Grece 016bLa presse flamande? Pratiquement stable. Pour des temps troublés comme ceux-ci, ce n’est pas mal. De 2008 à 2009, la diffusion payante a diminué de 824 exemplaires par jour (-0,9%). La presse francophone? Moins 4%. Les mines s’allongent encore chez les éditeurs qui n’ont déjà pas la réputation de rigoler tous les jours.

Mais ces chiffres globaux ne disent pas tout. Si on regarde les titres, on observe qu’en Flandre, ce sont les journaux généralistes de qualité qui se tiennent le mieux: De Standaard progresse de 1,7% et De Morgen de 3,1. De Tijd fait exception (- 5,5%). Chez les francophones, l’image semble s’inverser: le groupe Vers l’Avenir (régional) est le seul à progresser un peu, Le Soir (- 6,54%) et La Libre (-4,55) prennent de vraies claques. Le pire est pour la DH (- 18%) mais ce qui joue ici, c’est probablement l’échec du changement de format, au début de cette année.

On peut évidemment  y voir une confirmation de l’évolution divergente des « sociétés » flamande et francophone, mais il y a probablement aussi que la qualité des journaux flamands est en hausse, celle de leurs confrères francophones plutôt en baisse. C’est sans doute une impression subjective, mais il me semble qu’elle est largement partagée par les lecteurs et par les journalistes eux-même, quand ceux-ci ne sont pas tenus à pratiquer la langue de bois.

La presse francophone est ainsi entraînée dans la spirale infernale qui ravage actuellement les paysages médiatiques d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest: la baisse structurelle du lectorat conduit à des économies qui pèsent sur la qualité du produit et, par suite, à de nouvelles désertions dans les cohortes de plus en plus réduites de lecteurs… Et qui dit moins de lecteurs, dit en même temps moins de recettes des ventes et de rentrées publicitaires.

Le gros souci, c’est que si l’on sait déjà que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, on risque aussi de vérifier à plus ou moins bref délai qu’en-deçà d’un certain seuil, un journal n’est plus viable. Au début de ma carrière, début des années 70, j’ai connu Le Soir à 200.000 exemplaires et La Libre à 100.000. Au 3e trimestre 2008, ces deux monuments étaient revenus respectivement à 83.000 et 43.000. Pour qui le glas sonnera-t-il en premier, si les éditeurs ne comprennent pas que le monde est occupé à changer?

Les mass media ont leur avenir derrière eux

Ils ont du mal, les éditeurs. Ils ont perdu leurs repères. Jeff Jarvis explique ça plutôt bien, je pense, dans cet article de son blog traduit en français par Rue 89. Les mass media ont leur avenir dans le rétroviseur. Désormais,

l’information va provenir de plus en plus d’écosystèmes différents, basés sur des dizaines d’entreprises travaillant avec des moyens, des motivations et des modèles différents, mais dépendant chacune des autres pour leur succès.

Ce n’est pas le papier qui est en cause. C’est le papier comme vecteur exclusif de l’information généraliste, celle que depuis la fin du XIXe siècle on trouve dans ces publications bon marché – parfois gratuites – offrant une synthèse de tout ce qui se passe dans le monde et dans son quartier. Michel, qui fut journaliste avant de devenir le porte-parole d’un président de parti, est resté, comme moi, un newsjunkie. Comme on en parlait, l’autre jour, il m’avoua cependant que même lui, il n’achète plus un quotidien tous les jours. Moi non plus.

Il y a une raison à cela: le journal quotidien, dans sa forme actuelle, peut éventuellement rester un plaisir utile, la prière du matin de l’homme moderne, disait Hegel, mais il n’est plus une nécessité absolue. Et il n’a aucune chance de le redevenir, l’information est devenue une commodity qu’on se procure aussi facilement qu’un bol d’air.

La mauvaise réaction, instinctive, est jusqu’ici de tenter d’aller à contre-courant, d’essayer d’en refaire une nécessité en créant artificiellement de la rareté. Ils en reparlent. Ils veulent rendre leur contenu payant sur le net, refuser d’être référencés sur Google. Ce qui ne fera qu’aggraver leurs problèmes car s’ils abritent à nouveau leurs contenus derrière de hauts murs, ils ne trouveront pas assez de monde pour payer un droit d’entrée suffisant et ils seront remplacés par d’autres « écosystèmes informationnels » dont ils libéreront l’espace.

La seule issue raisonnable, me semble-t-il, consiste à renforcer considérablement la qualité de leurs contenus et à dés-agréger ceux-ci. Quand j’achète La Libre ou Le Soir, je n’en lis probablement que 10 à 20%, ce qui veut dire que 80 à 90% de leurs contenus sont sans aucun intérêt pour moi. Mais je les paie. Mauvaise allocation des ressources: je préférerais de loin que l’argent dépensé pour confectionner la partie du produit qui ne m’intéresse pas soit affectée à celle qui me passionne. Et c’est la même chose pour tout le monde.

