[Mise à jour 30 oct. 2009:] Depuis jeudi, on parle beaucoup de sondages, suite à un scoop (un de plus) plus ou moins fantaisiste de La Libre qui se fait sèchement reprendre par ses confrères de la RTBF et de Vers l’Avenir. On ne perdra rien à laisser les marchands de papier à leurs querelles. Il y a plus important. On reparle en effet à cette occasion de légiférer en vue d’interdire les sondages dans une « période critique » avant les élections et la RTBF a elle-même décidé de ne plus « sonder » qu’une seule fois en période électorale, trois semaines avant le scrutin.
Il y a en effet une proposition de loi scélérate que le sénateur socialiste Philippe Mahoux a déposée le 9 juillet dernier: il y est question d’interdire à nouveau les sondages électoraux dans les 40 jours qui précèdent une élection.
On a déjà connu une interdiction comme celle-là. Elle a été levée quand la section de législation du Conseil d’Etat a rappelé qu’elle était incompatible avec la liberté d’expression garantie par la Constitution et par toutes les déclarations des Droits de l’Homme. En la matière, toute mesure préventive est interdite. Les abus peuvent bien sûr être réprimés, mais seulement après qu’ils se soient produits.
La proposition de Mahoux part peut-être d’un bon sentiment mais, à l’arrivée, elle est liberticide. Ce qui est inquiétant, c’est que le cdH (Milquet) et les Ecolos opinent peu ou prou dans le même sens.
L’argument des flics de la pensée est que les sondages peuvent influencer le résultat des élections, sans offrir aucune garantie de fiabilité. Ce qui n’est qu’une autre façon de considérer que les citoyens sont trop cons pour ne tenir les sondages que pour ce qu’ils sont: des estimations, fondées sur des lois statistiques, des choix de l’électeur à un moment donné.
Mais à ce compte, ne conviendrait-il pas aussi d’interdire les campagnes électorales? Stupide comme il est aux yeux des Tartuffe, l’électeur ne risque-t-il pas d’être abusé par des promesses mensongères, voire par toutes les informations partiales ou erronées qui figurent dans les programmes électoraux et qu’on ressasse dans les meetings ou les débats? Ne serait-il pas opportun d’interdire aux journaux de parler des élections dans la « période critique » qui les précède? De boucler internet?
Ce serait absurde évidemment. Personne n’y songe, vous pensez bien. En prétendant interdire les sondages, c’est pourtant dans cette voie plus que scabreuse que s’engagent ceux qui y songent. Si l’objectif d’une telle mesure doit être d’empêcher quiconque d’exercer « une influence disproportionnée [avec] une fiabilité aléatoire » sur les résultats des élections (ces mots sont tombés des lèvres de Joëlle Milquet s’agissant des sondages), il n’y a plus aucune raison de ne pas empêcher tout débat citoyen avant les élections, et donc de réduire à néant un de nos droits les plus précieux: celui d’ouvrir nos gueules – ce qu’incidemment, Joëlle Milquet semble avoir décidé de faire pour sa succession à la tête de son propre parti, mais c’est le problème de ses membres…
Voter la proposition Mahoux, c’est ouvrir une boîte de Pandore. On commence par là, et on ne voit plus où et pourquoi on devrait s’arrêter. Il est assez curieux qu’une telle idée soit née et trace son sillon « à gauche » (le MR paraît contre, à lire ce qu’en doit Philippe Monfils).

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« Ce qui n’est qu’une autre façon de considérer que les citoyens sont trop cons pour ne tenir les sondages que pour ce qu’ils sont: des estimations, fondées sur des lois statistiques »
Je crois que les sondages en eux memes ne posent pas tellement probleme mais ce qui pose probleme c’est ce que les medias en font. Les citoyens ne sont pas trop cons pour ne les tenir que pour ce qu’ils sont mais a force de les leur servir a toutes les sauces et d’en faire des quasi verites, les medias finissent pas induirent dans l’esprit des gens que peut etre les sondages ne sont pas que ce qu’ils sont.
Pour ma part, je ne crois pas du tout Charles que les sondages ne soient que de simples statistiques. Il est indiscuttable que les resultats peuvent influencer les hesitants dans divers sens mal compris et ils pqrticipent a transformer les elections en des shows mediatiques qui ne s’appuient plus sur le fond mais uniquement sur la forme.
