L’endroit où je me suis le plus amusé, dans ma carrière de journaliste, c’est à La Libre Belgique, dans les années 70. J’ai toujours un peu de peine à en convaincre ceux à qui je le dis. S’amuser? A La Libre? Catholique et conservateur, souvent sentencieux et parfois pontifiant, c’est un canard de grande qualité mais qui a longtemps donné à certains l’impression d’avoir avalé son parapluie. Il était fait pourtant, à l’époque que j’ai connue, par les plus compétents, mais aussi par les plus joyeux, les plus impertinents et les plus farceurs des confrères. Comme disait Jacques Franck, « on peut être sérieux sans être emmerdant« .

lalibre08-006s.jpg

J’en ai retrouvé une vingtaine samedi, jour de la Saint Nicolas, à la Taverne du Passage. A deux pas de la Montagne-aux-Herbes-Potagères, là où le vieux bâtiment du journal a fait place à des immeubles fonctionnels, en face de La Mort subite où se déguste toujours une  gueuze fameuse. Mais figurez-vous qu’après le dessert, on n’y a pas trouvé de place pour y prendre un pot… Nous! ;-)

A vrai dire, ce n’est pas là qu’on faisait chercher les plateaux de bière, pour accompagner nos sandwiches les soirs de garde, comme Maigret au Quai des Orfèvres. Nos brasseries Dauphine à nous, c’était Marguerite, ou Poeltje, juste à côté.

Il est évidemment possible que la patine enjolive mes souvenirs, mais ça m’a drôlement fait plaisir qu’après toutes ces années (j’ai quitté ma Libre fin 81 pour participer à la création du Vif), quand ils ont décidé de se retrouver autour d’une bonne table, mes aînés aient songé à m’inviter. Confirmation donc: si le temps, aux plus belles choses se plaît à faire un affront, il reste impuissant à fâner certaines roses comme il ride tous les fronts (ouh là, ça, c’est presque aussi beau que du Corneille, non? ;-) )

C’est comme ça: La Libre des Seventies, c’est ma famille d’origine, le nid qu’ont habité jusqu’à l’âge de la retraite la plupart ceux auprès de qui j’ai appris mon métier. Mais l’époque était déjà difficile, on ironisait alors sur nos annonces nécrologiques, ou défilaient des lecteurs qui ne seraient pas remplacés… Et on pensait des réformes, on râlait sur nos directions, on refaisait le monde dans les bistrots du coin. Forcément.

Juste en face de moi, samedi, il y avait Roger Rosart, qui dirigeait l’information générale à l’époque. Une vrai star, dans sa catégorie, il n’avait peur de rien. Un jour que nous étions allés interviewer ensemble le ministre de la Justice, Herman Vanderpoorten, il lui a tout simplement demandé s’il ne serait pas possible de passer quelques jours en prison, comme un détenu ordinaire, pour en faire un reportage. La tête du ministre qui reçut cette requête, je ne vous dis pas. Cela ne s’est évidemment pas fait.

Mais regardez la photo ici, avec l’épingle qui orne sa boutonnière bien mieux que toutes les décorations qu’il a reçues: une gueule de loup et une devise: « Je mords ». C’est celle du 10e bataillon de fusiliers belges de la IIIe Armée américaine du général Patton, sous les ordres duquel il a participé à la libération de la Belgique, en 44. Il lui a consacré un livre, cosigné avec Pierre Erculisse.

Entre les croquettes aux crevettes et le filet américain, il râlait toutefois: il a fallu trois jours à La Libre d’aujourd’hui pour qu’elle passe la brève qu’il lui avait envoyée sur les funérailles de Geneviève Ladrière, l’ »ange du Cazier » qui se dépensa sans compter, en 56, pour réconforter les familles atteintes par la catastrophe de Marcinelle. Mais ne vous inquiétez pas, cher Roger, le message est passé, il circulait même déjà dans la blogosphère avant de paraître ici, vers ceux à qui il devait parvenir…

Ce billet prendrait inévitablement des proportions incongrues si je devais passer ainsi en revue chacun des 19 convives de ce 6 décembre, ils ont tous de gentilles anecdotes pour toujours attachées à ma mémoire. Ce serait d’ailleurs injuste pour ceux qui n’étaient pas là, qu’ils nous aient déjà quittés pour toujours comme le grand JK, Louis Willems, Alain Heyrendt, Fernand Absil, Albert le Maire, Charles Mortier, Michel Mathot, Guy Daloze… ou qu’ils n’aient pu nous rejoindre, comme le cher Francis Matthys et quelques autres. L’année prochaine?

