Hermine est une grande fille sympathique que j’ai connue au Soir, puis à Dimanche Matin où j’étais venu donner un coup de main, alors que j’avais déjà quitté la presse. Une vraie journaliste, de la catégorie « grand reporter du coin de la rue », comme elle se décrit elle-même dans son profil sur Facebook. Et croyez-moi, il y faut du talent. Beaucoup.

Si j’ai bien compris, parce qu’il y a longtemps que je ne l’ai plus vue, elle est devenue prof de morale. Et c’est en cette qualité qu’elle a créé un blog avec ses élèves de 6e primaire. Il est tout neuf, il vient de naître, j’en ai été le 62e lecteur mais, en le parcourant, j’ai pris une claque. Une grosse claque en pleine figure. Les reportages sont réalisés par des enfants de la rue, des petits poulbots de Bruxelles, immergés dans les bandes, celles de « 1030″, « 1140″…, les matricules de quartiers « difficiles ». Ici, c’est l’enfer, écrit Bilal de son quartier.

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Ce qui interpelle, c’est que c’est eux qui ont voulu écrire, avec « madame Hermine », cette grande blonde qui est une « mécréante » mais qui a été journaliste. Et qui a dû leur apparaître comme la médiatrice qui allait pouvoir les aider à faire entendre leurs cris, dans la langue de ceux à qui ils s’adressent. Des cris de colère, mais aussi et surtout des appels à l’aide.

Ils s’appellent « les envoyés spéciaux« . A première vue pourtant, on les imaginerait plutôt en « correspondants », parce qu’ils parlent du lieu où ils sont nés. A ceci près qu’instinctivement, ils ont compris que ce « lieu » n’est pas vraiment le leur, qu’ils doivent en sortir. Ce n’est pas l’endroit qui les gêne, les rues, les maisons. C’est la violence du quotidien et sa spirale infernale.

Allez-y voir, lisez ce blog et faites le lire. D’abord, vous apprendrez quelque chose sur ce qui se passe tout près de chez vous, sur ce qui circule dans de petites têtes que vous croisez tous les jours. Et puis surtout, quand ils regarderont grimper le compteur qui indique le nombre de leurs visiteurs, ils verront qu’on les lit, qu’on les entend, qu’on les écoute. Qu’on a besoin d’eux pour construire la Cité, que leur voix compte. Qu’ils font partie de la même communauté que nous.

Si vous me lisez, faites passer ce message. Pas le mien, ce n’est pas la peine de me citer, moi, ni « madame Hermine ». Mais eux. Aidez les à faire entendre leurs voix. Donnez leur ainsi un peu de cet espoir qui fait tomber les murs des plus sombres bastilles.

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3 Réponses to “Depuis le quartier de Bilal”

  1. Merci Charles pour cette découverte étonnante. Vraiment émouvant.

  2. Holocrate dit :

    Excellent ! Même si « la gomme à dégommer les fôtes d’ortogrâfe » (et à recadrer une syntaxe originale plus que probablement fâcheuse) passe et repasse sans cesse par là.

    Et qui sait ? Peut-être que cette initiative en aidera l’un ou l’autre à ne pas glisser (trop vite, trop loin) dans la fange sans fond, là où même le soleil n’est pas sûr de se lever un jour.

  3. [...] j’ai découvert le blog via Charles même s’il ne veut pas qu’on le [...]

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