En anglais, « une nouvelle » se dit, un peu platement, « a short story », tandis que « novel » désigne un « roman ». Il doit donc y avoir plus de relief dans le titre en V.O. de cette chronique de William Boyd que je lis dans sa traduction française: « Une brève histoire de la nouvelle ». Je suppose qu’en anglais, ce doit être un jeu de mots comme: « A Short History of the Short Story ». Soit. Ce n’est apparemment pas la différence la plus marquée entre les deux univers linguistiques. Les yeux fixés sur le sien, Boyd croit pouvoir trouver dans la nature humaine ce qu’il appelle « l’étrange pouvoir de la nouvelle » et, plus prosaïquement, son attrait pour les auteurs de bonne naissance et son succès chez les lecteurs suffisamment talentueux. Ce qui devrait nous surprendre, nous francophones qui la considérons généralement comme un genre mineur. Pour Frédéric Dard, rapporte René Godenne, « une nouvelle, ça se lit aux chiottes ».
Drôle d’idée.
Je viens encore de lire une nouvelle dans un bon bain bien chaud. Hier au soir, j’étais allongé sur mon futon. Tout-à-l’heure, j’élirai peut-être mon cher fauteuil Voltaire. Mais sûrement pas la lunette des cabinets.
Je partage entièrement l’avis de Vincent Engel, selon qui « la lecture d’un recueil de nouvelles est un exercice ardu, réservé (…) aux plus chevronnés des lecteurs ». L’effort est bref, mais d’autant plus intense. La lecture d’un roman est comme une promenade en forêt, au rythme de la marche, éventuellement interrompue par plusieurs arrêts. La nouvelle se lit d’une traite et sa facilité, s’il en est, n’est qu’apparente; c’est un concentré d’émotions qui ne connaît pas la digression et punit la moindre distraction.
Mais quand c’est réussi, ça laisse des traces.
Sources d’inspiration de ce billet et lectures recommandées:
- William Boyd, « Une brève histoire de la nouvelle », Bambou, chroniques d’un amateur impénitent‘, Ed. Seuil, 2009, pp. 89-99;
- Vincent Engel, « Pour de nouvelles balises des lettres belges », Nouvelles belges à l’usage de tous, Ed. Luc Pire – Espace Nord, 2009, pp. 7-10;
- René Godenne, La nouvelle de A à Z, Rhubarbe, 2008;
- Grégoire Polet, « Rose Greenwich », Nouvelles belges…, op.cit., pp. 403-431;
- Anton Tchékhov, « La pharmacienne », La dame au petit chien et autres nouvelles, Gallimard – Folio, 1999, pp. 21-29;
- Marguerite Yourcenar, « Le sourire de Marko », Nouvelles orientales, Gallimard – L’imaginaire, 1963, pp. 29-42;
- Georges Simenon, « La cage d’Emile », Les dossiers de l’agence O, Oeuvres complètes, Ed. Rencontre, 1963, t. VIII, pp. 11-50.
NB: Les quatre nouvelles citées ci-dessus ne constituent absolument pas une sélection raisonnée. Il s’agit simplement de celles que j’ai préférées – pour leur originalité ou leur « longueur en bouche » – parmi la quinzaine de nouvelles que j’ai lues ces jours-ci, au hasard de mes pérégrinations. Les textes de Boyd, Engel et Godenne constituent par contre à mes yeux de bonnes portes d’entrée dans cet univers méconnu. C’est par là que j’y entre, en tout cas.

Me suivre sur Twitter 
il me semble avoir aimé dans ma jeunesse des nouvelles de Somerset Maugham…
ça sent le compendium coup-de-coeur bibliothèque idéale arbitraire de nouvelles
Je participe :
« En ce moment précis », Dino Buzzati
Une respiration. Un air frais. Ce billet et les commentaires me donnent envie de lire du William Boyd.
Je voulais dire : et les commentaires me donnent envie de lire du… William Boyd. Mais Dino Buzzati me titille aussi, quant à Somerset Maugham, je ne connais pas du tout !
@Tanguy et @Sucre Gandhi: Buzzati: lire en parallèle « Le Désert des Tartares » d’icelui et « Le Rivage des Syrtes », de Julien Gracq, en écoutant « Zangra », de Brel. Divin! Même si ce ne sont pas des nouvelles…
Tanguy, dans quel recueil « En ce moment précis »?
@Charles : je possède le recueil en 10/18 mais il semble qu’il ne soit plus disponible dans cette édition. On le retrouve apparemment dans le tome 2 des Œuvres de Buzzati, chez Bouquins.
http://www.bouquins.tm.fr/livre.asp?code=2-221-10691-1
Il est comme ça des auteurs qui disparaissent de la devanture, c’est le cours normal des choses commerçantes. Il n’y a que la force de la collectivité qui peut s’arc-bouter contre le temps naturellement dévorant. Je pense notamment à Anatole France qu’une poignée d’irréductibles maintiennent vivant. Je le cite ici car il a écrit des recueils de nouvelles comme « Le livre de mon ami » qui est une ode fraîche à la mélancolique tranquille de l’âme.
Ça permet en plus de souligner l’intérêt des projets de bibliothèques universelles digitales. Car on trouve beaucoup de textes, par exemple, d’A. France sur le web.
En écrit :
http://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Anatole_France_-_Le_Petit_Pierre.djvu
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/france_livre_de_mon_ami.pdf
En audio :
http://www.litteratureaudio.com/livres-audio-gratuits-mp3/tag/anatole-france
Ces auteurs majeurs tombés dans l’oubli remontent sur la montagne de la notoriété parce qu’ils tombent dans le domaine public. Et le public, c’est nous.
Je souscris!
Je recommanderai aussi en vrac et sans trop réfléchir : Jean Vautrin « Baby boom », Daeninckx « Petit éloge des faits divers », Georges Flipo « La Diablada », etc.
[...] Lire des nouvelles – Mon précédent article sur ce thème. Vous y trouverez d’autres références; [...]