Dans le jargon des journalistes, un « marronnier » est une espèce végétale qui verdit, fleurit et offre ses fruits – oui, tout ça en même temps – à ces moments pourris de l’année civile où les secrétaires de rédaction dégoulinent de sueurs froides à l’idée d’avoir à remplir leurs pages pour d’hypothétiques lecteurs tartinés d’écran total, alors qu’il ne se passe strictement rien.

Toujours mutine, la rédaction politique de La Libre, a choisi cette année de s’inviter à quelques bonnes tables de notre si plat pays pour tenter de découvrir, entre la poire et le fromage de Herve, l’un ou l’autre jardin secret des princes et princesses qui font semblant de croire qu’ils nous gouvernent, rebelles et insoumis chauvins querelleurs que nous sommes, nous, les Belges d’hier et d’aujourd’hui (je formule les réserves d’usage pour mes concitoyens de demain, en attendant de savoir dans les plis de quels drapeaux ils seront priés de s’émouvoir). Veuillez noter au passage, chers lecteurs, que je viens d’établir, au deuxième essai, ma meilleure performance de l’année avec une phrase de huit lignes entières sans reprendre mon souffle. Merci.

C’est anthropologiquement fascinant. Nos maîtres et maîtresses (enfin…) sont en majorité de grands sportifs. Pour Nollet le volleyeur, on savait; aussi pour De Decker (Jean-Marie-le-judoka, pas Armand quand même, celui-ci ne porte que des ceintures tricolores, non reconnues sur le tatami). Mais Caroline Gennez en jupette Lacoste sur un court en brique pilée? Louis Michel, mal guéri de sa passion pour les gros cubes, hésitant sur le fer à choisir pour écraser Tiger Woods d’un birdie meurtrier? Javaux même, le gentil Jean-Mi plaçant un carreau à l’ombre des platanes? Bon d’accord, Elio et Marie Arena dans une salle de fitness (pas la même, rassurez-vous), c’est plus crédible.

Et la série n’est pas finie. Michel D. nous dira peut-être bientôt, retour de Pékin, qu’il a lu dans Virgile que Jupiler rend fous ceux qu’il veut perdre. Et j’espère qu’Evelyne Huytebrouck aussi aura son tour, et qu’elle avouera qu’un jour ancien, je lui ai mis deux sets à rien sur un court du TC Charles-Quint, en abusant un peu des amorties, il est vrai, mais c’est la vie: on fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a!

Le deuxième plus fort contingent est celui des gourmets et des gourmands, l’eussiez-vous cru? Mention spéciale à Magnette: sa soupe de poissons sortant de l’eau me la met à la bouche. Un peu curieusement pour un Carolo, Chastel avoue une passion pour le bourgogne, généralement mieux vu à Liège, mais c’est peut-être pour frotter la manche à Reynders, lequel ne se découvre toutefois que pour avouer son penchant pour le lave-vaisselle. La manie du rangement, que voulez-vous. Alors, un barbecue chez les Vandeurzen?

Non, personnellement, j’irais plutôt dîner chez Wathelet, même si son père, Melchior VI ou VII, je ne sais plus, m’a un jour fait servir en son cabinet des rognons, que je déteste: il paraît que la cuisinière du fiston est experte en sauces à l’ancienne, de vrais pousse-au-crime qui terrorisent Yves Leterme.

Je badine, je m’amuse, là, vous avez compris je suppose, et j’espère que vous aussi, un petit peu au moins. Mais c’est mon marronnier à moi, nourri aux sucs de cette série de La Libre, délicieusement « province » au demeurant. Et un peu longuette quand même. Faut touiller dans le potage pour y trouver du gras.

Ah, si, quand même: maman Milquet se demande si elle n’aurait pas dû faire autre chose que de la politique. Elle n’est pas la seule à penser ça. Bart De Wever a quelque chose de touchant, je ne rigole pas. Et Louis Michel aussi, mais ça je le savais, c’est un tendre sous son masque, Big Loulou. Il résiste au sommeil parce qu’il n’aime pas le noir de la nuit, il a peur de la mort. Moi aussi, Louis.

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2 Réponses to “Sous mon marronnier à moi”

  1. « Bart De Wever a quelque chose de touchant, je ne rigole pas. »

    Vraiment ? C’est vôtre adversaire ? voir Non ?

    :)

  2. Charles Bricman dit :

    @ Vlaamse WebRing: Mes adversaires ne sont pas des ennemis, cher ami! Je les respecte et il peut leur arriver de me toucher, voire de m’émouvoir. Je confiais encore aujourd’hui à des amis que si j’étais toujours journaliste et qu’on élisait encore un « homme politique de l’année », mon choix se porterait peut-être bien sur Bart De Wever. Pas pour ses idées, que je ne partage pas, mais parce qu’incontestablement, il est une des personnalités les plus marquantes de la rue de la Loi, ces temps-ci.
    ;-)

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