Les gentils fantômes du Val d’Amblève
Jeudi dernier, je dînais au Val d’Amblève, à Stavelot. Il y a près de cinquante ans, j’y allais parfois avec mes grands-parents qui avaient une petite maison à La Comté, près de Vielsalm. J’ai fréquenté très tôt les « maisons de bouche »… De l’extérieur, la bâtisse est conforme à mes souvenirs. On y mange encore mieux, mais c’est aussi encore plus « chic ».
L’intérieur est complètement transformé. Il n’y a plus ce petit bar, sur la gauche, près de l’entrée, où j’ai entrevu mes héros de l’époque, émerveillé, une veille de Grand Prix à Francorchamps. Olivier Gendebien, Phill Hill, Paul Frère, le comte Wolfgang von Trips, qui a péri peu après à Monza, en 61, sa Ferrari désemparée ôtant en même temps la vie à une dizaine d’infortunés spectateurs…
J’ai pleuré, ce dimanche-là, quand papa m’a annoncé avec force ménagements qu’il était mort, alors qu’il allait être sacré champion du monde de formule 1. Je ne pouvais l’apprendre par moi-même, on n’avait pas la télé. Je devais être allongé sur le tapis du séjour, poussant les Dinky Toys qui m’emportaient sur les circuits, dans le sillage des gentlemen drivers de l’époque.
Ils étaient tous là jeudi soir, au petit bar ancien de l’Hostellerie du Val d’Amblève, immenses pour un petit garçon de sept ans, détendus, avec leurs belles gueules d’aristocrates et leurs bonnes manières. En fermant les yeux, j’ai pu un instant les rejoindre et trinquer avec eux. Privilège imprescriptible du jardinier cultivant des souvenirs éblouis.
2 novembre 2009 à 0:56
@Charles
C’est quand même fou comme ce petit billet nostalgique n’attire pas les foules au niveau des commentaires. Et pourtant, je tiens à vous dire que cela me touche. Je suis de la région ! Juste une petite question : « sur ce circuit, y avez-vous vu Stirling Moss ?
2 novembre 2009 à 1:16
@Sucre Gandhi: C’est classique. Ici, mes visiteurs ne commentent généralement que les sujets polémiques. Sur Facebook; c’est différent: j’y ai plusieurs commentaires sympas comme le vôtre sur ce même billet qui y est repris.
Quant à Stirling Moss, je n’en ai pas le souvenir visuel. Seulement une photo dans un journal, un jour où il est sorti de la route dans le raidillon de l’Eau Rouge. On le voyait recroquevillé dans l’herbe, sur la photo. J’ai par contre vu Fangio, qui assistait au départ des 24 Heures quand elles ont repris, avec des voitures de tourisme. J’y avais été emmené par mon grand-père.
Merci d’être là, Sucre Gandhi!
9 novembre 2009 à 10:48
Nostalgie. Mais époque révolue : Francorchamps, Paul Frère, Olivier Gendebien, Jacky Ickx sont des mots qui ont enchanté mon enfance, et pas seulement pour le show. Les articles de Frère dans « Pourquoi-Pas? » faisaient référence, bourrés de pertinence, de technique bien comprise et d’informations utiles.
Mais la formule 1 est en déclin, elle n’est plus dans l’air du temps. De grands constructeurs l’abandonnent, Ferrari réfléchit à une voiture électrique (!), le circuit de Spa, le plus beau du monde, apparaît de plus en plus comme une danseuse au-dessus des moyens de la Wallonie.
À regret, je crois qu’il faut tirer un trait.