Je vous livre ces liens à titre documentaire. Moi, ils me dépriment un peu. Dans le premier, on vous explique comment la bataille pour les présidentielles US pourrait avoir autant à faire avec des logos et des polices de caractère qu’avec des plans pour les soins de santé ou des prises de positions sur la guerre en Irak. Dans le second, que le succès actuel d’Obama s’explique sans doute par la considération qu’il est le premier candidat à être « marketé » comme un produit de grande consommation.

Vraiment? Oui, croit pouvoir affirmer ce spécialiste:

Obama’s marketing is much more cohesive and comprehensive than anything we’ve seen before, involving fonts, logos and web design in a way that transcends the mere appropriation of commercial tactics to achieve the sort of seamless brand identity that the most up-to-date companies strive for.

Serait-il encore chaud, le cadavre de la pub 1.0? (via Writing for the Web)

Dans un récent article, le journal économique français Les Echos découvrait une nouvelle tendance hexagonale, dans la gestion des ressources humaines: les salariés qui se font les VRP de leur entreprise, ici pour aider au recrutement de talents. Des portails remplis de témoignages d’employés heureux dans ce cabinet d’audit; là, des « campus-managers » pour draguer le candidat à la sortie des facs; un website spécial chez Air France…

Il n’est pas expressément question de blogs, ici, mais l’esprit collaboratif et interactif est bien là, quand les intentions sont pures. Et c’est ce qui m’intéresse. Comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, le blog n’est ni un « genre », ni un but en soi. C’est un outil de publication puissant, commode, accessible à tout le monde et bon marché. Point.

Quant auxdits blogs justement, certaines entreprises ont bien compris que c’était une nouvelle donne avec laquelle il allait falloir compter: vos clients et vos salariés ont évidemment toujours parlé de vous, dans leurs conversations privées; mais quand ils se mettent à bloguer, quand leurs propos sont amplifiés par un puissant medium, qu’ils peuvent être entendus et reproduits sans difficulté à n’importe quel endroit de la planète, c’est évidemment tout autre chose…

Pas toujours agréable d’ailleurs: voyez par exemple la FNAC, Intel (exemples repérés via Bertrand Duperrin), Disneyland Paris

Et il y a deux façons de réagir:

  • ou bien vous jouez au gendarme (avec vos employés, parce qu’avec vos clients, ce n’est pas forcément conseillé…);
  • ou bien vous appliquez la bonne vieille maxime selon laquelle il n’est pas très intelligent de tenter d’arrêter un train en se couchant sur les voies et vous montez à bord.

Il y a des entreprises qui ont fait ça, se disant en substance : puisque la conversation a lieu de toutes façons, que nous le voulions ou non, il serait sot de rester à l’écart. Et au lieu de tenter d’empêcher leurs employés de bloguer, elles les y ont encouragés. Voire même leur ont offert des plate-formes de blogging corporate.

Il y a des risques, c’est sûr, mais probablement aussi des profits à retirer en proportion. C’est en tout cas ce qu’on semble penser chez Sun:

By speaking directly to the world, without benefit of management approval, we are accepting higher risks in the interest of higher rewards (c’est moi qui souligne). We don’t want to micro-manage, but here is some advice…

Suivent alors les recommandations aux salariés invités à bloguer sur la plate-forme, dont la principale: faites toujours en sorte qu’il soit bien clair pour le lecteur que vous parlez en votre nom, et pas en celui de la firme.

EN PRATIQUE

Bon, d’accord: IBM, Sun… cela fait des milliers d’employés. Et des moyens considérables réservés à la communication d’entreprise. Rien n’empêche cependant une plus petite structure de recruter des blogueurs en son sein ou d’offrir une plate-forme d’expression à ceux que cela intéresse.

Je ne sais pas comment la chose est organisée chez Southwest Airlines, mais voilà par exemple un blog d’entreprise collectif (dont j’ai déjà parlé ici il y a presque un an) qui mélange un peu tous tous les genres: sous-site corporate, mini-enquêtes auprès des utilisateurs, expression des salariés. Rien n’empêche non plus une PME d’ouvrir des blogs pour ses salariés qui le souhaitent. D’une certaine façon, c’est d’ailleurs ce que font déjà certains medias qui encouragent (imposent parfois?) le blogging chez leurs journalistes.

L’imposer, justement, n’est certainement pas une bonne formule. Mais si vous avez chez vous des gens qui sont particulièrement calés dans leur domaine et qui ont envie de s’exprimer, pourquoi ne le feraient-ils pas sur un blog installé sur votre site d’entreprise, au lieu d’aller voir ailleurs?

Vous ne pouvez les contrôler? Et alors? Il y a quelques risques, c’est vrai, mais c’est une question de confiance, un contrat moral à conclure. Si de grosses boîtes prennent le risque de laisser bloguer sur leur site des centaines d’employés, pourquoi ne le feriez-vous pas avec le ou les volontaires qui auraient envie de le faire chez vous? A bien y réfléchir, un blog d’employé n’est pas si différent que cela d’un blog de CEO: dans un cas comme dans l’autre, ce sont des êtres humains qui s’expriment, comme ils le font déjà dans tous les jours dans leur entourage. Avec un bon supplément d’impact…

A titre documentaire et pour poursuivre la réfléxion, voyez ici:

Précédemment paru dans cette série:
  1. Utiliser les blogs dans l’entreprise
  2. Des outils de veille
  3. L’art du ricochet
  4. Celui du boss
fév 262008

J’aime beaucoup ce billet de Gerry McGovern, pour sa forme et sur le fond.

  • La forme

Voyez ces phrases brèves. Incisives. Un sujet, un verbe, son complément. Guère plus. Pas de fioritures. Straight to the point. C’est respecter son lecteur et revenir à Boileau: ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. Ce qui nous amène au coeur du sujet.

  • Le fond

Gerry vous parle de votre site internet. Il vous met en garde (ma libre traduction):

La plupart des sites sont conçus à partir d’une perspective exclusivement technique et graphique. Les mots sont à peine pris en considération. Les gens qui les écrivent ne sont impliqués qu’à la fin du processus et invités à orner de quelques mots une structure et un « design » préétablis.

Je pense qu’il a mille fois raison. Le penser et l’agir humains reposent sur les mots et en sont issus. Les images les évoquent, les illustrent, les renforcent, les soulignent ou les suggèrent. Mais ce qu’elles font naître dans nos cerveaux, ce sont des mots.

Choisissez d’abord les mots de votre site internet, comme de toutes vos publications.

Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture: incidentL’incident du week-end, au Salon de l’Agriculture à Paris m’intéresse, non pas pour ce qu’il révèlerait du caractère du petit Nicolas – il vous surprend encore? – mais pour le nouveau désastre qu’il représente en termes « communicationnels ». Je ne vous montre pas la vidéo, vous l’avez sans doute déjà vue, et sinon, il vous suffit de taper « sarkozy » sur YouTube ou Daily Motion pour en trouver des déclinaisons ad nauseam comme en atteste cette illustration d’André Gunthert, qui signe un superbe billet sur son blog de l’EHESS.

C’est une parfaite illustration, me semble-t-il, des mutations en cours dans le domaine de la communication. D’un côté, il y eut la campagne électorale et les premiers « coups » du mandat présidentiel. Des coups de com’ soigneusement préparés et emballés par des pros du message « vertical ». De l’autre, il y a la réalité d’un monsieur qui a son (sale) caractère et ses (mauvaises) manières de lutteur forain.

Il y a vingt ans, dix sulement, peut-être, on n’aurait pas vu la différence. Ou on ne l’aurait devinée qu’à l’occasion, par un trop grand hasard pour transformer une exceptionnelle popularité en toboggan vers le désamour populaire. Aujourd’hui, chaque incartade est enregistrée, publiée, diffusée. Et l’écart se creuse entre l’image de soi voulue par le président (un type « nature », au parler vrai, proche des gens, plein de bon sens et de bonne volonté) et l’image qu’il projette effectivement sur l’écran des consciences citoyennes, le produit de son « style »: petit roquet agressif incapable de réprimer ses pulsions et de faire plier sa nature devant son « surmoi » présidentiel.

Même à droite, on lui reproche désormais ses fautes de style et son manque de goût, typiques du « parvenu ». On ne lui en veut pas d’être ce qu’il est – à la limite, c’est probablement un peu pour ce qu’il est qu’il fut élu -; on lui fait procès d’être inapte à le cacher. De manquer de la maîtrise de soi et de la dignité qui seyent à la fonction.

Souvenez-vous de Fabius (je n’aime pas trop ses postures, mais ça n’a rien à voir): dans un débat télévisé, alors qu’il était à Matignon, c’est Chirac je crois qui l’avait plutôt rudement pris à partie. Au lieu d’accepter le combat de rue, il eut cette réplique savamment offusquée: « Voyons, c’est au Premier ministre de la France que vous parlez! »

Pas de ça chez Sarko. Son langage à lui, c’est: « Casse-toi, pauvre con! »

C’était peut-être aussi (qui sait?) l’impulsion première de Fabius, dans ce débat. Si c’est bien le cas, c’est qu’il était alors mieux formé, lui, à réprimer ses pulsions pour se couler dans la fonction, pour le plus grand bien de sa stature.

En cela, Sarkozy est bien de ce temps. Les instincts ont la cote. Les pulsions aussi. Les « psys » nous dépeignent savamment les ravages de leur répression. On en appelle à Dionysos, contre cet emmerdeur d’Apollon. Au volant, dans les stades, dans nos comportements, nous embrayons. La terre, la tribu et jusqu’à leurs symboles tatoués aux encres synthétiques sur les peaux adolescentes ou immatures reviennent en force, dans un élan qui me paraît sinistrement régressif vers les états primitifs, bruts de décoffrage. D’avant la civilisation.

Comment se fait-il alors que le président s’enfonce dans les sondages au profit du lisse et discret Fillon? Il faut croire que, quelque part, ils n’aiment pas vraiment cette époque. Ou qu’ils en devinent les risques. Il faut croire qu’ils souhaitent peut-être qu’on leur indique où sont les limites. Peut-être ont-il quand même comme une sourde nostalgie d’un surmoi minimal?

Et encore une nouveauté 2.0. A la RTBF cette fois. Tout arrive… ;-)

Cela s’appelle Intermedias et ce sera à la fois une émission (la première le 10 mars, à 22 heures) et une plate-forme internet et interactive basée sur un ning amélioré. Elle sera évidemment centrée sur les nouveaux medias. Aux manettes (je n’ai pas encore vu l’organigramme), il y aura Alain Gerlache, journaliste de talent devenu aussi blogueur assidu comme le savent déjà mes lecteurs fidèles et… et… vous devinez?

Oui! Damien forcément… Tout fier d’avoir réalisé la bande-annonce la moins chère de toute l’histoire de la RTBF.

PS: Pour être tout-à-fait dans le vent, l’émission crée aussi son groupe sur Facebook. Mais là, je suis d’accord avec François: sans moi!

rue89_logo.gifUn des fondateurs de Rue89 quitte le navire en claquant la porte (si j’ose dire…) Il s’en explique sur son site à lui: « L’idée fondatrice du projet, « l’info à trois voix » (la voix des experts, des internautes et des journalistes) n’est aujourd’hui qu’une caution vide de sens« . Et d’accuser le canard électronique d’être retombé dans les vieux travers de la presse mainstream et d’être simplement devenu un journal électronique d’opposition.

L’information n’est pas capitale, mais elle me paraît intéressante parce qu’elle relance un peu le débat sur la nature et sur le rôle de la presse d’information d’une part, sur la portée de la « révolution digitale », de l’autre.

Car si l’on en juge par sa fréquentation, Rue89 va plutôt bien, à ce qu’il paraît. Mais son modèle économique est encore incertain (financement par la pub) et son projet éditorial encore trop marqué, me semble-t-il, par une approche « généraliste » et « tous terrains », à l’image des gazettes du XXe siècle.

L’ère dans laquelle nous entrons se caractérise par un accès quasiment illimité et gratuit à toutes les sources d’information de la planète: en un simple clic, vous pouvez vous faire livrer n’importe quel journal en ligne de partout dans le monde.

Et c’est peut-être là que Michel Lévy-Provençal se trompe. Il revendique pour Rue89 des journalistes qui se limitent à ce qu’ils sont censés le mieux faire, dit-il: trouver vérifier et rendre l’information, de la façon la plus claire et la plus neutre possible.

C’est déjà un idéal purement théorique, et donc sujet à caution: l’information est une mise en forme et en perspective de faits et de données; elle est donc forcément toujours subjective à quelque degré, car elle constitue ainsi une interprétation du réel. Et on interprète toujours à partir d’un point de vue, le sien. Ce qui ne vaut pas seulement pour les commentaires et éditoriaux – qui sont ouvertement des opinions – mais aussi pour toute information, qui dépend toujours des faits que l’on a choisis et ordonnés pour la produire.

