J’ai publié ce matin dans Le Soir une chronique qui m’a valu, de la part de francophones wallons et bruxellois pur sang, un nombre inhabituel d’encouragements discrets. Comme si j’avais dit tout haut ce que de plus en plus de monde ose à peine penser tout bas. Que Bruxelles n’a pas vocation à ne réserver ses faveurs qu’à une seule des autres entités fédérées, la Wallonie en l’occurrence, que la capitale ferait mieux de s’inspirer de la sage attitude de la communauté germanophone: s’occuper de ses affaires et vivre en harmonie avec ses partenaires.
Dans l’Etat bipolaire qui est le nôtre, c’est pourtant devenu un dogme: Bruxelles est francophone et doit donc faire la paire avec la Wallonie, contre la Flandre. Je respecte ceux qui pensent de la sorte, mais je crois qu’ils se trompent gravement. Je ne soutiens évidemment pas qu’il ne peut y avoir une solidarité culturelle ou linguistique, voire à certains égards politique, entre francophones bruxellois et wallons, au contraire, mais je prétends que faire de celle-ci le critère décisif et unique du débat politique belgo-belge est contre-productif à tous points de vue.
D’abord, il y a le paradoxe que si l’on y réfléchit, cela signifie tout simplement l’acceptation d’un fédéralisme à deux (les Flamands d’un côté, les francophones de l’autre), avec une région d’un côté (la Flandre) et deux de l’autre (Wallonie et Bruxelles, dont certains considèrent aujourd’hui qu’elles devraient se fédérer). C’est la logique de la réforme de l’Etat de 1970, avant qu’on envisage l’hypothèse fédéraliste et la reconnaissance aux entités fédérées de compétences normatives. On parlait alors d’autonomie culturelle et l’on divisait la représentation parlementaire en deux groupes linguistiques.
Cette conception repose ensuite sur le présupposé que Bruxelles est une ville francophone, avec une petite minorité flamande. Si ce l’a été, ce n’est sociologiquement plus le cas: Bruxelles est aujourd’hui une métropole multiculturelle (et pas seulement bi-culturelle) dont une majorité de citoyens sont certes francophones ou font majoritairement usage du français dans la vie courante, mais où une multitude de langues ont droit de cité.
Elle oublie encore que la plupart des néerlandophones qui vivent dans la capitale, dédaigneusement qualifiés parfois de « minorité la mieux protégée du monde » – ce qui n’a une apparence de vérité que si l’on se réfère à leur représentation politique au niveau régional -, se sentent de moins en moins « Flamands de Bruxelles »et se définissent de plus en plus comme des Bruxellois flamands. C’est plus qu’une nuance.
Enfin, cette « idéologie » qui structure intellectuellement le FDF est aussi celle qui ruine la légitimité de Bruxelles en tant que capitale d’un pays dans lequel coexistent trois communautés linguistiques ou « ethniques » (flamande, française et germanophone). Et fait reposer l’organisation politique de Bruxelles sur une forme d’apartheid culturel.
Ajoutez à cela des revendications territoriales éventuellement assorties de fantasmes paranoïaques comme l’ouverture d’un « corridor » d’asphalte (la chaussée de Waterloo!) entre Bruxelles et la Wallonie et demandez vous ce que vous penseriez de tout cela, si d’aventure vous étiez né Flamand.
Il ne s’agit pas ici d’excuser les mesquineries linguistiques et les jeux politiciens qui se pratiquent dans le nord, encore moins les quelques connards à front bas qui paradent ou s’étalent dans les forums. Mais de reconnaître que les francophones ont aussi leur part de responsabilité dans l’imbroglio institutionnel actuel. Par manque de cohérence intellectuelle.
Et ce qui est le plus regrettable à mes yeux, c’est que le débat à ce propos est verrouillé, interdit. Dans tous les grands partis, même chez Ecolo qui se trouve à cet égard en position de suspect potentiel, à la lisière de Groen! Je sais pourtant que dans leur for intérieur, des personnalités importantes, dans tous ces mêmes partis, partagent peu ou prou mon analyse et mon point de vue. Mais ils se taisent. Par peur des anathèmes, tout comme en Flandre on s’aligne sur ceux qui aboient le plus fort.
Nous vivons dans un climat détestable. Non seulement on ne se comprend plus, on ne se connaît plus, mais on n’essaie même plus de trouver des solutions politiques à un problème politique. Quelqu’un a dit un jour que la différence entre un homme d’Etat et un politicien était que le premier pense aux générations futures, et le second aux prochaines élections. On vote le 7 juin.

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Certains politiques parlent aussi d’un rattachement à l’île de Rhodes
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J’aimerais rajouter que sur le fond, je n’aime pas trop non plus cette antagonisme communautaire mais il me parait bien difficile de revenir en arrière. Les flamands s’apretent à voter plus nationaliste et autonomiste. Qu’ils adhèrent ou non à l’idée d’une confédération ou d’une indépendance n’est pas important. Seul le poids politique compte. Au vu des cris d’orfraie que l’on entend en Flandre sur la non-solidarité de ministres francophones sur KBC, Opel, etc … Tout doucement, on prépare les flamands à lâcher le bateau Belgique et à convaincre les derniers réticents qu’en pleine crise économique seule la Flandre peut s’en sortir mais pas l’état belge vu comme un poids mort à cause des politiciens francophones et du coût des transferts. On a vu ce qu’une crise économique a engendré dans le passé en terme de votes, je crains vraiment que cette crise ne fasse que précipiter l’éclatement du pays même si ça parait irrationnel et contre-productif. Je n’entends pas vraiment au niveau politique, une remise en cause de leurs discours suite à la crise bien au contraire, la crise justifie l’autonomie ou l’indépendance. Donc on aura une confédération d’abord assez vite et dès la crise finie, basta, la Flandre prendra son sort en main. A nous de nous y préparer. De Wever a raison de dire que nous sommes deux opinions côte à côte, c’est triste mais c’est ainsi. La Flandre croit en la loi du plus fort, elle ira seule fièrement à terme.
Il est beau le Charles, quand il parle comme ça. vous ne trouvez pas ?
» “minorité la mieux protégée du monde” – ce qui n’a une apparence de vérité que si l’on se réfère à leur représentation politique »
C’est certainement plus vrai encore, en matière d’emploi.
Finalement, le point de vue du LiDé d’Aernoudt fait son chemin.
@ tous: Merci pour vos commentaires.
@ himself: Si c’est une question de bilinguisme, je ne pense pas qu’on puisse considérer qu’il s’agit d’une « protection ». Sauf à considérer, comme Leterme, que les francophones sont incapables d’apprendre le néerlandais!
Ce n’est pas non plus que « le point de vue du Lidé d’Aernoudt fait son chemin ». Je défends cette position depuis 1988 au moins (cf. mes articles de l’époque dans « Le Soir » et « Le chaudron des Belges » (Ed. J. Antoine, 1988), bien avant que Rudy Aernoudt se lance dans la politique…
La désignation « wallon francophone » me semble très bizarre: je ne connais pas de « wallon néerlandophone ou anglophone » et je n’en connais plus aucun qui ne parle que le wallon. On oublie trop souvent que les Wallons ont accepté que leur langue disparaisse au profit du français, au contraire des Flamands.
En ce qui concerne Bruxelles, j’estime que la régionalisation lui a été très défavorable: les Bruxellois, qui avaient déjà leurs 19 collèges de bourgmestres et échevins n’y ont gagné que quelques politiciens en plus et aussi quelques impôts. Le rayonnement culturel de la capitale de l’Europe devrait aller de pair avec un rayonnement territorial.
Tant que Bruxelles continuera à offrir plus d’emplois aux flamands qu’aux francophones d’où qu’ils viennent, je considérerai que les lois de l’Etat belge et les décrets régionaux bruxellois et flamands sont injustes et qu’il faut les abroger ou les modifier.
@Michaux: Je ne pense pas avoir parlé de « Wallons francophones », chère Mireille, mais de « francophones, wallons et bruxellois ». C’est peut-être subtil, mais ce n’est pas du tout la même chose! Pour le reste, il faut savoir ce qu’on entend par la qualification de « Wallon », s’agissant d’une personne: vise-t-on l’ »ethnie » (ius sanguinis) ou la citoyenneté (ius soli)? Dans le premier cas, les Wallons sont effectivement tous francophones; dans le second, pas forcément.
Je te rappelle en outre que le « wallon » est un ensemble de dialectes, pas une langue, à la différence du français et du néerlandais. Les Flamands ont également abandonné leurs dialectes dans la vie publique, il y font usage du néerlandais (ABN), qui est bien une langue, comme le français.
Je ne vois enfin pas d’où tu tiens que Bruxelles « offre » plus d’emplois aux Flamands qu’aux francophones, sauf à considérer que tu contestes par là le principe des compétences linguistiques exigées des candidats à un emploi et que tu considères les francophones comme moins aptes que les néerlandophones à apprendre d’autres langues.
Bonne journée!
@ Michaux et Charles: la communauté germanophone fait partie de la Wallonie. Il existe donc des wallons germanophones, et les wallons ne sont pas tous francophones.
@Charles Bricman à propos de l’emploi « flamand ».
En écrivant ces lignes, je pensais par exemple aux places réservées dans l’ « administration » à Bruxelles aux néerlandophones
Je partage depuis longtemps ce point de vue. Bruxelles n’a aucune raison de se couper de l’une ou l’autre région du pays. Ni sur le plan économique, ni sur le plan culturel. Le FDF et une partie des Wallons nous entraînent dans une logique communautariste regrettable.
@Charles Bricman et @Michaux: « En 2007, les habitants de la région bruxelloise ont bénéficié de 321.339 emplois sur les 679.889 emplois disponibles. »" Les navetteurs wallons occupaient 18,1 % des emplois et les navetteurs flamands 34,7 % » ( source : Pour ou contre la Belgique française, Claude Demelenne, p. 86). no comment
il ne manque qu’une chose à votre très bon article, c’est de préciser que les politiciens bruxellois sont otages de leur parti à prédominance wallone ou flamande et que la seule solution c’est de plébisciter le nouveau parti Pro Bruxsel qui est le seul à représenter la communauté bruxelloise et rien d’autre, mais c’est beaucoup pcq dans ce parti on retrouve des bruxellois de toutes origines et de toutes langues, un vrai parti multiculturel qui représente bien le Bruxelles que vous décrivez dans votre article, alors cessons d’être conservateur et soyons progressistes pour l’avenir des bruxellois, qu’on ne dise pas un jour que Pro Bruxsel avait eu tort d’avoir raison trop tôt, il est plus que temps d’agir!
Je n’aime pas votre article, je le trouve intellectuellement malhonnête (notamment vos termes « phantasmes paranoïaques »), surtout après le coup de force flamand pour faire passer la proposition de loi sur la scission de BHV, qui, je le rappelle au passage n’a jamais été demandée par la cour constitutionnelle. Je pense que bon nombre de Bruxellois, dont je fais partie, souhaitent simplement vivre dans leur langue et leur culture, sans courir le risque de subir les calvaires administratifs vécus par les francophones de la périphérie (je parle du naufrage des facilités pourtant bétonnées dans la Constitution, torpillées par de simples circulaires -Peeters- aidées il est vrai par une chambre flamande pas trop regardante du Conseil d’État). Si les flamands tenaient vraiment à la Belgique, ils auraient privilégié une solution négociée au lieu de ce passage en force, qui est un nouvel indice de leur volonté d’isoler un peu plus Bruxelles au sein de la région flamande. Mais, depuis le choix de Bruxelles comme capitale de la région …flamande, jusqu’à l’épuration ethnique actuelle de la périphérie, on ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu.
@Franckson: Vous n’aimez pas mon article, c’est votre droit.Je ne partage pas votre opinion mais je la respecte. Notez qu’en ce qui me concerne, je ne m’autorise pas à la juger « intellectuellement malhonnête ». C’est à mes yeux le genre d’affirmation qui tue le débat aussi sûrement qu’une « reductio ad hitlerum ». Vous devriez essayer de comprendre les arguments de vos opposants. Vous verrez: ça change la vie.
Laissez l’invocation de l’abominable Adolf aux nostalgiques du Vlaams Belang et épargnez-moi les considérations sur le soi-disant manque de respect des arguments de l’autre qui tuerait le débat. Je persiste à penser qu’alors que chaque semaine nous apporte de nouveaux exemples de volonté flamande d’épuration ethnique dans la périphérie bruxelloise, exemples qui sont repris jusque dans les journaux aux USA, il faut être vachement culotté pour traiter de paranoïaques ceux qui considèrent qu’un contact géographique de Bruxelles avec la Wallonie est le minimum que les francophones sont en droit d’attendre de la Flandre comme garantie de sa bonne foi si l’on veut une Belgique définitivement à l’abri de ses vieux démons.
Monsieur Franckson, lorsqu’on emploie des mots tels qu’ »épuration ethnique », le minimum est de s’informer sur ce qu’ils signifient. Voici, par exemple, pour votre gouverne: http://fr.wikipedia.org/wiki/Nettoyage_ethnique.
Je vous reconnais bien volontiers le droit imprescriptible de proférer des sottises si tel est votre bon plaisir, mais vous m’obligeriez en allant l’exercer ailleurs, les endroits appropriés ne manquent pas sur la Toile. Vous aussi vous en sentirez mieux.
Je vous souhaite une bonne soirée.
NB: M. Franckson a encore cru devoir répondre à ce dernier message. Cette conversation qui n’en est pas une n’apportant rien de positif et n’ayant aucun intérêt pour les lecteurs de ce blog, j’y mets un terme définitif. C’est la première fois que cela arrive, depuis deux ans. Oserai-je espérer que c’est la dernière?
Je constate que je ne m’étais pas trompé en parlant de malhonnêteté intellectuelle …
Maintenant, Monsieur Franckson, ça suffit. Je n’ai pas de temps à perdre avec des gens qui n’ont que l’invective à la plume mais je vous concède ce dernier commentaire, pour que mes lecteurs sachent ce qu’est un « troll ».
J’accepte le débat et la contradiction, d’où qu’elles viennent et j’ai suffisamment conscience de mes faiblesses pour accepter que mes opinions ne soient que des opinions, donc relatives et contestables. Mais moi, j’argumente, je cherche, j’évolue. Vous, vous assénez et serinez des slogans prémâchés dont l’origine se laisse facilement deviner. Et si on n’est pas d’accord avec vos thèses rattachistes, on est un belgicain nostalgique.
Moi, figurez-vous, j’ai probablement plus de liens avec la France que vous et je respecte les thèses rattachistes, j’en ai débattu avec des gens qui savaient les plaider sans pour autant nier à leurs interlocuteurs le droit de penser autrement, sans faire appel à des procédés qui relèvent, au mieux, des techniques de propagande.
Considérez cela comme de la malhonnêteté intellectuelle si ça vous chante, venant de vous comme j’apprends à vous connaître ici, cela me laisse parfaitement indifférent.
Je mets donc ici un point final à cet « échange », ne vous réponds plus et vous enregistrerai comme spammeur si vous deviez persévérer dans vos invectives.
Bonsoir.
à mr Franckson, de la part d’un bruxellois:
laissez les wallons et les flamands régler leur comptes entre eux, et si les wallons veulent à nouveau un lien géographique avec Bruxelles qu’ils ont abandonnée in illo tempore, rien ne les empêche de demander à la Flandre le rattachement de la partie francophone de Rhodes St Genèse à Waterloo par la chaussée du même nom, mais cela ne concerne pas la région bruxelloise bilingue où un bruxellois ne se distingue pas par sa couleur linguistique, pas plus que par sa couleur de peau, mais par son appartenance à une communauté régionale bruxelloise multilingue et multiculturelle; nous souhaitons une carte d’identité trilingue, français, néerlandais et anglais et un enseignement trilingue géré par notre région et pas par les deux autres régions qui, toutes deux veulent se servir de notre région (pourtant accueillante à tous) à leur profit exclusif sans tenir compte des habitants de Bruxelles; même les représentants politiques bruxellois sont otages de partis communautaires sous la coupe soit de la Flandre, soit de la Wallonie; si vous voulez vous exprimez en tant que bruxellois, intéressez-vous au nouveau parti Pro Bruxsel (que mr Bricman m’exccuse de citer un parti, mais à situation exceptionnelle, réaction exceptionnellle); j’espère que Pro Bruxsel n’aura pas tort d’avoir eu raison trop tôt, on est visionnaire et progressiste ou aveugle et conservateur; que l’on ne dise plus des belges comme du temps de Léopold II, « petit pays, petit esprit »!