Je reconnais que pour l’heure, la crise financière occupe plus souvent mon esprit que les réformes institutionnelles en Belgique. La nouvelle émission politique de la RTBF, « Répondez @ la question« , mercredi soir aux Halles St Géry, fut donc une distraction bienvenue, en l’absence persistante et amèrement regrettée de Dr House sur d’autres chaînes.

Assez curieusement peut-être, je trouve quelques points communs entre le toubib cyniquement misanthrope de la géniale série et Bart De Wever, le premier invité de Johanne Montay et François de Brigode. Affirmation qui, je le suppose et l’espère, doit vous en boucher un coin.

Ce n’est pas le physique, bien sûr, ni la fonction. Mais ce sont l’un et l’autre des provocateurs. Et quelque part, c’est salutaire des gens comme ça. Il ne faut pas que ça, dans une société. Mais il en faut. Pour se poser, il faut pouvoir s’opposer.

Parce que bon, c’est sûr, je ne suis pas un supporter de Bart. On n’est pas du même bord, lui et moi. Pas parce qu’il est Flamand, et moi francophone, mais parce que sans doute, nous n’avons pas la même conception du monde. Il est conservateur, je suis, philosophiquement, libéral – ce qui n’est pas forcément une intention de vote comme aurait ricané cet autre vieil emmerdeur, le regretté Jacques Schepmans. Il est nationaliste, je suis internationaliste. So what? Cela ne m’empêche pas d’avoir de l’estime, et même de l’admiration, pour cet adversaire, pour ce sulfureux personnage qui a si mauvaise presse, dans notre bout de Belgique à nous.

Sur le site de la RTBF, quelques téléspectateurs internautes ont salué son courage d’être venu, seul et en français, affronter un panel d’inquisiteurs armés de plumes et de goudron. Qui en ont été pour leurs frais: Bart est sorti en costume et sur ses pieds d’une tentative de lynchage qui n’a pas eu lieu.

Bien sûr, tous les grands classiques étaient de sortie. Avec un tel personnage, pas besoin de chercher longtemps dans les archives pour trouver des motifs d’inculpation. Sa photo déjà ancienne, en svelte jeune homme, aux côtés de Le Pen, par exemple. « Cette vieille photo prise dans une salle où j’ai aussi été écouter des communistes, a-t-il répliqué, c’est le Vlaams Belang qui vous l’a fournie. Bravo« . Les procureurs ont rapidement changé de sujet. Sa présence aux funérailles de Karel Dillen. « Je m’étais promis d’y assister, parce qu’il était venu, il y a longtemps, à l’enterrement de mon père. C’est personnel« . Et d’ajouter qu’il ne regrettait pas ce geste, qu’il le referait, s’arrêtant de justesse dans son envie de conclure: « Et je vous emmerde« .

Et sa rafale en piqué contre le principe monarchique, alors qu’on le pressait de dire son sentiment sur la succession d’Albert Deux… « Dans un tel système absurde, on est soumis au hasard. On peut avoir un monarque de qualité, on peut avoir un prince Philippe« . Là, j’ai entendu ma femme éclater d’un rire sonore de derrière son Sudoku.

De vraie politique, il a finalement (trop) peu été question. C’est dommage mais c’est désormais la règle sur une scène médiatique complètement pipolisée. Les idées de Bart, la politique de De Wever, c’était hors propos. Il fallait une cible. Elle s’est plutôt bien défendue, la cible, pratiquant avec adresse l’art du contre-pied. Forçant ses accusateurs à reconnaître qu’il n’est ni négationniste, ni fasciste, ni rien de tout ça.

On n’a pas encore vraiment compris, au sud du pays, que le nationaliste flamand d’aujourd’hui n’est plus celui qu’on a connu, crâne rasé et bottes cloutées. C’est devenu un démocrate qui ne pense pas comme nous. Un adversaire à combattre dans les règles, plutôt qu’un ennemi à abattre. Et qui nous interpelle quand il nous dit que la Belgique n’est plus un Etat, mais une conférence diplomatique. Et là, il n’a pas tort, Bart De Wever. Ce qui nous distingue, c’est la route à suivre, l’objectif à atteindre. Pour lui, la consécration de cet état de fait dans un divorce de velours. Pour nous, la refondation d’un Etat de droit, avec son espace public (con)fédéral.

Alors, cessons les gesticulations, amusantes mais stériles. Débattons.

P.S.: Je m’interroge un peu sur le devenir de cette nouvelle émission, dynamique dans la forme. Le service public osera-t-il conserver le ton ironique et agressif qu’il a adopté avec Bart De Wever quand il priera poliment Reynders, Di Rupo, Milquet, Javaux… de répondre @ la question?

P.P.S: Pas de commentaire sur le volet web de l’émission, façon courrier des lecteurs. C’était où, au fait?

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5 Réponses to “Bart De Wever s’en sort bien”

  1. Ø dit :

    Pas un seul mot sur ses comparaisons « historiques » entre certains faits et les accords de Munich ou le gouvernement de Vichy ?

  2. Baudouin dit :

    C’était aux Halles Saint-Géry.

  3. Geneviève dit :

    Cette émission était plutôt un tribunal et un interrogatoire qu’une entrevue avec un homme politique. Les journalistes étaient d’une agressivité incroyable et d’une familiarité frisant la vulgarité. On était plus proche du talk show à la Fogiel ou Ardisson que d’une vraie émission politique. Du reste les questions relatives à la politique ont été très rares. Je n’ai pas de sympathie pour Bart de Wever mais hier c’étaient ses interlocuteurs qui étaient antipathiques et très lourds. Et au point de vue linguistique, je continue à m’étonner d’entendre des journalistes (donc des universitaires ?) incapables de prononcer « Het laatste nieuws » ou même België ! C’est pitoyable. Bart de Wever parle pour sa part un très bon français , avec quelques erreurs mais il sait manier le second degré et le sens figuré , ce qui n’est pas facile dans une langue « étrangère ». Quant à son opinion au sujet du kroonprins, elle n’est sûrement pas isolée !!!

  4. Peter's Blog dit :

    Bart De Wever scoort op de RTBf…

    Gisteren ging op de RTBf een nieuw programma van start: Répondez @ la question werd simultaan uitgezonden op de TV, radio en het internet. De gast krijgt een spervuur van vragen te beantwoorden afkomstig van 3 panelleden, een moderator, maar ook kijk…

  5. Je n’ai pas vu l’émission et je le regrette, mais sur mon île je ne capte pas la RTBF. Dommage.

    J’avoue sans honte, alors ue je suis un pourfendeur du nationalisme flamand et du flamingantisme (pléonasme), que j’apprécie beaucoup le « personnage » Dewever car il est un des seuls politiciens de l’Ubuland qui parle vrai. Si je comprends bien, il vient encore une fois d’en faire la démonstration.

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