A la sortie, c’est André Gyselinx, mon voisin du temps de la rédaction 5, qui m’a touché en m’expliquant que s’il avait été content de me voir,c’est parce qu’il n’avait pas oublié que j’étais venu à son pot d’adieu, il y a vingt ans, quand vint l’heure de sa retraite et alors que j’avais déjà quitté La Libre. Comme quoi, ce qu’on donne – si peu que ce soit – à ceux qui savent recevoir ne se perd pas. Et moi non plus, je n’ai rien perdu, j’ai précieusement conservé tout ce que vous m’avez donné, les amis.

Un p’tit album de photos, pour notre plaisir à nous et entre nous, en noir et blanc bien sûr, comme au temps d’avant? Vous n’y êtes pas tous mais si Michel peut compléter la série avec ses clichés, je les publierai volontiers. NB: si vous cliquez sur les photos ci-dessous, vous les obtiendrez en plus grand format.

C’est donc Michel Rosten qui a lancé les invitations et qui jouait les maîtres de cérémonie. Michel, vous le connaissez déjà par ce billet que j’ai consacré à son premier roman, L’Immortelle, et par celui que je vous ai promis sur le premier volume de son journal, paru au printemps. J’y songe toujours et ça tombe bien: vous me le rappelez…

lalibre08-007b.jpg

Oui, soit, on ne le reconnaît pas vraiment bien sur ce cliché, mais c’est bien lui, je vous assure… :-)

Voici maintenant Jacques Hislaire, qui dirigeait le service de politique intérieure et n’avait pas son pareil pour brosser les contours de la « situation politique » (c’était le titre de la rubrique, en abrégé la « sit-pol »), avant de demander l’asile à la critique de théâtre:

lalibre08-015b.jpg

Marc Opsomer, dit: « Mops » (à g.), infatigable compagnon de mémorables virées, et Luc Herinckx. La politique étrangère. Les révolutions (Portugal, Iran…) pour Marc, l’Europe pour Luc qui devint ensuite rédacteur-en-chef, avant de migrer vers RTL et, aujourd’hui, de se passionner pour le golf:

lalibre08-022b.jpg

Robert Verdussen et Pierre Loppe. Spécialiste du Moyen-Orient, Robert dirigeait aussi la rédaction étrangère. Pierre s’est consacré à l’économie, à La Libre Entreprise et avant cela, de mon temps, à quelques enquêtes dont certains politiques ont eu du mal à se remettre.

lalibre08-023b.jpg

Jean-Marie Baron, à l’info géné, avec un sens aigu de l’amitié, de ce qui dure et de tout ce qui est authentique:

lalibre08-021b.jpg

Jacques Franck, patron de la rédaction culturelle, puis rédacteur-en-chef, grand connaisseur de Béjart et, d’une façon générale, de tout ce qui touche à l’esprit dans son acception la plus noble:

lalibre08-033b.jpg

Marcel Jacques, notre doyen paraît-il – mais ça ne se devine pas. Il s’occupait de la région bruxelloise, c’est à lui que je remettais mes compte-rendus de conseils communaux, quand je pratiquais ce genre de sport:

lalibre08-025b.jpg

Marcel Couvin, ou Delvaux, correspondant en Allemagne pour La Libre et la RTBF, du temps de la RFA; il réside toujours à Bonn:

lalibre08-017b.jpg

Eric de Bellefroid, que je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de fréquenter au journal, ce qui ne m’empêche aucunement d’admirer la façon dont il manie la plume et le clavier dns les sujets de société:

lalibre08-018b.jpg

Pierre Stéphany, qui m’a fait travailler un temps sur les programmes de télé, ce pour quoi je me suis vite montré remarquablement peu doué… Pierre a surtout beaucoup écrit sur la vie quotidienne en Belgique, sur l’histoire de La Libre, sur l’Expo 58…

lalibre08-006c.jpg

Last but not least, la galanterie m’imposait de commencer avec elle, seul élément féminin dans cette mâle compagnie, mais elle est aussi la seule que je ne connaissais pas – sinon pour ses écrits dans la culture -, avant samedi midi. J’ai connu des moments moins agréables que ceux au cours desquels on a fait connaissance, en évoquant notamment Stéphane, une amie commune. A l’autre place d’honneur, voici donc Claire Diez:

lalibre08-016b.jpg

 Parmi les manquants dans cette galerie de portraits, vous en reconnaîtrez trois à l’avant-plan de la photo en sépia, au début de cet article: Michel Theys, André Gyselinx et Philippe Vandevoorde. Jean-Claude Matgen, je n’ai pas pu l’oublier: il était assis à côté de moi. Mais je n’ai pas de bonne photo de lui et je m’en voudrais de décevoir ses nombreuses admiratrices avec un méchant cliché flou. Et voilà. Il a heureusement été décidé de se revoir l’année prochaine, même jour, même heure, même port…


 

Bookmark and Share

13 Réponses to “Non, je n’ai rien oublié!”

  1. Cher Charles,

    Merci de ton charmant billet, qui n’oublie personne et qui parle à toutes les lignes de la tendresse que tu as gardée pour « La Libre ».