Et c’est en cela qu’on peut dire que le business model de la presse écrite s’est écroulé. Bien sûr, il y a encore des lecteurs de journaux. J’en suis. Mais il n’y en a plus assez. Cest de l’économie d’entreprise tout-à-fait élémentaire: dans sa forme actuelle le produit est trop cher à fabriquer et à distribuer pour ce qu’il peut rapporter. Il faut donc l’adapter. Comment?

Revenons un instant à l’exemple de la DH. Si le changement de format y est un échec, c’est parce que la rédaction n’a pas pu – ou pas voulu – repenser le contenu. On a simplement compressé l’ancien pour le faire entrer dans des habits plus étroits, comme je faisais jadis « au marbre », quand il y avait cinq lignes de trop dans un article. On coupe quelques mots ici et là et on envoie. Moins 18% de diffusion payante sur un an. La Libre a mieux réagi au même changement. Elle a repensé ses contenus pour les adapter à son nouveau costume. Moins 4%. Seulement. Des habitués n’ont pas renouvelé leur abonnement mais les ventes au numéro ont progressé. Le lecteur aussi doit s’y faire.

Je ne me fais d’ailleurs pas de souci pour lui. Le lecteur est un être rationnel qui se procure ce dont il a besoin ou envie de la manière qui lui paraît la plus avantageuse pour lui. C’est donc de lui qu’il faut partir pour concevoir des produits rentables. Mais lui, une fois encore, il n’est pas LE lecteur statistique, médian, moyen. Celui-là n’existe pas. Le lecteur, c’est un individu concret avec ses préférences, différentes de celles de son voisin. Il faut donc concevoir des produits d’information variés, sur mesure.

Un exemple? Politico, aux Etats-Unis. C’est un site internet créé par quatre anciens du Washington Post, gratuit mais assorti d’une édition papier qui ne sort de presse que lorsque le Congrès des Etats-Unis est en session. Et qui parle exclusivement de politique, celle de Washington. Ça marche, à la fin de la troisième année, c’est rentable. Grâce au papier d’ailleurs. Dans un secteur – la politique – dont on n’a cessé de me dire, depuis que j’ai écrit mon premier article, qu’il était ingrat, qu’il n’intéressait pas suffisamment LE public. Ce qui est vrai. Mais qui ne doit pas faire oublier qu’il y a UN public qui aime ça et que c’est à lui qu’il faut la vendre, sans prétendre l’imposer à tout le monde.

Les journaux du siècle passé sont des super-marchés – de moins en moins bien achalandés – dont les clients ne fréquentent pas tous les rayons. Il y en a qui y achètent leur lessive, d’autres leur pain et leurs légumes, d’autres encore leur viande et leur crème glacée.

Or, un supermarché ne peut fonctionner harmonieusement que si tout le monde y achète un peu de tout. Les linéaires sont organisés pour vous y forcer: vous entrez par le rayon des légumes et pour sortir, vous devez passer par la droguerie tentatrice… On y va pour gagner du temps, parce qu’on peut y trouver en peu de temps presque tout ce dont on a besoin, à meilleur compte que chez un petit commerçant. Mais l’info ne fonctionne plus comme ça. L’information courante, généraliste, est accessible quasi gratuitement sur le net. Et l’on trouve de moins en moins dans les journaux l’information pointue dont on a vraiment besoin.

C’est avec ce schéma en tête qu’à mon humble avis, il faut repenser, non pas les journaux, mais les entreprises de services d’information qui, actuellement, éditent encore des journaux classiques. Il faut avoir l’esprit que dans dix ou dans vingt ans, ceux-là n’existeront plus. Et se demander comment organiser la transition. Si l’on n’a pas envie d’entendre sonner le glas…

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15 Réponses to “Presse francophone: pour qui sonnera le glas?”

  1. Laurent dit :

    Paradoxalement, on n’a jamais lu autant de journaux en 2009 ! L’audience de la presse écrite est en hausse alors qu’on l’accuse de tous les maux. Mais audience ne veut pas dire vente…

    Voilà ce qui a été publié en septembre 2009 par le CIM:

    DH +6%, La Libre +23%, VA – 9%, Le Soir -2%, Metro +13%, SudPresse + 4%, Belang – 10 %, De Standaard =, HLN + 2%, et De Morgen + 3,5 %, Nieuwsblad -3%

  2. Il faut tout de même bien admettre que les trois principaux quotidiens francophones (et peut-être aussi les autres que je ne lis quasi pas) pêchent par uniformité, donc par manque flagrant de personnalité, de recherche et par conséquent de visibilité.

