En ce moment où j’écris, Marc Metdepenningen est occupé à « chatter » avec les lecteurs du Soir, sur le site du journal. Les questions et commentaires fusent. Ce qu’il m’intéresse de savoir, c’est comment il a vécu, lui, cette expérience de « journalisme immédiat » et quelles sont les conclusions qu’il en tire. Je lui pose la question. Il me répond ceci:

@Charles. Content de te répondre Charles (ai vu ton blog). Je crois que l’émotion peut être maîtrisée, dès lors que la connaissance suffisante du dossier est là. Avant le procès, j’avais lu les 4.000 pages de procédure. Il est cependant imparable d’écrire de temps à autre un « mot de trop » ou « pas assez », la difficulté de l’exercice étant bien sûr de rapporter fidèlement ce qui se dit mais aussi de le rendre compréhensible, le langage parlé n’étant pas toujours conforme à ce qui aurait été exprimé par écrit.

Je ne le relance pas car je ne tiens aucunement à monopoliser le crachoir, mais j’aimerais beaucoup aller plus loin là-dessus. N’hésitez donc pas à laisser ici vos commentaires.

Crédit photo: P.-Y. Thienpont, Le Soir

Ce que dit Marc ne m’étonne pas et me conduit à une première conclusion qui ferait bien, je crois, d’être méditée par les éditeurs et rédacteurs en chef: l’outil n’est pas à mettre entre des mains inexpertes. Et c’est un outil, avec son mode d’emploi et ses « précautions à prendre », pas un gadget. Ainsi, le journaliste qui mène l’opération doit-il impérativement être un professionnel expérimenté, qui connaît son dossier sur le bout des doigts. Condition supplémentaire: tous les tempéraments ne conviennent pas à la tâche. Il faut savoir maîtriser ses émotions, rester factuel, se contenter de décrire et s’abstenir de commenter.

Non que le commentaire n’ait pas sa place dans une affaire comme celle-là, mais il n’est bien évidemment valide qu’avec du recul. Les émotions elles-mêmes sont à mes yeux une composante essentielle du journalisme, elles ont leur place dans un reportage moderne, mais elles doivent pouvoir être identifiées comme telles par le lecteur.

Personnellement, j’ai apprécié la façon dont Marc a géré ça à Nivelles. Je ne le dis pas pour lui faire plaisir, mais parce que c’est vrai. Je suis beaucoup plus réservé par contre sur les tentatives simultanées qui ont été faites par plusieurs medias sur la crise politique, la semaine passée: souvent du grand n’importe quoi.

Ce qui m’amène à questionner la pertinence des commentaires d’internautes sous les articles de journaux, et a fortiori au coeur même du travail journalistique: souvent plus de son – de « bruit » -, que de lumière… Internet est un media de niche, intimiste, je suis assez porté à considérer qu’au-delà d’un certain nombre de participants, une discussion devient inaudible. Et sur de gros sites comme ceux du Soir, de La Libre ou de la RTBF, il me semble y avoir trop de monde pour mixer en un même endroit le reportage et les commentaires de lecteurs avides de projeter leurs fantasmes ou leurs frustrations dans le spectacle du monde.

Ce ne sont que quelques notes, comme ça en passant, pour affiner ma réflexion sur le sujet, une façon de « penser tout haut » devant vous pour vous faire réagir: vos avis sur la question m’intéressent car ici, j’ai la chance de ne compter que des commentateurs de bonne compagnie. Ce blog grandit toujours les jours, mais il reste bien trop petit pour attirer les emmerdeurs. J’espère qu’il en sera toujours ainsi.

Voir aussi, sur le même thème: Ce n’était pas assez confus comme ça? (avec notamment un intéressant commentaire de François Lamotte) et « Les Assises de Nivelles, à l’ancienne« .


Bookmark and Share

5 Réponses to “Sur le « journalisme immédiat »”

  1. damien dit :

    J’abonde dans ton sens. Lors de la démission officeuse de Leterme, j’ai aussi mis un chat en place, mélangeant infos et commentaires. L’impression de grand bousin ingérable et surtout indéchiffrable m’a effrayé. Du coup, le lendemain (vendredi) lors de la démission oficielle, j’ai fais en sorte que les infos de la rédaction soient séparées des commentaires à chaud.( http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/demission-leterme-edition-speciale-du-jt-18h30-65824)

    Le résultat est à mon sens bien plus intéressant et bien plus porteur. La preuve, plus de 700 personnes ont suivis le premier coveritlive (les infos de la rédac) pour un peu moins de 400 sur le second (vos commentaires) ….

  2. Francois dit :

    Quand tu dis « Ainsi, le journaliste qui mène l’opération doit-il impérativement être un professionnel expérimenté, qui connaît son dossier sur le bout des doigts. » on pourrait aussi l’appliquer aux journalistes qui réalisent des interviews ou des émissions débats.

    Un exemple avec la série #RAQ « Répondez A La Question ». Dans le dernier numéro consacré à M Daerden, souvent les questions posées étaient mal cadrées ou n’allaient tout simplement pas au bout de la logique. L’intéressé l’a reconnu lui-même dans une discussion improvisée :

    http://twitter.com/tvanderstraten/status/1064859874

    http://twitter.com/tvanderstraten/status/1064866085

    Ce week-end avec la série « Suspense au Palais », on a aussi eu droit à beaucoup de bruit … pour peu de signal. Le besoin de remplir pour remplir ..;

    Mais c’est une autre discussion que celle que tu souhaitais aborder.

  3. On a des choses à se dire ….au milieu du bruit. Merci M. Bricman. Je vous trouve parfois très idéaliste* mais ces dernières posts ont été pour moi très limpides.
    ($
    * je suis pour un sage mélange entre forme et contenu dans le Net, et vous, si je ne me trompe, plaidez pour le contenu et êtes contre l’ « inmediatisme »)
    Bàv

  4. Charles Bricman dit :

    @ Sandel/Indeneus: Merci pour votre commentaire. Je ne sais pas si je suis « très idéaliste », j’aimerais être pragmatique… Et oui, je plaide pour le contenu car je crois que l’internaute cherche de l’information, ou des réponses à ses questions. J’aime donc les sites lisibles et « signifiants » dans une époque de premiers balbutiements qui, forcément, incite surtout à explorer les formes et à jouer avec elles. On aura réussi quand, comme vous dites, forme et contenu entreront en « résonance ».
    Bien cordialement,
    Charles.
    @ François: voir mon hypothèse ci-dessus en réponse à Sandel. Le « bruit » vient en partie, me semble-t-il, de la découverte des nouveaux outils qu’on expérimente pour eux-mêmes, à la recherche de leurs possibles usages. J’essaie pour ma part de venir de l’autre côté, celui du contenu, pour commencer à exploiter les outils que découvrent les « geeks-pionniers »…

  5. [...] ici. L’article séparant les infos et les commentaires de l’info sur RTBF. L’article de Charles Bricman où il parle de cette confusion des [...]

Laisser une réponse

(requis)

(requis)

Subscribe without commenting

© 2010 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha