Sans être un spécialiste des questions européennes, je suis de ceux qui pensent que si le Traité de Lisbonne est loin d’être parfait, il y avait plus d’inconvénients à la rejeter qu’à l’approuver, serait-ce du bout des lèvres. Le résultat du referendum irlandais me paraît donc une bonne chose pour tout le monde. Mais quelle comédie que ces deux votations successives! Ce n’est d’ailleurs pas la première fois: on avait déjà connu ça en 2001, pour le Traité de Nice…
Et la critique est donc facile: on demande au peuple de se prononcer, mais s’il ne vote pas « bien », on le reconvoque… Et ça marche: repoussé par une majorité de 53% des voix en juin 2008, le même traité est approuvé par 67% des électeurs 15 mois plus tard!
Comment dès lors ne pas comprendre l’ironie de ceux qui considèrent que la technique référendaire consiste seulement à donner au peuple le pouvoir d’acquiescer à la décision qu’on veut lui imposer? Les Irlandais n’ont rien décidé dans cette liturgie, au mieux, ils n’ont rien fait de plus que légitimer une décision qui avait été prise.
Beaucoup de referendums, sinon tous, ont ainsi une dimension plébiscitaire. Ils fournissent une justification au pouvoir, ils ne décident véritablement de rien.
Le corps électoral, en plus, a souvent une fâcheuse tendance à répondre à des questions qui ne lui sont pas posées. Le premier « non », celui de 2008, a ainsi probablement plus été une sanction de la politique gouvernementale que du traité faisant l’objet de la consultation. Comme avec de Gaulle en 1969: les Français ont alors signifié au général qu’il était temps pour lui de prendre sa retraite – ce qu’il a admis, non sans grandeur -, alors qu’on leur demandait simplement de juger d’un projet audacieux de réorganisation de l’Etat.
Troisième argument contre le referendum législatif, enfin: sa logique binaire. On ne peut y répondre que par oui ou par non. Et le « non » ne propose généralement aucune alternative, la majorité qui le soutient constitue souvent une coalition hétéroclite d’oppositions incompatibles entre elles.
A mon humble avis, on n’a donc encore rien inventé de mieux que la démocratie représentative. Un mauvais système assurément, disait Churchill, mais à l’exception de tous les autres…
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« Vos avis sont évidemment les bienvenus. »
Seront-ils pris en compte ? La bonne vieille blague du « cause toujours »
CQFD
on dit pourtant qu’en échange les irlandais ont maintenu un commissaire, et certains droits fiscaux particuliers à l’Irlande notamment pour attirer les investisseurs…, les belges n’ont pas eu l’occcasion d’en faire autant parce qu’on dit que chez nous le referendum n’est pas possible pcq non prévu par la loi; c’est au suisses qu’il faudrait demander si la votation est !une bonne chose, la Belgique n’en a guère l’expérience, sauf avec les pieds, comme pour la question royale ou le pacte scolaire…
@Denis: Il me semble que je réponds régulièrement aux commentaires qui sont faits ici, peut-être pas à tous ceux qui le méritent, mais je m’y efforce. En tout état de cause, ils contribuent à former mes opinions, je pense notamment ici au débat sur le voile islamique ou à celui sur l’anonymat sur internet. C’est le dialogue, ici aussi, qui m’a permis de modifier ma perception de certaines positions flamandes en matière de réforme de l’Etat.
@Joseph: vous recommencez à écrire sans réfléchir et à tenir des propos de café du commerce sur base de « on dit que ». Il n’y a pas eu de referendum ni de consultation populaire sur le Pacte scolaire; qu’est-ce qu’avoir l’expérience « avec les pieds »??? On ne dit pas que chez nous le referendum est impossible parce que non prévu par la loi: un referendum, en Belgique, serait tout simplement contraire à la Constitution qui réserve le pouvoir législatif aux Chambres et au Roi. Et si vous voulez parler de la Question Royale, souvenez-vous qu’il y a eu 57% de votes pour le retour du Roi et que celui-ci a quand même dû céder la place à son fils parce que le sillon industriel wallon était en ébullition (Grâce-Berleur). Et je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal, je constate, tout simplement.
