Le MR n’a pas implosé. On est tenté d’ajouter aussitôt: pas encore. Didier Reynders reste le patron tout en offrant quelques satisfactions symboliques à ses opposants.

Nos envoyés spéciaux à Eupen nous annoncent d’autre part que la communauté germanophone a décidé d’offrir un nouveau sursis au gouvernement Van Rompuy Ier en ouvrant une quatrième procédure en conflit d’intérêts dans le dossier BHV. Tout va bien?

Bof… C’est probablement bien plus compliqué que ça.

D’abord: la tentative de putsch des Michel père et fils a échoué. Ils voulaient bouter Reynders hors de la présidence, mais on devine que c’est avec une délectation certaine que ce dernier s’offre le plaisir délicat d’une « déclaration » qui commence comme suit:

« En vertu de la légitimité que me confère l’élection au suffrage de tous les membres, c’est à moi, en tant que Président, qu’incombe la responsabilité de tout mettre en œuvre pour éviter une rupture profonde au sein du Mouvement Réformateur ».

Jouissif, non? C’est qui, le patron? Hein? Mets ça dans ton armoire, Louis! Et allez, je suis bon prince, je te réintègre dans le bureau, pas comme « rebelle », comme « ancien président ». Avec ce brave Ducarme (le papa de Denis), qui en est un autre. Et Willy Borsus, le quatrième vice-président tout fraîchement émoulu.

L’unité restaurée? A voir. Plus loin dans la déclaratrion, il y a cette phrase, pour Borsus:

« En vertu de l’article 14 des Statuts, un vice-président issu de la composante libérale est désigné »

Une sorte de belle-mère bleue pour Didier. Avec des pouvoirs délégués, à la différence des trois autres vice-présidents: celui du MCC, celui du FDF et celle des germanophones. Les Bruxellois? Bernique. Ils ont Maingain, non?

Et c’est sans doute là que réside le germe des conflits à venir. Et la menace pour Van Rompuy.

Car on en vient à BHV. Le FDF a déjà annoncé la couleur: il faudra des concessions territoriales de la part des Flamands, à tout le moins un lien physique, un « corridor » entre Bruxelles et la Wallonie, des fois que les Flamands décideraient d’assiéger la capitale ou d’installer des miradors sur leurs tronçons de l’E411 et de la chaussée de Waterloo.

Sur ces bases, je veux bien parier mon blog qu’il n’y aura pas d’accord négocié. Van Rompuy le voudrait qu’il n’oserait pas: son gouvernement est minoritaire dans le groupe linguistique flamand…

Tout suggère donc – c’est aussi l’avis de Philippe Moureaux – qu’on ira tôt ou tard au psychodrame. C’est-à-dire au vote de la proposition de loi scindant BHV, Flamands contre francophones. C’est peut-être bien le choix délibéré du FDF et, à sa suite, de Reynders. Parce que scission ou pas scission, il faut une solution: les dispositions de la loi électorale contestée par les Flamands sont annulées et ne peuvent plus être appliquées aux prochaines législatives. Et ce n’est pas le droit de vote des francophones de Halle-Vilvoorde qui est en cause, c’est la discrimination instituée par cette loi entre candidats flamands.

J’y reviendrai si ça vous intéresse. Voyez en attendant ce fameux arrêt 73/2003 de la Cour d’arbitrage dans le texte. Et comme il faut une solution, ce qui va probablement se passer c’est qu’à défaut d’accord négocié au sein du gouvernement, c’est le Parlement qui devra décider, avec la majorité que l’on sait. Cela fera exploser le gouvernement mais, par un artifice ou un autre, il faudra bien que la scission entre en vigueur comme elle aura été votée. Sinon il n’y a pas d’élection…

Et alors là, moi je vois bien le tandem Reynders – Maingain durcir le ton, quitte à se faire éjecter du gouvernement pour pouvoir jouer la carte de la virginité francophone. Un quitte ou double qui ne laisse au MR d’autre issue que de se rendre incontournable à l’échelon fédéral pour l’après Van Rompuy. Soit la tactique qui a si bien réussi au PS de Spitaels lors de l’affaire Happart…

Ce n’est pas le choix du clan Michel. Je ne serais ainsi pas autrement surpris que lorsqu’il dénonçait dans une interview les « voltigeurs » qui mettent en péril ce qui reste de l’Etat belge, Louis Michel visait autant le duo Reynders-Maingain que le tandem Peeters – De Wever…

Reste à voir, maintenant, comment la réalité politique va déjouer les plans stratégiques les plus sophistiqués. Car on se prend facilement les pieds dans les tapis, quand on les confectionne avec cette sorte de laine.

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15 Réponses to “MR et BHV: jouer dans la brume?”