    Je te connais évidemment mieux que l’inverse – honneur au droit d’aînesse – et je peux te dire qu’à l’époque où je devenais stagiaire au journal, tu étais l’une de ces forces montantes qui m’impressionnaient terriblement par son charisme et son humour « en interne » et sa réputation de chroniqueur politique, craint et respecté, à l’extérieur. La suite de ta carrière n’en rien démenti et, si j’ai regretté très sincèrement ton départ de « La Libre », j’ai tout autant déploré, quelques années plus tard, ton retrait du journalisme.

    J’ai beaucoup apprécié, en silence, ta présence samedi à La Taverne. J’espère qu’elle augure de nouvelles rencontres, avant la joyeuse échéance de décembre 2009.
    Bien chaleureusement,
    Éric

  2. Jean-Jacques Durré dit :

    Super, ton billet. Sans avoir travaillé à La Libre, j’ai commencé ma « carrière » en faisant le compte-rendu des conseils commnaux de Rhode et Linkebeek, que j’allais remettre à Marcel Jacques (il ne se souvient sans doute plus de moi). Roger Rosart, j’ai eu le plaisir de le cotôyer lorsque je faisais mon service militaire au SID. Non pas que j’ai fais mon service en même temps que lui, mais lorsqu’il y avait un événement militaire avec le ministre de la défense, j’assurais le reportage pour Televox. Quant à Pierre Loppe, on se voyait aux conférences de presse. Et dire que durant quelques année, j’étais à deux pas de ces joyeux lurons, dans les locaux du défunt Pourquoi Pas ? Aussi toute une époque !

  3. LOPPE PIERRE dit :

    Salut Charles,

    Merci pour tes photos et tes commentaires. C’est vrai que nous avons vécu à la Taverne une remontée dans le temps assez exceptionnelle! Cette chère « Libre » tout de même! C’est fou ce qu’elle nous tient à coeur…
    Avec les anciens collègues qui nous sont restés si proches, nous avons pu évoquer des tas de souvenirs et parler du présent. Que de connivences professionnelles! Des occasions comme celle-là sont uniques. A ne manquer sous aucun prétexte!
    Ce vénérable journal, nous continuons à l’écrire au quotidien, contre vents et marées, avec la passion des débuts et une motivation qui nous étonne nous-mêmes. A l’heure du multimédia dont ce blog est emblématique, nous lui souhaitons tous le meilleur avenir possible. Longue vie à LLB!
    Au 4/12/2009 et avant cela j’espère.Très amicalement. Pierre

  4. matgen dit :

    Cher Charles,

    Quel plaisir de voir avec quelle maestria tu fais (re)vivre un événement. Il me semble avoir, samedi, « vu le même match que toi ». Ce fut une belle après-midi festive et, même si nous avons évoqué quelques souvenirs d’anciens combattants, je trouve qu’elle fut tout sauf nostalgique ou radotante. Je m’y rendais avec joie et entrain mais avec, je le concède, une petite crainte, celle que la magie ne fonctionne pas et que ce rendez-vous soit en-dessous de la qualité des souvenirs. Au contraire, les heures ont glissé dans l’humour et l’amitié. A refaire évidemment l’an prochain. Pour le reste, je ne m’étonne guère que tu n’aies pu retenir aucune photo de moi. Cela confirme mon absence absolue de photogénie. Heureusement que je n’ai pas suivi Luc à RTL.
    A bientôt. Et si possible à très bientôt.
    J.-C.M.

  5. Philippe Vandevoorde dit :

    Merci, cher Charles, pour ce « mémo » illustré que je sens venir du coeur.
    Il respire ta reconnaissance vis-à-vis d’un titre mythique auquel tu as offert ta griffe, mais aussi à l’égard d’une équipe qui, jour après jour, lui a conforté sa renommée. Cette gratitude, je la partage entièrement.
    Mon rêve professionnel s’est réalisé à La Libre, guidé par les aînés dont je n’oublierai jamais les précieux conseils et l’accompagnement.
    Certes ai-je beaucoup donné à « ma » Libre. Mais j’ai tant reçu.
    Je regrette d’ailleurs de lui avoir été infidèle, cédant ainsi à certaines manoeuvres que, naïvement, je ne soupçonnais pas.
    Aujourd’hui, je me console d’avoir gardé la sympathie voire l’amitié de celles et ceux qui m’ont accompagné et supporté pendant 23 ans de vie professionnelle commune.
    Tous, réunis samedi, nous avons, parfois avec beaucoup de nostalgie en ce qui me concerne, feuilleté quelques unes des belles pages d’un album de souvenirs communs, à présent confiées à du papier qui prend les couleurs de l’âge. Quelques unes des belles pages d’un « quotidien » que nous n’écrirons plus ensemble.
    Goûtons donc pleinement aux saveurs de retrouvailles comme celles de ce dernier 6 décembre! Merci encore à Jacques et Michel d’avoir réalisé le voeu secret de beaucoup.
    Amicalement,
    Philippe.