Sur le traité de Lisbonne, enfin, notez qu’on n’y a rien changé, on a seulement rassuré les Irlandais sur sa signification et ses conséquences pour eux, notamment en matière de neutralité et de législation sur l’avortement.
Le sociologue français Pierre Bourdieux avait émis une triple critique à l’égard des sondages d’opinion :
- Toutes les opinions ne se valent pas.
- Tout le monde n’est pas capable de construire une opinion correctement fondée et argumentée.
- Les sondages postulent implicitement qu’il y a une unanimité sur les questions qui méritent d’être posées.
Il me semble que les deux premiers reproches peuvent s’appliquer aussi aux référendums. Je serais plus réservé sur la transposition du troisième élément étant donné qu’un organe représentatif (gouvernement ou parlement) initiateur d’un référendum n’est pas l’équivalent d’un institut (privé) de sondage.
@Charles
Je partage entièrement votre avis sur cette question.
J’ajouterais que dans ce cas, le référendum est une couche supplémentaire inutile à la démocratie représentative déjà existante.
@Olivier: Merci pour cette intéressante remarque. As-tu la référence exacte de Bourdieu? Je pense qu’il y a un parallèlle à faire entre la démocratie et le crowdsourcing (ou: comment approcher de la vérité en agrégeant des « opinions » arbitraires). La nuance est que cela peut ne pas fonctionner pour des questions techniques et précises, comme dans un referendum, alors que dans une élection, il s’agit simplement de désigner ceux qui pourront en traiter raisonnablement.
Il me semble que les arguments opposés au référendum, peuvent parfaitement être opposés également à la démocratie représentative. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par « démocratie représentative ». A la belge, ou à la française (pour faire bref) ?.
Que je vote pour un homme ou pour un parti, suis-je parfaitement informé de sa position sur un problème précis ? Et si en cours de législature, (ou de négociations pré-gouvernementales) il doit changer de position, est-il toujours légitime face à ses électeurs ?
Le référendum est dangereux, s’il est utilisé à tort et à travers. Peut-être faudrait-il imaginer une démocratie « évolutive ». Comment ? Bonne question.
Partiellement d’accord. Moi aussi, j’ai toujours eu de nombreuses réserves par rapport au referendum. Ceci étant, la démocratie représentative (et Churchill) n’exclut pas en soi le système référendaire. La Suisse est une démocratie parlementaire, avec une pratique développée de la votation / du référendum. La question est de savoir s’il est intéressant -opportun, pour renforcer la légitimité de la décision- d’insuffler quelques mécanismes de démocratie directe. Un système n’exclut pas l’autre; il le complète. Tout comme les mécanismes de démocratie participative (de la concertation dans l’urbanisme bruxellois à la pratique quasi inédite dans notre pays des panels citoyens … Autant il serait bête d’y voir la panacée (et les discours entendus, ici et en France à ce sujet sont parfois affligeants), autant il me paraît malheureux de les écarter d’office (j’ai encore en mémoire les réactions de politiques bien installés rejetant d’un revers de la main toute proposition visant à enrichir le débat en associant les citoyens, au motif qu’ils ont été élus et qu’on fera le compte au terme de la législature), Le sujet est passionnant du point de vue de la science politique et administrative. Les exemples d’Anvers (Lange Wapper) et de Liège (Capitale culturelle) méritent quelqu’analyse me semble-t-il, même s’il s’agit ici de référendum non législatif. Merci Charles, tu m’as donné l’envie d’y consacrer un de mes prochains billets !
@Michael: j’attends avec impatience de lire ce prochain billet!
Franchement, je ne sais que penser. Le referendum une comédie ? Pas en tant que tel, mais l’instrumentalisation qu’on en fait avant et après peut effectivement exciter les passions populaires.
