La conférence-débat de Technofutur TIC sur le web 2.0 et la politique, à la lumière de la campagne présidentielle de Barack Obama, c’est demain soir à Charleroi. Il y a pas mal d’inscrits paraît-il et c’est réjouissant. Peut-être y rencontrerai-je certains d’entre vous, qui me lisez de temps à autre?

Il y a aussi une belle brochette de participants au débat, ce qui fait qu’on sortira tous de là, comme de tout débat, avec la frustration de n’avoir pu dire tout ce que l’on voulait dire. L’expérience m’a appris que le seul vaccin efficace contre ce genre de sentiment était de se concentrer sur une ou tout au plus deux idées à communiquer et, pour le reste, de voir venir.

Une idée un peu originale, de préférence. Ou formulée de manière différente. Alors voilà, je déflore le sujet et dévoile mes batteries: ce n’est pas internet qui a fait gagner Obama, ce n’est pas le « web 2.0″, ni Facebook, ni Twitter, ni aucun outre outil de la panoplie. C’est une approche nouvelle de la relation avec l’électeur. Internet n’intervient là-dedans que pour la rendre possible.

Ce que je ressens de plus en plus clairement et que j’essaie d’exprimer de la sorte, c’est que l’outil vient après la matière, que le message passe avant le media qui le transporte. Et que dans le cas d’Obama, le message ce n’est pas seulement le « changement » (Yes we can) ou la façon de traiter telle ou telle issue comme on dit là-bas pour parler d’un thème de campagne. C’est aussi et surtout un projet collectif.

Bien sûr, Kennedy avait déjà un peu tenté ça avec son célèbre: « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous; demandez ce que pouvez faire pour votre pays« . C’est un appel à participation, mais avec les moyens de l’époque, ceux du discours (ici, l’investiture du 20 janvier 1961). En version Obama, près d’un demi-siècle plus tard, ça donne: « Je vous demande de ne pas croire seulement en ma capacité d’apporter le changement à Washington. Je vous demande de croire dans la vôtre« .

Il faut  regarder d’un peu plus près pour voir ce qui change. La phrase, en soi, ce n’est qu’une déclinaison nouvelle d’un slogan cher à tous les gouvernants de toutes les époques: l’adhésion de l’électeur, sa participation, son implication personnelle. Mais la démarche ne gagne-t-elle pas en crédibilité quand, grâce aux nouveaux outils (dont Kennedy ne disposait évidemment pas), on peut proposer au destinataire de raconter sa propre histoire, de s’inscrire pour organiser un événement, d’envoyer son CV pour un job dans la nouvelle administration?

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En d’autres termes, on passe bel et bien de l’ère du discours à celle de l’échange, de la conversation. Et ça, c’est fondamental, car la relation à l’électeur qui était jusque là « verticale » et « en faisceau » – un homme seul, the leader of the pack, parle à la multitude pour l’entraîner à sa suite – s’horizontalise et se recompose en étoile, en réseau autour d’un point focal, le candidat.

En un sens, Obama applique ainsi à sa campagne les principes de la guerilla, ou ceux du Petit Livre Rouge de Mao: il rompt symboliquement l’isolement de l’état-major et s’efforce d’être parmi ses électeurs « comme un poisson dans l’eau »…

Ce n’est pas forcément la position la plus confortable car, ce faisant, on s’expose, on perd peu ou prou le contrôle absolu qu’on avait – ou qu’on croyait avoir – sur ses actions de communication. Mais on peut y gagner beaucoup, pourvu qu’on accepte d’aller au bout de cette logique.

Cela étant, notez quand même que ses concurrents principaux (Clinton pendant les primaires, McCain en finale) avaient à leur disposition les mêmes armes et les ont utilisées eux aussi. Mais probablement sans en avoir lu tout le mode d’emploi… Car je le répète: ce n’est pas l’outil qui est décisif, ce sont les fins qu’il sert et c’est la façon de l’utiliser.

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9 Réponses to “Ce n’est pas internet qui change la politique”

  1. Francois dit :

    J’avais publié un lien pointant vers un article écrit par Doc Searls.

    Ce dernier a fait une enquête pendant une grande partie de la campagne présidentielle sur les équipes qui ont oeuvré face « Internet ».

