Promenade en Flandre radicale

Luc Van Braekel nous apprenait samedi, sur son blog, que la NV-A avait finalement décidé de ne pas porter plainte contre Le Soir ni contre Pierre Bouillon, le journaliste du vespéral qui, dans une « fantaisie»  à la verve satirique, avait suggéré d’emmener les dirigeants, cadres, militants et électeurs du parti nationaliste prendre un bain au milieu de l’Atlantique…

Je vous avais bien dit qu’ils étaient intelligents, à la NV-A, et donc dangereux avec leur idéologie nationaliste. Mais bon, ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Luc – que je ne connais pas personnellement – a eu la gentillesse de faire un lien vers mon commentaire et ça m’a valu un bel afflux de lecteurs du LVB.net.

Je me suis moi-même essayé à un commentaire chez Luc, et les réactions ont afflué. Sociologiquement intéressantes, même si cela n’a aucunement valeur de sondage sur l’état de l’opinion nordiste. Au menu: quasi-complète incompréhension réciproque avec des interlocuteurs plutôt radicaux.

Les plus anecdotiques de ces réactions sont peut-être les plus significatives, finalement: deux lecteurs ont tenu à entamer leurs critiques en me félicitant pour… mon néerlandais! Comme s’il fallait s’étonner, quand on est Flamand, qu’un francophone vous parlât dans votre langue, sans faire trop de fautes de vocabulaire ou de syntaxe.

Cela en dit long, me semble-t-il, sur la nature du ressentiment qui reste vivace dans l’esprit de certains et qui est celui de tous ceux qui ont été ou se ressentent méprisés. Je ne dis pas: « injustement» , car c’est une évidence: on ne méprise jamais « justement» . Les Belges francophones en sont très largement responsables, évidemment. Et c’est encore ça qui rend si difficiles les questions touchant aux communes périphériques et au libre emploi des langues en Flandre.

En ce sens et n’en déplaise à nos hautains superbes à nous, les Flamands sont à la Belgique ce que les francophones du Québec sont au Canada. Et ce que nous sommes déjà, nous francophones, au reste du monde, dont les cours ne parlent plus français.

L’ignorance aussi

Marchant de conserve avec le mépris, il y a l’ignorance. Les clichés. Plusieurs de mes interlocuteurs ont paru persuadés qu’en tant que francophone, je devais immanquablement les considérer comme des « fascistes» , des « racistes»  ou des « Serbes» , et quand j’ai suggéré que leur façon de vouloir interdire certaines formes d’humour et de caricature (drôles ou médiocres, c’est une autre histoire) s’apparentait en somme à la réaction des islamistes contre les dessinateurs danois… Amaï!

Impossible de faire admettre que je ne les soupçonnais aucunement de vouloir déclencher un jihad entre la Meuse et l’Escaut, que j’établissais seulement un parallèlle entre deux refus de prendre des distances avec une situation donnée par le biais de l’humour.

Ces attitudes me paraissent évidemment excessives, mais je pense que nous devrions essayer de comprendre, et de voir que sauf au Vlaams Belang, des émissions comme Bye, bye Belgium sont très mal prises en Flandre, comme le signe de notre méconnaissance et de notre incompréhension de la réalité flamande.

Nous pouvons nous étonner de cet état d’esprit dans le chef d’une Flandre émancipée, plus riche (ou moins malade) et majoritaire. Nous devrions apprendre à en tenir compte. Se mettre à la place de l’autre, savoir faire preuve d’empathie sont des vertus cardinales, quand il s’agit de communiquer.

Mais cela débouche aussi sur un constat qui caractérise la « question belge»  aujourd’hui: le problème de ce pays est bel et bien qu’il ne compte plus que des… minorités. La flamande et la francophone, pour ne citer que les deux plus importantes, sont l’une et l’autre persuadées qu’elles sont opprimées par l’autre.

Je parie que vous n’y croyez pas, à la domination francophone ressentie par certains Flamands. Les Flamands ne croient pas non plus à la domination flamande ressentie par les francophones. Mais Hugo Schiltz répétait souvent que la Flandre se comportait comme une « majorité opprimée» , qu’elle n’avait toujours pas échappé au complexe de l’underdog. Nous non plus, ou plutôt: nous avons fini par y succomber nous aussi, à ce complexe.

