Samedi, j’ai pris la décision de vendre les actions Fortis qui restent dans mon petit portefeuille d’épargnant individuel. C’est Le Soir qui m’en a convaincu. Ou plutôt, ce remarquable article de Paul Gérard: « Fortis se défend sur le subprime« .
Vous avez bien sûr le droit de vous en battre l’oeil. La gestion de mes économies n’a probablement rien qui puisse vous intéresser. Sauf qu’ici, c’est en réalité de gestion des entreprises et de communication qu’on va parler. Alors, avant de refermer ce billet et de passer à autre chose, écoutez quand même ce que j’ai à vous dire…
Fortis a perdu 3 milliards avant impôts dans la crise dite du subprime. C’est beaucoup, c’est même énorme, mais on a vu bien pire. Fortis s’en remettra. Et ce n’est pas ça qui m’inquiète pour le sort de mon petit patrimoine en valeurs mobilières. Non: c’est ce que dit dans Le Soir le numéro 3 du groupe qui m’effraie, et ce que cela révèle sur son organisation devenue sclérotique. Reprenons.
L’article démarre en révélant qu’un expert du groupe en gestion des risques a rédigé une note dans laquelle il évoque plusieurs avertissements lancés, à différents niveaux, sur ce qui allait se produire. Avertissements non suivis d’effets. Une fois encore, ce n’est pas ça qui interpelle: un avis est fait pour être écouté, il peut ne pas être suivi. Mais pour être écouté, il doit au moins être entendu.
En l’espèce, les avertissements n’ont pas été entendus parce que l’entreprise semble organisée selon un strict régime hiérarchique: au niveau N-4, on rédige des notes qui sont traitées et arbitrées aux niveaux N-3 pour devenir de nouvelles notes traitées et arbitrées aux niveaux N-2, et ainsi de suite. C’est apparemment logique et rationnel mais en réalité effrayant: toute erreur d’appréciation à un niveau inférieur est ainsi assurée d’intervenir dans la décision finale.
Et en décrivant ce processus pour répondre au journaliste le numéro 3 du groupe rajoute une couche:
« Vous savez, nous n’avons rien inventé en matière de contrôle des risques mais il y a chez nous une structure très aboutie et un nombre impressionnant de gens qui contrôlent et se contrôlent.«
Pour terminer provisoirement sur cette perle, à enfiler probablement dans le bêtisier de l’année 2008:
« Nous avons très bien géré le subprime« .
Boufre! A combien donc se serait élevée la note si Fortis l’avait « mal géré », le subprime?
Comme tout le monde…
Mais Numéro Trois n’a pas fini. Il doit encore révéler son indéfectible allégeance à la culture du parapluie:
« Soyons clairs: nous sommes-nous trompés avec sur le risque encouru avec le subprime? La réponse est oui, comme tout le monde« .
« Comme tout le monde »… D’abord, ce n’est pas vrai. La chute du dollar, la bulle immobilière, les dangers des produits dérivés, les excès de l’endettement des ménages américains, cela fait des années qu’on en parle et que je lis des prophéties apocalyptiques à ces propos. Numéro Trois n’en a jamais entendu parler. Peut-être parce qu’elles ne venaient pas de sa « structure très aboutie »? Faut sortir et voir du monde, Numéro Trois, il y a une vie au-delà des murs de Fortis.
Et puis surtout, je ne supporte pas cette façon de rejeter sa responsabilité dans une défaillance, au motif que presque tout le monde s’en est rendu coupable. Error communis non facit ius.
C’est décidé, mardi je vends toutes mes actions Fortis. Malgré le joli dividende. Une entreprise gérée sur de tels principes me paraît courir trop grand risque d’encore en connaître, des erreurs à trois milliards. A la tête du groupe, Numéro Un ne perdra pas le sommeil, même s’il apprend ma défection (ce dont je doute…) A sa place, je passerais quand même un fameux savon à Numéro Trois. C’est pas possible de communiquer aussi mal, au XXIe siècle…
[Màj 24/3/2008]: Dans le même sens et dans une perspective d’intelligence économique, voyez aussi le blog Euresis.

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Pourquoi changeraient-ils lorsqu’on apprend que la société (vous et moi bien entendu) est appelée à la rescousse.
Si elle ne fait rien, ce sera pire dit-on.
Les banques se sentent de toute façon couvertes. Plus grandes seront leurs pertes, plus forte sera l’implication de la société pour les colmater.
Ah, je vous l’avais bien dit, mon bon monsieur, mais si vous y réfléchissez bien, Fortis est une banque ASSURANCE.
Ce qui signifie qu’elle a a sa disposition, en interne sous la main, des mathématiciens probabilistes que l’on appelle ACTUAIRES et que l’on paie bien cher pour ne pas suivre leurs conseils…
Au total, tout cela, cela s’appelle de la BUREAUCRATIE et c’est, d’après les dernières études en sociologiedes organisations, la meilleure forme d’organisation pour faire face à un environnement STABLE…
Alors ?
Pensez en ce que vous voulez, mais $,subprime, pétrole, bourse cela devrait en faire réfléchir plus d’un…
[...] On a des choses à se dire Le blog, outil littérairePromenade en Flandre radicaleLe Temps ne change pasFuzz, le buzz qui fuseRires interdits?Pourquoi je vends mes actions Fortis [...]
Vous avez eu raison de vendre.Moi,j’ai acheté aux palliers suivants:18 E 16 E 14 E 12 E 9,80 E puis 8,80 E
J’ai osé,fait confiance et patratas,l’action est descendu a moins de 7 Euros.
Je me le pardonne pas!
Bon.
Je suis au contraire de vous et comme Paul Fyens entré dans le capital de Fortis au plus fort (encore que cela soit loin d’être sûr) de la baisse: ce jeudi 2 octobre au prix de 4,82€ l’action: action de pure spéculation, je le confesse.
Ce soir, je viens d’apprendre le démentèlement de l’entreprise et les conséquences catastrophiques sur l’action que cela ne manquera pas d’avoir.
Ensuite, j’ai lu votre commentaire prophétique ci-dessus…
Je pense que vous avez raison: ce ne sont pas là des gens sérieux mais les dirigeants d’une entreprise qui a grandi trop vite et dont les structures n’étaient pas capables de supporter le nouveau poids.
sans rien oublir, et sans rien pardonner; vu que maintenant le pire (j’espère)est arrivé, et que de toutes façons, les petits actionnaires n’ont pas vraiment droit au chapître, ne pouvons nous pas laisser le temps au temps au lieu de nous abreuver de propos alarmistes ?
que l’action s’échange à 4.5 , 6 ou 2.5 est-ce que cela change vraiment quelque chose alors qu’elle était au début de l’année à presque 30 ????
je pense pour ma part que l’espoir que cela aille mieux reste permis…. ns sommes si près du néant absolu!