C’est un petit bouquin sympa comme son auteur. Gilles Vanden Burre, le président de BPlus. Pas une thèse doctorale, ni un lourd essai politique, pas même un manifeste. Rien qu’une profession de foi d’un citoyen qu’on dirait ordinaire s’il se contentait de rester silencieux comme la supposée majorité du même nom.

J’ai assisté lundi soir à la présentation de l’ouvrage, dans le centre de Bruxelles. Un public mixte, bicommunautaire et bilingue. Pas ou peu de politiques, sinon ceux de ProBruxsel avec qui j’ai papoté. Au demeurant, reste-t-il encore beaucoup de « Belges » parmi nos élus linguistiquement sexués? J’étais donc là et ça m’a fait revoir l’ombre d’un petit jeune homme de vingt ans, devenu quinqua maintenant, qui militait lui aussi pour une Belgique malgré tout unie, à une époque où se dire fédéraliste était un symptôme de radicalisme communautaire. Moi.

Et je me suis alors dit que si un mouvement d’opinion comme BPlus a un sens aujourd’hui, ce n’est probablement pas comme un groupe de pression classique, avec des propositions et des solutions de plomberie institutionnelle, sur BHV ou sur la répartition des compétences.

Il me semble – si tant est que mon avis ait quelque intérêt – que l’intérêt d’une démarche comme celle-là est son profil de « traitement de fond », de remède homéopathique contre une des tares fondamentales de la Belgique contemporaine: l’indifférence.

En février 1970, je me souviens avoir regardé à la télévision un premier ministre, Gaston Eyskens, le père de Mark, faire à la tribune de la Chambre une déclaration dans laquelle il posait en principe que l’Etat unitaire était dépassé par les faits. Cela m’a choqué, dans la naïveté de mes 17 ans belgicains. Mais c’était vrai.

Et ce l’est toujours aujourd’hui. Simplement, ce n’est plus l’Etat unitaire qui est dépassé. C’est l’Etat fédéral. Ou plutôt l’ersatz de fédération auquel il a fallu se résigner en bricolant des solutions improbables.

C’est un problème politique, bien sûr. C’est surtout un problème sociologique, et psychologique. Il couve depuis longtemps. En 1912 déjà, Jules Destrée écrivait publiquement au grand-père d’Albert II pour l’avertir de ce qu’au fond, il n’y avait pas de Belges, au sens où il y a des Français, ou des Allemands. On raconte qu’Albert Ier reconnaissait en privé qu’il n’avait probablement pas tort.

Gilles Vanden Burre m’en voudra peut-être d’écrire ça, mais il ne doit pas s’en offusquer car c’est peut-être le trait principal de notre génie national que de n’être pas une nation. Je crois aujourd’hui que c’est finalement ça qui nous rassemble entre peuplades du Belgium – le mot latin, pas l’anglo-saxon. Et je crois qu’il y a donc du sens à nous faire mieux connaître et comprendre les uns aux autres comme s’y emploie BPlus en organisant des fêtes flamandes en Wallonie et wallonnes en Flandre.

Le but n’est pas « patriotique », moins encore « nationaliste ». Je tiens la nation pour un concept appelé à disparaître en tant que réalité ethnique. Ce fut une idée moderne, liée à la chute de l’Ancien Régime et à la révolution industrielle. Il faudra la dépasser. Peut-être ici sommes-nous bien placés pour y contribuer.

Parce que supposez même que la Belgique éclate pour de bon dans un divorce de velours. La Flandre, Bruxelles et la Wallonie seront toujours des voisins condamnés à s’entendre. Et pour s’entendre, il faut se connaître.

Oui, une autre Belgique est possible est publié aux Editions Luc Pire dans la collection Espace Vital dont je m’occupe comme vous savez. Je n’ai aucune responsabilité dans la publication de cet ouvrage que je n’ai lu qu’une fois édité mais je suis tout-à-fait heureux d’avoir à le défendre.

Et ne craignez pas que je vous assomme dorénavant avec la promo de la collection. Je vous parle de celui-ci parce que j’estime qu’il en vaut la peine par sa fraîcheur.

Lire aussi: l’article de Christian Laporte, dans La Libre, et celui de RTLinfo.

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12 Réponses to “La Belgique comme idée post-nationale”

  1. J’ai des amis allemands qui ont étudié à Bruxelles et maintenant y vivent. Ils ne disent pas autre chose: la Belgique est une coquille vide dans laquelle chacun peut rester lui-même: pas ce costume préfabriqué et imposé par le dessus que l’on appelle « patriotisme » ou « nationalisme ».
    15 ans qu’ils vivent ici – ils se sentent profondément belges, même si leur carte d’identité reste allemande.

