Vivent les bulles bio!
Tout ce qu’on regroupe généralement sous l’étiquette de « mousseux» m’avait toujours laissé de glace, jusqu’à ce qu’avec des amis, j’aie eu l’occasion de partager une bouteille de vraie blanquette, à Limoux. C’était il y a une bonne quinzaine d’années déjà, mais depuis, je suis résolument de ceux qui professent que « cent fois mieux vaut un bon crémant qu’un mauvais champagne» . Plus généralement d’ailleurs, je ne considère plus les appellations et les étiquettes que comme un moyen de m’informer sur la nature de ce qu’il y a dans la bouteille. Pour en apprécier la qualité, je débouche, il n’y a pas d’autre façon de procéder depuis que j’ai appris que la plus infâme piquette était parfois estampillée Médoc et qu’on pouvait trouver des merveilles en vins de table.
Cela pour dire que c’est donc sans a priori que je me suis calé dans les starting blocks de la dégustation organisée par l’enthousiaste Philippe, chez « Boire et fumer» . Philippe, c’est le complément de Nicolas, le propriétaire, dans cette minuscule boutique de mon quartier jadis tenue par la truculente Mme Delmotte et où, de son temps, je n’achetais que mes pipes et mon tabac, parce que les bouteilles de vin et d’alcool, certes de qualité, ne s’y abandonnaient qu’à des prix stratosphériques à des chalands pressés et bien motorisés dont la charmante venait de découvrir qu’il manquait d’un cru bourgeois dans le cellier familial, pour arroser le steak frites vespéral.
Mais revenons à nos bulles.
A ses moments perdus, donc, Philippe, s’est découvert une vocation de missionnaire et propose désormais, sous sa marque Let it Bulles, un choix raisonné de flacons bio (oui, vraiment « bio» ) qu’il a dégottés aux quatre coins de la France.
Un champagne, bien sûr, un blanc de blancs, chardonnay donc, venant de chez Pascal Doquet, un « récoltant-manipulant» de Vertus. En Champagne, les « marques» bien connues ont certes l’avantage de vous éviter les mauvaises surprises, mais elles vous privent aussi des bonnes et ceci en est une. A un peu plus de 25 euro, on est dans le segment nord de la fourchette de prix des bouteilles de propriétaire, mais ça les vaut et ça se vendra tout seul, sans arnaque.
Fidèle à mes humeurs vagabondes, je préfère insister sur ses trois compagnes, qui sont autant de découvertes issues respectivement d’Alsace, de Touraine et du Jura. Le problème générique des « champagnisés» (les vins effervescents né ailleurs que dans les environs de Reims et d’Epernay) est paraît-il que ce sont souvent des pis-allers: beaucoup de vignerons qui font des bulles y réservent les parties les moins intéressantes de leurs récoltes. Ici, ce n’est pas le cas: ces trois vins existent par eux-mêmes et pour eux-mêmes.
Un crémant du Jura
L’un d’entre eux surtout, qui a ma préférence: le crémant du Jura d’André et Mireille Tissot, à Montigny les Arsures, petit village si paisible qu’il ne s’y est apparemment jamais rien passé, si ce n’est qu’Henry IV y séjourna en août 1595, pendant le siège d’Arbois, et que Louis Pasteur mena des expériences dans le vignoble. Bénédicte et Stéphane ont pris les manettes du domaine et vous expliquent tout ça sur leur site, très bien fichu mais encore partiellement en travaux.
Je ne vous en dirai qu’un mot: c’est aujourd’hui l’anniversaire de Gaïd, ma chère et tendre, et c’est la bouteille que j’ai choisie pour l’apéro, ce soir, sans craindre de me faire traiter de radin pour ne pas servir un « vrai» champagne. Ce n’est pas qu’on ne goûte pas la différence. Ce n’est qu’autre chose et ce n’est pas moins bon, bien au contraire. Et ça vaut donc largement ses 15,5 euro, encore en-deçà d’un de ces champagne d’entrée de gamme que les grandes surfaces devraient avoir la décence de ne proposer qu’en vente conjointe avec une boîte de Dafalgan.
Un tout petit cran en-dessous pour mon goût personnel, voici Jean-François Merieau, à Saint Julien de Chédon en Touraine, un site un peu bruyant, mais sous une étiquette rock’n roll, un vin de qualité tout simplement baptisé « Bulles» . J’en ai vidé un flacon hier soir avec Gaïd et, ce matin, je n’en garde que de bons souvenirs.
Il faudra que je revienne enfin sur l’Alsace d’Eblin Fuchs, le premier que Philippe m’ait fait goûter, vendredi déjà, qui m’a lui aussi laissé une excellente impression mais que j’aimerais retrouver en tête-à-tête avant de vous en parler.
De toutes façons, c’est personnel. Votre goût n’est pas le mien, et vice-versa. La seule chose que je veux vous suggérer ici, c’est de ne retenir qu’un seul critère quand vous choisissez une bouteille: le plaisir qu’elle vous donne. Une étiquette peut être jolie, une appellation peut faire rêver et le discours des pros impressionner. Mais au bout du chemin, il n’y a qu’une seule vérité qui compte: la vôtre.
Ceci n’est pas une pub, ni un article sponsorisé, si ce n’est par la dégustation qui m’a été offerte, sans condition d’achat ni de publication. Vous trouverez la boutique et les vins mentionnés ci-dessus au coin de l’avenue de l’Université et de l’avenue Gén. méd. Derache, à Ixelles. Sauf le dimanche et le lundi matin.
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