1The_Independent_Henry_FordMon récent billet sur le PS provoque un vif débat: une dizaine de commentaires ici, près de 20 sur mon profil Facebook, et ce n’est probablement pas fini.

Spontanément, il se développe dans deux directions: les dérives de « l’Etat-PS », bien sûr, mais aussi le rôle, souvent jugé trop passif, de la presse dans sa critique.

Un ancien journaliste, Louis Maraite (un de mes complices dans l’émission « Sans langue de bois » de Bel RTL) souligne ainsi que les journalistes font ce qu’ils peuvent mais qu’ils manquent du temps et des moyens pour mener leur mission à bien en toute indépendance. C’est-à-dire pour enquêter, pour investiguer, à charge et à décharge, sans autre objectif que de partager leurs découvertes avec leurs lecteurs, quelles qu’elles soient.

Indépendance. Le mot est lâché. Et la question est posée: notre presse et ses journalistes sont-ils sufisamment indépendants pour remplir la mission qui leur est assignée? Je ne la viderai évidemment pas ici, en ce dimanche matin grisâtre, mais je peux peut-être commencer à y réfléchir avec vous.

Quelle est la mission de la presse?

Commençons par le début. Et demandons-nous d’abord, même si cela paraît évident, ce que peut être cette mission qui serait assignée à la presse et aux journalistes, s’il en est une.

Spontanément sans doute, vous me répondrez qu’il est avant tout question d’informer. Nous sommes bien d’accord. Et informer, c’est plus que rapporter des faits, relayer des données: cela consiste à les enrichir de connaissances, à les contextualiser, à les mettre en perspective pour qu’ils deviennent intelligibles, aptes à fonder les décisions de ceux auxquels ils s’adressent.

Un exemple simple: si je vous dis que l’indice Bel 20 a clôturé vendredi à 1.964,24 points, je vous communique un fait, une donnée, mais ce ne sera une information que pour quelques-uns d’entre vous, qui suivent avec passion l’évolution de la bourse. Pour les autres, cela n’en deviendra une que si je resitue cette donnée dans son contexte, à la lumière d’autres données que j’ai emmagasinées et que j’appelle à la rescousse pour l’éclairer, lui donner sa signification.

C’est la même chose dans tous les domaines, du plus anodin au plus essentiel. Quand on dit que la mission de la presse est d’informer, on expose en fait qu’elle est de rendre intelligibles pour ses lecteurs les faits qui se produisent au fil du temps qui passe.

Ce n’est pas une mince affaire. Et surtout, cela signifie aussi qu’une information n’est jamais totalement objective, à la différence d’une donnée telle que l’indice de clôture de la bourse de Bruxelles ou la température sous abri à l’observatoire d’Uccle, à 8 heures ce matin… La qualité d’une information, au sens où je l’entends ici, dépend toujours de la compétence et de la rigueur intellectuelle et morale de celui qui la produit et la délivre. Et de son indépendance

Qu’est-ce que l’indépendance?

Encore une question dont la réponse paraît évidente. Au sens premier, l’indépendance c’est ne pas dépendre, n’être sous l’autorité ou à la merci de personne. C’est l’autonomie. Notre presse est-elle indépendante? Nos journalistes le sont-ils?

Inévitablement, ces questions doivent être précisées, nuancées. Une totale indépendance appartient au royaume des Idées. On « dépend » toujours de quelque chose ou de quelqu’un: le journaliste de son chef de service et de son employeur, de ses sources parfois, le manager de son conseil d’administration, l’entreprise de ses clients, de ses actionnaires et, parfois, des pouvoirs publics qui la subventionnent.

Sous ces réserves, concrètement, l’indépendance de la presse et des journalistes se mesure surtout à l’aune de leur capacité respective à réfléchir et à informer par eux-mêmes, sans obéissance ni complaisance.

Sans obéissance ni complaisance?

La presse est organisée en entreprises. Je ne crois pas à une entreprise de presse qui ne serait pas entièrement organisée pour répondre aux besoins de ses lecteurs. C’est la seule « dépendance » qui peut être assumée sans réserve. Avec des nuances et précisions toutefois, car je vous entends d’ici me reprocher de vouloir une presse putassière, au service des plus bas instincts de la foule…

Le problème n’est d’ailleurs pas, à mes yeux, que cette presse-là existe. Grand bien lui fasse. Il est que l’organisation de la presse de qualité, comme nous la connaissons, est désormais inadaptée aux circonstances et à l’environnement économique et technologique.

Et c’est pour bien pour ça que se pose aujourd’hui la question de l’indépendance de la presse.

(à suivre)

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14 Réponses to “Notre presse est-elle indépendante? (1)”

  1. Xavier dit :

    Je ne sais pas si c’est une question d’indépendance ou de capacité ou de moyens.

    Quand je vois les « réactions » aux plans des RW et CF, je m’étonne qu’elles aillent toutes dans le même sens, avec les mêmes mots…qui viennent je suppose du communiqué de presse.

    Que les journalistes n’aient pas (encore) eu le temps de décortiquer les 500 pages, soit. Mais dans ce cas, qu’ils posent des questions ouvertes et n’émettent pas un avis qui n’est pas le leur.

    Et de nouveau, la blogosphère pallie ce manque d’esprit critique (pas nécessairement volontaire). C’est sur la logosphère que je lis des interrogations sur les moyens (pas une seule indication chiffrée sur les économies), un étonnement sur le fait que le décumul ne sera effectif qu’en 2014, etc.

    Bien sûr, il faut attendre la presse écrite demain. j’espère qu’elle me fera mentir et que des analyses précises seront enfin réalisées…

  2. olivier dit :

    Excellent sujet, et là il y a vraiment de quoi débattre durant des lustres.

    Ce qui est dommage c’est que par la raréfaction des moyens financiers la presse en général s’apparente plus à des ‘rapporteurs de l’info’ souvent puisées à la source des agences de presse type belga ou afp.

    Le journalisme d’investigation ou critique disaparait peu à peu, le prix du passage à l’ère d’internet et de l’information tout azymuths peut-être.

    Néanmoins, la presse institutionnelle (j’entends par la, la presse classqiue) garde un rôle de contre-poids démocratique, et là on ne peut que constater avec regrets, qu’elle abandonne par pan entier ce rôle majeur.

    Pour le chapitre de la liberté et de l’indépendance, c’est à voir, le public fantasme beaucoup sur une presse politisée à outrance, il n’est pas rare de lire que tel ou tel organe est à la botte de tel ou tel parti.

    De toute évidence il y a la fonction, la logique commerciale et le rôle démocratique de la presse, mais on ne peut occulter que les nouveaux médias et particulièrement le net et la blgosphère modifie largement la donne, étant même concurrent et déforçant la presse classique, en tout cas la presse écrite.

    Aujourd’hui l’info c’est de l’instantané, quasi obligé de publier en quasi direct, sans avoir ni le temps, ni les moyens de vérifier l’info et à fortiori de la commenter de manière éclairée et judicieuse.

    Je vous conseille les vidéos suivantes :

    Liens d’un reportage intéressant qui s’est passé en France il y a qlq années.

    http://www.dailymotion.com/relevance/search/pas+vu+pas+pris/video/xf9j1_doc-pas-vupas-pris-12_news

    http://www.dailymotion.com/relevance/search/pas+vu+pas+pris/video/xf9g0_doc-pas-vupas-pris-22_news

  3. Xavier dit :

    Je rectifie, la retebe a essayé de décrypter entre autres en ce qui concerne la gouvernance.

    Mais les réponses étaient de la langue de bois comme d’habitude…

  4. hansen joseph dit :

    @Xavier
    J’ai plus ou moins la même impression que vous, au point que j’ai zappé rapidement au moment où la rtbf a abordé le sujet car la langue de bois me fatigue; il reste les éditoriaux des journaux qui tentent de donner leur sentiment sur de tels sujets mais les rédacteurs en chef doivent être prudents car il peut y aller de leur emploi, rappelons-nous ce qui est arrivé à Dorothée Klein (le Vif l’express); sur le blog les « citoyens » peuvent tenter d’échanger leur point de vue, et je lis toujours avec grand intérêt ce qui s’y trouve et cela m’apprend plus parce que c’est tout le contraire de la langue de bois. Du peu que j’ai entendu à la tv, je me rappelle la gouvernance (du vent pour moi pcq tous ceux qui occupent les cpas, les intercommunales etc… sont toujours là et peuvent continuer à s’en donner à coeur joie);
    ensuite l’emploi non délocalisable dans l’isolation des maisons etc… (cela fera sans doute plus d’emploi pour les polonais qui envahissent déjà ce domaine et enrichira les firmes allemandes spécialisées dans les panneaux solaires (en fabrique-t-on en Belgique?); et enfin l’enseignement (cela nécessite des moyens qu’ils nont plus, à moins de creuser encore un peu plus le trou budgétaire qu’ils laisseront en 2015 quand ils ne seront plus au pouvoir depuis longtemps); bref vous comprendrez que j’ai zappé et que je me suis bien détendu sur d’autres postes plus intéressants.

  5. hum dit :

    si xavier pouvait me signaler un blog qui, à ce stade, dimanche soir, propose une analyse critique des 500 pages d’accord, je suis preneur

  6. Xavier dit :

    @Hum,

    Suis pas modeste, mais sur mon profil FB j’ai fait les commentaires qu’il fallait :-) Du moins dans un premier temps.

    Les 500 pages se lisent en 1/2 heure. Rien de très neuf et uniquement des déclarations d’intention.

    J’ai rectifié dans un post suivant: la journaliste de la retebe a posé de bonnes questions.

    Dans les commentaires des internautes (journaux flamands et francophones) aussi.

    Par exemple, l’enseignement: « repartir dune page blanche pour le décret mixité », favoriser la remédiation directe, financement différencié: rien de neuf. Et avec quel argent.

    Silence sur la taxe TV, silence sur le fait que les enseignants partiront 3 ans plus tard, pas un mot sur l’équipement des écoles en PC.

    Sur les emplois « verts », comme dit par hansen joseph, belle déclaration d’intention, mais pas de chiffres.

    On verra demain la presse écrite.

    Mais un exemple récent: les exportations wallones et flamandes. La presse a repris le communiqué qui mettait en avant « la progression extraordinaire des exportations wallonnes (+ 10,7 %) par rapport à la « faible progression » de l’export flamand (+ 5,5 %)

    C’est sur les blogs que l’on peut lire que la Flandre exporte 4 fois plus que la wallonie (dont mon site http://www.economiques.eu/fausses-evidences/export-chiffres-trompeurs.htm :-) , repris dans Pere Ubu)

    Pourtant comme dit Charles Bricman, c’est une info à décrypter. Car un commentaire sur mon blog faisait très justement remarquer qu’il se peu que des importations wallonnes soient comptabilisées en Flandre, parce qu’elles passent par Zeebrugge.
    http://www.economiques.eu/blog/archives/98-Export-wallon-en-bonne-forme…enfin-en-manipulant-les-chiffres.html#comments

    Je n’ai pas le temps de vérifier, mais je me dis que ce n’est plus une info si elle n’est pas décryptée. Et qu »il se peut que les exportations wallonnes diminuent en fait…

  7. hansen joseph dit :

    comment voir clair dans tout cela? cela me rappelle une question que je me pose souvent, le CRIOC est-il totalement indépendant et objectif ou manipule-t-il aussi l’info? même chose pour le SNIP qui défend les propriétaires et qui me semble objectif; je n’ai jamais compris pourquoi les banques ont accès à des informations privées et peuvent vérifier votre endettement auprès d’autres organismes avant de décider si elle vont vous accorder un prêt (je trouve cela sain parce que cela vous protège contre une prise de risque trop grande par rapport à vos moyens), mais je n’ai pas compris pourquoi les propriétaires ne pouvaient pas créer une banque de données des locataires qui ne paient pas leur loyer une fois qu’ils occupent les lieux et qui lorsqu’ils sont expulsés recommencent ailleurs à gruger un autre propriétaire surtout celui qui ne demande pas un loyer exagéré et qui veut permettre à une femme seule avec ses enfants de pouvoir se loger; j’ai eu le cas et j’ai constaté que ses enfants avait des meubles et des jouets que mes propres enfants n’avaient pas, mais j’ai compris quand j’ai su par une indiscrétion qu’elle travaillait en noir chez son frère et qu’officiellement elle était sans revenu, alors sous le principe du respect de la vie privée s’abritent aussi des profiteurs comme on dit et c’est ce qui fait la déglingue de ce pays (peut-être pas en Flandre); travailler en francophonie en payant ses impôts et en payant pendant 30 ans pour rembourser son prêt hypothécaire et se retrouver avec une pension qui ne suit pas l’évolution du coût de la vie, c’est bon pour les cons comme moi!

  8. Baudouin dit :

    Je suppose qu’un des prochains billets de cette série traitera des aides à la presse ? Ca ne doit pas être facile tous les jours de critiquer le pouvoir quand il est subsidiant…

  9. hansen joseph dit :

    je suis « tombé » ce matin sur un « beau » livre de Frans Masereel intitulé Mon pays, ce sont de magnifiques reproductions de bois gravés représentant un peu toute la Belle gique; cela m’a inspiré la réponse à donner à ceux qui me demandent ma nationalité, c’est mon pays, lequel je ne sais, tout ce que je peux vous dire c’est que je suis né à Ixelles/Elsene (pourquoi Ixelles s’appelle aussi Elsene, je ne vois pas le rapport?); à part cela tout ce que je sais c’est que c’est aussi le pays de Hergé, de Magritte, de Masereel, de Verhaeren, d’Axelle Reid et de tant d’autres artistes, mais à part cela je ne sais rien d’autre, à vous de m’expliquer pourquoi celui qui croit avoir compris la Belgique, c’est qu’on ne lui a pas bien expliqué…?

  10. PourquoiPas dit :

    Mon cher Charles,

    Je crains que votre propos quant à la mission de la presse ne soit trop restricitf…
    « Et informer, c’est plus que rapporter des faits, relayer des données: cela consiste à les enrichir de connaissances, à les contextualiser, à les mettre en perspective pour qu’ils deviennent intelligibles, aptes à fonder les décisions de ceux auxquels ils s’adressent. »
    De mon point de vue, cette situation relève de la communication…

    Le fait brut « tout nu » est une donnée.
    Cette donnée, si elle existe toute seule n’a pas beaucoup d’intérêt… Ce qui est intéressant, c’est quant elle est transmise.
    Lorsqu’il est transmis à un récepteur sans jugement, laissant à l’interlocuteur le libre choix de le contextualiser, ce fait brut devient information.
    Dès lors que ce même fait brut est transmis assorti d’un commentaire l’émetteur du commentaire émet un jugement de valeur, c’est ce procédé qui crée la communication.

    Très schématiquement, une donnée est une mesure objective sur la valeur de laquelle un émetteur et un récepteur partagent même lecture, un même étalonnage. (Si l’on accepte l’échelle MKSA, un kilo renvoit au même poids pour tous)

    Si la charge de contextualisation appartient au récepteur, nous avons à faire à un processus d’information.Une information est une donnée dont l’appréciation est laissée au récepteur. Trop d’information empêche une bonne exécution de ce processus et on parle alors de « bruit informationnel ».

    Si la charge de contextualisation incombe à l’émetteur, ce qui est transmis n’est plus une donnée mais une donnée contextualisée, une donnée traitée. Dans ce cas l’émetteur communique. (il n’informe pas…)

    De mon point de vue, le rôle de la presse est de fournir un ensemble de données, d’informer. Et non d’émettre des jugements de valeurs sur les informations véhiculées.
    Lorsque la presse investit ce dernier rôle, on parle de « presse d’opinion ». Ce n’est ni bien ni mal, le problème surgit lorsque la presse d’opinion refuse d’assumer ce rôle pour se prétendre « objective » là où elle ne saurait l’être…

  11. charles dit :

    @Pourquoi Pas?: Merci pour cet intéressant commentaire. Cela dit, et sans vouloir nous perdre dans des définitions trop subtiles, je veux bien qu’une donnée, si elle est transmise, puisse être une « information », mais je crains que c’est votre définition de la presse qui est trop restrictive. A vous suivre, les seules véritables informations seraient alors le bulletin de l’IRM, les pages de cotation boursières, le sommaire du Moniteur belge, etc. Je ne connais pas UN article de journaliste, même une dépêché Belga, qui ne contienne l’une ou l’autre « contextualisation », au-delà de la donnée brute. Le choix lui-même des données transmises, et leur hiérarchisation, sont en soi des contextualisations à mes yeux…
    Dans votre acception, toute presse serait donc « d’opinion ». Si vous voulez, je vous le concède car alors, au sens où je l’entends, il n’y a de presse que d’opinion.
    Quoiqu’il en soit, l’objectivité est bien un mythe, à mes yeux. Ou un leurre.

  12. olivier dit :

    Evident, l’objectivité cela n’existe pas, il reste l’honnêteté intellectuelle.

    Cela dit, il revient à celui qui consomme l’info et les articles de faire la part des choses et de multiplier ses sources pour tirer sa propre opinion.

    Ce n’est pas l’information en tant que telle qui est intéressante mais ces innombrables versions et interprétations différentes dans la presse, et c’est là que le bas blesse un peu, actuellement on reçoit partout, en même temps, la même info, présentée et interprétée de la même manière : les dépeches officielles.

    Est-cela le job de journaliste ? Rediffuser une info généraliste diffusée par un organe central ?

    bof…

  13. PourquoiPas dit :

    Ce distinguo me satisfait parfaitement… dès lors que la presse reconnait son caractère subjectif et ne s’érige pas en détentrice d’une Vérité Absolue…
    En son temps, un journal comme « Le Monde » publiait assez systématiquement conjointement deux opinions opposées sur le même sujet.
    Je trouvais cela une méthode très élégante pour tendre à l’objectivité…

    Aujourd’hui, des revues comme « La revue nouvelle » ou « Etudes » fonctionnent d’une manière comparable…
    Tant mieux.
    Seul bémol, une telle pratique s’avère difficile pour un quotidien.
    Alors, question : la presse (papier) écrite quotidienne a-t-elle encore un avenir?

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