La seule solution? S’informer et se parler, encore et encore. Un de mes contradicteurs, sur le blog de Luc, m’a jugé, avec un brin d’ironie peut-être, « courageux»  de m’être exposé là. C’est encore un signe de perception fantasmatique de l’état d’esprit de l’autre. Il n’y a aucun « courage»  à débattre, même rudement, de questions politiques dans une société démocratique.

Si j’étais Kris Peeters (le ministre-président flamand) j’engagerais rapido un bon budget de com’ pour expliquer la Flandre aux francophones. Et si j’étais Rudy Demotte, j’en ferais autant pour expliquer la francophonie belge aux Flamands.

Et, pssst… Je me tiens à la disposition de l’un comme de l’autre pour les aider à les organiser à ces deux campagnes! ;-)

Je vais peut-être même commencer tout seul, tiens. Une rubrique consacrée aux sites flamands, dans ma blogoliste, ça vous dirait? Et ne me dites pas que vous vous en fichez, de ce qu’ils pensent. Ce serait le signe qu’ils ont raison…

[Màj 3/4/2007: ] Une plainte pour racisme a été déposée contre Le Soir par un requérant agissant à titre personnel.

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17 commentaires pour “Promenade en Flandre radicale”

  1. Denis dit :

    Ca nous changera des vu de Flandre d’une certaine staiton luxembourgeoise…

  2. Charles Bricman dit :

    @ Denis: ça risque de décoiffer, en effet!

  3. Francois dit :

    Pour le coup, nous avons un Ministre-Président qui pourrait n’être pas forcément opposé à une initiative d’ouverture vers nos amis du nord. Il est vrai qu’en la matière, tout ce qui peut être fait doit l’être tant le gouffre d’incompréhension se creuse, et vite!

    En revanche, de ce qu’il a montré jusqu’à aujourd’hui ou, du moins, de ce qu’en ont laissé filtré les journaux francophones (je ne lis pas encore la presse flamande), Kris Peeters ne me semble pas encore avoir le statut d’un homme d’ouverture susceptible de travailler avec ardeur à une meilleure entente entre les communautés!

  4. Un petit Belge dit :

    Toute initiative en faveur d’un dialogue et d’une meilleure compréhension entre Flamands et Wallons recevra toujours mon approbation…

  5. Chaos Theory dit :

    Quant on y réfléchit, votre rapprochement avec les islamistes est très juste.

    Car, si, parait-il, la grand majorité des musulmans sont ouverts, accueillant, non -djihadiste, etc… il s’agit de la majorité…silencieuse.
    Qui entend-on toujours? La minorité belliqueuse et hurlante qui se fait entendre à coup de bombes, de kalachnikov et autre discours intégristes enflammés relayés (et amplifiés?) par nos médias.

    Qu’entend-on et que lit-on dans les journaux?
    En Flandre on relaie les déclaration tonitruantes de monsieur Maingain, en Wallonie celle de Monsieur De Wever…
    Parce qu’au final, parait-il toujours, on n’a pas de bol…
    On ne se comprend pas parce qu’une (ou duex) minorités hurlent sans arrêt à l’oppression.

    Manque de chance quand même, ces deux minorités sont justement des hommes politiques! Et ce sont encore eux qui font les lois, les révisions de la constitution etc. Allons donc, on n’a vraiment pas de chance.

    Qui doit-on croire? Notre voisin flamand qui nous dit que le séparatisme c’est un fantasme de politicien ou les lois et décrets votés à qui mieux mieux? Ou les demandes incessantes de révision de nos institutions?
    Ce double discours, francophone ou flamand, est lassant et peu compatible avec de la démocratie. Soit le peuple ne veut pas le séparatisme et alors on vit le plus grand déficit démocratique de notre histoire, soit les politiques en place on bien été élu pour leur programme séparatiste et il faudrait nous le dire clairement.

    Les média du chaud et du froid, ça ne me laisse pas de glace, ça commence à me perturber… j’ai vécu 20 ans en Flandre (si si, dans une des ces communes « waar vlamingen thuis zijn» ), 8 ans à Bruxelles, et là, je vis en Wallonie depuis quelques années. Je suis quadrilingue et ne me suis jamais senti rejeté… suis je une exception?

