plat Pays avec Kristien Hemmerechts, dont les écrits sont publiés par les Editions de la Différence en néerlandais assorti d’une traduction. Retour au poto-poto communautaire national? Sûrement pas. Je me sens parfaitement en phase avec ce qu’Outers écrit dans son avant-propos:
Mais finalement, qu’importent les Etats en regard des êtres qui les peuplent et qui, par-dessus leurs frontières réelles ou imaginaires, tissent des liens et forment des rhizomes?
Sur le même stand, je me suis jeté sur une réédition d’un livre de Georges Eekhoud que je ne connaissais pas, Les libertins d’Anvers. C’est publié dans la collection Opium du Peuple par une maison militante, Aden.
Comme je faisais aussi l’emplette d’un autre titre de la collection (Ni dieu, ni maître, de Blanqui), l’éditeur m’a signalé à tout hasard que Serge Deruette signait justement le livre qu »il a consacré à faire entendre la voix de Jean Meslier, curé ardennais du XVIIIe siècle et penseur méconnu qui, pour être mort au tout début du siècle des Lumières, n’en est pas moins l’auteur, explique la quatrième de couverture, de « la première théorie complète d’athéisme et de matérialisme révolutionnaire ». Une pépite? Michel Onfray lui consacre en tout cas une cinquantaine de pages dans sa Contre-histoire de la philosophie.
Je suis revenu juste à temps à mon port d’attache, le stand des Editions Luc Pire, pour échanger quelques mots avec une gentille vedette, une idole de mon enfance mauve et blanche. Paul Van Himst, « le Pelé blanc ». Polle Slalom. Il dédicace ses Confidences et sourit à mon évocation d’un dimanche des années 60 dans la vieille tribune en bois du Kiel, où le Sporting d’Anderlecht avait écrasé sous mes yeux mon autre équipe de cœur, le Beerschot. Cinq buts à un, dans une composition que je connais encore par coeur, avec Trappeniers, Heylens, Cornélis, Verbiest, Lippens, Hanon, Jurion… Et Paul Van Himst au numéro 10, bien sûr.
On pouvait connaître la composition de son équipe à l’époque, il n’y avait pas de mercato et les transferts étaient rares. Un joueur de talent, c’était aussi un club, un maillot et des couleurs qui ne déteignaient pas…

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Si Onfray s’en est emparé…