A mesure qu’il  avance en âge, Jean-Paul Duchâteau devient de plus en drôle, dans les éditos qu’il écrit pour La Libre. Ce ne sont pas tant les positions qu’il prend que la manière qu’il a de les défendre. Samedi, c’était le tour du vote obligatoire, beau sujet de dissertation pour classe de rhéto, récemment relancé par l’Open-VLD.

Personnellement, je n’ai jamais rien vu de très choquant à l’obligation que nous avons, en Belgique, de voter, une fois entendu que nous pouvons voter blanc. Nous avons aussi l’obligation de payer des impôts, de participer à un jury d’assises si le sort nous désigne et j’ai même assumé celle d’avoir à consacrer quinze mois de ma belle jeunesse à servir sous les drapeaux, comme on ne disait déjà plus à l’époque.

Mais est-ce opportun?

Pour Duchâteau, c’est clair: « le scrutin obligatoire, écrit-il péremptoirement, reste un atout fort de notre système démocratique ». Et il y voit deux raisons.

La première: « il sous-tend (…) une implication des citoyens qui s’intéressent dès lors, même de loin, au débat politique ». Bullshit. Je crois plutôt pour ma part que demander aux gens de donner des avis qu’ils n’ont pas ne peut avoir pour effet que de renforcer le pouvoir des têtes de réseaux – à chaque élection, une bonne demi-douzaine de personnes de mon entourage me demandent pour qui elles doivent voter -, de surpondérer le vote aléatoire ou sur la bonne mine – il est si beau garçon not’ bourgmestre, et il est si gentil, hein madame? -, et marginalement, en sens inverse,  de donner une prime aux « anti-tout » – cette fois j’en ai marre, puisqu’on m’oblige à voter, je le ferai pour Ecolo / PP / PTB / LDD / Vlaams Belang / blanc (biffer les mentions inutiles, sachant que chez certains de ceux-là, pas tous assurément, il y peut y avoir de vrais projets, mais que rien n’oblige leurs électeurs à en prendre connaissance).

Le deuxième argument invoqué par notre éditorialiste bien-pensant repose sur cet acquis que nous envieraient selon lui « bien des pays voisins en butte aux affres de l’abstention ». Ce qui est plus drôle encore: l’abstention étant un indicateur assez sûr d’une baisse de libido démocratique, croit-on vraiment pouvoir raviver les ardeurs en supprimant le tensiomètre?

Avec de pareils avocats commis d’office, le vote obligatoire serait vraisemblablement condamné à brève échéance, si la cause adverse était mieux fondée.

Car elle ne l’est pas plus.

Ce n’est qu’un alibi. Une réponse inepte apportée à une vraie question.

Quand le système est entièrement dominé par les partis, comme il l’est en Belgique, il y a de moins en moins de citoyens qui croient sérieusement que leur voix compte effectivement pour beaucoup plus qu’une demi-livre de beurre pasteurisé dans la PAC.

Et en ce sens, la suppression de l’obligation de voter pourrait être pire que le statu-quo. Les citoyens se désintéresseront de plus en plus de ces petits jeux que joueront, toujours plus seuls dans la brume, des pantins déloyaux. Au mieux, si l’on peut dire, ils organiseront des marches blanches à chaque incident plus ou moins dramatique occasionné par l’incurie de pouvoirs qu’aucun autre pouvoir n’arrêtera plus.

La question est donc ailleurs. Elle est de trouver les moyens de restaurer la légitimité du pouvoir. Sa crédibilité. Je ne crois pas qu’il y ait de recette-miracle – ça se saurait -, mais j’incline à penser que l’élection directe des pouvoirs exécutifs – premier ministre, ministres-présidents régionaux, bourgmestres – serait un premier pas dans la bonne direction. Probablement pas une panacée, non. Mais un premier pas. Le plus long des voyages commence toujours par un premier pas (Lao-Tseu).

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8 Réponses to “Vote obligatoire: un faux débat?”

  1. maitea6 dit :

    Au-delà de la question fondamentale de restaurer de la confiance et de la légitimité dans le pouvoir public exercé par les mandataires, je trouve que la question du vote obligatoire mérite en soi une réflexion plus approfondie et moins binaire que ‘pour ou contre’. Une réflexion liée à la citoyenneté.

    J’avoue être assez choquée d’entendre des gens n’avoir pas envie de se lever le dimanche pour aller voter pour quoi faire blabla pour des raisons fallacieuses -c’est bien mieux de consommer la télé ou de faire du shopping chez Ikea et autres temples du bonheur futile.

    Je comprends en partie la désaffection des gens pour la politique. Mais je ne peux m’empêcher de sortir de notre petite Belgique, de l’Europe pour penser que dans nombres de pays, des personnes meurent pour défendre leur opinion politique, pour obtenir ce droit de vote, le droit d’exprimer dans quel type de société ils et elles veulent vivre. Un peu de décence.

    La grande faiblesse du vote obligatoire réside dans le manque d’éducation civique qui devrait logiquement y être lié. Merci pour ce billet.

  2. hansen joseph dit :

    @maite6, ok mais je préférerais ne pas devoir sacrifier une journée à la mer pour voter; s’ils pouvaient placer cela en hiver cela m’arrangerait mieux, de toute façon comme dit Charles on n’a pas de baromètre de l’absentéisme pcq il faut voter…

  3. Sucre Gandhi dit :

    J’adhère complètement à ce que Maïté vient de dire.
    Excellent billet, mais qu’est-ce que l’élection directe des pouvoirs exécutifs change si on continue à voter pour une « bonne tête » ?
    En boutade, tu étais planqué en Belgique pour faire 15 mois de service militaire, j’en ai fait 12 mais en Allemagne !

  4. Jm dit :

    L’obligation de voter est plus que très bien.

    Je me répète encore mais quand on entend que nos amis d’outre-Quiévrain totalisent 50% d’abstention pour leur prochaine échéance électorale, les régionales de mars, je pense qu’il est de l’ordre de la provocation que de proposer de supprimer notre vote obligatoire, et comme par hasard c’est un parti de droite qui en est l’instigateur … sans oublier, sorry de le dire, que la vigueur des débats en France est qd mm autre chose que celle proposée par les élus du peuple belge, encore heureux donc que certains journalistes, comme sur ce blog, secouent de temps en temps le cocotier, sinon on atteindrait combien de % en taux d’abstention, dites un chiffre pour voir … ?

    Dans les gens qui vont voter, on l’a déjà dit : il y a ceux qui votent par conviction (les ingénus ou les naïfs diront parfois certains), par intérêt (ca c’est le win-win) pcq faut bien renvoyer l’ascenseur hein dites vu que c’est « Papa » qui m’a fait avoir mon job chez Tecteo, par dépit parce qu’ils ont reçu une convoc’ et qu’il faut bien y aller, de toute façon comme ils devaient aller promener le chien ca change pas grand chose au trajet juste une bouclette en plus… , ceux qui sont vénères du syst. qui les emm*** et qui votent pour le troll FN ou la nouvelle alliance du coin, genre la liste du  »Renouveau Communale » « pour que tout le monde ait droit à sa place de parking le jour du Carnaval » … bon j’arrête là.

    Sinon après les élections, quelles marges de manoeuvres restent-ils aux gouvernements -si y’ en a déjà un qui tient la route plus de six mois c’est Noël- vu que l’Europe édictent des directives qui sont transposées directement sans qu’on ait quoique ce soit à en dire dans les codes de lois des pays qui en sont membres, ces directives concernent plus des 3/4 des lois s’appliquant à la populace ! ( sur ce coup-là je crois que je me re-re-re-re-répète, j’deviens gâteux lol mais j’aime bien ca)

    Et tant qu’on parle de l’Europe, cette belle Europe qui demande aux Etats membres, c’est dans le Traité de Lisbonne, d’augmenter leurs dépenses militaires et qui propose maintenant de sauver l’Etat grec et son déficit publique abyssal… dont 4% passe dans le budget alloué aux dépenses militaires. Donc pour ce faire, on a les 2 pays moteurs de l’Europe, la France et l’Allemagne qui vont contracter auprès des Banques des prêts à des « taux préférentiels » de 2,3 à 2,5% pour renflouer le budget de la Grèce , parce que sinon si c’était la Grèce, les Banques lui prêteraient à 8 % ! Et tous ca grâce à qui ? Grâce aux génialissimes annotations distribuées par les Gerard Majax de l’économie j’ai nommé les sociétés Fitch, Standard & Poors et Moody’s, vous savez ce sont ces sociétés qui disaient que tout allait super nickel avant que la crise des prêts aux logements aux States fasse s’écrouler comme un château de cartes tout un pan du système économique capitaliste pourri ( cf Tritisation, Swaps, LBO) et qui l’est encore maintenant puisque pratiquement aucunes règles n’ont été modifiées pour empêcher que ca se reproduise !

    Au fait, juste en passant, les Banques européennes se financent auprès de la BCE, Banque Centrale Européenne, à un taux de 1% ! Ca laisse rêveur non ? Un prêt à 1% ! Ces Banques qui ont été renflouées grâce à l’argent de nos impôts se font des couilles en or en prêtant aux Etats, aux Entreprises et à nous avec des marges encore plus importantes qu’avant la crise. Foutage de tronches !

    Bon sur ce merci de m’avoir lu, sorry pour la digression hors topic, bise ou serrage de mains, au revoir et à la prochaine.

  5. Olivier dit :

    Je partage totalement votre billet.

  6. [...] Pour ceux que ce débat interesse, je conseille la lecture de mon collègue blogueur Charles Bricman : http://blog.pickme.be/2010/02/20/vote-obligatoire-un-faux-debat/ [...]

  7. Jean dit :

    Quelques réflexions:

    - le vote n’est obligatoire que dans 3 pays d’Europoe: Belgique, Luxembourg et Grèce. Soit des pays dans lesquels la gestion de la chose publique est … exemplaire (hormis pour le Luxembourg). Je dois avoir une sacrée chance de vivre dans un pays où, résistant à l’envahisseur, nous sommes les seuls à savoir ce qu’est la démocratie.

    - Cohn-Bendit, libération, vendredi 30 avril: « S’abtenir est un acte politique ».

    Que l’on arrête de croire que ne pas voter signifie l’absence de conscience polique.

    Dans les pures dictaures aussi, le vote est obligatoire. C’est un moyen d’asseoir une fausse légitimité.

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