Je n’ai pas eu le courage, ce soir, de me déplacer jusqu’aux Halles Saint Géry pour assister au show de la RTBF avec Axel Miller (ex-Dexia), comme je l’avais promis à Damien, qui se démène comme un beau diable pour connecter la vieille dame au web. J’aurais dû. Ce Miller est une vraie bête de scène. Et une personnalité forte, déguisée en faux modeste. La politique a ses raisons que la raison ignore, mais je ne suis pas sûr que Sarkozy ait gagné autant que ce que Dexia a perdu avec l’éviction de son CEO. Enfin, il est resté sept ans dans les sphères dirigeantes de la banque, c’est plus qu’un mandat à l’Elysée désormais et, d’une certaine façon, c’est bien assez pour faire le tour de la question et changer d’air.

L’homme parle si haut et si clair que les journalistes – qui n’ont pas cherché à jouer les procureurs cette fois-ci – n’ont pu s’empêcher de lui demander s’il ne songeait pas à la politique. Il a prétendu que sa femme ne voulait pas tout en citant James Bond pour rappeler qu’il ne fallait jamais dire jamais… Personnellement, je le verrais plutôt en think tanker de haut vol, en essayiste et consultant. Avec un ou deux bouquins qu’il pourrait nous pondre, il ne devrait pas avoir de mal à se tailler une aura à la Minc des débuts, la morgue et la suffisance en moins.

Incidemment, Axel Miller n’aura toutefois pas réussi à me réconcilier tout-à-fait avec cette émission qui, à mon humble avis, se la joue beaucoup trop « parisienne », au sens bling-bling de l’épithète. Je pourrais m’en prendre aux séquences vidéos caricaturales et simplistes entre les séries de questions, mais il y a plus fondamental: c’est trop « jouette », trop « show-bizz » et ça manque de focalisation. Le côté amusant de la chose, c’est que c’est l’invité lui-même qui l’a souligné à plusieurs reprises en tentant de ramener la conversation sur l’essentiel: la crise systémique qui a saisi toute la planète et dont il n’est pas sûr que tout le monde a bien saisi la véritable ampleur.

Cela aurait pu être une coquetterie, ou une façon d’esquiver les questions gênantes, mais ce Miller ne semble pas trop connaître la langue de bois. Quand il n’a pas envie de répondre, il le dit tout platement en expliquant soit que ça n’intéresse personne, soit qu’il ne serait pas opportun de sa part de livrer son opinion. Et il ne se prive par ailleurs pas des petites vacheries first class qui font le piquant de tout bon talk-show, comme quand il fait mine de se tromper sur le nom de son successeur, Pierre Mariani, rebaptisé Mariano, comme ce bon Luis qui faisait se pâmer nos grands-mères.

C’est en tout cas une belle leçon de communication. Apparemment efficace car, au fil de la soirée, le score de Miller n’a pas cessé de grimper dans le mini-sondage (à la valeur très relative, certes) organisé sur le site de la RTBF.

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9 Réponses to “Ce Miller, il crève l’écran!”

  1. Merci pour votre ‘quick’ post et analyse de ce qui s’est passé. J’ai été juste derrière Miller. Je crois qu’il était trop fort pour le duo de choc RTBF, à mon avis trop tendres. Je ne sais pas s’ils cherchaient à lui poser des questions ‘people’ mais en tout cas je suppose que c’est le type de questions qu’ils ont reçu du public (via le net et autres). Le jeu de lumières m’a un peu dérangé (style disco) mais je suis quand même content d’être allé. Bien à vous

  2. Holocrate dit :

    Assez d’accord avec Charles : ce Miller, visiblement, c’est quelqu’un ! Bien dans ses baskets, occupant bien son espace, posé, d’une grande clarté dans ses propos – voire même carrément didactique : pourrait facilement être prof – et n’hésitant pas à ramener les brebis égarées dans le people. Respects, Monsieur Miller ! Consultant, oui peut-être, mais je vois plutôt ce gars à une place qui lui « revient de droit » : un poste de CEO de haut vol. Donc, pas nécessairement ici. Et gageons que cette émission sera attentivement débriefée par l’un ou l’autre chasseur de têtes.

    Quant aux inquisiteurs – journalistes faisant fonction – je serai plus sévère que Charles :
    Visiblement, ils étaient (encore) là pour en découdre avec « l’accusé ». C’est d’ailleurs ce qui a sauté aux yeux de ma femme, alors qu’elle jetait un oeil juste en passant, 1 ou 2 minutes maximum.
    Quelle agressivité, sous le vernis de bienséance ! Quel envie de lui rentrer dans le lard, derrière les sourires de Montay ! Et quelle grossièreté, quel manque de respect dans cette façon faussement désinvolte de s’asseoir sur la table de… l « invité » ( ?!)

    D’accord, au final – surtout si on compare avec ce qui s’était passé avec De Wever – les procureurs l’auront ménagé et lui auront fait grâce des piques et des flèches qu’ils étaient pourtant bien décidés à lui décocher. Mais c’était à l’insu de leur plein gré. Et pour une raison assez simple : à l’évidence, ils étaient vite dépassés par les concepts que l’autre drôle leur assénait en tir continu, mine de rien. Ce n’est que partie remise. Sur le pauvre suivant qui, pour neutraliser les exocets non utilisés ici, aura la lourde tâche de se montrer aussi brillant (que Miller).

  3. BrunoK dit :

    N’ayant pas vu l’émission , je ne puis rien en dire.

    En lisant l’article de Charles et les 2 commentaires , qui parlent plus de la forme que du fond , je vous pose la question : qu’avez-vous appris d’intéressant ?

  4. Charles Bricman dit :

    @ BrunoK: Bonne question!
    A chaud:
    1. On a découvert une personne de valeur, pour ses compétences et pour son éthique: A. Miller.
    2. On a entendu un message important: il faut une régulation du système financier au niveau de celui-ci: la planète tout entière. Les gouvernements nationaux auront beau prendre des petites mesures locales pour faire croire qu’ils agissent et maîtrisent la situation, s’il n’y a pas une régulation globale, on restera exposé au risque d’un accident majeur qui aurait des répercussions catastrophiques sur la vie d’une multitude de personnes. Le système financier, c’est potentiellement aussi dangereux qu’une méga-centrale nucléaire!

  5. Pascal dit :

    Perso, je trouve que les journalistes ont été plus respectueux que lors du premier épisode.
    François de Brigode a même cru bon de s’en justifier à la fin de la partie Web de l’émission.
    Voir mon avis sur http://pascal.albertyorban.be/permalink/life/repondez-la-question-2-raq2-le-ton-a-change

    Bien à vous

  6. Holocrate dit :

    Perso, outre ce que Charles dit ci-dessus, j’ai appris – ou plutôt, j’ai eu une nouvelle fois la confirmation – que chez les journalistes, l’objectivité relève décidément – et de plus en plus – de l’utopie, tout à la recherche qu’ils sont de l’audimat, avec ce que cela suppose de course au sensationnalisme, voire au populisme.

  7. Sandel dit :

    Je ne sais pas si l’on peut séparer aussi facilement la forme du contenu. Pour moi les deux comptent. Puisque l’espace est donné ici pour s’exprimer, j’ose écrire que je fais confiance au professionnalisme du duo de choc pur trouver le ton de l’émission. Ils nous ont montré ou laissé voir deux personnages sous un tout autre angle (toujours mon avis perso) et cela est déjà un succès.
    Je me contente de peu mais que voulez vous ? Il faut pas tout attendre d’une émission TV.

  8. Herve Kabla dit :

    Excellente émission, en effet. Quel dommage que Mr Miller n’ait pas lancé son blog de CEO il y a un an ou deux. A titre personnel, cela aurait pu lui servir, j’en suis convaincu. A titre d’education du grand public, cela aurait certainement permis de catalyser certaines questions que se sont posé les épargnants.

    Contrairement à BrunoK, je ne pense pas que le « fond » soit l’enjeu sur ce type d’émission. C’est la forme, le principe qu’un grand patron débarqué prenne le temps d’expliquer aux téléspectateurs quels sont les enjeux, les vrais risques, les évolutions probables de cette crise.

    Et si Mr Miller passe un jour sur ce blog, qu’il prenne contact avec http://www.blogAngels.net, il mérite de lancer son propre blog!

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