Il est 14 heures 34 et la bourse de New York vient d’ouvrir. Yahoo!Finance m’annonce que les indices plongent: -1,45% sur le bon vieux Dow, -2,01 sur le Nasdaq.

Pourtant, si je me fie à la presse généraliste belge, même online, ce n’est pas un événement. Seul lesoir.be reproduit en bas de colonne une dépêche de l’AFP, en la titrant de travers, sur la chute du dollar qui entraînerait celle des bourses. Non, c’est pas ça les gars. C’est la chute de l’Amérique qui entraîne le dollar et les bourses à sa suite…

Et ce n’est même pas la faute à DoubleYou.

Il y a neuf mois, il y avait là-bas une banque d’affaires qui cotait 150$, à Wall Street. Elle a fait des bêtises, comme la plupart des autres. Hier, elle a été rachetée par une autre, avec la garantie de la Federal Reserve. Pour deux dollars par titre. Vendredi, elle avait encore clôturé à 30, après avoir perdu 50% de ce qu’il lui restait de sa « valeur » sur la séance. Déplaisant pour les 14.000 employés qui représentent, ensemble 30% de son actionnariat…

Quelle oraison funèbre Bossuet n’aurait-il pas tiré de ce spectacle grandiose et un peu effrayant, parce qu’on n’en connaît pas la fin? Et Pline le Jeune, qui raconta l’ensevelissement sous la lave d’Herculanum et Pompéi?

15 heures 06

Il est 15 heures 06 et le Dow ne perd plus qu’un demi pourcent, le Nasdaq 1,49. Ironiquement, BSC cote près du double du prix pour lequel JPM l’a achetée hier, quatre-vingt pour cent de moins qu’à la clôture de vendredi, quand même.
Un autre broker connu, suspecté d’être la prochaine victime, s’essaie au saut à l’élastique sous le pont de Brooklyn: -20%, venant de -30. Sur le marché, il y a 994 titres en baisse, pour 60 en hausse.

C’est quand même curieux qu’on ne parle pas de ça dans la presse belge. Ou si peu. Sans doute ne lisent-ils pas le Financial Times, dans lequel Alan Greenspan, ce matin, expliquait sans vergogne que la crise financière actuelle est probablement la plus grave depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il n’est pas gêné, le vieil Alan, de ne pas l’avoir vu venir quand il dirigeait la Fed, et d’avoir aujourd’hui à se demander: « How did we go so wrong? »

Et c’est vrai qu’on s’était en quelque sorte habitué à ce que l’Amérique et les Américains vivent à crédit, largement au-dessus de leurs moyens. Mais c’est comme dans toutes les « bulles » financières: ça continue à gonfler tant qu’il y a quelqu’un pour souffler dedans. Puis ça explose. Et comme le dit si bien le philosophe yprois qui prendra bientôt la tête du gouvernement que Washington nous envie: « On ne peut pas vivre éternellement en dépensant l’argent qu’on n’a pas encore gagné« .

15 heures 35

Il est 15 heures 35 et la fièvre de la première heure est un peu retombée à Wall Street. La bourse recule sur un large front,mais cela semble provisoirement moins grave qu’on l’avait craint à juger l’état du marché des futures. En Europe aussi, après l’Asie, les marchés ont la migraine, malgré leur récente cure d’amaigrissement. Il n’y a finalement que l’or et l’euro qui prospèrent. Et le baril de brut. Mais ce ne sont pas non plus de bonnes nouvelles.

Je ferai le point en lisant mon journal, demain. Il finira bien par m’en parler, non?

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