    En soi aucune révolution particulière sauf celle d’un parti ou d’une partie d’un parti politique qui a transformé une vision / un rapport aux personnes de façon progressive par divers « accidents » de parcours. Ces accidents sont des rencontres entre des activistes politiques avec des geeks activistes du monde Open Source qui ont pu démontrer que leurs techniques de guerilla étaient les plus performantes.

    Une des première rencontre fut en 2001 où un activiste démocrate Joe Trippi est aller travailler pour la société derrière l’operating système DEBIAN.

    En 2003/2004 il sera au coté d’Howard Dean, le premier démocrate à lever des micro-dons et utiliser des réseaux sociaux comme Meetup pour aider ses partisans à se structurer.

    Il entraine dans son sillage différents geeks qui vont venir avec leurs méthodes, leurs visions et leurs approches du militantisme Open Source.

    Doc Searls raconte le changement entre les geeks qui sont avant tout des « faiseurs » ou des fabricants de leurs propres outils et les « influenceurs » ou deal-makers qui sont traditionnellement utilisés en politique.

    Je ne vais pas vous traduire tout l’article :-) (je vous l’épargne) mais il vaut son pesant pour montrer comment le monde Open Source tient une grande paternité dans l’efficacité énergique qui a supporté cette campagne.

    J’ai trouvé cela assez brillant.

    http://www.linuxjournal.com/content/open-source-force-behind-obama-campaign

    http://www.shoob.com/web20/barack-obama-ou-la-victoire-de-lopen-source/

    Je n’ai plus le lien sous la main mais il s’agissait d’un debriefing du spin doctor en chef d’Obama. Article particulièrement intéressant qui racontait entre autre comment les techniques classiques (sondages marketing politiques) étaient utilisées par Obama. Et là rien de neuf sous le soleil sauf …

    Sauf à voir comment cela était combiné avec les outils internet mis à disposition de la communauté Obama.

    Je suis d’accord avec ton observation. Certaines choses ne changent pas.

    En écoutant Doc Searls, il semblerait que l’approche Open Source ait été plus performante (plus d’outils disponibles, plus de possiblités d’agir, de parler, d’interagir, plus d’évènements locaux organisés, ….) pour mobiliser les personnes. Et que l’Open Source par sa capacité de ré-utiliser des composants existants à pu répondre plus rapidement.

    D’ailleurs il note en forme de clin d’oeil que les sites de Mc Cain tournait sur des technologies Microsoft.

  2. damien dit :

    Je te rejoins entièrement … j’ajouterais que Obama a joué admirablement la carte de l’Espoir contre celle de la Peur. Et pour une fois, ça a marché :-)

  3. Charles Bricman dit :

    Merci pour ce très intéressant commentaire, François. J’ai lu rapidement l’article que tu cites. Et je confirme: c’est brillant… Il faudra que j’y revienne avec un peu de recul. On pourrait en parler peut-être?

  4. [...] Charles Bricman  Partager et découvrir : Ces icônes sont des liens vers des sites de partage de signet sociaux où les lecteurs peuvent partager et découvrir de nouveaux liens. [...]

  5. Pressé par le temps, je n’ai pas eu l’occasion de vous saluer (j’ai du partir avant la fin des questions du public). Dommage!!!

    Je ne crois pas que ce soit la technologie qui ait fait le succès d’Obama, même si celui-ci a fait les bons choix technologiques et plus généralement a mieux communiqué que son adversaire.

    Je crois aussi que le contenu reste primordial dans une campagne électorale et si les choix doctrinaux ne se feront pas en fonction de la température des forum et des blogs. Par contre, ces élections confirment que le Web 2.0 est un excellent outil pour mesurer l’opinion, tester des argumentations et accommoder la forme, les formulations des messages de campagne…ces dernières se gagneront encore pour quelques temps dans les médias grand public et autour de quelques boudins saucisses/compotes ou sur quelques marchés.