Le 29 novembre prochain, les Suisses sont appelés à voter pour ou contre une loi interdisant la construction de minarets dans leur pays. On peut aisément imaginer les interprétations possibles des résultats de cette votation. Des portes ouvertes à tous les extrémismes. Et là, je suis tout à fait d’accord avec vous c’est qu’un non à un referendum est souvent « une coalition hétéroclite d’oppositions incompatibles entre elles ».
Il fut un temps où Ecolo parlait dans son programme de « referendum d’initiative populaire ». Peut-on éclairer ma lanterne, s’agissait-il d’un referendum à valeur législative ?
Petite parenthèse à propos de ce qui a motivé votre billet : l’Europe. On n’est pas encore sorti de l’auberge avec les pays eurosceptiques. Si mes informations sont correctes, Vaclav Klaus n’a toujours pas ratifié le Traité de Lisbonne. Nous pourrions faire un referendum sur le mode de prise de décisions au sein de l’Union, mais cela je vous le laisse pour un de vos prochains et excellents billets.
« on demande au peuple de se prononcer, mais s’il ne vote pas « bien» on le reconvoque »
Hé bien moi je ne suis absolument pas d’accord, je crois qu’on ne peut pas résumer cela de facon si simpliste. Si on le reconvoque c’est parce qu’il y a une majorité parlementaire représentative du peuple pour juger nécessaire de le reconvoquer.
@Charles
je l’annoncerai sur Twitter
@Kermit
Mais cette majorité parlementaire est-elle celle dont parle Michael Lucas « j’ai encore en mémoire les réactions de politiques bien installés rejetant d’un revers de la main toute proposition visant à enrichir le débat en associant les citoyens, au motif qu’ils ont été élus et qu’on fera le compte au terme de la législature » ?
@ Sucre
Je n’ai fait que dire que décider de proposer un second référendum est légitime.
En particulier, tout le monde semble l’oublier, les conditions ont changé et l’Irlande a obtenu des aménagements en matière d’avortement, de « spécificités celtiques », sur sa neutralité militaire et ses taux d’imposition et a obtenu un commissaire européen. Se prononcer sur cette nouvelle donne est peut être incongru pour vous, pour moi pas.
@ Kermit
Je vous répondais à : « c’est parce qu’il y a une majorité parlementaire représentative du peuple pour juger » et vous me répondez que la donne politique a changé. On n’est pas sur le même terrain. Bien, je peux admettre, mais vous n’y faites aucune allusion dans votre premier commentaire. Je lis : « je crois qu’on ne peut pas résumer cela de façon si simpliste ». C’est un commentaire ad hominem. Dites-moi, expliquez-vous !
@ sucre
Oui elle illustre bien cette majorité qui a tenu compte de la voix du premier referendum, a obtenu des changements et soumet ma nouvelle mouure aux gens. Je ne vois pas ce que ca a d’ad hominem.
Je propose un référendum pour ou contre le référendum
Votre billet nous dit que le referendum n’est qu’un mythe qui a comme vocation de légitimer un décision venue d’en « haut ». C’est probablement vrai lorsque la question porte sur un problème aussi complexe que la ratification ou non d’un traité européen qui a du très bon et du très mauvais. Il est impossible en effet de répondre par oui ou non sans plus sur un traité que personne n’a lu.
Le problème n’est pas le referendum en lui même mais c’est la question qui y est associée. Dans le cadre d’une problématique locale qui a un impact dans la vie quotidienne , cela peut être un outil intéressant pour « sonder » l’opinion publique.
Il faut alors choisir entre le referendum qui a force de loi ou du simple sondage… ou alors simplement insister encore et encore sur l’importance des élections (communales, fédérale, européennes,…) !
Il faudrait un peu regarder les votations en Suisse. Poser un réferendum une fois tous les deux ans, ça risque fort de donner des résultats biaisés mais est-ce qu’en faire très souvent comme en Suisse évite ce problème ? Je n’en sais rien, je ne connais pas la politique suisse mais si quelqu’un pourrait répondre.