  2. hansen joseph dit :

    @Alexandre, vos amis allemands se sentent profondément belges, cela montre que les belges doivent rester eux-mêmes puisque leur valeur intrinsèque est ce à quoi tous les hommes aspirent; ce livre aurait dû s’intituler, belges restez ce que vous êtes et pas ‘une autre Belgique est possible’, tout le monde se sent chez soi ici, ne changeons rien, les politiciens ont bien du mal mais ce qui compte ce sont les hommes qui peuplent ce petit paradis sur terre

  3. [...] un bon résumé avec lequel je suis absolument d’accord sur le blog de Charles [...]

  4. Marc Vandecappelle dit :

    Herman 1er, une présidence fractale ?

    La Belgique doit son existence à un compromis, elle n’a rien demandé.

    En 1815, sur les décombres de l’empire napoléonien, au Congrès de Vienne, Alexandre 1er, empereur de Russie, François 1er, empereur d’Autriche, Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, les puissances de la Sainte Alliance, « au nom de la Sainte et indivisible Trinité », décident d’opposer à la France un état tampon. Il fallut s’y prendre à deux fois, Guillaume 1er, sous la bannière d’Orange tenta de former le royaume des Pays-bas. En vain. Les Belges sortent de leur mutisme au cours de la représentation de … La Muette de Portici (blague belge ?). Le divorce était bientôt consommé et après une guerre pour rire, un gouvernement provisoire (prémonitoire, cette expression ?) décréta l’indépendance de la Belgique. Monarchie constitutionnelle, le royaume demeura sans roi pendant six mois. « Je ne suis pas Belge » furent parmi les premiers mots (la pipe de Magritte y trouva-t-elle son inspiration ?) du règne de Léopold de Saxe-Cobourg, un prince allemand, ténébreux, sans emploi. Il n’était pas candidat (cela fit école) à la royauté du « Cockpit of Europe » (la miniature de l’arène de combat de coqs, le stade du Heysel, allait plus tard pérenniser la tradition de champ de bataille catastrophique). Roi d’un melting-pot, il dira bientôt « L’essentiel c’est d’être le souverain national de son pays et d’aimer jusqu’à ses défauts » (la fameuse auto dérision belge).
    A peine sa Joyeuse Entrée accomplie, il dut subir les assauts de Guillaume 1er qui rompait l’armistice (comme plus tard, l’Etat néerlandais allait racheter ses billes de Fortis). Le Roi des Belges fut soutenu par … la France, sitôt rejointe par … l’Angleterre qui avait cru à un complot franco-belge et craignait le retour des français dans la morne plaine de Waterloo.

    Que n’a-t-on entendu de belges réclamer que notre bourbier communautaire soit remis dans les mains de ceux-la même qui l’avaient généré, sans rien y comprendre.
    Et voilà que ces derniers nous reprennent celui, catholique discret, qui allait peut être nous apporter une sainte alliance. Sans qu’il n’ait rien demandé, il est commis à l’exportation à grande échelle de l’essence de notre mythe fondateur, le compromis. A la fierté quasi unanime des belges.

    La Belgique serait-elle semblable à l’Europe, comme un grain de sable présente la forme du découpage de la côte qu’il compose ? Sommes-nous dans un cas de figure fractale, l’ensemble serait la répétition d’un motif ?

    Mais le compromis à la Belge appartient-il au réel ? Ne résulte-t-il pas d’une fausse conscience de l’histoire, d’une utopie voire d’une schizophrénie collective ?

    La singularité native de notre pays n’a cessé de produire ses effets. La Belgique est comme interdite d’autonomie par rapport au monde (tous nos fleurons se sont successivement dilués dans la globalisation qui conforte une perception originelle). Elle ne peut assumer son hétéronimie intestine et vit dans un certain déni de ce qui la constitue. Les différends sont vécus dans la conviction rigolote que cela va finir par s’arranger. Le conflit réel et exprimé est de l’ordre du tabou, il ne peut avoir la parole. Il menace de mort l’injonction que nos parrains de baptême nous ont donné, en nous enfermant dans nos frontières : « L’union fait la force ».
    Ceci rendrait compte que le citoyen belge puisse faire semblant de croire aux promesses politiques. Celles-ci seront utopiques aussi longtemps qu’elles traiteront d’un avenir débarrassé de l’hypothèque de l’historicité, qu’elles entretiendront la forclusion par les petites histoires des enjeux électoralistes, réduites, comme le dit Michel Rocard, à « …un combat de gladiateurs dans un champ clos où l’on admire la performance sportive. »

    La reconnaissance des différences d’intérêt de chacune de nos communautés ne fait pas l’objet de négociations véritables. C’est-à-dire celles qui requièrent que l’un et l’autre aient respectivement assumé d’une part sa propre identité et ses propres visions et d’autre part aient accepté la réalité de devoir en passer par l’autre pour réaliser ses voeux.
    La négociation est une relation de rivalité. Elle est, cependant, une communication non barbare. Elle n’est pas la rivalité mimétique du « œil pour œil, dent pour dent ». L’on n’y participe pas, angélique, l’on est prévenu que l’initiative de la violence, personne ne se voit (presque) jamais la prendre.
    L’humour est inscrit dans son essence, via le paradoxe de la concession : se préoccuper et contribuer aux intérêts de l’autre dans la mesure où cela est nécessaire à ses propres intérêts.
    Négocier consiste à changer la réalité avec l’autre. Rappelons-nous avec Bergson : « La réalité n’est qu’un cas particulier du possible. »

    Marc Vandecappelle
    Anthropologue
    Auteur de ‘La face cachée de la négociation’ aux éditions d’organisation

  5. M a n u dit :

    Le titre du billet « La Belgique comme idée post-nationale » rejoint un autre :
    « L’Europe sera post-nationale ou ne sera pas ».
    La riposte de Guy Verhofstadt

    Carte blanche dans Le Soir | http://bit.ly/cWIKU0

  6. Benjamin DAMIEN dit :

    Pour une fois, je vais manifester mon désaccord avec Charles (et avec Jules Destrée), et plutôt me rappeller Antoine Clesse…

    Je ne pense pas que la Belgique soit un « melting pot » de différentes cultures, au moins pas plus que les autres pays européens, qui ne sont alors que des fusions de tribus, gelée à un moment de l’histoire par le trait d’un cartographe.

    On parle de la « Belgique » dès les conquètes romaines, et de César jusqu’à l’occupant hollandais de 1815-1830, tous s’accordaient pour accorder le même caractères aux « Belges ».

    J’ai pu moi-même le constater cette similitude lors de mes prérégrinations dans certains laboratoires de recherches Européens, anglophones de fait, où de jeunes chercheurs de tous les horizons Européens cohabitaient. Une fois la « barrière de la langue » éliminée par l’usage collectif d’un anglais véhiculaire, les différences et similitudes apparaissent au grand jour. Wallons et Flamands ont les mêmes sensibilités, les mêmes rythmes. Ils rient et sont choqués des mêmes choses. Leurs « cousins » linguistiques de France et des pays-bas apparaissent immédiatements très différents, arrogants, bavards, ignorants de nos spécificités belges car, pensent-ils, puisqu’ils parlent la même langue ils sont forcément « comme nous ».

    Et quels autres pays sont uniformes culturellement ? La France ? Qui a gommé dans le sang les spécificités culturelles dès 1789, et dont le nationalisme Jacobin fait aujourd’hui figue, en « province », d’un insuportable parisianisme. Et la situation est similaire en Grande Bretagne, et je ne parle pas de l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suisse, l’Autriche, et même aux pays bas (Ou la Frise ou le Noord brabant sont parfois qualifiés de « faux Hollandais »).

    Quel mécanisme fait qu’aujourd’hui la situation semble plus difficile en Belgique qu’ailleurs ? Une réalité historique ? Même pas, car la situation actuelle n’est pas née en 1968, ou en 1830, mais bien durant les conquêtes françaises de 1793, qui annexent la belgique actuelle et en font des départements. La fonction publique (administration, enseignement, armée, police,…) et l’Eglise y sont francisées par la force, en y implantant des fonctionnaires et des prêtres venant de toute la France. jusqu’alors, la langue centrale de l’administration était le Latin, et les régions linguistiques utiliaient leur propre dialecte (Picard, Wallon, Brabançon, Gantois) qui variaient lentement d’une région à l’autre de manière indiscernable, rendant possible la compréhension entre voisins.

    La bourgeoisie a adopté le français sans problèmes (ils le pratiquaient déjà car c’était la langue véhiculaire d’alors que l’on pratiquait dans toutes les cours d’Europe), et ont tenté de l’imposer au peuple, aidé par le clergé.

    En 1815, lors de la défaite de Napoléon et du retour des armées Hollandaise, Guillaume d’Orange tente la même opération avec le néerlandais. Double échec à cause du rejet par la bourgeoisie et du rejet du clergé hollandais, protestant dans une région majoritairement catholique.

    Les patois locaux vont lentement réaparaitre, mais la révolution industrielle, qui a d’abord pris son essor dans le sud du pays, grâce aux mines de Liège et du Hainaut, vont concentrer des populations de toute la Belgique, qui vont utiliser la langue de l’élite, langue véhiculaire apprise auparavant et inculquée dans les écoles financées par les charbonnages : e Français. La flandre, restée rurale durant quelques décennies encore, conservera ses patois locaux tout en vivant sous le joug de ses élites (flamands francophones) et subissant les moqueries de ses frères francophones (Wallons). Il n’en faudra pas plus pour créer une (fausse) identité linguistique et offrir une ouverture au mouvement flamand qui n’aura de cesse de présenter le « peuple flamand » comme un martyr des francophones (Armées françaises, Propriétaires terriens francophones, wallons).

    Une certitude quant à la cause de nos problèmes communautaires est plutôt l’incompétence et la bêtise qui ont prédominé dans les différentes cascades de fédéralisation et régionalisation que nous avons subi depuis les premières lois linguistiques. C’est comme si, volontairement, on voulait régler un problème en en créant deux autres, plus insidieux. L’instable montage communautaire est ainsi devenu aujourd’hui une espèce de plaie purulente, donc chaque opération renforce l’aggresivité de l’infection en envoyant les germes plus profond encore dans le tissu sain.
    Il n’y a pas de lien de subsidiarité en Belgique, contrairement à TOUS les autres états fédéraux, il n’y a plus de représentant central d’une matière régionalisée, contraiement aux autres états fédéraux, et surtout on a d’abord régionalisé, à la hâte, les dernières matières que l’on verrait divisées dans ce cas : La vitrine commerciale (exportation), l’emploi,…

    Comme si on voulait, à tout prix, créer plus de raisons de trouver des différences, et surtout, d’en faire état à l’extérieur.

    Je ne sais pas comment faire marche arrière dans ce cas de figure. Je pense qu’il faudra plus d’actes citoyen (comme le livre de Gilles Van Den Bure) ou de partis politiques qui mettent l’efficacité fédérale au coeur de leur programme (ProbruXel, Bplus, Lidé, PP?,…)

    Mais ca sera un travail dificile, car comme disait un auteur dont j’ai oublié le nom : « Quand vous donnez le pouvoir aux médiocres, ils ne le rendent jamais »…

  7. hansen joseph dit :

    plus que dans d’autres nations, les belges ne s’intéressent pas au concept Belgique, sauf des naïfs comme moi qui ont accompli consciencieusement leur service militaire et qui vont toujours voter alors qu’on ne poursuit plus ceux qui ne le font pas (heureusement d’ailleurs car selon moi voter devrait être un geste libre pour avoir un sens); le belge est tolérant et s’intéresse au monde et c’est vrai que c’est plus exaltant, le 1er président européen est un belge comme l’est le président du comité olympique et tant d’autres encore; le monde entier s’en accommode pcq ils se veulent « professionnels » et pas porte-drapeau; je crois que la mise en valeur de ce qu’accomplissent des belges par des émissions comme « c’est du belge » est nécessaire pour relever l’ambiance un peu morose depuis quelque temps

  8. Bravo à Gilles Vanden Burre que j’ai déjà rencontré une fois et qui est très sympa.

  9. BrunoK dit :

    En fait ce genre de choses ne me dérange pas aussi longtemps que l’achat du journal n’y est pas liée.Ce qui me dérange plus , c’est la qualité des informations et des articles contenus dans les journaux (je ne vise pas particulièrement Le Soir) : pas assez de contrôle de l’information , pas assez d’analyses fouillées càd reprenant les pro et les contra du problème , titres souvent aguicheurs ne correspondant pas parfaitement avec le contenu ,etc…

  10. BrunoK dit :

    Désolé de ma distraction : mon commentaire se rapporte à l’article suivant ……!

  11. Plus de Belgique et surtout plus d’intelligence ,de solidarité et de dignité!
    Je crois que nous vivons une période de grands changements tant au niveau humain qu’au niveau climatique et au niveau politique ,ils ne veulent pas s’adapter de peur de perdre les privilèges du pouvoir.
    J’ai l’impression qu’ils disent tous la même chose mais en se contrariant .
    En réalité,je crois qu’ils s’entendent très bien pour que rien ne change.
    J’étais présente à la manifestation pour une Belgique unie et pour la marche Blanche ,cela me donne de l’espoir de ressentir l’affection qui unit les Hommes quand le pays a le cafard!

  12. Jeo dit :

    « une déclaration dans laquelle il posait en principe que l’Etat unitaire était dépassé par les faits. Cela m’a choqué, dans la naïveté de mes 17 ans belgicains. Mais c’était vrai. »
    « Et ce l’est toujours aujourd’hui. Simplement, ce n’est plus l’Etat unitaire qui est dépassé. C’est l’Etat fédéral.  »

    En somme, vous reprenez toutes les diktats flamands à votre compte en saluant votre ouverture d’esprit. Jusqu’où cela va-t-il ? Ne voyez-vous pas où cela vous mène.

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