    C’est aussi pour des candidats moins connus un moyen bon marché de se faire connaître du grand public sans faire d’ombre aux ténors, ce qui n’est pas sans importance. Je crois que nous verrons bientôt émerger une nouvelle génération de politiques « internet », qui auront fait leur classe et forger leurs armes d’abord sur ce média. Enfin, ça c’est plutôt une espérance… ;-)

  6. PourquoiPas dit :

    L’Open source a révolutionné les mentalités du génie informatique (génie dans le sens de génie civil, construction…)
    Eric Raymond, (http://fr.wikipedia.org/wiki/Eric_Raymond) dans son manifeste « la cathédrale et le bazar » (http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar_monoblock.html) fait part de sa réflexion quant aux monde du logiciel classique et celui du logiciel « open source ».
    Cela revient à parler de la transformation d’un mécanisme coopératif (tous pour un(objectif)) en un mécanisme collaboratif (un(objectif) pour tous).

    Dans la situation coopérative, chacun apporte sa pièce à l’édifice, un peu comme dans l’enseignement où pour réussir une année, il faut réussir chaque branche, même si -entre elles- il n’y a aucun lien. Les tâches sont divisées et la tâche finale (réussir l’année) est la somme des différentes sous-tâches (réussir les différentes matières).

    Dans la situation collaborative, chacun contribue à une action commune, un peu comme une équipe de football… Les propriétés de la tâche finale dépassent la sommes des propriétés des différentes sous-tâches. (marqsuer un but est plus que se déplacer et passer le ballon)

    Obama, a su -grâce à l’outil réseaux sociaux- transformer la campagne électorale en processus collaboratif… et cela, c’est nouveau en politique.

    A l’heure de Facebook, My.obama a transformé des électeurs blasés de politique en acteur de campagne.
    Ce n’est pas pour rien que la mobilisation des 18-29 ans a été déterminante.

    Le grand défi de demain me semble être le développement d’une « politique participative » où le citoyen se redécouvre acteur social (via les tic) et s’implique dans le champ politique (toujours via les tic)

    En regardant hier le débat à l’Assemblée nationale française, je me posais la question du rituel archaïque qu’il représentait : les verts et les socialistes critiquaient, l’UMP défendait… et on approuvait… majorité contre opposition.
    Sans doute est-il devenu temps de réinventer les moyens de l’exercice démocratique…

  7. J’étais présent à Charleroi et j’ai trouvé que votre approche de l’outil Internet et votre analyse de la démarche d’Obama était la plus pertinente car empreinte d’humilité et retournant inlassablement à l’essentiel : le contenu et sa crédibilité.
    Je suis parfaitement d’accord avec vous : peu importe le media, seul compte le message.
    Cependant, il arrive que le message soit justement le media – ce qui est un peu le cas d’Internet et c’est parfois très dommageable -.
    A cela j’ajouterais que si la crédibilité du message, voire de l’émetteur du message, est essentielle, la notoriété est, dans notre société post-moderne, capitale et elle ne peut s’acquérir qu’en touchant une cible très large. Et cette cible ne sera atteinte grâce au media Internet que et seulement si l’émetteur dispose déjà d’une notoriété qui ne peut être construite sans l’aide des media, classiques ou autres, qui disposent eux-mêmes d’une large audience.
    Je veux par là pointer du doigt la presse – qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou virtuelle, qui ne relaye les messages non pas en fonction de la crédibilité du contenu mais surtout en fonction de la notoriété de l’auteur. On voit bien ici la quadrature du cercle qui ne peut être brisé que si le contenu, sans devoir être crédible ou fondé, est accrocheur, polémique, dérangeant.
    Ce ne sont donc pas les meilleures idées ou les arguments les plus intelligents mais bien les « news » les plus trash et les plus provocatrices et par là leurs auteurs qui jouiront de la notoriété tellement indispensable pour pouvoir entretenir un dialogue constructif avec une cible particulière. Autrement dit, les idées nouvelles, aussi judicieuses soient-elles, portées par des auteurs peu connus n’ont que peu de chances de toucher un public large.
    Et c’est dommage pour la réflexion citoyenne et la démocratie.

  8. Francois dit :

    Nous avons plusieurs sujets de discussions à évoquer :-) Il faudrait relancer un petit repas comme la dernière fois mais en disposant de quelques heures pour avoir le temps de refaire ce monde :-)

  9. Charles Bricman dit :

    @ François: Avec plaisir. On s’appelle off-line… ;-)
    @ tous: merci pour ce débat. Je continuerai pour ma part à l’alimenter et espère vous y retrouver.

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