Il me chaut fort peu qu’un prix littéraire ait été attribué à Yannick Haenel pour son Jan Karski. Ce n’est pas pour ça que j’ai acheté et lu ce livre admirable, mais pour ce que m’en disait Krzysztof Pomian, la semaine passée entre deux dim sum: « Je le fais très rarement, parce que je trouve ça un peu vain, mais là, j’ai envoyé un petit mot à l’auteur pour lui dire l’admiration que j’avais pour son travail« .
C’est un roman, annonce la couverture. En fait, c’est probablement plus compliqué, à moins de ne voir dans le roman que la plus résiduelle des catégories résiduelles, le réceptacle de tout ce qui n’est pas autre chose.Mais quoi qu’il en soit, c’est de la grande littérature.
On y trouve trois chapitres. Le premier est une espèce de compte-rendu détaillé et subjectif de l’intervention de Karski dans le film Shoah, de Claude Lanzmann. Le deuxième, une courte biographie de Karski à partir de son livre, réédité en français 2004, Mon témoignage devant le monde. Et le troisième un long monologue du même Karski, imaginé par Yannick Haenel.
Er c’est fascinant. Ça vous remue les tripes. Ça vous laisse…, comment dire? Chamboulé.
Mais qui est Jan Karski?
Cliquez sur le lien ci-dessus pour une bio purement descriptive de ce résistant catholique polonais qui essaya de faire arrêter l’Holocauste. Il n’y manque que l’essentiel. Vous devrez le découvrir par vous-même, pour vous-même, cette expérience-là ne peut être que personnelle, comme le « délire » de Haenel tenant la plume pour le fantôme qui l’habite.
Au fond, j’avais fait l’expérience de la fin de ce qu’on appelle ‘l’humanité’… Le mot ‘humanité’ s’est tellement compromis au cours du XXe siècle qu’à chaque fois qu’on l’emploie, il semble qu’on se mette à mentir… Parler de ‘crime contre l’humanité’, c’est considérer qu’une partie de l’humanité serait préservée de la barbarie, alors que la barbarie affecte l’ensemble du monde, comme l’a montré l’extermination des Juifs d’Europe, dans laquelle ne sont pas seulement impliqués les nazis, mais aussi les Alliés… Le procès de Nuremberg n’a pas seulement servi à prouver la culpabilité des nazis, il a eu lieu afin d’innocenter les Alliés…
Réquisitoire implacable. Sensation de vertige. Je croyais jusqu’ici qu’en se donnant la mort, en 43, Stefan Zweig avait manqué de discernement. Je me demande maintenant si, dans les ténèbres, il ne lui a pas seulement manqué d’apercevoir, comme Karski, ce petit point, « on aurait dit une tête d’allumette« .
Car Jan Karski eut toujours de la chance, comme en échappant à la fois aux assassins de Katyn et à la Gestapo.
Le petit point s’est éclairci, déjà il flottait dans le noir comme un début de lueur. Les ténèbres ne pouvaient plus rien contre moi, j’ai recommencé à vivre ».
Ce qui fait que si ce livre est noir, assurément, il n’est curieusement pas déprimant. Il est empli de noblesse.
Je ne parle pas de la noblesse de sang. Mon père était bourrelier. Je parle de cette exigence de l’esprit qui s’insurge contre la bassesse.

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C’est effectivement un livre admirable… et dévastateur.
Quand je l’ai lu je n’ai pas pu m’empêcher de commenter : « j’ai passé trente ans de ma vie à essayer de comprendre pourquoi le régime
nazi a organisé la Shoah et je me résigne à passer le temps qui mei reste
à comprendre pourquoi les Alliés, mis au courant dès 1942, ont laissé
faire…. »
[...] vient de publier et dans laquelle il s’en prend à Yannick Haenel, dont j’ai moi-même parlé ici, il y a quelques [...]
Je vais acheter ce livre .
Quand j’ai appris à l’école ce qu’avait été la shoah,j’ai perdu mon âme d’enfance,j’ai à présent 57 ans bientôt et je ne me suis toujours pas remise de la cruauté et la lâcheté des hommes !
Je ne comprendrai jamais!
J’avais une amie juive qui habitait en face de chez nous,c’était des juifs polonais,j’allais jouer chez elle et j’adorais cela ,c’était toujours la fête le samedi et il y avait beaucoup de jeunes qui venaient ,j’étais non juive mais acceptée avec tant de gentillesse et de tolérance,ce sont de magnifiques souvenirs!J’aimais beaucoup la maman de mon amie,cette femme était adorable.