    Mon inquiétude est qu’on me donne une nationalité un jour.. Wallon… bouh. Bizarrement, je me sens francophone, membre d’une communauté qui parle français.. mais de nul territoire… Allez, européen je dirais… on partage ce fameux héritage judeo-chrétien dont on ne peux parler. Mais Wallon…

  6. Petruche dit :

    Promenade en Flandre radicale, hahaha elle est bonne.

    Laat ons eerlijk zijn. Vlaanderen wil haar rechtmatige machtspositie binnen de Belgische constructie en respect voor haar taal & cultuur op haar grondgebied, de eerbiediging van taalwetgeving in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest. Daarom eigen ik me het recht toe om in mijn moedertaal te schrijven, even onrespectvol als de doorsnee Franstalige die ik tegenkom.

    Weeral de vergelijking met de Islamisten. Opvallend dat er niemand op die blog was die opriep om de auteur te keelen of om de auteur een berufsverbot op te dringen. In tegenstelling tot anderen.

    Inmiddels blijkt dat er een klacht loopt tegen Le Soir wegens Racisme. Zullen eens zien of het CGKR dit gaat afwimpelen als ‘humor’ of literaire tekst die aanvaardbaar moet zijn. Paul Belien kwam op die Nederlandstalige blog van LVB, leuk dat u even vergeet te melden dat deze persoon op de vingers werd getikt door het CGKR en een quasi berufsverbot kreeg omdat hij in een ‘literaire tekst’ de moordernaars van Joe v Holsbeek vergeleek met roofdieren. Dat was not done wegens de achtergrond van de betrokken personages. Nederlandstalige die iets schrijft over personen met een andere culturele achtergrond=racisme, Franstalige die hetzelfde doet=satire. 2 maten & 2 gewichten, dat zijn we in Vlaanderen ondertussen gewoon.

  7. Charles Bricman dit :

    Bedankt voor uw kommentaar, Petruche. Het incident (Paul Beliën) die U hier meldt wordt mij niet precies bekend, maar principieel is het toch evident dat « 2 maten & 2 gewichten»  mogen niet aanvaard worden, noch in het Nederlands, noch in het Frans.
    We zullen het debat die we elders hebben gehad hier niet hervatten.
    Laat mij maar opmerken dat « Vlaanderens rechtmatige machtspositie binnen de Belgische constructie»  is één aspect, terwijl overgrote Franstalige meerderheden in sommige vlaamse gemeenten en in Brussel een ander zijn. Tenzij uzelf argumenteert op basis van « 2 maten & 2 gewichten» : ik kan beslissen wanneer ik majoritair ben, en ik heb tenminste een vetorecht waar ik minoritair ben.
    Dat schijnt me geen goede basis voor discussie.
    C’est pourquoi je réaffirme que, personnellement, je ne pense pas que la démocratie soit uniquement une question de majorités. Le caractère démocratique des institutions dépend aussi et peut-être surtout de la façon dont les minorités sont considérées et respectées.
    Et je redis que ces façons de comparer ses majorités (la mienne est plus grosse que la tienne…) sont puériles et ne mènent à rien, ce qui vaut pour mes amis francophones aussi bien que pour mes amis flamands.
    Et je répète encore que nous portons tout notre part de responsabilité dans ce vaste foutoir qu’est devenue la politique « belge» . Mais cessons de nous envoyer le passé à la tête. C’est l’avenir que nous avons à construire.

  8. Petruche dit :

    Ik sprak over België als Federale Staat, niet op gemeentelijk of gewestelijk niveau. Als die Franstaligen zich houden aan de regels heb ik daar geen probleem mee. Alleen kan men zich in het BHG niet houden aan de regels, tweetaligheid van ambtenaren heeft men nooit kunnen implementeren. Regels die de Vlaamse aanwezigheid moesten beschermen heeft men naast zich neergelegt of enkel pro forma uitgevoerd. Franstaligen in Vlaamse gemeentes, moeten die dan geen respect hebben voor Vlaanderen en zich aanpassen aan de gemeenschap, de gemeente?
    (Daaronder versta ik tweetaligheid, administratief het Nederlands hanteren zonder boeh of bah.)