Il est plus important aujourd’hui de declarer les uns infrequentables ou de brandir des bains de sang sociaux que de parler des idees que l’on propose et des actions que l’on enviseage. Et cela les medias en portent une lourde responsabilite et les sondages y participent.
Le problème (qui n’est pas évoqué dans votre billet) n’est-il pas les erreurs et les marges d’erreur (4-5 % est-ce acceptable ?) On donne une tendance qui peut être trompeuse et est supposée indépendante, ce n’est en rien comparable à la campagne clairement identifié comme une communication partisane.
Et puis il y a le problème de la collaboration entre médias et sondeurs, qui pousse certains médias à défendre les tendances prédites par ‘leur’ sondage.
Dans le doute, autant les supprimer quelques semaines avant les élections…La liberté d’expression n’empêche pas un minimum d’encadrement
@Pascal Brabant: Non, la Constitution est formelle: toutes les mesures préventives sont interdites… Vous me faites frémir quand vous parlez d’ « un minimum d’encadrement »! C’est un domaine dans lequel il n’y a pas de demi-mesures.
Quant aux marges d’erreur, désolé, mais c’est de la statistique et ça dépend de la taille de l’échantillon. Il faut simplement savoir que pour un candidat crédité d’un taux de 50% d’opinions favorables dans un sondage à 5% de marge d’erreur, cela signifie simplement qu’il y a 95% de chances qu’il bénéficie dans la réalité de 45 à 55% d’opinions favorables.
@Kermit: Vous avez bien sûr raison de déplorer l’évolution du climat médiatique mais qu’est ce que ça change à la démonstration? Mon propos est simplement de dire qu’en interdisant la publication de certains types d’informations, on met le doigt dans un engrenage qui conduit à la dictature.
La liberté d’expression sans limites, alors ? C’est ça qui me fait frémir…
Pour en revenir aux sondages, je ne parle pas que des marges d’erreur (apparemement, on a pas le même seuil de tolérance) mais également des erreurs et du flou qu’engendrent les sondages qui se font peu avant les éléctions. Le parti a-t-il soudainement fait un bon en avant, les gens ont-ils été influencés par les sondages ou les sondages étaient-ils faux ? Ce sont des questions qu’on ne devrait pas se poser
@Pascal Brabant: Il me semble effectivement que votre « seuil de tolérance » est sensiblement plus bas que le mien. Pour le reste, je considère en effet que la liberté d’expression doit être sans limites a priori, càd que si l’on peut assurément réprimer l’abus de ce droit comme de n’importe quel autre, il ne saurait être question de l’encadrer a priori comme on veut le faire ici avec les sondages.
@ Charles
Oui, en fait ce que je voulais dire c’est qu’il ne fallait pas interdire leur publication mais interdire la facon dont ils sont publiés. Eventuellement sans commentaire par exemple, ou sans faire de divinisation.
L’edito de la Meuse sur le sujet qui, pour changer, est un modele d’analyse et pose les bonnes questions :
http://huy-waremme.lameuse.be/actualite/edito/2009-10-30/faut-sortir-jungle-sondages-737000.shtml
@Kermit : Et donc cette rédaction d’école secondaire vous paraît un modèle d’analyse posant les bonnes questions ? Bien, bien, bien…
Mais ce sont les élections qu’il conviendrait d’interdire.
Il est bien connu que le citoyen vote sans savoir savoir pour quoi, qu’il se laisse influencer par son voisin, sa belle soeur aux gros seins ou son cousin qui en a dans le pantalon.
Bref, il vote toujours mal.
les élections ne devraient pas être obligatoires selon moi (chacun sa petite idée!)
@Charles
« La liberté d’expression doit être sans limites… »
Et quand Mahmoud Ahmadinejad nie la Shoah, quand au Rwanda la Radio des Mille Collines incite au génocide… s’agit-il toujours d’une expression qui doit être sans limites ?
@SucreGandhi: Il faut donc que je répète, pour la 3e fois maintenant dans ces commentaires: la liberté d’expression est sans limites A PRIORI. Toute mesure PREVENTIVE est interdite. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Constitution et les instruments internationaux garantissant les Droits de l’Homme.
