Vous avez déjà fait le compte de tout ce qu’on peut acquérir gratuitement sur le web? Non sans doute. La liste est trop longue. Nous entrons dans une économie au sein de laquelle tout ce qui est transformable en données numériques est potentiellement gratuit pour l’utilisateur. Il suffit que le producteur décide de le mettre à sa disposition. Un ensemble de logiciels bureautiques (traitement de texte, tableur, base de données…)? Vous pouvez bien sûr acheter une licence Office chez Microsoft. Mais Open Office et les web applications (Google Docs ou Zoho, par exemple) sont gratuits. Un journal quotidien? Vous pouvez vous abonner à la gazette locale ou l’acheter chez votre libraire, mais il est aussi possible de lire le New York Times ou La Libre Belgique sur écran, sans bourse délier. Ecouter de la musique? Je ne dois pas vous expliquer. Une belle entrecôte? Là, non, bien sûr. La viande de boeuf n’est malheureusement pas numérisable. La voiture de mes rêves non plus, d’ailleurs…
L’explication économique à cela est toute simple: le coût marginal de l’unité supplémentaire de mégaoctets tend vers zéro. Livrer un journal électronique, un e-book, une émission de télévision ou un morceau de musique à 10 ou à 100.000 consommateurs, c’est désormais pratiquement la même chose, en termes de coûts de production.
Dans une remarquable contribution qu’il a livré à l’hebdomadaire anglais « The Economist« , Chris Anderson explique: « Because it is so cheap to offer digital services online, it doesn’t matter if 99% of your customers are using the free version of your services so long as 1% are paying for the “premium version”. After all, 1% of a big number can also be a big number« . Anderson, c’est donc l’auteur de « La longue traîne » et d’un autre bouquin à paraître (en anglais) mi-2008: « Free« .
Les conséquences pour tout ce qui relève de la société de l’information ou de la connaissance sont évidemment énormes: il y a du Schumpeter (de la « destruction créatrice« ) dans l’air. Avec tout ce que cela signifie en termes de restructurations, souvent douloureuses pour les retardataires et les durs de la feuille.
Mais la perspective d’une économie de la gratuité n’a rien d’effrayant, au contraire me semble-t-il. C’est une économie éminemment démocratique et socialement équitable, parce que « redistributrice », au fond: les ressources de base, en termes d’information, sont librement accessibles à tout le monde, indistinctement, et le financement de leur production est assuré par les services à haute valeur ajoutée dont le secteur marchand a besoin pour les exploiter.
Suivez bien ces (r)évolutions en cours: votre avenir et celui de vos enfants en dépendent…

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