Le parachutage en urgence de Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani à la tête de Dexia n’a pas empêché la banque des pouvoirs locaux d’encore prendre une claque à la corbeille, aujourd’hui: – 12,5% à Bruxelles, -13,3 à Paris. Sans doute faut-il compter sur ce qu’ils feront, plutôt que sur leurs seuls noms, pour rassurer les marchés. Car la crise de confiance est profonde.

L’autre soir à la télé, j’entendais Peter Praet (BNB) expliquer en souriant, détendu presque, que la seule chose qui faisait peur, au fond, c’était la peur elle-même. La crise financière est bien une crise de confiance. Au sens propre, un grave ébranlement du crédit sur lequel reposent l’activité et la pérennité d’une institution bancaire. Qu’arrive alors une impuissance à honorer ses obligations (la cessation de paiement), et voilà réunis les deux éléments constitutifs de la faillite, comme le savent tous les juristes.

Si les Etats s’engagent aujourd’hui massivement dans le soutien des banques, c’est donc pour restaurer l’indispensable confiance enfuie. Mais on en vient alors à ce que j’appelerai le dilemme du passager, qui est aussi le défi lancé au commandant de bord: quand le navire est menacé de naufrage, tout mouvement de panique accroît le risque de le voir se produire. Le capitaine exhortera donc la foule à se calmer en se montrant calme et résolu, serein, parfaitement maître de la situation. Ce qui ne peut marcher que si le public n’en vient pas à considérer que ce n’est là qu’une pieuse tromperie, qu’au lieu de rester sagement assis en chantant « Plus près de toi mon Dieu…« , comme sur le Titanic, mieux vaut tenter de sauver sa peau en se ruant vers la sortie, chacun pour soi.

On en est là. Avec ce handicap, si l’on veut éviter la panique mortifère, qu’on nous a déjà tellement bercés de propos lénifiants tragiquement infirmés, que les mâles résolutions de nos princes peinent encore à convaincre qu’elles seront suivies d’effets bénéfiques. La panique menace. Voyez la bourse, qui n’est qu’un baromètre des humeurs mais qui pointe toujours résolument sur « tempête »…

Quel gâchis!

Dans son acception la plus simple, la banque est pourtant une vieille invention géniale et un concept d’une rare élégance: il désigne une entreprise dont l’activité consiste à se procurer des fonds auprès de ceux qui n’en ont provisoirement pas d’autre emploi pour les prêter à d’autres, qui en manquent tout aussi provisoirement. Elle se rémunère normalement sur la différence entre le taux d’intérêt exigé de l’emprunteur et celui qui est servi au déposant, ce qu’on appelle la marge d’intermédiation.

Ce beau système est aujourd’hui pratiquement à l’arrêt.  Les banques ne prêtent plus, elles n’en ont plus les moyens. Elles ont un problème de liquidité (la capacité d’honorer leurs obligations à court terme) parce que des doutes sont nés sur leur solvabilité. Pourquoi? C’est tout simplement la qualité de certains de leurs actifs qui est en cause.

Vous prêteriez des fonds à quelqu’un dont vous n’êtes pas sûr qu’il puisse vous rembourser à la date convenue, vous? Moi pas.  Les banques non plus. Le marché interbancaire est donc asséché et les seuls établissements qui s’en sortent sont ceux qui y ont le moins recours. Or, il y en a de moins en moins. Avec les taux si bas que nous avons connus (merci, Greenspan!), les clients ont réclamé mieux que la rémunération d’un « bête » dépôt. But there is no such thing as a free lunch in Wall Street: une meilleure rémunération, cela va obligatoirement de pair avec plus de risque. Et les rubriques d’actif des banques se sont « enrichis » de créances de plus en plus douteuses, dont les désormais fameux subprimes (prêts hypothécaires sophistiqués à des clients moins solvables) sont les exemples emblématiques.

Et quand la bulle immobilière a éclaté aux Etats-Unis, quand les premiers défauts sont apparus chez les heureux propriétaires de maisons dont les prix avaient cessé de grimper, la valeur de ces actifs bancaires – comptabilisés selon les normes IFRS à leur valeur de marché – a dégringolé. Les bilans se sont dégradés et les mirifiques bénéfices des années dorées se sont envolés.

Parce que le bilan d’une banque, c’est comme celui de n’importe quelle entreprise: l’actif est égal au passif… Ce qui veut dire que quand l’actif diminue, il faut opérer aussi une soustraction au passif. Et comme ce ne sont évidemment pas les dettes qui diminuent, ce sont les fonds propres. Et il faut recapitaliser quand c’est possible. Sinon, on ferme. Comme Bear Sterns, Lehman Brothers… Ou on se fait racheter dans l’urgence, pour un sachet de peanuts. Comme Merril Lynch. Ou Fortis.

Je simplifie à outrance, je sais. Mais je crois qu’il n’est pas de question si complexe qu’elle ne puisse se comprendre par l’énoncé d’un principe élémentaire.

Ajoutons-y quand même que notre monde est désormais globalisé. Que tout est lié. Aussi et même surtout dans les banques, où l’épidémie née aux Etats-Unis se répand désormais dans le monde à la vitesse de la foudre, provoquant ces événements que l’on découvre, effarés. Faisant disparaître chez les utilisateurs comme chez les acteurs du système financier la confiancesur laquelle celui-ci repose, dans un équilibre élégant, mais fragile finalement: une masse normalement stable de dépôts plutôt à court terme finançant l’octroi de crédits plutôt à long terme à ceux qui en ont besoin.

Et ça c’est pour la crise financière. Qui porte en ses flancs la menace de la crise économique. Il est probable que la première passera, se résorbera lentement. Trop lentement sans doute pour nous permettre d’échapper à la seconde, qui pointe déjà le bout de son vilain museau…

Allez, bonne soirée quand même!

A lire ailleurs, par exemple:
Le Québecois Libre – Les deux causes de la crise.
LePost.fr – Plus ça rassure, plus ça panique (avec une citation de ce billet).
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3 Réponses to “Crise financière: la question de confiance”

  1. Denis dit :

    Mises en chantier en berne, arrêt de lignes de production, PME sans liquidités court terme, augmentation du chômages et et du poids des allocataires sociaux, vieillissement de la population spoliée de son épargne, dépréciations immobilières, endettement maximal des états …

    Y’a un magicien dans la salle ?

  2. Francois T dit :

    Merci pour ce très bon billet!

    À quand la parution de « La crise économique » pour les Nuls, par Charles Bricman? :-)

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