Je ne conteste nullement qu’on puisse réprimer les ABUS du droit de s’exprimer librement en toutes matières mais je considère que n’importe qui doit pouvoir le faire sur les sujets de son choix, quitte à se faire sanctionner ensuite s’il ABUSE de ce droit.
Un sondage bien fait est une information potentiellement utile, comme toute information. Il est inadmissible qu’on interdise A PRIORI tout sondage au motif que certains d’entre eux sont réalisés, interprétés ou commentés par des trous du cul!
@Charles
Je suis d’accord avec tes propos. Une bonne nuit.
Ne t’énerve pas ! Si tu dois t’exprimer pour une 3e fois, c’est que tu verbalises mal
Sans vouloir commenter la proposition de loi, qui à mon avis est qd mm un peu tendue du slip avec son argumentaire qui aspire à une plus grande sérénité des débats et donc une soi-disant meilleure liberté pour notre pensée qui est bcp trop influençable vu qu’on a tous un QI d’poulet grippé labélisé AH1N1 (pas vrai Ø ?
), on pourrait rappeler qu’au-delà de la taille de l’échantillonnage il y a aussi la manière de poser la question qui influence la réponse. Puisqu’on veut légiférer le quand, on peut aussi aller sur le »comment », le »qui » , le »par qui », le »où » <– haha j'adore (ou pas)…
Maintenant il n'est pas con de considérer aussi que vu l'argent que coûte un sondage tout le monde n'y a pas accès de la même façon. C'est pt là qu'il y aurait un point qui pourrait être éventuellement réglementé grâce à l'avis d'experts que je ne suis pas. Pt d'ailleurs qu'il l'est déjà sur cet aspect.
@Joseph Hansen Si vous viviez en France et si vous portiez une attention éclairée à la plus juste représentation des courants politiques au sein des institutions qui vous gouvernent, ce dont en fait je ne doute pas un seul instant, vous n'auriez certainement pas le même discours. Il y a eu un taux d'abstention de 70% aux dernières Elections Européennes, 3 personnes sur 10 seulement ont été voter, QUE 3, c'est affligeant, quel camouflet pour la démocratie !!!
Il n’y a effectivement aucune limite à la liberté d’expression, sinon celle de la responsabilité personnelle, c’est-à-dire de son corollaire.
Liberté implique responsabilité. Vous pouvez insulter votre patron, mais vous en payez les conséquences. Vous pouvez crier « au feu ! » dans une salle de cinéma, mais vous en subissez les conséquences. Vous pouvez aussi nier l’existence des chambres à gaz, mais vous risquez, dans le meilleur des cas, de passer pour un crétin, dans le pire de perdre votre job (si vous êtes enseignant, journaliste ou politicien, c’est-à-dire quelqu’un qui doit donner l’exemple).
N’en déplaise aux autocrates de tout poil, les lois visant à brider la liberté d’expression n’ont pour seul but que de plaire aux groupes de pression soucieux de défendre leur cause. Demandez à un historien sérieux ce qu’il pense des « lois mémorielles ».
Personnellement, si quelqu’un vient à nier devant moi la réalité des chambres à gaz, je lui lance mon gant à la figure et je lui tourne le dos. C’est bien plus efficace qu’une loi. Et à ma connaissance, aucune loi n’est encore parvenue à éradiquer la connerie humaine.
Charles, la plupart des lois ne sont-elles pas faites parce que l’on considère que les gens sont vraiment trop cons et somateurs?
L’interdiction (abrogée) de la vente conjointe n’existait-elle pas parce que le consommateur ne se rendit pas compte que payer 10 euros de plus pendant 24 mois lui revenait plus cher que de payer son GSM 150 Euros?
Idem pour le délai de réflexion, et bien d’autres.
