Dans son cahier « En été », Le Soir rapporte des anecdotes de la vie quotidienne de la rédaction. En les pimentant d’un petit jeu consistant, pour le lecteur, à séparer le vrai du faux. J’avoue que, l’une ou l’autre enjolivure mise à part, l’histoire racontée ce samedi par Luc Delfosse est bien le reflet de la vérité…
Mais cet article aussi a une histoire. Elle a commencé hier, vendredi, vers 12 heures trente, sur le trottoir de la rue de l’Enseignement, à deux pas du « Swâr », où nous étions attablés ensemble, Luc et moi, pour la première fois depuis un nombre scandaleusement incalculable de saisons. J’y ai découvert avec la stupéfaction que vous mesurerez après avoir lu son papier, que Luc accompagne désormais son magret de canard au poivre rose de quelques verres d’eau pétillante. Le sens et le poids des responsabilités, sans doute: il est aujourd’hui rédacteur-en-chef adjoint, et chacun sait qu’un rédac’chef, ça ne picole jamais
Après tout ce temps, forcément, nous en avons consommé un peu à égrener les souvenirs que nous gérons en copropriété. Dont ce fameux déjeûner avec Gérard Deprez, alors président du PSC, dans la cave de la rue des Deux-Eglises.
Luc a brusquement sursauté, envoyant valdinguer dans la rigole quelques baies de poivre rose: « Je le tiens, mon papier pour ce soir! » Moi: « Chiche! » Il faut toujours mettre Luc au défi si vous voulez l’amener à accomplir une quelconque performance. Et ça n’a pas raté. Il est maintenant dans le domaine public qu’un jour midi de l’été 1989, la rédaction politique du Soir a concélébré, un jour de semaine parfaitement ouvrable, le culte de Bacchus avec le président d’un parti de la majorité de l’époque… Au point d’avoir la tête un peu ailleurs au moment de fabriquer l’édition du lendemain.
La plume de Luc est d’une nature aussi indépendante que les neurones de son propriétaire. Le plaisir d’une arabesque lui est si précieux qu’elle n’y résiste que rarement; la plus banale interpellation d’un obscur dépité, le plus plat des communiqués émanant du conseil des Sinistres (mes respects si d’aventure vous me lisez de Là-Haut, monsieur Colucci), s’en trouvent à l’occasion métamorphosés en véritables chansons de geste…
J’ai donc pris beaucoup de plaisir a lire ce morceau de bravoure, à revoir entre deux nuées, la mine gourmande et réjouie de mon (notre) cher Guy Depas, en allé sur un volute de cigarette assassine et, plus généralement, à évoquer une époque où, dans la classe politique belge, il restait des ténors pourvus d’une assurance suffisante pour savoir, à l’occasion, tomber le masque avec la veste, et se comporter en êtres humains. Mais là, en revenant sur la « une » et sur la bobine d’un petit notable ouest-flamand appelé à la barre d’un vaisseau devenu fantôme, je crois que je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…
P.S.: Je regrette de ne pouvoir vous faire accéder ici à ce morceau de bravoure: je ne l’ai pas trouvé dans l’édition du Soir en ligne.

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Il doit être dans les archives qui viennent d’être libérées, non ?
[...] mois qu’il me restait à passer à la rédaction. Quelques mois seulement, mais on en a bien profité. Et le journal aussi, car Luc, « journaliste cambrousard, cul-terreux et érudit, [...]