    Un bel exemple : ces trois canards (LLB, Le Soir et la DH) ont la fâcheuse habitude de reprendre quasi systématiquement et mot pour mot les dépêches AFP (même pour des sujets « belges ») et BELGA. Le reste de l’actualité, celle « de la coulisse » (les révélations journalistiques) est la plupart du temps picoré dans la presse néerlandophone bien plus pugnace et … journalistique.

    Quand on a lu un des trois, plus besoin d’aller faire un tour chez les autres. Et c’est bien dommage.

  3. géry dit :

    D’accord avec François. C’est trop facile d’incriminer la crise de la presse écrite pour expliquer les mauvais chiffres des journaux francophones. Outre le recours abusif aux dépêches, notre presse dite de qualité pêche pas nombrilisme et autosatisfaction. La Libre et le Soir ont un fâcheux côté donneur de leçon qui se traduit par une surabondance de commentaires, de tribunes, d’opinions, etc. alors que la priorité doit rester l’info.
    Voyez le Standaard du samedi (ou le Morgen…). Quelle richesse de contenu! Les journaux flamands ne rechignent pas à publier de longues enquêtes ou des interviews substantielles alors que les directions des journaux francophones veulent au contraire réduire à tout prix la taille des articles.
    Quant la DH a changé de format, on a expliqué qu’il fallait faire un journal pour « les gens qui n’ont pas le temps de lire ». A ce compte-là, pourquoi ne pas ouvrir un restaurant destiné aux « gens qui n’ont pas faim » et leur servir du même coup des portions diététiques? C’est se moquer du monde. Quoi d’étonnant à ce que le client passe son chemin?

  4. Au risque de vous décourager, je pense que la presse quotidienne est condamnée à disparaître. Comme beaucoup de personnes de leur âge, mon père (58 ans) et mon grand-père (79 ans) achètent un journal tous les jours et regardent tous les jours le journal télévisé. Mais à l’exception du lundi pour les résultats sportifs, ma génération n’achète plus de journal et ne regarde pas non plus tous les jours le journal télévisé. Toute l’information se fait par Internet. Pourquoi acheter un quotidien où on va retrouver des informations qu’on avait déjà apprises la veille sur Internet?

    Je suis également tout à fait d’accord avec le commentaire ci-dessus de François Collette au sujet des dépêches d’agences. L’avenir du journalisme passe, selon moi, par un hebdomadaire (du genre « Le Vif/L’Express ») avec un vrai travail d’investigation et des articles sérieux et fouillés qui ne seront pas consultables sur Internet.

  5. journaleux dit :

    Voilà une analyse fort brillante dont je viens de me régaler, gratos. Je saurais que Charles en pond de cette profondeur toutes les semaines dans un canard, je l’achèterais. Ah oui, Charles tenait une chronique dans Le Soir. Mais la collaboration s’est terminée. Pour des raisons que j’ignore. Mais Charles me donnait l’impression d’investir davantage son talent dans ce blog que dans ses chroniques sur papier (jugement un peu rapide, je m’en excuse). Comme si tenir son petit journal inspirait plus que prêter sa plume à un patron de presse.

  6. journaleux dit :

    J’ai l’impression que la prière quotidienne du laïc de notre temps commence à ressembler à un assemblage des « papiers » de ses chroniqueurs préférés sur le net. On feuillette ses blogs favoris comme on passait avant de rubrique en rubrique dans son quotidien. Comme une série d’espressos bien serrés, de quoi s’exciter les méninges pour commencer sa journée ou la finir en s’élevant un peu après une journée abrutissante.

  7. Charles Bricman dit :

    @journaleux: Merci de votre franchise. J’apprécie, vraiment. Vous n’avez pas à vous excuser, ce que vous dites est vrai, à ceci près que je faisais vraiment de mon mieux pour ces chroniques, mais ici, j’écris ce que je veux, quand je veux; là-bas, je devais livrer 2.700 signes tous les lundis midi sur un sujet politique. Ce n’est pas du tout la même chose, croyez-moi…

    @François, Géry et Petit Belge: mais, en gros, on est bien d’accord, vous ne faites qu’exprimer autrement ce que je dis dans l’article! Pourquoi croyez-vous que je serais « découragé » Petit Belge? Relisez-moi, vous verrez que j’y écris en toutes lettres que d’ici 10 ou 20 ans, il n’y aura plus de journaux comme nous les connaissons aujourd’hui! Et, Géry, je n’incrimine pas la crise de la presse écrite pour les mauvais chiffres, je dis moi-même que c’est la baisse de la qualité – dont le recours abusif aux mêmes dépêches d’agence – qui fait la crise de la presse écrite!

