Opinions et préjugés

J’ai un ami qui est un supporter acharné du Standard. Je trouve ça désolant mais cela ne nuit en rien à notre amitié. De mon point de vue en tout cas. Lui, il n’a pas à m’en vouloir : si j’ai toujours le cœur en mauve et blanc, c’est une nostalgie, ce n’est plus un engagement.
Il y a toutefois d’autres points de friction entre nous, forcément. Par exemple, en bon Liégeois, il me reproche assez souvent d’être trop tolérant avec les Flamands. Tenez : cette couverture de P Magazine, une feuille de chou flamande assez minable, qui montre Bart De Wever coupant l’ écharpe de Miss Belgïe – Belgique, qui foule au passage un drapeau tricolore de ses jolis pieds nus.
Mon ami y trouve une occasion de s’émouvoir, alors que je n’y vois qu’une vulgarité putassière sans intérêt, sinon celui du parallèle à établir entre cette photo grotesque et celles de Daerden avec sa fille dans Paris-Match.
Nos jugements sont souvent, sinon toujours peu ou prou conditionnés par nos préjugés. Nos postulats, si l’on préfère. En l’espèce, mon ami et moi sommes d’accord pour considérer Bart De Wever comme un des politiciens les plus intelligents de sa génération mais là où je ne vois en lui qu’un adversaire – pace qu’il est nationaliste et conservateur – mon ami le considère plus, je crois, comme un « ennemi » des francophones.
La même idée m’est venue à propos du nouvel archevêque. Et j’ai beaucoup aimé la carte blanche publiée dans Le Soir par Jean Bricmont et Anne Morelli. Comme l’aurait sans doute fait Voltaire, ils s’y emportent joliment contre ceux qui voudraient le faire taire, au nom d’une bien-pensance toujours avide d’étrécir le champ des opinions admissibles et exprimables dans le débat démocratique.
L’ecclésiastique y a d’ailleurs lui-même ajouté son grain de sel, dans une remarquable interview qu’il accorde au même journal. Il y tient, sur l’usage du préservatif par exemple, des propos beaucoup plus nuancés que ceux qu’on lui prête dans quelques citations en forme de coups de poing que l’on a retenues de lui.
En fait, nous nous faisons nos opinions, non pas à partir de ce que font, pensent ou croient dire ceux que nous jugeons, mais de ce que nous croyons qu’ils pensent, disent ou font…
Revenons au Standard. Le week-end passé, un de ses joueurs s’est ramassé un nouveau carton rouge pour une faute que certains jugent flagrante, d’autres imaginaire. Et pourtant, il y a une vidéo qui montre le déroulement de la phase de jeu. Mon ami rouge et blanc en tire la conclusion péremptoire que c’est le joueur mauve qui aurait dû être sanctionné, pas le rouge. Un tackle, pied en avant détaché du sol : il paraît à d’autres, généralement supporters d’Anderlecht bien sûr, qu’il y a bien une faute.
Moi, je ne me prononce pas. Cela m’est facile car je m’en fiche complètement. Mais qu’il s’agisse de Witsel ou de De Wever, du Standard ou des Flamands, je suis de plus en plus convaincu que si l’on peut tendre vers la vérité objective, y atteindre relèvera toujours de la gageure.
Ce qui me révoltera toujours, par contre, c’est qu’on prétende m’imposer d’opiner avec la meute, contre « ceux d’en face ». Et là-dessus au moins, je crois que mon ami est d’accord avec moi. Même quand on s’engueule parce que nos jugements s’opposent. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes amis et le restons.
Je lui dédie donc ces quelques lignes. Il se reconnaîtra sûrement.

J’ai un ami qui est un supporter acharné du Standard. Je trouve ça exotique ;-) mais cela ne nuit en rien à notre amitié. De mon point de vue en tout cas. Lui, il n’a pas à m’en vouloir : si j’ai toujours le cœur en mauve et blanc, comme le maillot du Beerschot que j’ai porté sur les terrains de hockey de mon enfance, c’est une nostalgie, ce n’est plus un engagement.

Il y a toutefois d’autres points de friction entre nous, forcément. Par exemple, en bon Liégeois, il me reproche assez souvent d’être trop tolérant avec les Flamands. Tenez : cette couverture de P Magazine, une feuille de chou assez minable, qui montre Bart De Wever cisaillant  l’ écharpe de Miss Belgïe – Belgique, qui foule au passage un drapeau tricolore de ses jolis pieds nus.

Mon ami y trouve une occasion de s’émouvoir, alors que je n’y vois qu’une vulgarité médiatico-putassière sans le moindre intérêt, sinon celui du parallèle à établir entre cette photo grotesque et celles de Daerden avec sa fille dans Paris-Match.

Nos jugements sont souvent, sinon toujours peu ou prou conditionnés par nos préjugés. Nos postulats, si l’on préfère. En l’espèce, mon ami et moi sommes d’accord pour considérer Bart De Wever comme un des politiciens les plus intelligents de sa génération mais là où je ne vois en lui qu’un adversaire – pace qu’il est nationaliste et conservateur – mon ami le considère plus, je crois, comme un « ennemi ».

La même idée m’est venue à propos du nouvel archevêque. Et j’ai beaucoup aimé la carte blanche publiée dans Le Soir par Jean Bricmont et Anne Morelli. Comme l’aurait sans doute fait Voltaire, ils s’y emportent joliment contre ceux qui voudraient le faire taire, au nom d’une bien-pensance toujours avide d’étrécir le champ des opinions admissibles et exprimables dans le débat démocratique.

L’ecclésiastique y a d’ailleurs lui-même ajouté son grain de sel, dans une remarquable interview qu’il accorde au même journal. Il y tient, sur l’usage du préservatif par exemple, des propos beaucoup plus nuancés que ceux qu’on lui prête dans quelques citations en forme de coups de poing que l’on a retenues de lui.

En fait, nous nous faisons nos opinions, non pas à partir de ce que font, pensent ou croient dire ceux que nous jugeons, mais de ce que nous croyons qu’ils pensent, disent ou font…

Revenons au Standard. Le week-end passé, un de ses joueurs s’est ramassé un nouveau carton rouge pour une faute que certains jugent flagrante, d’autres imaginaire. Et pourtant, il y a une vidéo qui montre le déroulement de la phase de jeu. Mon ami rouge et blanc en tire la conclusion péremptoire que c’est le joueur mauve qui aurait dû être sanctionné, pas le rouge. Un tackle, pied en avant détaché du sol : il paraît à d’autres, généralement supporters d’Anderlecht bien sûr, qu’il y a bien une faute.

Moi, je ne me prononce pas. Cela m’est facile car je m’en fiche complètement. Mais qu’il s’agisse de Witsel ou de De Wever, du Standard ou des Flamands, je suis de plus en plus convaincu que si l’on peut tendre vers la vérité objective, y atteindre relèvera toujours de la gageure.

Ce qui me révoltera toujours, par contre, c’est qu’on prétende m’imposer d’opiner avec la meute, contre « ceux d’en face ». Et là-dessus au moins, je crois que mon ami est d’accord avec moi. Même quand on s’engueule parce que nos jugements s’opposent. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes amis et le restons.

Je lui dédie donc ces quelques lignes. Il se reconnaîtra sûrement.

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2 commentaires pour “Opinions et préjugés”

  1. Jm dit :

    Le // entre la photo de Bart + Miss2010 et Daerden + Miss0000 est assez amusant :-)

    Bart De Wever, indépendantiste flamand, un des hommes politiques le plus intelligent de sa génération(*), bon ok. Déjà pour moi l’indépendantiste flamand est con quand il a choisi de défendre son propos avec la sotte idée que les wallons sont fainéants et qu’on les paie pour ca ( je e dis pas que Bart pense comme ca). Mais c’est un préjugé et c’est abject.

    L’opinion publique est quelque chose qui se fabrique. Elle a 2 sources. Les médias qui donnent l’information et ceux qui la reçoivent. Si l’info est pipautée et que l’on bourre la tête des gens pour dire que tout ca est normal, la plus part du temps ils acceptent, ce n’est que très rarement qu’ils sont scandalisés.

    Il n’y a rien de plus saint que de se confronter à des idées contraires que l’on ne partage pas, qui ne se valent pas. Tant que la raison débrouille de la pagaille ordinaire.

    (*) si cette idée pouvait être éventuellement et brièvement développée, ca m’intéresserait beaucoup, merci.

  2. hansen joseph dit :

    cette absurdité insidieusement développée dans l’inconscient flamand fera qu’à la longue un chomeur flamand sera rejeté par les bons flamands « travailleurs » en se faisant traiter de « wallon »et inversément un wallon « travailleur » sera reconnu comme un bon… « flamand », on nage dans l’absurde… et ça fait rigoler, tant que ce n’est pas le Vlaams Blok qui s’installe aux commandes…

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