Mais même sans chicaner là-dessus, il reste que c’est le modèle éditorial des journaux que nous connaissons encore – et qui ne vont pas bien – qui est aujourd’hui en cause. Parce qu’il ne s’agit plus d’apporter l’information au lecteur captif; le lecteur, il peut désormais aller chercher l’information là où elle se trouve. N’importe où.

Ce matin, un ami conduisait sa soeur au cimetière, une âme forte et surtout généreuse, ai-je compris en écoutant ce qu’on disait d’elle. Au moment des adieux, il lui a dit devant nous:

« Je préférerai toujours avoir tort avec toi qu’avoir raison avec les gestionnaires du réel ».

Et le ciel m’a paru moins gris, au-dessus de cette tombe.

Une étude TNS-SOFRES réalisée au mois de janvier et dont je prends connaissance via blogAngels suggère que ce qu’on appelle entre initiés le « web 2.0″ (en gros: les medias sociaux de type réseaux, blogs, forums, wikis…) progresse à vive allure dans la population française. Celle-ci compterait un quota de 62% d’utilisateurs d’internet, plus de 90% de ceux-ci utilisant au moins un de ces medias.

Il n’y a pas de bonne raison de penser que les chiffres soient très différents dans notre Belgique si proche. Mais ce qui me paraît surtout intéressant, ce sont les attentes de ces internautes vis-à-vis des entreprises, qu’ils invitent clairement au dialogue en leur demandant d’ouvrir des espaces de discussion pour et avec leurs salariés, et avec leurs clients et le public.

Je serais curieux de savoir ce que donnerait aujourd’hui une sérieuse enquête au sein desdites entreprises: il me semble que le changement de paradigme dans la communication corporate n’y est pas toujours très bien perçu, un peu à la mode de Louis XVI demandant si la rumeur de 1789, sous les fenêtres de Louvre, était celle d’une émeute. Comme chacun sait, il lui fut répondu: « Non Sire, c’est une révolution« .

Lire aussi, à ce propos, le toujours pertinent Bertrand Duperrin.

Le lynchage médiatique dont fait l’objet cet avocat aux appétits sexuels glauques me met mal à l’aise et, pour tout dire, commence sérieusement à me gonfler…

Jusqu’à preuve du contraire, ce type n’a directement fait de mal à personne. Indirectement, ça se discute et c’est même pour ça que la justice s’occupe de son cas. Mais, pour une fois, je l’aimerais plus discrète, la justice. Les medias aussi. Car le fond du problème, c’est que cet homme est « malade dans sa tête ». Il faut qu’il se soigne. Mais faut-il pour autant le briser, le traîner dans la boue, l’humilier à ce point au risque de l’enfoncer un peu plus dans son mal-être?

Je dis que non. Je dis même que ce qu’on lui fait là est scandaleux et témoigne d’un penchant également pervers, le même que celui dont témoignent ces automobilistes qui ralentissent à proximité d’un accident, pour renifler l’odeur du sang sur l’asphalte.

Pour quel profit? Pour apprendre qu’il y a des pompiers qui jouent les pyromanes, des garde-chasse qui braconnent? Parce qu’on ne le savait pas, peut-être? Pour dissuader alors? Vous voulez rire, sans doute…

Quand on descend un peu au dessous de la ceinture, il y a des gens que « stimulent » les transgressions, ou plutôt: la représentation imaginaire des transgressions. On appelle ça des fantasmes. Les vrais problèmes ne surviennent que lorsqu’on veut se met en tête de les réaliser. Nous devrions être tous d’accord pour dire que s’ils sont innocents (in-nocere: ne pas nuire, à personne), ces « péchés » ne regardent que ceux qui les commettent, leur médecin ou psy s’ils font problème; et la justice, tout au bout, en dernier ressort, si une ligne jaune a été franchie. Mais savoir si Machin, dans le secret de son alcôve (condition nécessaire), fantasme sur les talons aiguille, sur la chèvre de monsieur Seguin ou sur les petites filles impubères, très franchement, on s’en fout. Plutôt: on devrait, je trouve. Tant qu’il ne nuit à personne…

PS: Pas de liens ni de noms dans ce billet. Je ne cherche pas le « buzz » sur un sujet d’actualité brûlante. Et nulle envie chez moi de danser avec les loups, autour du pilori.

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