  6. Vu mon jeune âge, je ne connais pas tous ces journalistes, excepté Pierre Stéphany dont je suis un fidèle lecteur de ses livres. Il a l’art de faire aimer au grand public l’Histoire et de raconter la vie quotidienne d’une époque (p.ex. la Régence), d’une décennie ou d’un événement (p.ex. l’Expo 1958).

  7. Roger Rosart dit :

    Autres noms d’ « anciens » ,dans le désordre : Robert Moulinasse, Robert Delmarcelle, Emile Désirant, René Van den Abeele,Jean Monsieur,Léon Hubert, Pierre Livin, Mme Storck,Théodore Louis, Augustin De Smedt, Edouard Dubois, André Falque, Armand Charlier, Albert Dayez,Jean Pigeon, Jean Daloze,Gauthier Bosschaert de Brouwel,Guillaume Damoiseaux,Jacques Rom,Pierre Pirard,Victor et Jacques Zeegers

  8. Roger Rosart dit :

    Prière d’ajouter à ma liste Léon Colette.Bonne année à tous !

  9. Roger Rosart dit :

    SEULE FEMME DE LA REDACTION A L’EPOQUE Mme COLLEMONT SE PLAIGNAIT d’ETRE MISE EN DEMEURE DE FREQUENTER LES TOILETTES MASCULINES.AU BEAU MILIEU DE LA REDACTION 5, LES OUVRIERS DU JOURNAL LUI AMENAGERENT UN CAGIBI POURVU D’UN WC. Comment,s’ECRIA-t-ELLE.CHAQUE FOIS QUE J’Y ENTRERAI OU EN REPARTIRAI,DIX HOMMES ME DEVISAGERONT! LE PROBLEME DU WC FEMININ RESTERA A L’ETUDE

  10. J.P.Delmarcelle dit :

    Bonsoir.Merci à André Rosart si il peut lire ceci.Merci pour avoir « osé » rappeler la mémoire des « grands » qui ont fait ce journal,et qui ont très vite été largués aux oubliettes de l’histoire…pour certains en tout cas, pour leur non conformisme qui a déplu à une certaine époque ou LLb était cul et chemises avec certains apôtres des « affaires » comme un certain VDB.Mais VZ était aux ordres.Certain pâle et inconsistant DZ qui a bien « réussi aussi. Alors?Paix aux âmes des ( anciens)combattants faces aux petits soldats le doigt sur la couture du pantalon….Heureusement depuis mai 68 est passé par là….aussi!Et les « anciens » les vrais doivent retrouver le sourire…quoique?

  11. Marc Vandermeir dit :

    Bonjour Charles, c’est le hasard d’une recherche sur Jean-Luc Rosart (fils de Roger et dont je tente de retrouver la trace; peut-être peux-tu m’aider à ce sujet) qui m’a fait tomber sur cet extrait de ton blog. Que j’ai dévoré. Car j’y ai retrouvé la plupart de ceux qui ont encadré mes premiers pas en journalisme, à la fois lorsque j’étais stagiaire, puis lorsque j’ai commencé ma carrière. Des moments, pour beaucoup, inoubliables.

    Merci de ce souvenir et un cordial bonjour à tous ces « noms »,

    Marc Vandermeir

  12. [...] Ceux de l’année passée étaient presque tous là. Avec en plus Jacques Zeegers, qui était directeur de la rédaction de mon temps, Théo Louis, critique cinématographique, et les jeunots Marie-France Cros, Francis Van de Woestyne et Jean-Paul Duchateau. J’espère que cela fera plaisir à ceux là, qui sont à peu près de la même génération que moi, d’être ici rangés dans les « gamins» . [...]

  13. caroline bosschaert de bouwel dit :

    Chers rédacteurs de La Libre Belgique,
    Sympathiques tous ces souvenirs!
    Je me rappelle de tous les noms que vous citez et dont mon père, Gauthier Bosschaert de Bouwel, parlait. Je pense qu’il a dû passer une bonne dizaine d’années à La Libre. Il a commencé, si je me souviens bien, par la rubrique religion, puis la page auto … et enfin la finance. La Mort Subite était un endroit qu’il fréquentait après avoir travaillé la nuit. Enfant, il m’avait fait visiter l’atelier avec les plombs. Maintenant je travaille dans la communication et chaque fois que j’écris c’est sur un ordinateur. Quelle révolution!
    Si vous voulez des photos de lui, je peux vous en faire parvenir.
    Bien à vous.
    Caroline

Laisser une réponse

(requis)

(requis)

Subscribe without commenting

© 2013 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha