Vous avez vu cette bagarre qui s’est déclenchée entre les « géants » Delhaize et Unilever? Je suis assez d’accord avec News Up!, le nouveau blog d’Auxipresse: intrinsèquement, cela vaut bien plus qu’un tout petit article dans les pages intérieures de nos gazettes.
Parce qu’il y a un problème de fond là-dessous: entre les chaînes de distribution et les marques, la guerre est permanente. Et quand Delhaize se plaint de ce qu’Unilever veuille imposer ses prix et ses « rossignols », à côté de ses produits-phares, il y a peut-être du vrai, mais c’est aussi l’hopital qui se moque de la charité: interrogez les producteurs sur les pressions que subissent leurs marges de la part des grands distributeurs, et ce que ça coûte, une présence dans les linéaires…
Et puis, euh… Il n’y a qu’une catégorie d’intervenants à qui on ne demande jamais un avis dans ce genre de débat: le cochon de client, le consommateur, quoi, vous et moi. Il faut dire que nous sommes bien dociles, nous faisons sagement la file avec nos caddies débordant de produits blancs, de viandes préemballées et de super-promotions.
Enfin, quand je dis »nous », ce n’est pas tout-à-fait vrai. Si Delhaize ne vend plus de Green Ice-Tea, j’irai l’acheter ailleurs, avec le reste, c’est tout. Car pour tous les produits qui me réjouissent les sens et le coeur, j’ai de bonnes petites adresses patiemment accumulées au fil des ans. Des « petits » commerçants fûtés, qui misent sur la qualité plus que sur la quantité. C’est parfois un peu plus cher, mais c’est tellement meilleur, avec un brin de causette en passant à la caisse…

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Encore que Delhaize se soit pas intrinsèquement le pire dans la démesure des rayonnages et dans la profusion d’appels vulgaires à la consommation massive, pourvu qu’elle soit « pas chère », sous prétexte de « renforcer le pouvoir d’achat »!
De toute évidence, les petits commerces, plus chers sur une base comparative absolue (comparer une tomate avec une tomate), ne le sont absolument pas sur une base relative ;
- la base de comparaison n’est pas la même (une tomate de qualité, sélectionnée avec soin et vendue à la pièce n’est pas une tomate de merde, venue toute verte d’Espagne en camion avec trois allers-retours Paris-Anvers le temps de la stocker jusqu’à son conditionnement plastique au supermarché) ;
- le petit commerçant n’incite pas à la consommation massive et, en guise de charrette, ne propose au plus qu’un panier, lequel suffit largement à pourvoir à nos besoins de base sans inciter à la consommation aussi outrancière qu’inutile ;
- le petit commerçant, souvent indépendant ou franchisé, fonctionne à effectifs réduits et/ou avec une équipe à taille humaine ; souvent, le personnel y trouve de meilleures conditions de travail qu’au Carrefour ou autres grandes surfaces assimilées (voir l’article du dernier XXI sur la Mère Denis, qui révèle au détour quelques aberrations sur les conditions de travail en hypermarché) ; d’où une plus grande disponibilité, proximité, sympathie pour le client ;
- en général, mais cela dépend du petit commerçant (de l’épicerie de quartier classique à des produits plus « luxueux »), la devanture est axé sur les produits de base de l’alimentation, qui sont à la fois moins chers et meilleurs pour la santé que les multiples et diverses crasses industrielles que l’on fourgue au « consommateur » par caddies entiers dans les grandes enseignes.
Last but not least, un élément intéressant mis en avant par le combat Unilever / Delhaize est la pâle monochromie qui se dissimule derrière la pléthore de produits vendus par la firme productrice. Sous l’illusion du choix et de la diversité, on trouve en réalité l’intérêt premier de quelques conglomérats financiers, parfois de la plus dérangeante espèce…
« le petit commerçant n’incite pas à la consommation massive »
« Y’en a un peu plus, je vous le laisse hein… » dit mon boucher lorsque je prends du haché porc-boeuf.