Mis au défi de raconter toute une histoire en six mots, le grand Hemingway a proposé:
For sale: Baby shoes. Never used.
J’ai trouvé cette anecdote dans des conseils d’écriture formulés sur Copyblogger. Je l’ai racontée à Gaïd. Elle a fait la grimace: « C’est affreux », a-t-elle commenté.
Six mots anodins portent en eux tout un roman. Mais c’est ici au lecteur qu’il revient de l’écrire. Ma femme en a fait une histoire triste, tout comme moi quand je l’ai découverte. Les six mots évoquent une annonce, dans un journal. Que les chaussures de bébé n’aient jamais été portées suggère une triste fatalité périnatale. Mais quand on y réfléchit, d’autres hypothèses sont parfaitement vraisemblables, au choix du lecteur.
Toutes les formes d’expression – littéraires mais aussi plastiques, musicales… – offrent ainsi à leurs destinataires une marge d’interprétation d’une étendue variable.
Celle que propose la nouvelle est parmi les plus importantes. Sa puissance réside, me semble-t-il, dans la concision qui, en minimisant le contexte, ouvre tout grand le champ des possibles à l’imagination du lecteur, invité de la sorte à participer, chacun pour soi, à la (re)création du récit .
Je ne la ramène pas. Je ne suis pas un spécialiste. J’ai lu moins de nouvelles que toutes autres formes d’écrits. J’essaie seulement de rattraper mon retard en m’efforçant, depuis quelques semaines, d’en lire au moins une par jour. Ce qui me prend autour d’une demi-heure, le soir, avant d’aller au lit. Avec une verveine ou un whisky, j’y trouve une façon apaisante d’entrer dans le silence complice de la nuit.
PS: J’ai créé sur Facebook un groupe d’amateurs de nouvelles, que ce soit pour en lire, en écrire ou en éditer. Ceux d’entre les lecteurs de ce blog que cela intéresserait y sont naturellement les bienvenus. Si cela marché, on étudiera la possibilité d’aller plus loin, l’envie me démange…
Lectures recommandées:
- Lire des nouvelles – Mon précédent article sur ce thème. Vous y trouverez d’autres références;
- Wikipedia, v° nouvelle;
- Valérie Nimal, Les minutes célibataires, Ed. Luce Wilquin, 2009 – recueil de récits radiophoniques (un blog y est associé);
- Steve Hockensmith, « Boniment, bonimenteur », in Le jour où la mort nous sépare, recueil de nouvelles policières, Livre de Poche n°31581, pp. 115-141;
- Quim Monzó, « L’amour est éternel », Mille crétins, Ed. Jacqueline Chambon, 2009, pp.22-34;
- Short stories, site anglais consacré à la nouvelle.

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Un style litteraire a part. La ou le romancier s’etale en longue description, le nouvelliste nous laisse souvent seul avec notre imaginition. L’adaptation de romans au cinema est souvent sans surprise tandis que l’on decouvre parfois une (autre) histoire dans les adaptations de nouvelles.
L’inconvenient de la nouvelle c’est que comme elle ne nous accompagne pas tres longtemps, on l’oublie aussi vite qu’on la lue pour ne garder que des impressions, le roman s’ancre mieux a la memoire. Personnellement, si je prefere le roman a la nouvelle, dans le registre cinematographique, je prefere le non-dit du court metrage au long. http://www.courtmetrage.be
Il est loin le temps benit ou, au cinema, les films etaient toujours precedes d’un court metrage, c’est dommage.
@ Kermit
Dans le genre court récit qui s’ancre à la mémoire et s’adapte au cinéma, je vous conseille vivement « Douze contes vagabonds » de Gabriel Garcia Marquez, une merveille d’insolite et d’humour !
Je les amazonpointfr de ce pas !!!
@Kermit: Je ne suis pas tout-à-fait d’accord avec vous sur l’oubli rapide. En fait, ça dépend à la fois de la nouvelle et de la façon dont vous la lisez. Ainsi, moi je ne peux pas en lire plusieurs à la suite l’une de l’autre. Il faut que ça décante. Quand cela en vaut la peine, bien sûr. Mais alors, ça reste. J’ai parcouru la liste de la cinquantaine de nouvelles que j’ai lues depuis que je m’y suis remis. Je me souviens de la plupart d’entre elles. Et de certaines plus que d’autres, forcément. C’est ça qui me gêne avec les court-métrages (et les films à sketches). Il faut que les films s’enchaînent. Et donc on les oublie, ou alors on ne retient que la crème de la crème.
@lambda: Merci pour le conseil.
Au fond c’est surrtout une question de goût !!!
Il y a bien des lectures possibles à cette magnifique histoire en six mots et le triste scénario évoqué n’est pas le pire…
Imaginons par exemple l’enfant né sans pied. Ou l’enfant qui trois ans plus tard ne marche toujours pas.
Ou soyons plus léger: le père qui se décide à revender les chaussures achetées en masse par un mère accro du shopping… tellement de chaussures que l’enfant n’a pas eu l’occasion de toutes les porter?
Et il y a certainement bien d’autres lectures…
Benoît