Hier soir, dans l’émission « Sans langue de bois » sur Bel RTL, on a pu commenter en direct la réunion du Conseil européen sans y être. Dans un coin du studio, les images du JT nous montraient Hakima Darmouche sans le son. Frédéric Cauderlier était vissé aux fils des agences officielles. Mehmet Koksal et moi, nous étions sur Twitter. C’est chez nous que la nouvelle est tombée:
A quelques minutes près, cela n’a guère d’importance, c’est vrai. Mais il y a quand même quelque chose de très symbolique là-dedans, déjà vérifié maintes fois: les médiateurs officiels de l’info, les organes de presse, ont perdu leur monopole, il n’en sont plus les uniques vecteurs. On peut aussi s’informer en direct, par d’autres canaux. On ne s’en prive pas. On aurait tort.
Chez les journalistes pourtant, en Europe surtout, rares sont encore ceux qui, comme Jean Quatremer (Libération) jouent à ça. Le jeu d’ailleurs présente des risques. Mais pour y gagner, ce sont précisément des qualités de journaliste qu’il faut mettre en œuvre: sens critique, fiabilité des sources, recoupement de l’info, un subtil mélange d’audace et de prudence. Une gestion des risques.
Si on a pris celui d’annoncer, les premiers, l’issue du débat sur antenne, avant d’avoir reçu une dépêche d’agence, c’est parce que Mehmet et moi savions que sur les faits, on peut faire confiance à Jean Quatremer, qui était sur place. C’est un journaliste engagé, je suis loin de partager toutes ses analyses, mais je sais que sur les faits, il est fiable et bien informé. Si le tweet avait été signé par Dupont ou par Lulu69, on n’y aurait pas fait écho, à moins d’être sûr que quelqu’un de sérieux se cache derrière.
Et c’est là ce que je veux dire ici. Avec cette initiative farfelue de notre officielle agence Belga (ihavenews) qui nous a valu la énième annonce du décès imaginaire de la reine Fabiola, certains se sont précipités sur cette trop belle occasion de condamner une nouvelle fois les nouveaux medias, pas fiables. Ce n’est pourtant pas le media qui manque de fiabilité. Ce sont ses utilisateurs. Emetteurs et récepteurs. Il faut savoir faire le tri. Et potasser le mode d’emploi.
Mais comme toute révolution technologique, celle-ci a ses réactionnaires. Le plus terrible, c’est que ce sont souvent les journalistes eux-mêmes, qui y perçoivent une menace mortelle pour leur profession. Je crois qu’ils ont tort. Il est sot de vouloir arrêter un TGV en se couchant sur la voie, le prix est trop lourd. Mieux vaut monter à bord…
Dans ce même ordre d’idées, je vous invite à lire ce très bon billet de Narvic. Comme chez Jeff Jarvis, ce qui en ressort, c’est la mutation en cours de la fonction du journaliste. Il n’est plus tant le porteur de la dépêche, comme Philippidès à Marathon, que celui qui la décode, qui l’explique et qui la met à sa place dans le flux immense qui grossit de jour en jour.
Ce qu’exprimait aussi Philip Meyer, dans cette citation que j’affiche toujours sur mon profil Facebook:
Now thet information is so plentiful, we don’t need new information so much as help in processing what’s already available.
J’ai la faiblesse de penser, à l’inverse des pessimistes, que c’est un métier de plus en plus riche qui s’offre aux journalistes. S’ils en trouvent les clés. Et donc s’ils se décident d’abord à les chercher.


Me suivre sur Twitter 
en effet et on se délecte sur votre blog auquel je m’abonnerais volontiers s’il était payant plutôt que d’acheter Le Soir, bien que j’aie trouvé que la présentation qu’ils ont faite de HVR jeudi était fort bien faite, je leur fais confiance pour le contenu bien entendu car je ne saurais pas faire autrement si ce n’est en lisant vos propes commentaires sur ce blog sur lequel en plus de votre spécialité, la politique si j’ai bien compris, vous nous appportez des billets intéressants sur bien d’autres sujets de la vie courante et tellement bien rédigés et agréables à lire, avec des journalistes comme vous, il y a de l’avenir pour la presse que ce soit par internet ou autrement…
Deux difficultés dans cette évolution : tu es bien sûr capable de faire le « tri » parmi les sources qui commentent l’info du moment…. ce n’est peut être pas le cas de tout le monde. Sur twitter, comme sur les blogs on trouve le meilleur (ici) et le pire (ailleurs).
Deuxième enjeu, et nous en avons déjà si souvent débattu : qui paye les journalistes « fiables » sur Twitter ?
@fabrice: Oh, je ne peux certainement pas tout « trier », je ne le fais que là où je suis suffisamment sûr de moi et pour le reste, j’enregistre et j’attends confirmation par des sources avérées.
Sur le deuxième enjeu (qui paie?), c’est effectivement là que le monde change. Moi, personne ne me paie pour twitter, je le fais parce que cela m’est utile de différentes façons. Mais si j’étais patron de presse, j’engagerais mes journalistes à se profiler sur les medias sociaux. Simple anecdote: aujourd’hui, j’ai acheté Libé pour la 1ère fois depuis bien longtemps, probablement parce que Quatremer est entré hier soir su mon écran radar. Et j’y ai trouvé deux autres sujets qui m’ont intéressé. Je pense qu’une entreprise de presse a intérêt à ce que ses journalistes twittent, bloguent, etc. Il n’est donc pas idiot qu’elle les paie (en partie) pour ça.
Pour répondre à Fabrice Grosfilley, je dirais qu’il y a maintenant un outil qui solutionne bcp de problèmes sur twitter: les listes.
Une liste est un ensemble de personnes suivies par un utilisateur de twitter.
Supposons donc que cet utilisateur est un groupe de presse, un journaliste. Il se constitue une liste de sources sérieuses, fiables.
Tout un chacun peut suivre cette même liste. La question du sérieux des infos postées ne se pose donc plus de façon aussi flagrante.
CQFD