Nous avons un Premier ministre poète, à ses heures. Le monde entier le sait, depuis qu’Herman Van Rompuy a sorti de sa manche un haïku lors d’une récente réunion européenne:
Drie golven rollen
Samen de haven binnen
Het trio is thuis
Ce qui se traduit cursivement, et sans respecter la forme très stricte du genre: « Trois vagues déferlent dans le port, le trio est à quai ».
Mais qu’est-ce que ça veut dire? Pour le Financial Times, c’est clair: « le trio du haïku désigne le président de la Commission européenne, le haut-représentant en charge des relations extérieures de l’Union et le futur président du conseil à temps plein, soit ceux qui vont avoir à collaborer étroitement dans le cadre des nouvelles dispositions institutionnelles ».
Mais ce n’est pas ce qu’en dit notre Herman. Sur son site en effet, l’auteur de la pièce propose une exégèse différente: le trio, c’est l’Espagne, la Belgique et la Hongrie, les trois pays qui vont se succéder à la présidence de l’Union en 2010 et au premier semestre 2011.
Mais bon. On sait depuis Sartre qu’une œuvre littéraire n’appartient pas qu’à son auteur: dès qu’elle est publiée, il revient à ses lecteurs de la recréer, chacun pour soi, en lui donnant la signification qu’il y trouve.
Cela vaut déjà pour la prose qu’on pourrait croire ou espérer a priori univoque, dès lors qu’en principe, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Alors pour la poésie, vous pensez bien… Et pour les haïkus plus encore.
Le genre aurait été inventé au XVIIe siècle par un certain Matsuo. Il se caractérise par un formalisme extrême, non transposable dans une autre langue que le japonais (voir ici un exposé plus complet). En français, comme en néerlandais, on se contente généralement d’en faire un tercet de trois vers comprenant respectivement 5, 7 et 5 syllabes. Observez que le haïku d’Herman, ci-dessus, respecte scrupuleusement cette règle, comme tous ceux qu’il publie sur son site. Un autre exemple?
De oogst is binnen
en de bomen kalen al
D’avond is nabij.
Celui-ci est daté du 2 septembre. Il se traduit à peu près comme suit: « La moisson est rentrée, les arbres s’effeuillent (?) déjà. Le soir approche ». Très amusant à lire en songeant à la situation politique du moment, isnt’it? C’est probablement de l’humour de poète, au fond.

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merci Charles pour ces commentaires qui relèvent le niveau des actualités en ce bel et doux automne…
Vous n’avez pas bien compris.
Ce n’est parce que ce haïku a été révélé à une réunion européenne qu’il s’y rapporte automatiquement.
Les trois vagues sont la Flandre, la Wallonie et Bruxelles.
Elles sont arrivées ensemble à un dernier quai duquel chacune va repartir et suivre seule son propre chemin.
Il a ainsi prévenu les 26 partenaires de ce que sera le tout proche avenir de la Belgique.
Chacun y lit ce qu’il veut. L’interpretation que nous en faisons ne fait que refléter ce que nous sommes.
Et si à la place de la Hongrie, c’eût été l’Autriche, aurait-on pu y voir une subtile allusion au temps où la Belgique fut espagnole, puis autrichienne?
Toute l’actuelle Belgique ne fut pas espagnole.
La Principauté de Liège ne le fut jamais…
Ecrivez votre haïku sur le départ éventuel de Van Rompuy pour l’Europe.
http://bit.ly/rvGhN