  1. Maraite dit :

    Ajoute à ton analyse la nécessité, quasi absolue, d’avoir un Gouvernement stable pour la présidence belge de l’Union du deuxième semestre 2010 et tu auras la quadrature du cercle. On se réjouit de voir ce que la « méthode Van Rompuy » (le contraire de la méthode Reynders au sein du MR) va trouver.
    Amitiés

  2. Chaos Theory dit :

    Hors des affres internes au MR, pour lesquelles je trouve que l’analyse est intéressante, je me penche sur le problème BHV.

    Je lis avec surprise : « On ira tôt ou tard au psychodrame. C’est-à-dire au vote de la proposition de loi scindant BHV ». N’est ce pas logique?

    Pour ma part, j’étais opposé à ce que Karl Heinz active une fois de plus le « conflit d’intérêt ».

    Combien de fois avons nous déjà bénéficié de 120 jours? Combien de fois un groupe de travail s’est-il réuni pour en discuter? Combien de fois des négociateurs se sont-ils parlés? La procédure du conflit d’intérêt est sensée permettre une solution « négociée ».

    Ici, elle est utilisée à très mauvais escient, elle sert à repousser le moment du vote, pas à trouver une solution. Donc, ça nous pêtera tôt ou tard à la figure et puis arrivera, au plus mauvais moment (la présidence Belge) sur la table du gouvernement… qui courra un grand risque de tomber… en pleine présidence?

    Et les flamands qui demandent à chaque fois: « empêchez nous de faire les idiots… s’il vous plait! Si vous ne demandez pas le conflit d’intérêts, on va faire les idiots, on va voter la scission »…
    So what? Et si on les laissait faire? C’est la seule chose qu’ils demandent en fait non? Là, ils nous ôtent recours après recours…

    Puis tant qu’à se dire « idiots », laissons les être « idiots » et voter cette satanée scission. Peut être qu’après il y aura de part et d’autre de la table des gens qui auront « 5 minutes de courage politique » pour dire, asseyons nous et trouvons une solution intelligente. Là, on a chacun sauvé la face, vous avez voté, on a gueulé… maintenant collaborons.

  3. [...] This post was Twitted by quinze [...]

  4. Robert Bury dit :

    C’était un temps dérasionnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des châteaux de sable
    On prenanit les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle ou d’épaule
    La pièce était elle ou non drôle…..

    Tout est affaire de décor
    Changer de lit, changer de corps
    A quoi bon puisque c’est encore
    Moi qui moi-même me trahis….

    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent…..

    Aragon
    Bierstube Magie allemande

  5. Francois dit :

    merci pour ton édito ;-)

  6. M a n u dit :

    Dans Le Soir, mardi 27 octobre 2009, 16:30

    Borsus : le FDF affaiblirait le MR en Wallonie

    Lundi soir, les deux camps « rivaux » au sein du MR ont enterré la hache de guerre. Willy Borsus a été désigné vice-président du parti. « Il n’a jamais été question de putsch », a-t-il affirmé en réponse aux internautes du Soir. Et se dit « pas du tout favorable à l’implantation du FDF en Wallonie ».

    http://bit.ly/2oMrub

  7. BrunoK dit :

    A Chaos Theory ,
    Je ne pense pas que ce soit la meilleure idée de s’asseoir autour d’une table après le vote pour trouver une solution sur l’objet du vote . Si vote il y a , les Flamands considéreront qu’ils ont gagné et les francophones de la périphérie bruxelloise considéreront qu’ils ont été abandonnés et on ne reviendra plus du tout en arrière .
    Ce n’est pas en créant d’abord une situation chaotique qu’on peut résoudre au mieux un problème : généralement dans ce cas-là il reste des traces souvent longues à effacer . Non , il faut à mon sens partir de la situation actuelle et par petites touches progresser , la première petite touche étant de faire comprendre à tous que c’est la méthode des petites touches qui est la bonne .

    On pourrait par exemple créer pour les électeurs de l’arrondissement BHV (y compris bien sûr la région bruxelloise) une carte d’électeur pour que celui-ci soit repris préalablement à l’élection sur une liste linguistique choisie par lui sans possibilité de changement le jour de l’élection et la période précédente de campagne électorale : de cette façon on pourrait supprimer la discrimination existante entre candidats flamands .
    L’électeur pourrait évidemment changer de régime linguistique à chaque moment dans des périodes définies entre les élections . Dans la région bruxelloise on pourrait même se baser sur la langue de la carte d’identité .
    On pourrait aussi dans ce cas créer des bureaux de vote séparés par régime linguistique .
    J’accorde que cette solution pourrait créer d’autres recours , mais je pense que toute solution sera de toute facon boîteuse quelque part .

  8. Charles Bricman dit :

    Merci à tous pour vos commentaires. Pour Robert Bury, ces autres vers de Louis Aragon: « C’était un temps maudit, peuplé de gens baroques, / Qui jouaient dans la brume à des jeux déloyaux »…

  9. Kermit dit :

    @ BrunoK

    La seule solution ca serait de faire comprendre aux flamands qu’on obtient rien sans rien. Et si ils utilisent des ruses et sont malhonnetes il faut leur rendre la monnaie de leur piece en detruisant la tour de l’Yser et en votant l’unilinguisme en région bruxelloise. Meme si c’est pas légal, on s’en fout, on fait chier les flamands de bruxelles on les décourage rester y vivre, on exige qu’ils enregistrent chaque annee a la commune dans quelle langue ils veulent qu’on leur parle, on fusionne les regions wallonie et bruxelles avec la communauté francaise (ca c’est legal ils l’ont fait), on organise un événement annuel symbolique ou on pisse sur un flamand en paille le jour de la fete de la flandre avant d’y mettre le feu. je sais pas moi.

    Mais je ne crois pas que l’on pourra laisser faire la scission de BHV sans contrepartie ca laisserait la porte ouverte à toutes les dérives futures.

  10. Chaos Theory dit :

    @BrunoK

    Je reconnais que ce n’est pas une bonne solution… pourtant, c’est à cette situation que nous allons arriver après la prochaine procédure.

    Mon reproche n’est pas la procédure en soit, qui est utile et bien faite, mais l’usage qui en est fait. Les 3 x 120 jours que les précédentes procédures ont pu obtenir n’ont pas servi à négocier, à avancer par petites touches. Non, juste à mettre le dossier au frigo. Ce qui n’est pas la but d’une motion en conflit d’intérêt.

    Aux termes de celles-ci, nous serons « désarmés » et personne n’aura rien négocié. Les flamands pourront alors voter la scission. Au pire moment possible… le présidence belge de l’union.
    Très logiquement, les francophones devraient agiter la « sonnette d’alarme »… renvoi du dossier sur la table du gouvernement qui aura d’autre chats à fouetter.

    Au bout des 30 jours, soit nous avons un compromis accepté par tous… soit, le gouvernement tombe. Pas très utile.

    Donc, je suis tout à fait d’accord avec vous, les laisser voter serait stupide (mais bon, qu’ils nous disent « empêcher nous de voter s’il vous plait a un petit quelque chose de pathétique)… mais c’est ce à quoi nous arriverons si personne n’utilise les 120 jours à bon escient.
    Mon développement se trouve
    http://moving-society.blogspot.com/2009/10/du-mauvais-usage-de-la-procedure-en.html et vous êtes bienvenus pour le commenter.

    @Kermit
    diable d’homme… tentant… mais halas guère constructif. ;-)

  11. Jean-Jacques Durré dit :

    Bonne analyse. ce qu’il ne fallait pas faire c’était scinder la province de Brabant, nous n’aurions pas ce problème. Le « hic » n’est pas tellement de pouvoir ou non voter pour des politiciens francophones, mais bien de garantir aux francophones la possibilité de traiter leurs actes juridiques en français. Ca c’est important, mais personne ne le mentionne. Il faut éviter que pour des dossiers devant le tribunal, les francophones ne puissent le faire qu’à Leuven et non plus Bruxelles. Aucun homme politique n’en parle, c’est dire où est leur préoccupation ! A cela j’ajouterai que je ne suis pas sûr qu’à Rhode, où j’habite, la majorité des francophones sont demandeurs de rejoindre Bruxelles pour payer des taxes qui n’existent pas en Flandre ! Idem pour les enseignants des écoles francophones qui sont mieux payés que leurs collègues de la Communauté française qui, s’ils sont nommés et perdent leur classe sont mis en disponibilité, c’est-à-dire à la maison en attendant qu’on leur retrouve une place dans une école de la Communauté flamande, c’est dire ! Bref, question: quand cessera-t-on de mentir « au peuple ».

  12. michel henrion dit :

    Joli lapsus de Philippe Moureaux sur BHV à Bel RTL.
    Scinder = céder ?
    http://rtlinfo.alinfini.be/data/vpl/CA00000171755.mp3

  13. hansen joseph dit :

    @Jean-Jacques
    vous avez raison pour cette question d’accès à la justice dans la langue du justiciable et c’est donc le minimum à obtenir pour les francophones dans la négoti

  14. hansen joseph dit :

    dans la négotiation qui s’annonce sur BHV.

  15. Christophe Van Hove dit :

    « Tout suggère donc – c’est aussi l’avis de Philippe Moureaux – qu’on ira tôt ou tard au psychodrame. C’est-à-dire au vote de la proposition de loi scindant BHV, Flamands contre francophones. C’est peut-être bien le choix délibéré du FDF et, à sa suite, de Reynders. Parce que scission ou pas scission, il faut une solution: les dispositions de la loi électorale contestée par les Flamands sont annulées et ne peuvent plus être appliquées aux prochaines législatives. Et ce n’est pas le droit de vote des francophones de Halle-Vilvoorde qui est en cause, c’est la discrimination instituée par cette loi entre candidats flamands.

    J’y reviendrai si ça vous intéresse. »

    Personnellement, j’aimerais assez que vous y reveniez.

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