Et les cotisations sociales? Si l’on fait le total des cotisations patronales et du travailleur, ces cotisations représentent plus de 50% du brut, soit pour beaucoup d’entre nous plus que le net. N’est-ce pas parce que l’on juge les travailleurs trop cons pour mettre un peu d’argent de côté pour les médicaments qu’il devra acheter, ou pour sa pension? Bien sûr, une assurance pour les gros risques est justifiée. mais de nouveau, le citoyen est-il tellement débile pour ne pas y penser? Je suppose que l’on considère que les indépendants sont plus intelligents, puisque ceux-ci ne sont couverts que pour les gros risques et pour une toute petite pension…
liberté égalité sont des idéaux jamais atteints, tandis que fraternité ou solidarité tout est là, quand tous veulent bien jouer le jeu et ne pas « tirer la couverture à soi »; les sociétés de l’avenir sont les sociétés solidaires, les autres sont condamnées à disparaître pcq moins efficaces, c’est la loi de la nature: la sélection naturelle des sociétés les mieux adaptées; et ne venez pas dire que les plus armées des technologies les plus modernes seront les vainqueurs car David a vaincu Goliath et que les techniques sont dérisoires face à la nature qui reprend toujours le dessus et qui sélectionnera les sociétés solidaires et pas celle où l’individualité prime
(comprenne qui pourra et veut bien voir les choses avec un peu de recul et à plus long terme)… alors qui sera le prochain président du cdh ou que deviendra bhv, c’est sans intérêt (d’ailleurs bhv pour moi évoque plutôt les bekende hedendaagse vlamingen et il y en a pas mal qui sont plus intéressants à découvrir que le bhv dont on ous bassine les oreilles).
Interdire les sondages , pourquoi pas ? Mais alors vraiment pour tout le monde , y compris pour les politiques eux-mêmes et pas uniquement pour l’électeur lambda !
Et peut-être obliger que tout débat porte rationnellement sur le fond en interdisant tout recours à tout moyen mettant en exergue la forme . (Impossible dans notre type de société….)
Interdisons aussi les journaux, tiens en passant… Eux aussi ne font généralement que refléter l’expression d’une opinion à un instant donné, avec aussi parfois une belle marge d’erreur…
Vous avez parfaitement raison, Charles, à trois nuances près :
1.la marge d’erreur s’applique sur un échantillon choisi aléatoirement dans une population distribuée de manière gaussienne (la célèbre courbe en chapeau). Un sondage par internet n’est par définition sinon pas aléatoire du moins pas représentatif d’une population (puisque la distribution des accès internet n’est pas gaussienne d’une part et que d’autre part seuls les internautes « de bonne volonté » y répondent. Dans le cas d’un sondage par internet, l’échantillon n’est pas représentatif de la population.
Comparer des sondages internet avec d’autres est donc une « escroquerie mentale »
2. il y a dans les sondages d’opinions une caractéristique qui fait que l’on ne peut leur appliquer un caractère scientifique : ce que l’on dit mesurer est une intention de vote… mais ce que l’on mesure est ce qu’un électeur dit de son intention de vote… Et c’est très différent…
Dans le cas du sondage « oublié », on peut raisonnablement supposer que des électeurs ayant voulu « punir » le PS se sont ravisés en voyant la « raclée annoncée ». De fait cela s’est traduit par un revirement dans les intentions de vote.
Ne pas l’annoncer, c’est un peu avoir contribué à sauver le PS.
3. last but not least, le traitement des non-réponses…
Dans tous les sondages, on « oublie » les « non-réponses », ce qui revient méthodologiquement à leur attribuer la même répartition des votes que les répondants, ce qui est précisément faux !!!
Parmi les non-réponses, rien ne garanti que ces votants vont voter selon la même répartition que les votants !!! Bien au contraire, s’ils n’ont pas répondu, c’est peut-être parce qu’ils ne savent pas encore,ou peut-être parce qu’ils ne veulent pas s’exprimer quant à leur appartenance politique vis à vis de l’enquêteur, ou peut-être… Pensez-vous que dans une enquête en face à face un électeur de l’extrème droite se prononcera aussi facilement que celui du courant politique dominant ?
Il est normal, en sociologie quand on fait certains types d’enquête d’obtenir un taux de participation compris entre 2 et 20%. La prédictibilité de 98% des personnes interrogées est significativement différente de celle de 80%…
Consolez-vous quand même, Pierre Bourdieu a abondamment écrit pour dire que l’opinion publique n’existe pas…
Bonne journée quand même…
PP
A l’heure d’Internet et des fuites en tout cas genre, l’interdiction est stupide. Ce qu’on voit en France par exemple pour la présidentielle où toutes les chaines étrangères ont déjà les sondages des jours précédant et quelques heures avant la fermeture des urnes et que chaque français peut consulter en lisant simplement le net. Cela a-t-il encore un sens ?