  8. journaleux dit :

    Voilà un autre argument qui surgit. Effectivement, 2.700 signes, c’est fort peu pour ceux qui ont du souffle comme vous. A moins d’adopter la prose en haï-kus. Faudrait essayer. J’ai bien senti que cette nouvelle forme d’expression titillait les amoureux du verbe. Mais bon, il reste qu’une analyse en 2.700 signes, c’était du « foutage de gueule ». Proust en digest, cela donnerait quoi?
    Je me disais aussi que le petit de métro que l’on vous consentait le lundi matin ne vous motivait pas outre mesure. Surtout après un week-end où l’actualité politique se résume souvent à quelques petites phrases pas très intelligentes des débats du dimanche midi … quand ce ne sont pas des diarrhées émotives après les faits-divers de la semaine écoulée. Vous méritiez plus de place. Comme Yvon Toussaint le meilleur de tous, à mon sens.

  9. Charles Bricman dit :

    @journaleux: faire court n’est pas gênant par principe, c’est même un exercice de style intéressant. J’aime twitter d’ailleurs, en 140 signes, et je prends vraiment du plaisir quand je lis, comme aujourd’hui, ce tweet d’Alain Gerlache: « Finalement, je préfère pratiquer le journalisme sans l’avoir étudié que l’enseigner sans l’avoir pratiqué »! Génial, non?

    Ce qui est plus gênant, c’est la rigidité: 2.700 signes plus ou moins 2%, un peu moins d’un feuillet et demi, ce n’est vraiment pas confortable dans la durée… Encore, dans un magazine, on peut jouer sur la taille des photos, mais là… La deadline hebdomadaire, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’on ait quelque chose à dire ou pas, ce n’est pas jojo non plus. Bref, il faut bien gagner sa vie mais, justement… Alors, en fin de compte, autant s’amuser tout-à-fait gratuitement pendant son temps libre, en toute liberté, et avoir des discussions intéressantes!
    Bonne soirée.

  10. Merci de nous donner un éclairage aussi intéressant.
    Vu de France, je partage totalement votre analyse. La perte de crédibilité des journalistes, l’uniformisation des analyses, le suivisme, l’inadéquation de l’offre avec une demande qui évolue sans cesse … autant d’éléments très anciens qui ne date pas du web mais qui constitue bien le coeur du sujet.
    Le web a transformé la crise de confiance en crise du modèle économique de la presse. Un monde reste à inventer… En témoigne cette idée qui circule depuis quelques heures : RT @Mediabistro Good idea? U.K. Editor Suggests Newspapers Should Launch PR Divisions 4 Revenue http://bit.ly/2HmPfR

  11. Charles Bricman dit :

    @Dimitri Granger: l’idée me paraît a priori intéressante en effet et elle cadre bien avec le concept de « dés-agrégation » des contenus. Merci pour cette information.

  12. Kermit dit :

    Donnez nous envie de lire la presse ! En general l’offre augmente quand la demande augmente, alors donnez nous envie !

    Aujourd’hui, pour 97 a 98% des articles, qu’on lise la Meuse, le Soir, la DH ou La Libre, on trouve a peu pres les memes articles partout presque mot a mot, la plupart du temps la transcription en copie-colle de la depeche d’agence. Plus de recoupement, plus d’investigation, les agences elles-memes ne verifient plus rien ou presque (voir Fabiola vs Belga).

    Pourquoi faire payer cette presse la, elle ne vaut rien.

    Comme vous dites, la seule presse qui se vendra demain c’est celle qui aura du contenu or ils ont tous choisi d’en avoir de moins en moins, mauvais plan.

    Quels ont ete les choix de la presse flamande pour justifier cette difference d’engouement ?

  13. sam piroton dit :

    Ce billet me fait penser également à une nouvelle qui date d’il y a quelques semaines. Et qui a été actualisée cette semaine, comme ici par exemple:
    http://levif.rnews.be/actualite/europe/72-57-42466/deux-jeunes-allemands-lancent-un-quotidien-a-la-carte.html

    Le principe: vous naviguez sur le web, sélectionnez les articles qui vous intéressent, ceux ci sont imprimés et envoyés le lendemain matin. Sous forme de journal.

    Avantage, le journal n’est composé que d’articles qui intéressent le lecteur.

    Pour l’anecdote et l’humour, c’est une info… belga.

  14. [...] Presse francophone: pour qui sonnera le glas? – On a des choses à se dire – « Ce n’est pas le papier qui est en cause. C’est le papier comme vecteur exclusif de l’information généraliste, celle que depuis la fin du XIXe siècle on trouve dans ces publications bon marché – parfois gratuites – offrant une synthèse de tout ce qui se passe dans le monde et dans son quartier. » [...]

  15. Matthieu dit :

    Pour rester dans le sujet, petite lecture a posteriori : http://www.liberation.fr/medias/0101627996-il-faut-faire-payer-google

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