En temps normal, j’aurais probablement pris plaisir à observer et à commenter les jeux de pouvoir en cours dans les salons baroques de la rue de la Loi. A constater par exemple que le virage du cartel CD&V – N-VA annoncé ce matin par Yves Leterme vers une orange arc-en-ciel était probablement en passe de faire de Didier Reynders le grand battu de ces six derniers mois de crise. Mais je n’ai pas trop envie de rire.

Pas pour le sort funeste qui attend peut-être Reynders: celui-là est trop arrogant, trop stupidement sûr de lui pour qu’on le plaigne.

Pas non plus pour les calimerades de maman Milquet: celle-là en fait trop pour conduire mon pays à la finale crevaison grenouillère sous couleur de l’en préserver, pour que je m’émeuve devant le tutu rose de sa grande fille, complaisamment exhibé hier soir, sur les ondes de RTL-TVi.

Aussi peu pour les matamoresques rodomontades de Maingain: il a le verbe trop amidonné et la pensée trop étroite pour faire croire que d’un olivier, on peut tirer un chêne.

Bart Somers ne m’inspire rien. Que pourrait-il bien inspirer, et à qui?

Jo Van Deurzen non plus. Il est si terne…

C’est simple: dans le trio flamand de la défunte orange bleue, ce petit bonhomme de Bart De Wever fait presque figure de phare de la pensée, à la tête de ses cinq députés, moins de 4% de la députation fédérale. Mais c’est une curiosité anthropologique: il veut devenir évêque d’une église de Belgique dont il ne suit pas les offices.
Et pour couronner tout ça, il y a Leterme. Autant de charisme qu’une huître des abers quand elle est fermée. Une suffisance à toute épreuve quand il prétend que sa « victoire » lui donne le droit imprescriptible de diriger le gouvernement belge, du haut de ses 30 députés sur 150. Comme s’il ne lui en fallait pas 46 autres au moins pour obtenir une majorité parlementaire qui, avant « sa » réforme de l’Etat, reste une condition nécessaire pour accéder au 16, rue de la Loi.

Verhofstadt, me direz-vous? Oui, Guy. Si l’on en croit les sondages, le peuple en veut bien. Mais son parti ne voit pas ça comme ça. Il lui faut tuer le père, comme le CVP a tué Dehaene, et Van Rompuy, et Martens, et Eyskens, et…
Et puis, hors le carton d’oranges bleues, il y a les rouges. Ou les roses, je ne sais plus. Qui attendent. Qui piaffent. Qui salivent. Il va bien falloir qu’on les appelle, pour sortir enfin de ce merdier. Oui! Ca y est! Les calotins signent enfin l’acte de décès de la défunte presque coalition! C’est le retour du coeur. Et de la raison. Et des idées toutes neuves. C’est quoi, d’ailleurs, votre idée pour réformer l’Etat de commun accord entre le Nord et le Sud? Euh…

Aurais-je oublié quelqu’un? Ah oui: les groenen-verts. Ils devraient pouvoir s’entendre tous sur un projet de Belgique nouvelle, ceux-là, non? Ils pourraient. Mais ils ne l’ont pas fait. Par contre, ils sont d’accord entre eux sur les vrais problèmes: la fermeture des centrales nucléaires et un encouragement fiscal pour les dîners aux chandelles.

Ne m’en veuillez pas, mais je ne parle pas des quelques autres, ceux qui naviguent dans les eaux fangeuses de l’extrême. Je n’ai pas envie d’avoir des nausées.

Je caricature, je sais. C’est exprès. Je ne suis pas « antipolitique ». Au contraire. Est-ce de l’antipolitisme de constater ce que tout le monde peut voir, que les encéphalogrammes sont désespérement plats, rue de la Loi? L’Etat belge est malade. Ce n’est pas la faute du thermomètre. C’est son système immunitaire qui a lâché: il ne fabrique plus d’anticorps, les virus ont le champ libre.

Bookmark and Share

6 Réponses to “Les virus ont le champ libre”

  1. (?) dit :

    Très bon papier.. mais la solution elle est où ?

  2. Claude Thayse dit :

    Je partage cette jolie analyse. Et la mets en lien sur mon blog.

  3. [...] Méthode Leterme: futur Premier Sinistre (chez himself)Elio ramène Joëlle dans la coalition (chez Fabrice Grosfilley, qui analyse son entretien de ce samedi avec Leterme)Les virus ont le champ libre (chez Charles Bricman) [...]

  4. Charles Bricman dit :

    @Claude Thayse: Merci!
    @ (?): Merci aussi. Vous me tentez, avec le défi que vous me lancez…

  5. Baudouin dit :

    Je me demande quel sera le taux de participation de la prochaine élection. La situation actuelle est du pain béni pour les discours poujadistes. Je me demande comment un candidat premier ministre peut négliger à ce point le versant « communication/média » de ce poste. Conseil de la couronne dans le premier trimestre 2008 ?

  6. Benoit dit :

    letrene n’ en a rien à cirer de la gelbique et des francophones: il se verrait bien premier ministre ou président de la république de flandres ….ce qu’ il oublie, c’ est qu’ ils n’ auront jamais bruxelles…

Laisser une réponse

(requis)

(requis)

Subscribe without commenting

© 2010 On a des choses à se dire Suffusion WordPress theme by Sayontan Sinha