A 1 euro 80 l’exemplaire (en Belgique), je n’avais pas vraiment de bonne raison de ne pas faire l’emplette du premier numéro de Vendredi. Je suis un acheteur compulsif de premiers numéros et d’éditions spéciales. J’aime les collectors, avant de les oublier sur la cheminée ou dans un tiroir: j’en achète souvent, et puis je les égare, une foule de publications ainsi accumulées au fil des ans, dans des registres variés allant des compétitions d’échecs à la philosophie, en passant par la politique et la gastronomie, évidemment.

J’avais d’autant moins de bonnes raisons de ne pas acheter Vendredi qu’en plus, c’est un hebdo qui parle du web, en plein centre donc de la cible de mes intérêts. Mais je l’ai fait sans conviction. Au départ, je n’y croyais pas trop: si les gens cessent d’acheter des journaux en papier parce qu’ils ne trouvent pas de bonne raison de payer pour des informations qui sont librement accessibles sur le web, pourquoi grands dieux iraient-ils payer pour une simple mise en pages de ce qui s’écrit sur ledit web. C’est un peu le serpent qui se mord la queue, non?

N’y croyant donc pas trop au départ, je n’y crois pas plus à l’arrivée. Si je devais ramasser mon impression sur Vendredi en quelques mots, ce serait: tous les inconvénients du net (choisissez ceux qui vous agacent le plus) sans aucun de ses avantages.

Quelle mouche a donc piqué les promoteurs de ce projet hasardeux, qui ne sont pourtant pas de jeunes diplômés d’HEC ou de l’ESJ, bardés d’illusions commes un retraité le serait de vieilles actions Fortis et de cuisants souvenirs des emprunts russes? L’exemple de Courrier International? C’est possible, sinon probable: Jacques Rosselin, le directeur, en a été le créateur, explique-t-il dans son édito. Un regard différent sur l’actualité, avec un ton plus libre, y promet-il.

Elevant le débat sur son blog et dans Médiachroniques, Narvic y voit pour sa part une tentative de retour des journalistes dans le jeu, comme médiateurs professionnels de l’information. C’est manifestement l’intention qui sous-tend la démarche, en effet. Mais je n’arrive décidément pas à comprendre le choix du papier pour la mener à bien.

Non que j’y sois devenu hostile, bien au contraire. Mais le genre de sélection que nous propose Vendredi, on en trouve des tonnes, parfois aussi bien faites mais toujours entièrement gratuites et plus pratiques à utiliser sur le web (à ce propos, voyez par exemple le tout nouveau Media Links). Bref, tout cela me semble procéder d’une certaine confusion dans les esprits, d’une vieille croyance que seul le papier anoblit l’info, lui donne l’autorité et le prestige qu’autrement formatée, elle ne saurait avoir… Alors qu’au fond,  le débat n’est pas là: il n’y a bien entendu que le contenu qui importe, quel que soit le support sur lequel il est stocké. Ce que relève assez bien sur Contre-Feux, je pense, l’ancien directeur de la rédaction de l’International Herald Tribune, Michael Oreskes.

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5 Réponses to “Vendredi couche le web sur papier”

  1. Baudouin dit :

    j’ai tendance à acheter les premiers numéros des publications. J’ai même fait partie des gens qui ont acheté « Croissant chaud » le quotidien culturel belge qui a duré quatre jours aux début des années nonante. Tout ça pour dire : il t’a fallu chercher beaucoup avant de trouver un endroit qui vende vendredi ou bien le titre est chouchouté par les AMP ?

  2. Charles Bricman dit :

    @ Baudouin: Je ne sais si le titre est chouchouté, mais je l’ai trouvé samedi matin chez mon ami Alexandre, le libraire de mon quartier, près de l’ULB…

  3. Rosselin dit :

    Vendredi est un hebdo consacré à l’actualité, pas au web comme vous le dites… D’où peut-être votre déception.

    Comme vous, je m’informe beaucoup sur le net. Et je continue à lire la presse papier. La lecture d’un journal est une expérience irremplaçable.

    L’info et le commentaire foisonnent sur le net. Leur quantité et leur qualité augmentent. Un journal comme Vendredi, qui propose une sélection intéressent à la fois ceux qui s’informent sur le net, et qui mesurent donc la difficulté et la pénibilité de la tâche, et ceux qui ont renoncé à le faire, mais savent qu’ils ratent quelque chose. Il y a eu et il y aura d’autres initiatives de ce type.

    Bien sûr qu’il existe beaucoup de sélections d’articles sur le net. A commencer par la vôtre, sur votre agrégateur de flux RSS. Celle de Medialinks est d’ailleurs intéressante (bien qu’elle soit la somme de sélection individuelles et non la sélection d’un collectif, comme pour un journal ou un site d’information). J’aime bien celle de Betapolitique aussi. J’utilise les deux pour la sélection de Vendredi. Et d’autres. Le journalisme de liens, comme dirait Narvic, va se développer. Sur le net, mais aussi dans les autres médias. Je connais quelqu’un qui lance une télé hertzienne sur le même pincipe que Vendredi.

    Il existe sûrement beaucoup de site de sélection d’articles étrangers sur le net. Pourtant Courrier International, un autre hebdo en papier, continue de se vendre. La sélection de Vendredi, outre l’avantage d’être présentée comme un journal de 8 pages (ce qui a beaucoup d’avantages) elle est unique. Le tout est qu’elle rencontre son public.

    Enfin sur des journalistes qui voudraient rester dans le jeu, tout à fait d’accord. C’est une bonne chose à mon avis. Mais ils le feront d’autant plus qu’ils comprendront que le net est devenue une source d’information majeure et qu’avant de faire leur journal, ils doivent comprendre que leur lecteur a déjà beaucoup lu sur le net. S’il le font, le net encouragera à la lecture du papier.

    Bonne lecture (et je contacte notre diffuseur pour qu’il alerte l’AMP !).

    Jacques Rosselin
    Fondateur de Vendredi (et de Courrier International quand j’étais petit)

  4. Rosselin dit :

    D’ailleurs, je prévois d’essayer de faire bientôt l’exercice en Belgique francophone avec les blogs et sites d’info belge. Si vous voulez me donner un coup de main, je suis preneur !

    JR

  5. Charles Bricman dit :

    @ J. Rosselin: Merci de recevoir comme vous le faites, avec beaucoup d’élégance, les commentaires un peu sceptiques que j’ai publiés sur votre démarche. Pour avoir connu ça, dans le lancement de différents projets, je sais combien c’est décevant, un peu décourageant parfois. En me relisant, j’en viens à regretter de n’avoir pas mieux souligné ce qui est pour moi une évidence: je souhaite de tout coeur me tromper et voir « Vendredi » réussir son pari.
    Si je peux vous y aider, sur la Belgique, je le ferai avec plaisir.
    Le premier numéro de Vendredi ne m’a pas déçu. C’est le modèle qui me laisse un peu perplexe. En espérant me tromper, je le répète.

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