Aujourd’hui, avec Gaïd, on a fait un grand tour en voiture, et un peu à pied, sur les chemins des ocriers. Pour le conclure, on a été rendre visite à Albert Camus et à sa Francine, dans leur joli cimetière de Lourmarin. C’était tranquille, il n’y avait que nous. Et trois petites vieilles qui papotaient un peu plus loin, en bichonnant une tombe plus récente. Celles des Camus, l’une à côté de l’autre à dix années d’intervalle, je les adore. Un peu bordéliques, comme vous pouvez le voir ci-dessous, mais surtout surmontées de gros plants de lavandes encore odorantes en cette fin septembre. J’y ai discrètement passé la main, pour qu’elle s’imprègne. Depuis tout ce temps, en pleine terre, il y a bel et bien du Camus dans cette plante, comme il y a du Milosz dans l’arbre planté sur l’endroit où on a déposé ses restes.

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Ce n’était pas la première fois que j’allais là. En 1984, nous avions loué une partie d’un vieux mas à Lauris, à quatre kilomètres de Lourmarin. Et j’avais gardé dans les yeux et dans le coeur l’image de ces deux sépultures tendrement mitoyennes. Je me souvenais cependant d’une lavande sur l’une, et d’un romarin sur l’autre. Mais qu’importe. L’esprit est le même.

Ce qui est drôle c’est que cette année-là, je me souviens avoir trouvé dans la bibliothèque des propriétaires un roman de Pagnol, en deux parties. Et je me suis laissé happer par l’histoire de Jean de Florette et de Manon des Sources. Un choc. Rien à voir avec le gentil baratin régionaliste qu’on associe trop facilement à l’auteur qui répondit à L’Express, dans la dernière interview qu’il a donnée avant sa mort, que si l’on écrit, c’est probablement pour se consoler de n’avoir personne à qui parler. Ce qui me paraît cruel et excessif: à mes yeux, on écrit pour exprimer ce que l’on ne peut dire, comme ça, à tous ceux avec qui on a envie de parler. Je crois.

Deux ans plus tard, l’histoire du Jean de la Florette et de sa Manon est devenue le succès cinématographique que l’on sait, avec le papet Montand, Depardieu, Auteuil et la bellissime Emmanuelle Béart, dont la douche sous la cascade restera un des instants privilégiés de mon anthologie personnelle du 7e Art.

C’est donc une histoire d’eau, et pour cause. L’eau est centrale dans la vie des Provençaux. Et ici à Pernes, le héros local est ce Louis Giraud qui fit creuser le canal de Carpentras grâce auquel ont pu se développer les cultures maraîchères, en relais des magnaneries et du vignoble atteint par le phylloxéra. Ce qui semble nous propulser à des années-lumière des préoccupations dont nous entretient aujourd’hui encore, grâce au livre, ce cher Albert Camus. Quoique…

Confronté à l’évidence de l’absurde, Camus ne voit d’autre issue que d’imaginer Sisyphe heureux. Géniale intuition qui fait une voie royale de cette sortie de secours: le bonheur est sur la route, pas au bout de celle-ci. D’ailleurs, il n’y en a pas. Sisyphe le sait, lui.

Pardonnez-moi cette digression qui peut paraître obscure aux habitués de ce blog. Elle m’est venue comme ça. J’ai cru bon, pour une fois, de la laisser s’exprimer sans la brider ni la policer. Rien que pour voir si elle conduit quelque part.

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2 Réponses to “La tombe d’Albert Camus”

  1. Vincent Hayez dit :

    Les grincheux devraient méditer sur cette quête d’un bonheur à venir. A cela, une seule réponse : carpe diem !

  2. lambda dit :

    « Géniale intuition » que cette digression… les temps sont lourds et la pensée de Camus fait du bien. Très beau lien sur la tombe de Milosz.
    Grand merci Monsieur Bricman et bon séjour.

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