Ce week-end, à l’évidence, Yves Leterme a « pété les plombs », comme on dit. Et il a fait ça dans Het Laatste Nieuws. A ma connaissance, il n’y a guère eu que La Libre Belgique pour le relever, ce matin, avec une réplique pétaradante de Robert Wtterwulghe, avocat d’affaires et professeur à l’UCL. Qui n’hésite pas à parler de « déviance totalitaire »…
Ouh là! De quoi s’agit-il?
D’une pression – indirecte peut-être, mais une pression quand même – du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire, appelé à statuer sur l’action en référé de petits actionnaires de Fortis contre le dépeçage du groupe et contre la vente à BNP Paribas de ses meilleurs actifs pour un « prix d’ami » – d’autres diront: pour quelques cacahuètes. Le ministère public a abondé dans leur sens, pour ce qui concerne la forme en tout cas. On attend maintenant la décision de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles. A qui Leterme a fait savoir par la presse que si les décisions de son gouvernement sont remises en cause, il retirera ses billes et on en reviendra au début de la crise, menace de faillite à la clé. Si ce n’est pas une pression sur le juge, ça y ressemble quand même beaucoup…
Or, la question n’est pas de savoir s’il fallait « sauver Fortis ». Cela, personne ne le conteste. Mais de déterminer si, dans cette situation d’urgence, tout a été fait pour que ce sauvetage soit réalisé dans les règles et en ménageant au mieux les différents intérêts légitimes en présence.
Souvenez-vous: le 27 septembre, Fortis est au bord de la faillite. Une intervention conjointe des trois gouvernements du Benelux évite ce cataclysme économique et social en injectant des milliards. Côté belge, on passe par une recapitalisation de la filiale bancaire belge du groupe et par une nationalisation partielle. Techniquement, le conseil d’administration entérine le recours au capital autorisé (procédure permettant de réaliser une augmentation de capital sans passer par une AG extraordinaire) pour attribuer 49,9% des actions à l’Etat en échange de 4,5 milliards.
Quelques jours plus tard, le 3 octobre, le gouvernement de La Haye change de cap et passe à la nationalisation pure et simple des actifs néerlandais pour un montant de 17 milliards. Les Belges embraient et acquièrent le solde des actions de la banque, mais pour les céder immédiatement à BNP Paribas. Le groupe Fortis, celui qui est coté en bourses d’Amsterdam et de Bruxelles, est ainsi dépouillé en quelques jours de la quasi totalité de ses actifs opérationnels et se retrouve avec du cash (le produit des « ventes ») et ses actifs « toxiques » (les créances dont la valeur de marché s’est effondrée avec la crise financière partie des Etats-Unis). En bourse, ce n’est plus qu’un penny stock, un titre dont la valeur se compte désormais en centimes plutôt qu’en euros…
Au bout du compte, qui a gagné, qui a perdu?
- les clients de Fortis respirent un peu: leurs dépôts ne sont plus menacés par la faillite;
- les travailleurs de Fortis aussi: on ne parle pas encore de licenciements. Ce qui intéresse les Français, c’est le réseau d’agences. Il faut néanmoins s’attendre à des restructurations au siège;
- les actionnaires de Fortis perdent l’essentiel de leur mise. C’est le risque du « métier », à ceci près que nombre d’entre eux sont loin d’être de vilains spéculateurs: si vous avez souscrit à l’épargne-pension fiscalement déductible, vous avez probablement, que vous l’ayez voulu ou non, des actions Fortis (indirectement) dans votre portefeuille…
Les actionnaires, donc, les grands comme les petits, ne sont pas contents. Et on peut les comprendre: ils ont d’abord été grugés par un management qui a commis de graves erreurs, sinon de grosses fautes, ils ont ensuite été « expropriés » à la hussarde par le gouvernement, avec le sentiment de n’être pas correctement indemnisés.
Voilà donc une affaire qui a tout pour empoisonner durablement le climat de notre beau Royaume. Leterme l’a compris et ça lui fait peur. Reynders aussi sans doute, mais il maîtrise apparemment mieux ses nerfs. C’est un long feuilleton qui commence, dont les rebondissements restent à écrire. Ils peuvent être très lourds de conséquences. Notamment pour le gouvernement et pour le duo Leterme – Reynders, qui courent le risque de rejoindre le camp des perdants, un peu comme Dehaene avec la dioxine. S’il devait apparaître, en conclusion, qu’animé par toutes les bonnes intentions dont l’enfer est paraît-il pavé, il a gravement « merdé »…

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Ce qui m’énerve,c’est qu’à présent,nous sommes encaquer dans un sas où nous nous tapons tout le boulot et à l’intérieur de la banque vous pouvez danser le tango,cela ressemble à un hall de métro avec un guichet ou deux ouvert quand vous avez de la chance et uniquement si vous rapportez gros!
Le personnel change souvent ,il n’est pas question de sympathiser avec la clientèle ,cela n’irait pas avec le marbre du sol et des murs qui me font penser au cimetière!