Quand j’ai vu la couverture du livre dans une vitrine, j’ai souri. « Sacré Yvon, me suis-je dit. Il a fait fort! » C’est le titre: « L’assassinat d’Yvon Toussaint ». Par Yvon Toussaint. Il fallait oser. J’entre dans la librairie et achète l’ouvrage, qui vient de sortir, parce que c’est Yvon, justement. Et en fait, c’est beaucoup plus compliqué et intéressant qu’une crise aiguë de narcissisme.
Il y a au moins deux Yvon Toussaint. Celui qu’on connaît ici, en Belgique et à Paris, le journaliste aujourd’hui retraité, qui fut mon rédacteur-en-chef; et le sénateur haîtien assassiné en 1999, à Port-au-Prince.
Notre Yvon, qui ne connaissait l’autre ni d’Eve, ni d’Adam, a rencontré par hasard son souvenir, en flânant dans les allées de Google. Il en est sorti un vrai grand roman comme je les aime, le meilleur que j’aie lu depuis longtemps.
C’est subjectif? Sans doute. Suis-je influencé par l’affection que j’ai pour Yvon? Je ne pense pas. Il y a quelques années, j’avais acheté Le Manuscrit de la Giudecca et j’étais resté sur le seuil. Je n’avais pas trouvé l’entrée. Ici, je me suis senti chez moi dès la première ligne.
Je vous laisse découvrir les multiples intrigues qui se croisent et s’entrecroisent. Qui a tué Yvon Toussaint et pourquoi? Le journaliste Yvon Toussaint découvrira-t-il qui a tué le docteur Yvon Toussaint? A quel prix? Que cherchent vraiment l’un et l’autre Yvon? Et même, pour le moins inattendue: quel rapport y a-t-il entre l’assassinat d’Yvon Toussaint, l’enquête d’Yvon Toussaint et le séisme dont aucun des deux Toussaint n’avait évidemment connaissance au moment de l’action rapportée dans le roman.
Un roman en abyme, en somme, la triple méditation d’un écrivain qui arrive au sommet de son art sur le grand-œuvre auquel il travaille avec acharnement. Car il y a au moins trois niveaux, je pense, dans ce livre: une sorte de « polar » sur un assassinat, une enquête journalistique sur Haïti, une introspection, à la « montée du soir », sur un livre en train de s’écrire, à propos d’une carrière qui s’achève.
Et c’est passionnant. Ça se lit, exactement, « comme un roman »… C’est émouvant de sincérité aussi, par exemple (p. 297) quand l’auteur charge le narrateur de faire dire à son héros, par une prêtresse vaudou:
« Il fallait aussi que vous, journaliste en bout de course, soyez obsédé par l’envie de reparler non pas de lui, mais de vous! Car vous aviez une furieuse envie de parler de vous, n’est-il pas vrai? Mais vous n’osiez pas le faire sans vous camoufler derrière quelqu’un, car vous aviez peur d’apparaître comme un…«
Ce livre m’a touché et je vous le recommande. Je ne suis pas le seul. Il y a aussi: nouvelobs.com, Pierre Maury, Rue89, Jean-Claude Vantroyen…
Màj: Ce lundi à 9h15, Yvon Toussaint sera l’invité de Jean-Pierre Hautier sur la Première.
Voir aussi ici cette brève interview de la rtbf.be:

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Quand on lit Yvon Toussaint, quand on écoute ses interventions sur les plateaux, on se demande pourquoi ce grand Monsieur, plein de verve, au style irrésistible, à la voix grave et chaude, aux analyses brillantes, ne se montre pas plus souvent. Pourquoi faut-il toujours que les chroniqueurs sur les plateaux soient de jeunes blanc-bec, certes bien mignons et impertinents, mais si peu profonds, dans le fond?