Et donc: qui l’a gagné, ce concours de bistouquettes entre les ministres de l’Emploi fédéral d’un côté, flamand de l’autre? Tous les deux. Joëlle Milquet (« Josse » pour les intimes ai-je appris la semaine dernière en participant à l’émission « Sans langue de bois » sur Bel RTL) a obtenu le maintien de toutes « ses » mesures au profit des jeunes chômeurs qui n’ont qu’un diplôme du secondaire; et Muyters (NV-A) a forcé une discrimination positive au bénéfice de ceux qui n’ont pas ce diplôme, après avoir déjà obtenu pour les chômeurs âgés (problème flamand) ce qu’on offrait aux jeunes (problème wallon et bruxellois).

Et personne n’a perdu, alors? Ben si, quand même: il y a le budget. Tout ça nous fait une petite facture supplémentaire de 12 à 13 millions. C’est le coût du « système belge ».

Laissons de côté l’anecdote. Tout ça cache un problème de fond et un problème de forme. Sur le fond, il y a la situation différente du marché de l’emploi en Flandre et en Wallonie. Cela peut justifier intellectuellement des politiques différenciées au nord et au sud. Mais Joëlle Milquet n’en veut pas. Tabou.

Sur la forme, on a ici un petit avant-goût de ce qui nous attend dans les semaines et les mois à venir. Une guerilla constante entre:

  • un gouvernement flamand qui veut exercer jusqu’au dernier carat de ses compétences, en en proposant la plus large interprétation possible et en déclenchant des procédures en conflit d’intérêts s’il le faut;
  • et un gouvernement fédéral impécunieux au sein duquel les francophones se crispent sur tout ce qui a trait aux compétences, particulièrement dans le « social ».

Dans le long terme, je ne suis pas sûr du tout qu’au-delà de l’effet d’annonce de sa carte blanche dans Le Soir et dans De Morgen, « Josse » ait vraiment gagné quelque chose dans l’aventure. Parce qu’au terme de celle-ci, ce qui ressort essentiellement, ce sont les limites du système de pacification à coups de millions et, au-delà, l’inefficacité, ou à tout le moins l’inefficience du fédéralisme à la belge dans sa version actuelle.

Cette affaire n’est au fond qu’une énième preuve de la nécessité d’une réforme approfondie de l’Etat basée sur des concepts clairs. Principalement celui-ci, qui figure déjà dans la Constitution mais attend d’être appliqué: les régions ont la plénitude des compétences étatiques, sauf pour celles qui sont expressément attribuées à l’Etat fédéral. C’est comme ça que pratiquement tous les vrais Etats fédéraux dans le monde ont commencé. Nous, en 1970, nous sommes partis dans l’autre sens. A l’envers, quoi. Etonnez-vous après ça si ça ne fonctionne pas sans heurts et vaisselle brisée…

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8 Réponses to “Leçons d’une petite guerilla communautaire”

  1. M a n u dit :

    … de la nécessité d’une réforme approfondie de l’Etat basée sur des concepts clairs. …

    Je ne ne suis un politologue http://bit.ly/6DAFJq mais cette notion de « concepts clairs », je n’y crois pas un seul instant!

  2. Charles Bricman dit :

    @Manu: J’ai dit « clairs », je n’ai pas dit: « simples »!
    ;-)

  3. kermit dit :

    … de la nécessité d’en finir une fois pour toute.

  4. hansen joseph dit :

    moi j’ai l’impression que chacun s’empresse de discuter par principe et je me demande aussi quelle est l’efficacité de toutes ces mesures dispendieuses; le ministre NVA qui disait qu’en Flandre les diplômés d’humanité trouvent du travail de toute façon… mais il me semble que si on encourage les patrons à engager ceux qui n’ont pas ce diplôme, ce seront ceux qui en ont un qui resteront sur le carreau; c’est comme en voulant remettre au travail les prépensionnés, cela fera moins d’emploi pour les jeunes, avec toutes ces mesures on tourne en rond, c’est Dehaene qui disait que ce n’était pas sur le gouvernement qu’il faut compter pour « créer » de l’emploi… de même les écolos veulent créer de l’emploi en encourageant à isoler les maisons et à faire placer des panneaux solaires, cela fera de l’emploi supplémentaire dans le bâtiment… pour les roumains et les polonais qui travaillent d’arrache-pieds à moindre coût que les belges pour le moment…

  5. Michel dit :

    On peut aussi pointer un autre gagnant dans cette affaire, Yves Leterme qui est est parvenu à trouver un accord avant que la bombe n’explose…

  6. [...] On a des choses à se dire » Archive du blog » Leçons d'une petite … [...]

  7. hansen joseph dit :

    @Michel …et pointer des perdants, nous les cochons de payants, il y en aurait de nouveau pour 12 à13 millions, selon les milieux bien informés!

  8. Guillaume dit :

    Le plus simple ne serait-il pas de nommer premier ministre le président flamand et d’inclure tous les ministres flamands dans le gouvernement fédéral ? Ca correspondrait plus à la réalité. Les partis flamands sont scindés en deux, une partie fédérale et une partie flamande et la partie flamande réclame aujourd’hui de gouverner le fédéral à défaut d’avoir l’indépendance ou le confédéralisme.

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