    Laat ons duidelijk zijn, men raakt niet aan de taalgrens en men zal moeten aanvaarden dat Ten Noorden daarvan Vlaanderen ligt en principieel het grondgebied vormt van de Vlaamse gemeenschap, de Franse gemeenschap is er te gast. Als men dat niet wil begrijpen dan is er geen Belgique meer.

    Vertrouwen is belangrijker. Respect voor minderheden is het schild waarachter Franstaligen gaan schuilen als het gaat over Brussel en de Vlaams rand waarbij men impliceert dat men respect moet hebben voor de Franstaligen…vanwege mensen die meestal zelf geen respect hebben voor Vlamingen. Mensen die denken dat dit nu hun heimat is omdat hun taalgemeenschap er de fysieke wonende meerderheid vormt.

    Waar was het respect voor de Nederlandstalige in België, vanaf 1830?
    Quasi nergens, behalve voor Belgische recuperatie. Snapt u, dat is het probleem. Men spreekt over respect maar in het verleden heeft men geen respect gehad voor Vlaanderen. Zwerende wonden zijn ontstaan en het is hoogtijd dat men lik op stuk geeft tenzij men de macht overdraagt aan Vlaanderen, zullen wij eens Wallonië als een wingewest regeren.

  9. Petruche dit :

    Respect…daar hadden we het over. Toeval of niet maar 2 weken naar de hilarische satire van Bouillon lijkt het erop dat sommigen hun bouillonetje overkoken.

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/412853/les-locaux-de-la-n-va-vandalises.html

  10. EricJans dit :

    @ Charles:

    <>

    C’est vrais, sauf que la Belgique n’a jamais été une démocratie. Voilà le problème. Votre explication du ‘repect pour les minorités’ a crée une majoritée Flamande avec un discours minoritaire.

  11. EricJans dit :

    votre citat: »  Il n’y a aucun “courage” à débattre, même rudement, de questions politiques dans une société démocratique. « 

  12. EricJans dit :

    Votre raciste-de-service!

  13. Outlaw Mike dit :

    Petruche, vous vous trouvez sur un blog francophone. Vous pouvez au moins utiliser la langue française, et je dis ça comme membre du Vlaams Belang. Ayez un peu de respect.

  14. melodius dit :

    Meuh non.

    Comme dit le philosophe :

    Et je vous interdis
    À New-York ou Milan
    D’éructer Messeigneurs
    Autrement qu’en flamand
    Vous n’aurez pas l’air cons
    Vraiment pas cons du tout

  15. On a des choses à se dire » Archive du blog » Que de la politique? dit :

    [...] Promenade en Flandre radicale [...]

  16. monsieur m dit :

    je découvre tardivement votre article, mais je ne peux que saluer votre initiative…

    Je suis dans cette même idée de découverte de l’autre car je vis a Gand la semaine depuis quelques mois. J’ai pu observé comment mes colocataires ou d’autres jeunes de mon age ressentais les choses…

    Les sujets politiques ne sont pas facile a aborder, mais la découverte de l’autre et l’apprentissage de la langue est un acte de base de respect envers la 2e communauté de mon pays.

    De cette manière je crois pouvoir affirmer que je tiens a la Belgique dans son entierté, pour ses 2 langues et le brassage des cultures et non pour une autre raison qu’on lui donnerait lié aux clichés « la Belgique de papa» , aux discours populistes de Maingain ou a la fénéantise d’un Etat Wallon socialiste.

    Je crois aussi bien au redressement social de Charleroi qui a plus besoin de soutien que de critiques, qu’au partage des richesses culturelles que la Flandre pourrait apporter a tous les belges.

    Tom Barman le fait bien ! Starflam avait réussit aussi a la faire…
    Les poulycrocs et Jean Luc Fonck a Anvers et ce serait déja bien !

  17. Meining / avis Charles Bricman « Not In My Name dit :

    [...] vous présenter en quelques lignes, et raconter votre expérience lié aux blogs néerlandophone (voyage en Flandre radicale) [...]

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