Les règles de l’écriture web
Jeudi dernier, j’ai été reconnaissant à Fabrice de répondre à ma place à cette question qu’on me posait, dans une réunion chez un de nos clients: y a-t-il des règles particulières à observer pour écrire sur un site internet?
Question trop classique pour n’être pas « piégeuse ».
Fabrice a répondu que oui. Il a expliqué qu’on ne lisait pas un texte sur écran de la même façon qu’on lit un livre. On « scanne » le texte. On cherche d’abord à savoir s’il vaut la peine d’être lu, s’il apporte une réponse à la question qu’on se pose. Et puis on la cherche en balayant l’article, cette réponse.
Il avait raison, Fabrice. Evidemment.
Il s’en déduit certaines conclusions sur la (bonne) façon de rédiger et de présenter son texte. Qui n’est au fond que celle qu’on apprend aux jeunes journalistes, dans la plus pure tradition anglo-saxonne. La pyramide inversée. On commence par l’essentiel et on « descend » progressivement vers les développements, puis les détails.
On donne l’info en premier, quoi. On ne joue pas avec les nerfs du lecteur comme dans un polar. On lui dit d’entrée de jeu qui est l’assassin et on explique ensuite comment il a perpétré son crime, et pourquoi.
C’est la règle. Générale.
Il n’y a pas d’exception.
Brian Clarke est un blogueur connu. Il publie un sacrément bon blog sur l’écriture pour le web. Copyblogger.
Si vous allez sur son site, ce que je vous recommande sans hésiter si le sujet vous intéresse, vous trouverez dans la sidebar de gauche, dans la rubrique « resources » (c’est en anglais, il n’y a qu’un seul « s » au milieu), un lien vers une série de dix billets sur les fondements du copywriting efficace: Copywriting 101.
Quand vous voyez « 101″ sur un site anglo-saxon, c’est qu’on va vous expliquer les bases. Rien à voir avec les Dalmatiens de Walt Disney. En principe.
Le premier billet de la série est titré: « Don’t read this » (ne lisez pas ceci). Il commence par y parler de son chaton, Fluffy.
Il n’aborde vraiment son sujet qu’au cinquième alinéa. Contre toutes les règles de l’écriture web en somme.
C’est une façon comme une autre de vous montrer que les règles, c’est comme les principes: il faut s’appuyer dessus jusqu’à ce qu’ils cèdent. Si vous êtes toujours là, c’est que c’est bien vrai.
Mais je ne vous ai pas encore dit l’essentiel de ce que je voulais vous dire en commençant à écrire. Et j’ai multiplié les digressions sans intérêt véritable. Qu’est-ce que le chat de Brian et les Dalmatiens de Walt ont à faire ici?
J’ai rédigé ce billet en dépit du bon sens.
Quoique.
Vous voulez que je vous dise?
Soyez vous-même.
Cela ferait un titre passable pour cet article, non?

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Juste un avis rapide en passant
Le fait de connaitre les principes de base de l’écriture web permet de les transgresser en connaissance de cause….
De plus, ces règles ne doivent pas être rigides….
Ceci dit, le ’soyez vous-même’, d’accord dessus… mais demande à 20 débutants d’écrire un article web avec juste comme conseil ‘Soyez vous-même’…. je te promet un résultat intéressant
Honnêtement, je pense que lorsque l’on forme à l’outil web (par exemple pour les blogs ou les CMS), un minimum de formation peut aider
Ensuite, c’est à chaque rédacteur à avoir son propre style.
Cher Charles, merci pour ton article intéressant et ton cri du coeur : soyons nous-mêmes. Néanmoins, il m’arrive fréquemment, en formation, de souligner combien le procédé de la pyramide inversée est presque contre nature. Et pour exemple, je prends toujours les contes de fées : d’abord la contextualisation, l’historique, les origines, le décor de l’histoire (une forêt impressionnante, une petite fille orpheline, un grand monstre ancestral) et ensuite seulement l’action, le vif du sujet (elle se fait manger, il la séquestre pour l’épouser, etc.).
Autre exemple, sur un intranet : un appel à célébrer ensemble la 2de édition du barbecue du personnel. Dans la majorité des cas, on trouvera tout d’abord un descriptif de l’édition précédente : « Souvenez-vous, il y avait du soleil, nous étions nombreux et le vin coulait à flots. Sans compter les 110 kilos de saucisses qui sont partis en 1 heure. Etc. Etc.
Et ce n’est qu’ensuite que le texte évoque l’édition prochaine : le lieu, la date, les conditions de participation et d’inscription.
La nature voudrait donc qu’on contextualise toujours l’information avant d’entrer dans le vif du sujet. Or sur le Web, l’internaute demande, précisément, le contraire.
Qu’en penses-tu ?
@ Muriel: Content de te retrouver ici: ça faisait (trop) longtemps… C’est ma faute aussi: je n’écris pas souvent sur l’écriture, que tu connais si bien.
Mais j’y reviens. Et j’y reviendrai encore. Ce billet-ci était un coup de semonce en somme, une petite provocation, un appel à la révolte contre les dogmes…
Tout dépend du destinataire, me semble-t-il, de celui à qui on s’adresse. Si je suis un vendeur qui a des aspirateurs à placer, je ne rédigerai pas mon message en 10.000 exemplaires de la même façon que si j’organise le barbecue annuel dans ma petite entreprise.
La seule « réglementation »immuable me semble dépendre de trois objectifs:
1. Accrocher le lecteur, éveiller son intérêt;
2. Le garder jusqu’au bout du message;
3. Le convaincre de faire ce qu’on attend de lui (serait-ce seulement: réfléchir…)
On n’atteint pas ces objectifs de la même façon avec tous les types de lecteurs. Et cela me permet de réenfourcher un de mes dadas favoris: dans la communication, surtout à l’heure du Net, le destinataire du message est au moins aussi important que le message lui-même.
Alors, pour répondre (enfin!) à ta question, je crois avec toi que, spontanément, l’émetteur contextualisera toujours son message avant de le délivrer; et qu’il perdra ainsi bien des lecteurs pressés avant qu’ils l’aient lu.
Mais la question générique est toujours la même: comment accrocher et conserver son lecteur? L’exemple que je cite avec Brian Clark est là pour montrer, je pense, qu’avec sa réputation et son talent, on peut y arriver en prenant les règles à contre-pied.
Mais il est évident, et là je réponds aussi @ Fabrice que je salue aussi, bien sûr, que pour dépasser les règles, il faut d’abord bien les connaître et savoir les appliquer! D’où l’utilité d’une bonne formation.
Cher Charles, décidément, nos intentions se croisent: je viens de publier il y a quelques jours un article intitulé « Les 10 dogmes du Web », dont le dernier est certainement celui que je préfère :
mieux vaut violer ces règles que d’essayer d’inventer des solutions barbares !
Avec plaisir pour l’aventure d’un carnaval estival… Le Webwriting me semble un bien vaste thème. Pensais-tu à un sujet spécifique?
A bientôt !
Si tout dépend du destinataire… alors pourquoi « les règles de l’écriture web » ? Sommes-nous différents lorsque nous sommes « sur le web » ?
@ Guy: « Sommes-nous différents lorsque nous sommes sur le web? »
Il me semble qu’en majorité, nous ne lisons pas de la même façon. Personnellement en tout cas, je me sens incapable de lire un long texte sur écran. Sur le web, je cherche ou bien des informations rapides et condensées, ou bien des références que je mets de côté pour les lire plus tard, à l’aise, en version imprimée.
Je souligne par ailleurs ce qui m’apparaît comme le caractère relatif des « règles de l’écriture web ». Ce sont des règles générales. Il y a des exceptions…
Bonne journée et merci pour votre intervention.